« En France, nous n’aimons guère évoquer, nous ne tenons pas trop à connaître les aspects négatifs du passé national. Les manuels d’histoire savent se faire discrets et même la recherche historique ne se précipite guère sur les moments noirs s’il n’est pas possible de trouver un homme ou une petite minorité coupables auxquels on peut assigner le rôle de bouc émissaire.»
Alfred Grosser
Entre le décret du 12 novembre 1938, qui permit d’interner les «indésirables étrangers» dans des centres spécialisés, et la libération en 1946 du dernier interné – un nomade –, six cent mille hommes, femmes et enfants ont été enfermés dans les camps français.
Républicains exilés de la guerre d’Espagne, puis « ressortissants des puissances ennemies» – pour la plupart, ils avaient fui les persécutions antisémites et la répression politique –, enfin quelques communistes furent les premiers à subir les mesures d’exception nées de situations d’exception. Avec l’instauration du régime de Vichy et l’occupation, communistes, Juifs et Tsiganes, ainsi que les droits-communs et les marché-noir devinrent les victimes de la politique d’internement. A partir de l’été 1942, suivant la logique d’extermination de la solution finale, les camps se transformèrent en antichambres de la mort pour 75 000 Juifs de France déportés à Auschwitz. Ils furent remplacés, à la Libération, par tous les suspects de la collaboration.