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Édition du 1er au 15 février 2026

La société française face à l’héritage de son passé colonial

Histoire et mémoire des anticolonialismes

« Revenir à Montluc »,
un film qui révèle la difficulté à intégrer
l’histoire coloniale française
projeté à Saint Etienne et à Lyon

Le Fort de Montluc, à Lyon, fut, de 1940 à 1944, une prison du régime de Vichy puis de l’occupant nazi. Il fut aussi durant la guerre d’indépendance algérienne un lieu de détention d’Algériens et de leurs soutiens français, ainsi que, de 1959 à 1961, celui de onze exécutions capitales de militants du MNA et du FLN. Dans Revenir à Montluc, un film de Béatrice Dubell, Claudie Duhamel, française engagée dans le soutien au FLN, revient sur sa détention dans ce lieu où elle fut notamment témoin de la dernière exécution capitale, celle de Salah Dehil en janvier 1961. Mais la réalisatrice Béatrice Dubell n’a pu filmer l’intérieur de Montluc, en raison d’une opposition à voir intégrer ce « passé algérien » à l’histoire de la prison, comme le rappellent ci-dessous la présentation du film et un article du Monde. Ce film sera projeté à Saint Etienne et à Lyon respectivement le 25 avril et le 3 mai 2023.

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La reconnaissance de l'esclavage

Hommage de la FME à Toussaint Louverture,
symbole universel du combat pour la liberté
des populations noires

Le 7 avril 2023, la Fondation pour la mémoire de l’esclavage (FME) et la Région Ile-de-France ont organisé au Panthéon un hommage à Toussaint Louverture. Héros de l’abolition de l’esclavage à Saint-Domingue (aujourd’hui Haïti), il est mort le 7 avril 1803, au Fort-de-Joux dans le Doubs où Napoléon Bonaparte l’avait déporté sans procès. « Toussaint Louverture est aujourd’hui un symbole universel du combat pour la liberté et la dignité des populations noires », souligne la FME, dont nous reproduisons ici une biographie de cet ancien esclave qui ouvrit la voie à l’indépendance d’Haïti en 1804. Elle est complétée par une vidéo de la FME et un podcast de France Culture dans lesquels s’exprime l’historien britannique Sudhir Hazareesingh, auteur d’une biographie de Toussaint Louverture (Flammarion, 2020).

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Gestion postcoloniale de l'immigration

« Malika, généalogie d’un crime policier »
de Jennifer Yezid

En 1973, parce qu’elle avait cherché à prévenir son frère de l’arrivée des gendarmes, Malika Yezid, 8 ans, s’est retrouvée enfermée dans sa chambre avec l’un d’entre eux. Elle en est ressortie dans le coma, puis est morte à l’hôpital. Dans « Malika, généalogie d’une crime policier », Jennifer Yezid, nièce de Malika, qui est la seule survivante de la famille, fait le récit de ce drame. Avec Asya Djoulaït, écrivaine, et Sami Ouchane, historien, elle raconte ce crime impuni qui a eu des répercussions sur plusieurs générations. Mais elle dit aussi le sens de la justice et de la vérité, la soif de vivre qui l’animent et l’amènent à parler aujourd’hui. Ci-dessous la postface par Rachida Brahim, sociologue et psychanalyste.

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L'OAS et ses nostalgiques

Mort de l’un des dernier chefs,
condamné puis amnistié,
de l’organisation terroriste de l’OAS

La mort de l’un des dernier chefs de l’organisation terroriste de l’OAS, Jean-Claude Pérez, qui a été condamné puis amnistié et est revenu en France en 1969, depuis l’Espagne franquiste où il s’était réfugié, est intervenue le 8 mars 2023. Son décès a été annoncé par Le Figaro sans aucune référence à son passé. C’est l’un des chefs d’une organisation criminelle qui a tué un grand nombre d’Algériens ainsi que des gendarmes, des fonctionnaires français et des Européens favorables à la recherche d’une évolution pacifique du statut de l’Algérie. Pérez fait partie de ceux qui ont été condamnés à mort pour leurs crimes, ont fui en 1962 dans l’Espagne de Franco, puis sont revenus en France après le départ du général de Gaulle. Leur retour et leur « blanchiment » sous les présidences de Georges Pompidou puis de Valéry Giscard d’Estaing a permis un déni de leurs crimes et contribué à l’essor de l’extrême droite.

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Le 17 octobre 1961

Pas de résolution à l’Assemblée Nationale
sur le crime d’Etat du 17 octobre 1961

Le groupe Europe-Ecologie-Les Verts a déposé en mars 2023 une proposition de résolution pour la reconnaissance du massacre des Algériens du 17 octobre 1961 à Paris. Portée par la députée Sabrina Sebaihi, elle invitait à la reconnaissance par la République de sa responsabilité dans ce crime, à une commémoration officielle régulière et l’édification d’un lieu de mémoire, ainsi qu’à l’ouverture des archives à tous les citoyens. Le 5 avril, le groupe EELV a décidé son retrait, certains députés, selon Libération, ayant jugé inopportun son examen « au vu du contexte actuel ». Nous publions la résolution retirée en regrettant vivement qu’après le vote par le Sénat le 23 octobre 2012 d’une résolution comparable, l’Assemblée nationale n’en ait pas été saisie. C’est une grave erreur de négliger le travail à faire sur le passé colonial de la France et son héritage, indispensable notamment pour contrer l’essor de l’extrême droite. Toutes les forces politiques, morales et intellectuelles de la société française, ont une responsabilité à cet égard.

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Racisme et islamophobie

Une journée d’études à Marseille
sur les crimes racistes de 1973

Il y a cinquante ans, se produisait une vague de crimes racistes à Marseille et dans sa région. Le 28 avril 2023, l’IMéRA-Institut d’études avancées, en collaboration avec l’association Ancrages, organise sur l’histoire et la mémoire de ce moment clé de l’histoire de l’immigration postcoloniale en France une journée d’études au Musée d’histoire de Marseille. Elle rassemblera des chercheurs et chercheuses en sciences humaines – Jim House et Yvan Gastaut, historiens, Rachida Brahim, sociologue et psychanalyste, et l’écrivaine Dominique Manotti. Nous en publions le programme et renvoyons à plusieurs dossiers concernant ces événements sur notre site.

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Harkis

Découverte du cimetière « sauvage »
d’un camp de harkis en France
Vérité et justice pour ces victimes du colonialisme et du postcolonialisme

En août 2022, un reportage de Prisca Borrel dans Mediapart racontait la recherche à proximité du camp de Saint-Maurice-L’Ardoise (Gard), où furent internés en 1962 d’anciens harkis et leurs familles dans des conditions très dures, d’un cimetière « sauvage » créé par l’administration du camp et « oublié » depuis. 71 personnes, dont 61 enfants, y furent inhumées à la sauvette entre 1962 et 1964, selon une archive de la gendarmerie datant de 1979, découverte par Nadia Ghouafria. A la mi-mars 2023 le lieu a enfin été fouillé, grâce au combat de descendants de harkis, comme le raconte France 3 Occitanie. 27 lieux d’inhumation et des ossements d’enfants y ont été trouvés. Ci-dessous la vidéo de l’AFP montrant ces fouilles réalisées par un archéologue de l’Institut national d’archéologie préventive (INRAP). Et aussi la lettre adressée aux membres de la commission d’historiens franco-algérienne par l’association Enfants de harkis, Vérité, Justice et Réconciliation.

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Séquelles politiques postcoloniales

Aux origines latino-américaines
de la pensée décoloniale
par Philippe Colin et Lissel Quiroz

Dans Pensées décoloniales, une introduction aux théories critiques d’Amérique Latine (La Découverte, mars 2023), Philippe Colin et Lissel Quiroz, spécialistes de l’histoire de l’Amérique Latine, remontent aux origines latino-américaines d’une théorie décoloniale qui est l’objet en France de débats et polémiques trop souvent mal informés. Cette première synthèse en français offre, selon l’éditeur, « une généalogie et une cartographie d’un continent de pensée méconnu en Europe ». Lissel Quiroz a été interrogée dans l’émission de Mediapart « Présence du passé », qu’on peut voir également ci-dessous, sur « la colonialité du pouvoir, du savoir et du genre, qui forge notre planète depuis 1492 ».

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La reconnaissance du passé colonial

Le déni des crimes de l’OAS
comme de ceux du fondateur du Front national
doit être refusé et combattu

La France ne pourra assumer son passé colonial que lorsque les crimes commis par des militaires français dans la guerre d’Algérie, comme ceux perpétrés par l’organisation jusqu’au-boutiste de la colonisation qu’a été l’OAS, ne feront plus l’objet de dénis, comme c’est encore trop souvent le cas. On lira ainsi ci-après une tribune sur la tentative de réhabilitation de l’OAS de la part de la municipalité Rassemblement national de Perpignan à travers la figure de Pierre Sergent. Et, à l’inverse, l’hommage justifié rendu le 15 mars 2023 aux six inspecteurs des Centres sociaux assassinés froidement par l’OAS auquel nous nous réjouissons que Benjamin Stora a participé. C’est l’occasion de rappeler que les propos inexacts tenus dans un podcast de France inter concernant la participation de Jean-Marie Le Pen à la torture lors de la « bataille d’Alger » doivent faire l’objet de la part de cette chaîne d’un rectificatif clair.

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Racisme et islamophobie

Le 21 mars :
Journée internationale de lutte
contre tous les racismes

En 1966, l’ONU a créé le 21 mars la journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale. En France des associations antiracistes ont lancé en 1988 la Semaine nationale d’éducation contre le racisme, conduite jusqu’à la fin des années 1990 par un collectif où elle travaillaient en plein accord. A partir des années 2000, la question de l’assimilation de la critique de la politique du gouvernement israélien à de l’antisémitisme et celle de l’existence de l’islamophobie parmi d’autres formes de racisme ont suscité des divergences entre certaines d’entre elles. En 2012 a été institué auprès du ministre de l’Intérieur un délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme (DILCRA), devenu DILCRAH en 2016 par l’ajout de la lutte contre l’homophobie. Le site histoirecoloniale.net est le prolongement du site ldh-toulon.net fondé en 2004 par le président de la section de Toulon, François Nadiras. Celle-ci mentionne cette thématique dans sa demande de soutien à la DILCRAH en 2022-2023.

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La grande répression d'Alger 1957

Les déclarations inexactes de l’historien Benjamin Stora sur France inter à propos de
Jean-Marie Le Pen et la torture doivent être explicitement rectifiées

Comme l’a écrit Le Monde, une « polémique a éclaté autour d’un podcast de France Inter consacré au fondateur du Front national », Jean-Marie Le Pen : « La manière dont sont présentés les actes de M. Le Pen en Algérie, évoqués dans l’épisode 2, pose problème à des historiens et spécialistes ». Les propos tenus par l’historien Benjamin Stora contredisent les enquêtes de Florence Beaugé publiées dans Le Monde et reprises dans un livre, qui lui imputent un fait indiscutable de torture à Alger dans la nuit du 2 au 3 mars 1957 et relate les dires de témoins de quatre crimes analogues. Les sites histoirecoloniale.net et 1000autres.org ont rapporté d’autres actes comparables commis dès février 1957 ; et une plainte pour tortures commises le 8 mars 1957 a été consignée dans un rapport de police dont Mediapart a fait état en 2018. En privé, Benjamin Stora reconnaît une erreur. France inter et le réalisateur du podcast restent dans le flou. Ils doivent rectifier les déclarations inexactes qu’ils ont diffusées.

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Musées et créations contemporaines

A propos du film « Tirailleurs » (1) :
Réflexions de Martin Mourre sur Thiaroye
et quelques enjeux postcoloniaux

Diffusé en France depuis janvier 2023, le film « Tirailleurs » de Mathieu Vadepied avec Omar Sy a déjà fait l’objet d’une page sur notre site avec un rappel historique par l’historien Alain Ruscio du sort de ces soldats venus de toutes les colonies françaises durant la Première guerre mondiale. Nous y revenons sous la forme de trois pages successives. Ci-dessous les réflexions de Martin Mourre sur l’épisode du massacre de Thiaroye et quelques enjeux postcoloniaux. Suivies de la reprise d’une contribution d’Emmanuel Blanchard à notre site sur la diversité d’origine des tirailleurs coloniaux dans la Grande guerre. Puis d’une page sur un sujet qui reste largement occulté : les expérimentations médicales pour lesquelles certains de ces tirailleurs ont été utilisés et qui ont provoqué chez eux une forte mortalité.

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