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Édition du 1er au 15 avril 2025

Reconnaissance des crimes coloniaux

La Françafrique

Prendre en compte le lourd héritage colonial au Niger, par Camille Lefebvre

Le coup d’Etat militaire perpétré au Niger le 25 juillet 2023 a suscité des manifestation d’hostilité à la France. Dans un entretien à Mediapart, la spécialiste de l’histoire du Niger Camille Lefebvre, autrice de Des pays au crépuscule. Le moment de l’occupation coloniale (Sahara-Sahel) (Fayard, 2021, réédité en poche en 2023), met en perspective historique cette hostilité, ainsi que les réactions françaises. Elle décrit la marque indélébile laissée par la violence colonisatrice, qui fut particulièrement grande au Niger. Elle pointe le fait que les autorités civiles et militaires françaises, comme l’opinion publique, se refusent à la prendre en compte et perpétuent une approche néo-coloniale de la situation. Faute, dit-elle, « d’affronter collectivement » la question du passé colonial.

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Commémorations

Les images du 14 juillet 2023,
commémoration place de la Nation,
rassemblement à la Bastille
et défilé de la Marche des solidarités

Impossible d’empêcher que les épisodes du passé qu’une mémoire officielle a voulu refouler fassent retour. En marge du défilé des Champs-Elysées, où le président de la République a affiché une amitié choquante avec le premier ministre indien, Narendra Modi, qui mène une politique intégriste à l’opposé des fondateurs de l’Union indienne, plusieurs rassemblements ont eu lieu. Le 13 juillet, un hommage aux victimes du 14 juillet 1953, six Algériens et un syndicaliste français, place de la Nation, et, le 14 juillet au matin, place de la Bastille, de nombreuses associations ont proclamé lors d’un rassemblement leur intention de reprendre en 2024 les défilés populaires pour la fête nationale. Elles se sont jointes l’après-midi au défilé de la Marche des solidarités auquel plusieurs milliers de personnes ont participé entre la place Félix Eboué (Daumesnil) et la Bastille.

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La grande répression d'Alger 1957

Au Festival d’Avignon
« La Question » d’Henri Alleg
mise en scène au théâtre

Le Festival Off d’Avignon présente au Théâtre des Halles du 7 au 26 juillet 2023 un spectacle intitulé La Question, mis en scène par Laurent Meininger. Le comédien Stanislas Nordey y joue et dit le texte culte du même nom, publié en 1958, dans lequel le journaliste membre alors du parti communiste algérien Henri Alleg, décédé il y dix ans, y raconte la torture qu’il a subie entre les mains de l’armée française à Alger en juin 1957, ainsi que des milliers d’autres personnes enlevées dans le cadre de ce qui a été appelé improprement la « bataille d’Alger ». Nous publions ici la présentation et un court extrait de ce spectacle, ainsi qu’un article publié sur son blog Mediapart par le journaliste et écrivain Jean-Pierre Thibaudat.

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Controverses

Faut-il déboulonner les statues ?
les réponses des historiens
britanniques et français

Dans son numéro de juin 2023, la revue Passés-Futurs, consultable en ligne sur le site Politika, publie un riche dossier intitulé « L’incertain statut des statues. Constructions et déconstructions ». Dirigé par Marc Olivier Baruch, il examine sous divers angles la question posée avec acuité dans plusieurs pays depuis le mouvement Black Lives Matter de ce qu’il faut faire aujourd’hui des statues honorant dans l’espace public des personnages liés à l’esclavagisme et à la colonisation. Outre la présentation de cette revue et son sommaire, nous publions un extrait d’un article de l’historien Olof Bortz qui passe en revue les réactions plutôt « progressistes » des historiens britanniques et celles, plus rares et plus « conservatrices », des historiens français.

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Le massacre du 14 juillet 1953 à Paris

En 2023, 70 ans après,
revient dans la mémoire française
la fin brutale en 1953 des défilés populaires
commémorant la Révolution française

Si le massacre parisien du 17 Octobre 1961, après des décennies de déni et de mensonges, est apparu dans la mémoire française, il n’en est pas de même pour celui du 14 juillet 1953, Place de la Nation. La police a ouvert le feu sur le cortège des indépendantistes algériens, tuant six d’entre eux et un syndicaliste de la Métallurgie CGT qui les défendait, et faisant des dizaines de blessés par balles. Cette répression a précipité le déclenchement de la guerre d’indépendance algérienne. Elle a marqué aussi la fin des défilés populaires du 14 juillet qui ont existé lors du Front populaire et après la Libération. 70 ans après, une commémoration spectaculaire aura lieu le 13 juillet Place de la Nation. Et des associations comme le MRAP, la LDH, Attac, la Libre Pensée, les Ami(e)s de Maurice Rajsfus, l’ITS et des organisations syndicales ou politiques s’interrogent sur un appel à refaire un défilé populaire pour le 14 juillet.

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Le 17 octobre 1961

Pas de résolution à l’Assemblée Nationale
sur le crime d’Etat du 17 octobre 1961

Le groupe Europe-Ecologie-Les Verts a déposé en mars 2023 une proposition de résolution pour la reconnaissance du massacre des Algériens du 17 octobre 1961 à Paris. Portée par la députée Sabrina Sebaihi, elle invitait à la reconnaissance par la République de sa responsabilité dans ce crime, à une commémoration officielle régulière et l’édification d’un lieu de mémoire, ainsi qu’à l’ouverture des archives à tous les citoyens. Le 5 avril, le groupe EELV a décidé son retrait, certains députés, selon Libération, ayant jugé inopportun son examen « au vu du contexte actuel ». Nous publions la résolution retirée en regrettant vivement qu’après le vote par le Sénat le 23 octobre 2012 d’une résolution comparable, l’Assemblée nationale n’en ait pas été saisie. C’est une grave erreur de négliger le travail à faire sur le passé colonial de la France et son héritage, indispensable notamment pour contrer l’essor de l’extrême droite. Toutes les forces politiques, morales et intellectuelles de la société française, ont une responsabilité à cet égard.

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Emmanuel Macron et les crimes du colonialisme

Guerre du Cameroun :
une commission, pour quoi faire ?

Annoncée en juillet 2022 à Yaoundé au côté de Paul Biya par Emmanuel Macron, la commission franco-camerounaise chargée de travailler sur l’action de la France au Cameroun dans les années 1950 et 1960 sera codirigée par l’artiste camerounais Blick Bassy et l’historienne française Karine Ramondy, qui se sont exprimés dans Jeune Afrique. On n’en connait pas pour l’heure les autres membres. Dans un article de la revue Afrique XXI, trois des meilleurs spécialistes de l’histoire coloniale et postcoloniale du Cameroun, Thomas Deltombe, Manuel Domergue et Jacob Tatsitsa, mettaient en perspective cette initiative en septembre 2022. Ils voyaient dans la création d’une commission « un pas en avant sur un sujet qui a été longtemps occulté, en France comme au Cameroun », tout en rappelant que les crimes de répression commis par la France au Cameroun sont déjà solidement établis, et s’interrogeaient sur les finalités de cette commission.

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Réconciliation et réparations

Les Etats européens
face à la problématique des excuses
sur les crimes coloniaux

Le mouvement Black Lives Matter a imposé depuis 2020 dans toutes les anciennes puissances esclavagistes et colonialistes européennes la problématique de la reconnaissance des crimes commis et celle des excuses et des réparations. Les réactions des Etats sont variables, les résistances souvent fortes. « Je ne demanderai pas pardon », a par exemple déclaré récemment le président français à propos de la colonisation de l’Algérie. En Belgique, le travail en ce sens d’une commission officielle qui permettait d’espérer une avancée majeure, déjà évoqué sur notre site, vient d’échouer, comme le raconte un article ci-dessous. Un dossier du site Justiceinfo.net et une série de vidéos diffusée par Arte permettent de faire un tour d’horizon européen. Nous renvoyons également à un article de fond du sociologue Renaud Hourcade sur « la politique des excuses » et ses ambiguïtés.

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Réconciliation et réparations

Nomination de la partie française
de la « commission mixte d’historiens »
franco-algérienne

La création d’une commission mixte d’historiens chargée de travailler « sur la colonisation et la guerre d’Indépendance », avait été annoncée à Alger en août 2022 par les présidents Emmanuel Macron et Abdelmadjid Tebboune. Des membres algériens ont été annoncés en novembre 2022 – Mohamed El Korso, Idir Hachi, Abdelaziz Fillali, Mohamed Lahcen Zighidi et Djamel Yahiaoui -, les nominations françaises ont été publiées par Le Monde le 26 janvier 2023. Benjamin Stora la coprésidera avec Mohamed Lahcen Zeghidi, ex-directeur du Musée national du moudjahid. Il n’est plus question dans cet article de celui qui était présenté au départ par Abdelmadjid Tebboune comme l’équivalent algérien de Benjamin Stora, Abdelmadjid Chikhi, que nombre d’historiens algériens considèrent comme le « verrouilleur » des archives algériennes. Les autres membres français sont les historiens Jacques Frémeaux, Jean-Jacques Jordi, Tramor Quemeneur et la conservatrice en chef du patrimoine Florence Hudowicz.

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La reconnaissance du passé colonial

Pour une autre politique de la mémoire en France, rencontre nationale
de l’Inter-Réseaux Mémoires-Histoires
les 9 et 10 décembre 2022 à Paris

L’Inter-réseaux Mémoires-Histoires, créé le 17 octobre 2015, est composé actuellement de huit réseaux régionaux mémoires-histoires, rassemblant eux-mêmes des acteurs associatifs et culturels sur les questions mémorielles qui impulsent des initiatives locales. L’inter-réseaux Mémoires-Histoires mène également des actions avec d’autres acteurs du monde de l’éducation et de la culture. Les 9 et 10 décembre 2022, il organise à Paris une rencontre nationale en partenariat avec le site histoirecoloniale.net sur le thème « Guerres d’Algérie : enjeux de mémoire et d’histoire. Pour une autre politique de la mémoire en France », pour débattre notamment du rapport Stora, ses zones d’ombre et son actualité, et des projets de commission bilatérale franco-algérienne formulés par les deux Etats.

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La reconnaissance du passé colonial

L’essor de l’Association des anciens appelés en Algérie contre la guerre (4ACG)
exprime un besoin dans la société française

Le 3 février 2004, quatre anciens appelés de la guerre d’Algérie, Michel Delsaux, Rémi Serres, Georges Treilhou et Armand Vernhettes, agriculteurs retraités des départements du Tarn et de l’Aveyron, ont tenu une conférence de presse à Albi pour annoncer la fondation de l’Association des Anciens Appelés en Algérie Contre la Guerre (4ACG). En 2006, Simone de Bollardière est devenue sa présidente d’honneur. Rapidement étendue à toute la France, elle compte aujourd’hui environ 400 membres. A ses actions de coopération avec des communes algériennes, notamment dans des domaines tels que la santé, les jeunes, les femmes, la culture et l’éducation, s’ajoutent en France des interventions dans des établissements scolaires et des rencontres publiques, parfois en collaboration avec l’Association Histoire coloniale et postcoloniale. Son essor témoigne d’un besoin grandissant dans la société française de mettre fin aux mensonges sur notre passé colonial.

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L'OAS et ses nostalgiques

A Perpignan, inauguration symbolique
d’une Esplanade Maurice Audin,
en réponse à la municipalité pro-OAS

Le 29 octobre 2022 se sont rassemblés à Perpignan des opposants à la décision du conseil municipal d’extrême droite d’attribuer le nom de Pierre Sergent à une esplanade de la ville. Celui-ci a été l’un des organisateurs du putsch militaire d’avril 1961 à Alger, puis s’est embarqué pour Marseille le 1er juin 1961 pour installer en France l’OAS-Métropole, une branche de l’Organisation armée secrète, mouvement terroriste qui, au nom de la lutte contre l’indépendance de l’Algérie, tourna contre la République les armes qu’il en avait reçues et commit des milliers d’attentats causant quelque 2 700 morts en Algérie et en France. Sergent a été condamné à mort en 1962 par la justice d’un pays qu’il a combattu. Les manifestants ont inauguré symboliquement une esplanade Maurice Audin, membre du parti communiste algérien qui avait rejoint en 1955 la guerre d’indépendance algérienne, assassiné en 1957 par des militaires français.

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