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Édition du 1er au 15 février 2026

La société française face à l’héritage de son passé colonial

Armelle Mabon : “Thiaroye, un passé à reconstituer”

Il y a 68 ans, le 1er décembre 1944, l’armée française a commis un massacre sanglant dans la caserne de Thiaroye (Sénégal). Plusieurs dizaines de « soldats africains qui s’étaient pourtant battus pour la France», selon les mots récents de François Hollande1, furent tués.

Combien de ces tirailleurs trouvèrent la mort ce jour-là ? Et pourquoi ? L’historienne Armelle Mabon, auteure de Prisonniers de guerre « indigènes ». Visages oubliés de la France occupée, a fouillé les archives2.

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le 19 mars devient journée nationale du souvenir

Le Parlement a adopté définitivement le 8 novembre 2012 la proposition de loi socialiste qui fait du 19 mars, date anniversaire du cessez-le-feu en 1962, la « journée nationale du souvenir » en mémoire des victimes de la guerre d’Algérie, après le vote en ce sens du Sénat3.
Le texte a été adopté par 181 voix contre 155, la gauche s’étant prononcée pour, la droite contre, à l’issue d’un débat passionné. Déjà votée en janvier 2002, et dans les mêmes termes, par l’Assemblée nationale, la proposition de loi est définitivement adoptée après le vote du Sénat et ne retourne pas devant les députés4.

Le Conseil constitutionnel a rejeté le 29 novembre 2012 les recours des députés et sénateurs UMP, la loi est donc validée5.

L’adoption de cette loi mettra-t-elle fin aux contestations violentes des commémorations du cessez-le-feu du 19 mars 1962 – comme à Claviers il y a deux ans ?6

[Première mise en ligne le 25 octobre 2012, mise à jour le 30 novembre]


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Michèle Tabarot et Jean-François Copé, au siège de l'UMP, le soir du 19 novembre 2012 (LP/CAROL AMAR.)
Les pieds-noirs « nostalgériques »

Michèle Tabarot ou la revanche de l’Algérie française, par Alain Ruscio

Le bras droit de Jean-François Copé dans son combat électoral pour la présidence de l’UMP a été Michèle Tabarot : pour elle «Jean-François [était] l’homme de la situation».

Michèle Tabarot n’est pas – pas encore – célèbre, mais l’apparition au premier rang de la scène politique de celle qui continue à tourner la tête quand son regard croise un portrait du général de Gaulle7, est un signe. Dans l’article ci-dessous, basé sur son ouvrage, Y’a bon les colonies ? La France sarkozyste face à l’histoire coloniale, à l’identité nationale et à l’immigration8, l’historien Alain Ruscio voit dans cet événement le retour du “vieux parti de la réaction colonialiste”.

On peut craindre en effet que la “droite décomplexée” poursuive le lent travail de réhabilitation de l’“Algérie française” bien amorcé sous la présidence sarkozyste.

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À la Une des Dernières Nouvelles d'Alsace, le 2 juillet 2000.
Bigeard aux Invalides ?

Bigeard et la torture

Comment oublier que lors de l’inauguration d’une rue portant son nom à Trimbach (Bas-Rhin), le 1er juillet 2000, le général Bigeard avait justifié la pratique de la torture par l’armée française en Algérie ? Dans un entretien publié, dimanche 2 juillet 2000, par le quotidien Les Dernières Nouvelles d’Alsace, il avait en effet qualifié la torture de « mal nécessaire ».

Mgr Joseph Doré, archevêque de Strasbourg, et Marc Lienhard, président de l’Eglise (luthérienne) de la Confession d’Augsbourg d’Alsace-Lorraine, avaient vivement réagi à ces propos, en exprimant leur « indignation » dans une déclaration commune datée du 13 juillet 2000.

Le ministre saura-t-il s’associer à cette condamnation sans appel lors de l’inauguration de la stèle qui recevra les cendres du général Bigeard, à Fréjus, le 20 novembre prochain, comme l’y invite la section de Toulon de la Ligue des droits de l’Homme dans son communiqué du 22 octobre dernier ?

[Mis en ligne le 11 novembre 2012, mis à jour le 19]


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La conquête du Tonkin. Gloire à la Marine et à l'Armée !
La reconnaissance des crimes coloniaux 1830-1962

Marc Ferro : “la République a trahi ses valeurs”

Le 20 novembre prochain une cérémonie officielle se déroulera au Mémorial des guerres en Indochine à Fréjus pour l’inauguration d’une stèle qui recevra les cendres du général Bigeard, acteur des deux grandes guerres coloniales, au Viêt-Nam de 1947 à 1954, et en Algérie de 1954 à 1962.

L’ex-président de la République Valéry Giscard d’Estaing prononcera un discours. Saura-t-il éviter les affirmations conventionnelles auxquelles il avait eu recours lors des cérémonies en l’honneur du soldat inconnu d’Indochine ? Il avait alors évoqué «la contribution que la France a apportée au progrès de [ces] peuples» qu’elle a «aimés»9. On aimerait un discours moins lyrique mais plus proche des réalités de la colonisation, ainsi qu’une condamnation de la torture qui, avant d’être généralisée en Algérie, avait été pratiquée en Indochine – comme en a témoigné Andrée Viollis en 193510.

Nous saisissons l’occasion de revenir sur le passé colonial de la France en reprenant un entretien de Marc Ferro11
publié dans la revue L’Histoire. L’historien fait un bilan de l’entreprise d’exploitation qu’a été le “temps des colonies”12.

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Bigeard aux Invalides ?

Bigeard, Giscard et l’Indochine

La cérémonie officielle de transfert des cendres du général Marcel Bigeard au Mémorial des guerres en Indochine de Fréjus (Var) se déroulera le 20 novembre 2012, anniversaire de l’opération Castor ; le 20 novembre 1953 en effet le commandant Bigeard, parmi tant d’autres, était parachuté sur le village de Dien Bien Phu (Nord-Viêt Nam).

Valéry Giscard d’Estaing prononcera un discours pour honorer son ancien secrétaire d’État à la Défense. L’ex-Président de la République, dont la famille s’est notoirement enrichie, à l’époque de la colonisation de l’Indochine, évoquera sans doute – à sa façon – cette période13.

On sait que l’opération de Dien Bien Phu se termina très mal pour l’armée française. Bigeard, comme des milliers de combattants de l’Union française, fut fait prisonnier le 7 mai 1954 lors de la chute du camp, et il subit une dure détention. Cette défaite a profondément marqué les esprits. Comme l’historien Alain Ruscio le rappelle ci-dessous, elle fut comprise par les peuples colonisés, et notamment les Algériens, comme le signe marquant le début de la fin de l’Empire colonial français.

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L’histoire à l’école : l’offensive du Figaro

La dernière rentrée scolaire a été l’occasion pour l’extrême droite de relancer son offensive sur l’enseignement de l’Histoire à l’école : le groupe du Figaro a critiqué l’ouverture sur le monde des programmes et fait la promotion d’une histoire d’Épinal centrée sur les grands Hommes.

Le numéro d’octobre-novembre 2012 du Figaro Histoire a été plus loin en tentant d’opérer simultanément une réhabilitation de Jacques Bainville14 et un détournement de certains des écrits de Marc Bloch. Dans un appel qu’elle vient de rendre public et que de nombreux historiens et intellectuels ont tenu à signer, Suzette Bloch proteste contre cette falsification de la pensée de son grand-père15.

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Benjamin Stora à Constantine (septembre 2012)
1962, la fin de la guerre d'Algérie

Benjamin Stora et Jean-Charles Jauffret à Toulon

Les historiens Benjamin Stora et Jean-Charles Jauffret débattront au Théâtre Liberté de Toulon, le 22 novembre 2012 à 20h, sur le thème “Résurgence des mémoires et devoir d’historiens”16.

Benjamin Stora, enfant de Constantine, est devenu au fil de ses recherches et de ses ouvrages, un historien de référence de l’Algérie et du Maghreb et un témoin engagé qui combat l’amnésie qui entoure le destin de sa terre natale17.

Jean-Charles Jauffret évoquera la mémoire des appelés. Spécialiste de l’histoire militaire française, il a dirigé l’ouvrage Soldats en Algérie, 1954-196218, et il est l’auteur de Ces officiers qui ont dit non à la torture présenté ci-dessous.

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El Watan, le 3 novembre 2012
1962, la fin de la guerre d'Algérie

le bras d’honneur de Gérard Longuet

L’ex-ministre français de la Défense avait fait ce geste à la télévision après une dépêche AFP mentionnant la demande du ministre algérien des Moudjahidine, Mohamed Cherif Abbas, d’une «reconnaissance franche des crimes perpétrés» par le colonialisme français19.

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Zyed et Bouna
Zyed & Bouna

Il se serait donc passé quelque chose à Clichy-sous-Bois en 2005

La chambre criminelle de la Cour de cassation vient de rendre, le 31 octobre 2012, un arrêt important dans une affaire qui hante les mémoires du département de Seine-Saint-Denis.

Le 27 octobre 2005, deux jeunes mouraient électrocutés dans un transformateur EDF de Clichy-sous-Bois, un troisième était grièvement brûlé.
La police, présente à proximité des lieux était accusée par les familles de ne pas avoir fait le nécessaire pour porter secours à ces enfants. Cet événement déclencha les émeutes qui embrasèrent les banlieues à l’automne 2005.

Nous reprenons le commentaire de l’arrêt de la chambre criminelle de la Cour de cassation, publié le 1er novembre par Jean-Luc Rongé sur le blog de Jean-Pierre Rosenczveig, président du tribunal pour enfants de Bobigny20.

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pour la fin d’une injustice frappant les anciens harkis

Dans une interview au JDD21, Kader Arif, ministre délégué aux anciens combattants, évoquant les relations entre la France et l’Algérie, juge «inacceptable […] que nos compatriotes harkis ne puissent pas se rendre dans le pays de leurs ancêtres ou, pour ceux qui le souhaitent, y être enterrés.» Il salue toutefois «une volonté d’ouverture» à ce sujet de la part de «nos amis algériens»

Cinquante ans après la fin de la guerre d’indépendance, il serait temps de permettre aux anciens harkis de retrouver leur pays d’origine et leurs familles.

Pour tenter de faire avancer les choses dans ce domaine, nous nous joignons à l’association Harkis et droits de l’Homme pour suggérer à Kader Arfi d’emmener avec lui Brahim Sadouni qui n’a pu revoir son village natal depuis près de cinquante ans. Une action symbolique qui pourrait marquer la fin d’une période douloureuse.

[Mis en ligne le 23 octobre 2012, mis à jour le 2 novembre]

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