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Édition du 1er au 15 février 2026

La société française face à l’héritage de son passé colonial

Séquelles politiques postcoloniales

Des violences racistes en France
à la suite du match France-Maroc
de la Coupe du monde de football

Au soir du match France-Maroc de la Coupe du monde de football, le 14 décembre 2022, des manifestants d’extrême droite se sont rendu coupables de violences racistes contre des Français et des résidents étrangers d’origine maghrébine de notre pays, des violences qui s’enracinent dans les pratiques et les représentations léguées par l’époque coloniale. Ci-dessous : le témoignage du journaliste Pierre Daum qui en a été témoin à Montpellier, l’alerte lancée par le quotidien Libération, la chronique « média et politique » du journal L’Humanité et une dépêche de l’AFP. Par ailleurs, un commando d’extrême droite se revendiquant du Rassemblement national et d’un groupe intitulé « La cocarde » a tenté de s’opposer le 8 décembre à la Sorbonne à une rencontre organisée par le syndicat Solidaires étudiants, en lui reprochant d’avoir, comme notre site l’a annoncé, projeté le film « La Bataille d’Alger » dans un amphi de cette université. Vigilance et solidarité.

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Séquelles politiques postcoloniales

Le film “Nos frangins” alimente le débat
sur les violences policières à contenu raciste
qui persistent en France

Le film “Nos frangins” est inspiré de la mort de Malik Oussekine et de Abdel Benyahia, tués tous deux par des policiers dans la nuit du 5 au 6 décembre 1986. L’étudiant Malik Oussekine a été victime, lors d’une manifestation contre le projet de réforme Devaquet à laquelle il ne participait pas, du peloton de « voltigeurs motocyclistes » mis en place par le ministre de l’Intérieur Charles Pasqua et sa mort a suscité une indignation dont la mémoire collective garde le souvenir. Mais celle d’un autre jeune Français d’origine algérienne, Abdel Benyahia, tué la même nuit par un officier de police ivre, à Pantin, alors qu’il tentait de s’interposer dans une bagarre, est moins connue. A partir de ces deux drames, le film suscite le débat sur les violences policières, souvent à contenu raciste, qui continuent à être commises et sur l’absence de toute autorité indépendante de la hiérarchie policière pour enquêter sur ces faits.

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La reconnaissance du passé colonial

Pour une autre politique de la mémoire en France, rencontre nationale
de l’Inter-Réseaux Mémoires-Histoires
les 9 et 10 décembre 2022 à Paris

L’Inter-réseaux Mémoires-Histoires, créé le 17 octobre 2015, est composé actuellement de huit réseaux régionaux mémoires-histoires, rassemblant eux-mêmes des acteurs associatifs et culturels sur les questions mémorielles qui impulsent des initiatives locales. L’inter-réseaux Mémoires-Histoires mène également des actions avec d’autres acteurs du monde de l’éducation et de la culture. Les 9 et 10 décembre 2022, il organise à Paris une rencontre nationale en partenariat avec le site histoirecoloniale.net sur le thème « Guerres d’Algérie : enjeux de mémoire et d’histoire. Pour une autre politique de la mémoire en France », pour débattre notamment du rapport Stora, ses zones d’ombre et son actualité, et des projets de commission bilatérale franco-algérienne formulés par les deux Etats.

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La société française face à l'héritage de son passé colonial

Avec ou sans commission franco-algérienne
désignée par les deux Etats,
le travail historique se poursuit
et nécessite un libre accès aux archives

Quatre mois après l’annonce par les présidents français et algérien d’une commission franco-algérienne consacrée à l’histoire de la colonisation de l’Algérie, le chef de l’Etat algérien Abdelmadjid Tebboune a reçu en présence de son conseiller Abdelmadjid Chikhi les personnalités suivantes : Mohamed El Korso, Idir Hachi, Abdelaziz Filali, Mohamed Lahcen Zighidi et Djamel Yahiaoui. Des historiens et des archivistes algériens réputés pour la qualité de leurs travaux ne font pas partie de ce groupe. En France, la création d’une telle commission continue de faire débat, comme en témoigne la tribune ci-dessous publiée par l’historienne Sylvie Thénault. Quoi qu’il en soit, le travail historique se poursuit – voir le colloque international organisé du 6 au 8 décembre 2022 à La contemporaine – et, comme l’affirme un message de l’association des Historiens et historiennes du contemporain (H2C), il nécessite la fin des entraves imposées actuellement en France à l’accès aux archives.

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La reconnaissance du passé colonial

L’essor de l’Association des anciens appelés en Algérie contre la guerre (4ACG)
exprime un besoin dans la société française

Le 3 février 2004, quatre anciens appelés de la guerre d’Algérie, Michel Delsaux, Rémi Serres, Georges Treilhou et Armand Vernhettes, agriculteurs retraités des départements du Tarn et de l’Aveyron, ont tenu une conférence de presse à Albi pour annoncer la fondation de l’Association des Anciens Appelés en Algérie Contre la Guerre (4ACG). En 2006, Simone de Bollardière est devenue sa présidente d’honneur. Rapidement étendue à toute la France, elle compte aujourd’hui environ 400 membres. A ses actions de coopération avec des communes algériennes, notamment dans des domaines tels que la santé, les jeunes, les femmes, la culture et l’éducation, s’ajoutent en France des interventions dans des établissements scolaires et des rencontres publiques, parfois en collaboration avec l’Association Histoire coloniale et postcoloniale. Son essor témoigne d’un besoin grandissant dans la société française de mettre fin aux mensonges sur notre passé colonial.

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La reconnaissance du passé colonial

Marseille, qui fut au cœur
de l’empire colonial français,
commence à revisiter cette page de son histoire

Comme notre site l’a signalé, la municipalité de Marseille a décidé de débaptiser l’école Bugeaud qui portait le nom du général ayant ordonné la mise à mort par asphyxie des femmes, hommes et enfants des tribus hostiles à la colonisation de l’Algérie, qui s’étaient réfugiées dans des grottes. Son nom a été remplacé par celui d’un caporal algérien mort en 1944 dans les combats pour la libération de la ville. L’article du Monde que nous reproduisons ci-dessous souligne l’importance de cette décision pour cette ville qui a été au cœur de l’empire colonial français. Le Guide du Marseille colonial, dont nous avons aussi signalé la parution, publié par une équipe de militants antiracistes marseillais, recense les nombreuses traces de ce passé colonial dans la ville.

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La restitution des objets et restes mortuaires coloniaux

Restitution des restes humains :
le grand retard français

En sus d’innombrables objets pillés, la France conserve de son ère coloniale des milliers de restes humains dont elle n’a à ce jour restitué qu’un très faible nombre à ses anciennes colonies. Une enquête du New York Times indique que le Musée de l’Homme conserve ainsi dans ses réserves « 18 000 crânes » – comprenant aussi des restes de victimes du génocide arménien – et pointe une forte résistance française à les restituer. Une polémique a par ailleurs éclaté à propos des crânes rendus à l’été 2020 à l’Algérie : certains ne sont pas, selon plusieurs journaux dont Le Monde, ceux de résistants algériens, mais de supplétifs de l’armée française, ce dont le gouvernement algérien aurait été informé. Ce dernier l’a démenti.

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La société française face à l'héritage de son passé colonial

Sous le titre « Histoire globale
de la France coloniale »,
une anthologie utile

Cette volumineuse anthologie présentée par son éditeur comme « un ouvrage qui fera date » a le mérite de rassembler plus d’une centaine d’articles publiés durant les trente dernières années, parfois réduits ou synthétisés, cinq d’entre eux étant traduits pour la première fois en français. Chose appréciable, elle date du XVIIIe siècle les débuts de l’histoire de la France coloniale, contrairement à d’autres publications antérieures de trois de ses co-directeurs, Pascal Blanchard, Nicolas Bancel et Sandrine Lemaire à l’origine du groupe de recherche Achac, qui la faisaient remonter, comme l’historien Raoul Girardet dans L’Idée coloniale en France, 1871-1962 (1972), aux débuts de la Troisième République. On retrouve opportunément dans cette anthologie destinée à un large public des textes d’auteurs importants comme David Todd, Sophie Bessis ou Doudou Diène, qui apportent, à partir des études britanniques ou africaines, des réflexions nouvelles.

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La reconnaissance du passé colonial

Rencontres à la Sorbonne autour
des soixante ans
de l’indépendance de l’Algérie

Soixante ans après, la nostalgie de l’Algérie française fait toujours recette. Les rencontres à la Sorbonne organisées par Solidaires Étudiant-e-s souhaitent donner la parole à celles et ceux qui par leur travail éclairent ce qu’ont réellement été la colonisation et l’indépendance. Ci-dessous trois annonces : une projection-débat autour du film « La bataille d’Alger », avec Gilles Manceron et Michèle Audin, fille de Maurice Audin, militant pour l’indépendance de l’Algérie enlevé, torturé et assassiné par les parachutistes en 1957 ; une table ronde organisée par Paul Max Morin, auteur du livre « Les jeunes et la guerre d’Algérie », avec quelques-uns de ceux qu’il a interrogés ; et une table-ronde sur les luttes actuelles en Algérie et en France. Nous y ajoutons un entretien avec l’historien Fabrice Riceputi paru dans « Le Point Afrique » sur les disparus de cette « grande répression d’Alger ».

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L'accès aux archives coloniales

L’accès en France aux documents
liés à la guerre d’Algérie
est toujours aussi difficile
selon l’historien Marc André

Dans une tribune au Monde, l’historien Marc André explique que les archives de la guerre d’Algérie en France sont trop souvent inaccessibles aux demandeurs. Emmanuel Macron s’était pourtant engagé en septembre 2018 à en faciliter la consultation. Une bataille a dû être livrée par des archivistes, des juristes et des historiens devant le Conseil d’Etat pour que les entraves mises en place par le SGDSN (Secrétariat général à la défense et la sécurité nationale) soient levées. A la décision remarquable rendue par le Conseil d’Etat a suivi un article de loi voté à la hâte au nom de la lutte antiterroriste. Ci-dessous l’enregistrement des débats du colloque qui s’est tenu au Sénat le 5 septembre 2022 sur le thème « Archives et démocratie : au-delà du Secret défense », ainsi que l’article publié par un archiviste algérien dans Le Quotidien d’Oran.

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Livres, films, spectacles pour la reconnaissance

Le grand prix
des Rendez-vous de l’histoire de Blois
remis à Malika Rahal

Le Grand Prix des Rendez-vous de l’histoire 2022 a été attribué à Malika Rahal pour son ouvrage Algérie 1962, une histoire populaire. Il lui a été remis le 8 octobre 2022, dans l’hémicycle de la Halle aux grains, par l’historien Maurice Sartre, président du jury constitué de Sylvie Aprile, Fabien Archambault, Michelle Bubenicek, Jean-François Chauvard, Sophie Cœuré, Olivier Compagnon, Marie-Laure Derat, Claudia Moatti, Annliese Nef et Pierre-François Souyri. Ci-dessous le film de la remise de ce prix, que nous faisons suivre du compte rendu d’un forum qui a eu lieu à Alger le 13 novembre 2022 lors du séjour de recherches que cette historienne effectue en Algérie au nom notamment du site 1000autres.org, « des Maurice Audin par milliers », auquel contribue aussi l’historien Fabrice Riceputi.

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La reconnaissance du passé colonial

A Marseille, le maire rebaptise une école
portant le nom du général Bugeaud

A Marseille, l’école Bugeaud a été renommée « Ahmed Litim », du nom d’un tirailleur algérien qui a donné sa vie le 25 août 1944 pour libérer la ville. Selon les mots du maire, Benoît Payan, « l’Histoire de la France, c’est aussi celle de Bugeaud, de la colonisation ou de la collaboration. Nous continuerons de l’enseigner à nos enfants. Mais la ville a choisi de donner aux enfants de Marseille l’exemple d’un héros plutôt que celui d’un bourreau ». Samia Chabani, de l’association Ancrages, centre de ressources sur l’histoire des migrations à Marseille, a salué cette décision. Elle demande que les auteurs de violences dans les guerres coloniales ne soient plus honorés dans l’espace public et que les associations valorisant les mémoires des migrations postcoloniales soient représentées à la commission des noms de rues.

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