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Édition du 1er au 15 février 2026

La société française face à l’héritage de son passé colonial

Racisme de couleur et islamophobie

Pour Edwy Plenel, les idées d’extrême droite,
dont la persistance des préjugés coloniaux,
sont un danger majeur dans la France d’aujourd’hui

En juillet 1993, quarante intellectuels français et européens lançaient dans Le Monde un Appel à s’opposer à « l’actuelle stratégie de légitimation de l’extrême droite », tout particulièrement du racisme, dans la vie intellectuelle et médiatique. Trente plus tard, ce texte apparait comme prophétique, alors que le racisme et l’islamophobie s’expriment un peu partout impunément en France et que la théorie raciste du « grand remplacement » est parvenue à être considérée comme recevable jusque dans l’espace éditorial et médiatique. Ce sont ces années de progression des idées des « ennemis de l’égalité et de la démocratie » qu’explore Edwy Plenel dans un essai paru le 9 mars à La Découverte. Il y rend aussi hommage à Maurice Olender (1946-2022), à l’origine de l’Appel de 1993 que nous publions, de même que l’analyse par l’historienne Arlette Farge de l’abondant courrier reçu par les signataires.

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Livres, films, spectacles pour la reconnaissance

Un guide du Rouen colonial
aux éditions Syllepse

Les éditions Syllepse ont publié en décembre 2022 un guide du Rouen colonial. Il vient s’ajouter à ceux déjà publiés par le même éditeur sur Paris, Marseille, Bordeaux et Soissons. Tous sont l’œuvre de collectifs de militants qui explorent les lieux publics de leur ville pour mettre en lumière l’importance parfois ignorée du passé esclavagiste et colonial dans l’histoire de celle-ci. Et pour remettre en cause le fait que soient ainsi honorés « les acteurs directs de la ­colonisation, les conquérants, les entrepreneurs qui ont ­financé les expéditions ou le commerce d’esclaves, les militaires qui se sont illustrés dans la colonisation en Afrique ou en Indochine, ceux qui se sont enrichis ou qui se sont faits thé­oriciens de ­l’inégalité des races qui justifiait ces conquêtes. »

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Musées et créations contemporaines

Une réflexion sur les présupposés
du musée « universel »
par Françoise Vergès

Féministe décoloniale et antiraciste, Françoise Vergès mène depuis plusieurs années une réflexion sur les musées et la décolonisation des arts, thème du collectif qu’elle co-anime, « Décoloniser les arts », qui suscite différents débats dans le monde de l’art. Dans son dernier livre, publié le 3 mars 2023 par les éditions La Fabrique, Programme de désordre absolu. Décoloniser le musée, elle interroge « les présupposés mêmes du musée universel, produit des Lumières et du colonialisme, d’une Europe qui se présente comme la gardienne du patrimoine de l’humanité tout entière ». Ci-dessous la présentation de cet ouvrage ainsi que l’entretien qu’elle a accordé à Laura Raim intitulé « Faut-il vider les musées ? », diffusé le 1er mars 2023 dans l’émission Les idées larges sur Arte.

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L'accès aux archives coloniales

Rencontre-débat le 4 mars 2023
sur l’accès aux archives sur le passé colonial

L’Association histoire coloniale et postcoloniale qui gère le site histoirecoloniale.net organise le samedi 4 mars 2023 une rencontre-débat — au CICP, 21 ter, rue Voltaire, 75011 Paris, de 15 h 15 à 18 h 15 — sur l’accès aux archives concernant le passé colonial. En dépit des déclarations du président de la République, Emmanuel Macron, au moment de sa visite chez Josette Audin en septembre 2018 sur la nécessité d’ouvrir l’accès aux archives de la guerre d’Algérie, des fermetures ont été constatées à la fin de 2019, en particulier au Service historique de la Défense. Le Collectif Accès aux archives publiques s’est alors constitué et, en juillet 2021, a obtenu satisfaction auprès du Conseil d’État. D’autres textes ont été publiés depuis, mais force est de constater que des difficultés persistent.

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Emmanuel Macron et les crimes du colonialisme

Guerre du Cameroun :
une commission, pour quoi faire ?

Annoncée en juillet 2022 à Yaoundé au côté de Paul Biya par Emmanuel Macron, la commission franco-camerounaise chargée de travailler sur l’action de la France au Cameroun dans les années 1950 et 1960 sera codirigée par l’artiste camerounais Blick Bassy et l’historienne française Karine Ramondy, qui se sont exprimés dans Jeune Afrique. On n’en connait pas pour l’heure les autres membres. Dans un article de la revue Afrique XXI, trois des meilleurs spécialistes de l’histoire coloniale et postcoloniale du Cameroun, Thomas Deltombe, Manuel Domergue et Jacob Tatsitsa, mettaient en perspective cette initiative en septembre 2022. Ils voyaient dans la création d’une commission « un pas en avant sur un sujet qui a été longtemps occulté, en France comme au Cameroun », tout en rappelant que les crimes de répression commis par la France au Cameroun sont déjà solidement établis, et s’interrogeaient sur les finalités de cette commission.

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Le racisme postcolonial

Combattre le racisme
implique d’aborder notre longue histoire esclavagiste et coloniale et son héritage

Le Conseil représentatif des associations noires (CRAN) a publié le 15 février 2023 un sondage qui confirme si besoin était l’existence en France d’un racisme structurel, dont sont notamment victimes les personnes noires. 91 % disent avoir été l’objet de discriminations raciales, particulièrement dans l’espace public et au travail. Le gouvernement d’Élisabeth Borne a quant à lui rendu public le 30 janvier 2023 un « plan national de lutte contre le racisme, l’antisémitisme et les discriminations liées à l’origine 2023-2026 » : 80 mesures principalement pédagogiques, dont « une visite obligatoire d’un lieu de mémoire » au cours de la scolarité. Un plan bien intentionné mais qui laisse un net sentiment d’incomplétude. Rien sur le contrôle policier « au faciès », pourtant maintes fois documenté comme systémique en France. On est loin d’affronter sérieusement un fléau qui plonge ses racines dans notre longue histoire esclavagiste et coloniale, comme le rappelle Anne Chemin dans un article du Monde sur le débat médiatique actuel sur un prétendu « wokisme ».

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La reconnaissance du passé colonial

Résister, Témoigner, Transmettre,
le message des Anciens appelés en Algérie et leurs amis contre la guerre (4ACG)

Le site histoirecoloniale.net et l’Association des Anciens Appelés en Algérie et leurs ami(e)s contre la guerre (4ACG) ont décidé de développer leurs actions communes. Ci-dessous le texte de la conférence sur le thème « Résister, Témoigner, Transmettre », transcrite par Michel Berthélémy, qui a été prononcée par l’historien Tramor Quemeneur lors de la dernière assemblée générale de la 4ACG ; ainsi que le film de François Chouquet « Comme un seul homme » sur les réfractaires et les insoumis à la guerre d’Algérie, qui a été projeté ensuite. La création de cette association en 2004 par quatre anciens appelés de la guerre d’Algérie, Michel Delsaux, Rémi Serres, Georges Treilhou et Armand Vernhettes, agriculteurs retraités des départements du Tarn et de l’Aveyron, et le travail qu’elle a fait depuis témoignent d’un besoin grandissant dans la société française de mettre fin aux mensonges sur notre passé colonial. On trouvera aussi ci-dessous la liste des articles que notre site lui a consacré.

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La restitution des objets et restes mortuaires coloniaux

Le long combat de l’Afrique pour son art,
par Bénédicte Savoy

L’historienne de l’art Bénédicte Savoy a rendu en 2018 au président Macron, avec l’économiste Felwine Sarr, un rapport remarqué « sur la restitution du patrimoine culturel africain ». Elle publie en 2023 au Seuil Le long combat de l’Afrique pour son art, dans lequel elle montre que la revendication africaine de restitution, loin d’être récente, remonte aux années 1960 et a suscité immédiatement des résistances fortes en Europe qui sont loin d’être dissipées aujourd’hui. Selon elle, la restitution est essentielle à toute relation future entre les pays africains et les anciennes métropoles coloniales. Nous publions ici la présentation de l’éditeur, une vidéo dans laquelle Bénédicte Savoy expose cette problématique, un entretien dans Le Monde, ainsi qu’une des leçons filmées qu’elle a donné au Collège de France en 2017.

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Livres, films, spectacles pour la reconnaissance

Inauguration symbolique
d’un « Parvis Maurice Audin »
à Toulouse le 25 février 2023

Le samedi 25 février 2023 à Toulouse, devant la médiathèque Grand M, des citoyennes et citoyens, de nombreuses associations et des partis politiques vont donner le nom de Maurice Audin, militant anticolonialiste algérien, à une place de la ville. Une manière d’inciter la municipalité, sollicitée depuis 2019 et qui renâcle à le faire, à prendre la décision officielle d’attribuer un nom de rue ou de place en souvenir de ce militant martyr de l’indépendance de l’Algérie, assassiné en 1957 par les militaires français qui le détenaient. Ci-dessous l’article qu’a consacré à cette opération symbolique le quotidien La Dépêche. Et aussi l’annonce à Clermont-Ferrand d’une soirée avec Pierre Audin organisée par les Amis de l’Humanité du Puy de Dôme autour du parcours de mathématicien de son père et de l’ouvrage que Pierre Audin a co-signé, « La vérité est en marche, rien de l’arrêtera ».

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Réconciliation et réparations

Les Etats européens
face à la problématique des excuses
sur les crimes coloniaux

Le mouvement Black Lives Matter a imposé depuis 2020 dans toutes les anciennes puissances esclavagistes et colonialistes européennes la problématique de la reconnaissance des crimes commis et celle des excuses et des réparations. Les réactions des Etats sont variables, les résistances souvent fortes. « Je ne demanderai pas pardon », a par exemple déclaré récemment le président français à propos de la colonisation de l’Algérie. En Belgique, le travail en ce sens d’une commission officielle qui permettait d’espérer une avancée majeure, déjà évoqué sur notre site, vient d’échouer, comme le raconte un article ci-dessous. Un dossier du site Justiceinfo.net et une série de vidéos diffusée par Arte permettent de faire un tour d’horizon européen. Nous renvoyons également à un article de fond du sociologue Renaud Hourcade sur « la politique des excuses » et ses ambiguïtés.

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La reconnaissance du passé colonial

Restituer la clé et les étendards de Laghouat
pour renforcer les liens de solidarité entre les peuples algérien et français

Le 4 décembre 1852, une armée coloniale française commandée par les généraux Aimable Pélissier (1794-1864), Joseph Vantini dit « Yusuf » (1808-1866) et Henri-Pierre Bouscaren (1804-1852), a pris d’assaut la ville de Laghouat, dans le Sud algérien. Plus des deux tiers des habitants périssent, combattants, femmes, enfants et vieillards. La clé et les étendards de la ville sont aujourd’hui la propriété du Musée de l’armée. Le journaliste et écrivain algérien Lazhari Labter, auteur de « Laghouat vue par des chroniqueurs, écrivains, peintres, voyageurs, explorateurs et conquérants » (Hibr Edition, 2018), a publié une lettre ouverte au président de la République, Emmanuel Macron, lui demandant d’agir pour leur restitution. Un collectif d’historiens et de militants y appelle le 10 février 2023 dans Le Monde, « pour renforcer les liens de solidarité entre les peuples algérien et français ». A ce jour, elle reste sans réponse.

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La reconnaissance de l'esclavage

Des propos scandaleux
du ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin
sur l’esclavage aux Antilles
provoquent des réactions

Lors d’une journée d’études organisée à Paris le 2 février 2023, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a réagi à l’adoption en Martinique d’un drapeau inspiré des mouvements indépendantistes en affirmant que « les Antilles ont été des colonies, mais pas de peuplement ; (…) contrairement à ce que l’on raconte, c’est la République française qui a aboli l’esclavage. La France a sans doute mis, dans des conditions extraordinairement difficiles, les populations colonisées dans des états désastreux, mais c’est la République qui a aboli l’esclavage. On leur demande d’aimer la République, pas toute l’histoire de France. » Ces propos ont provoqué la colère des députés ultramarins dont voici le communiqué. Interpellé à l’Assemblée par ces derniers, il a maintenu ses propos. La Fondation pour la mémoire de l’esclavage (FME) a tenu quant à elle à rappeler les faits historiques dans un communiqué que nous reproduisons également.

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