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Édition du 1er au 15 avril 2026

La société française face à l’héritage de son passé colonial

L'affaire Audin

Hommages et émotion autour de Pierre Audin
renforcent l’Appel à se réunir le 11 juin
au cénotaphe de Maurice Audin

Le 11 juin 1957, Maurice Audin a été enlevé à son domicile à Alger par des militaires français qui le soumirent à la torture et le tuèrent. La disparition de son fils Pierre le 28 mai 2023 donne une signification particulière à l’hommage rendu cette année à Maurice, Josette et Pierre Audin. Quelques mois avant la mort de Josette Audin le 2 février 2019, le président de la République lui avait rendu visite et avait reconnu la responsabilité de l’État français dans la mort de son mari. Un rassemblement, auquel appellent de nombreuses associations dont la Ligue des droits de l’Homme, a lieu le dimanche 11 juin 2023 à 11 heures devant le cénotaphe de Maurice Audin. Pour demander que toute la lumière soit faite sur les circonstances de sa disparition ainsi que sur celle des nombreux combattants pour l’indépendance de l’Algérie et civils algériens enlevés comme lui par des militaires français.

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La reconnaissance des crimes coloniaux 1830-1962

Un « podcast » de « France culture »,
sur le procès de Paul Aussaresses,
un criminel de guerre cynique et bavard

Dans le cadre d’une série « Une histoire particulière » sur les criminels de guerre, un documentaire porte sur le général Paul Aussaresses. En 1957, pendant la guerre d’Algérie, il était chargé avec une équipe de tueurs de torturer et assassiner les personnages importants de la lutte d’indépendance algérienne. Deux épisodes présentent ce rôle, le troisième son livre publié en 2001 où il reconnait sans regrets ces actes qu’il considère comme légitimes. Comment réagir à un tel éloge du crime ? L’amnistie promulguée après les accords d’Évian empêche qu’il soit poursuivi sur les faits, une plainte contre ses actes ne pouvant aboutir, la Ligue des droits de l’Homme a choisi de poursuivre son livre pour l’apologie de ces crimes. Choix difficile, car cette association défend la liberté de l’édition et les récits des crimiels sont utiles à l’écriture de l’histoire. Le procès n’a rempli que partiellement son objectif. La société française n’a pas fait son travail.

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La reconnaissance du passé colonial

Le système colonial comme matrice
de l’extrême droite
Une rencontre à Avignon
lors de la Fête de « La Marseillaise »

En partenariat avec la fête de « La Marseillaise », le 27 mai 2023, au Parc des libertés, dans l’Ile de la Barthelasse à Avignon, la Ligue des droits de l’Homme inaugure un cycle de rencontres autour du système colonial comme matrice originelle et essentielle de l’extrême droite en France. Cette première rencontre traitera des appelés du contingent pendant la guerre d’Algérie, avec l’historienne Raphaëlle Branche et l’ancien appelé en Algérie qui est devenu ensuite psychanalyste, Jacques Inrep. Elle sera suivie d’autres rencontres à partir de l’automne 2023 portant sur d’autres aspects de l’histoire coloniale franco-algérienne, notamment sur l’immigration algérienne en France, les européens rapatriés d’Algérie, les Juifs d’Algérie et les harkis – et leurs descendants –, dont le programme sera communiqué au cours de cette journée.

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Musées et créations contemporaines

Centenaire de l’Académie des Sciences
devenues « d’outre-mer »,
institution fondée au service de l’empire
et qui possède une riche documentation

En mai 1923 fut fondée une Académie des Sciences coloniales, véritable laboratoire d’idées au service de l’expansion coloniale française. Le 23 mai 2023, l’Académie des Sciences d’outre-mer, qui lui a succédé, célébrera ce centenaire dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, sous le titre général « Cent ans de passion et au-delà pour l’outre-mer ». La séance inaugurale aura lieu en présence de Sylvie Retailleau, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. On indique que la « maîtresse de cérémonie » sera la journaliste Christine Kelly, connue du public de la chaîne CNews pour avoir tendu avec complaisance son micro à Éric Zemmour, nostalgique de l’ère coloniale et partisan de la théorie raciste du « grand remplacement ». Alain Ruscio retrace ici l’histoire de cette institution. On lira aussi un article de Pierre Singaravélou sur l’histoire des « sciences coloniales », ainsi qu’un texte d’Emmanuelle Sibeud sur la « décolonisation invisible » des sciences sociales.

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Racisme de couleur et islamophobie

Deux films rediffusés sur Arte et France.tv
explorent la condition noire en France

Alors que selon le dernier baromètre des discriminations du Conseil représentatif des associations noires (CRAN), 91 % des personnes noires en France déclarent être victimes de racisme, Arte et France.tv rediffusent chacune en replay un film documentaire qui explore la condition noire dans notre pays : Trop noire pour être française ? d’Isabelle Boni-Claverie et Noirs en France d’Aurélia Perreau. Le premier, qui date de 2017, part de l’histoire personnelle de sa réalisatrice et s’appuie sur l’analyse de spécialistes, tels Eric Fassin, Pap Ndiaye ou Achille Mbembe, l’autre raconte les discriminations vécues dans le monde du travail ou dans leur vie quotidienne par des Français noirs connus ou inconnus.

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La reconnaissance du passé colonial

Les 70 ans du 14 juillet 1953 :
une projection-débat à Paris
le 14 mai 2023

Pour le 70ème anniversaire de la répression policière du 14 juillet 1953 qui a fait sept morts Place de la Nation, à Paris, un collectif d’associations animé notamment par des militants LDH de l’Est parisien prépare une exposition en plein air, une représentation du « procès qui n’a pas eu lieu » avec un réquisitoire théâtralisé, un bal « pour commémorer les balles », etc. En lien avec la problématique des libertés publiques partout dans le monde et des violences policières en France. Pour faire connaître cet événement trop oublié et pour débattre largement de l’idée de refaire le défilé populaire Bastille-Nation qui avait lieu jusqu’en 1953, la projection-débat de ce dimanche 14 mai à 11h, au Cinéma Escurial Panorama, 75013 Paris, est une étape importante.

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Musées et créations contemporaines

Films et débats sur l’esclavage au cinéma
et une exposition pédagogique
par la Fondation pour la mémoire de l’esclavage

Le thème de l’esclavage est présent dans le cinéma depuis sa naissance à la fin du XIXe siècle. La filmographie compte plus d’une centaine de films dont des œuvres marquantes qui ont façonné sa représentation dans l’imaginaire mondial. A l’initiative de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage (FME) et à la suite de la journée du 10 mai de commémoration par la France de l’esclavage et de ses abolitions, se tient au musée du Quai Branly, le 21 mai 2023, une journée de projections intitulée Marronnes ! Rebelles à l’image, dont nous publions le programme. On lira aussi sur le très riche site de la FME une série d’articles de l’historien du cinéma Antoine Guégan sur les films et les cinéastes qui ont traité de l’esclavage au cinéma. Et nous présentons l’exposition de la FME, #CESTNOTREHISTOIRE, à la disposition de tous les établissements qui veulent faire connaître cet épisode tragique et ses conséquences.

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Histoire et mémoire des anticolonialismes

« Revenir à Montluc »,
un film qui révèle la difficulté à intégrer
l’histoire coloniale française
projeté à Saint Etienne et à Lyon

Le Fort de Montluc, à Lyon, fut, de 1940 à 1944, une prison du régime de Vichy puis de l’occupant nazi. Il fut aussi durant la guerre d’indépendance algérienne un lieu de détention d’Algériens et de leurs soutiens français, ainsi que, de 1959 à 1961, celui de onze exécutions capitales de militants du MNA et du FLN. Dans Revenir à Montluc, un film de Béatrice Dubell, Claudie Duhamel, française engagée dans le soutien au FLN, revient sur sa détention dans ce lieu où elle fut notamment témoin de la dernière exécution capitale, celle de Salah Dehil en janvier 1961. Mais la réalisatrice Béatrice Dubell n’a pu filmer l’intérieur de Montluc, en raison d’une opposition à voir intégrer ce « passé algérien » à l’histoire de la prison, comme le rappellent ci-dessous la présentation du film et un article du Monde. Ce film sera projeté à Saint Etienne et à Lyon respectivement le 25 avril et le 3 mai 2023.

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La reconnaissance de l'esclavage

Hommage de la FME à Toussaint Louverture,
symbole universel du combat pour la liberté
des populations noires

Le 7 avril 2023, la Fondation pour la mémoire de l’esclavage (FME) et la Région Ile-de-France ont organisé au Panthéon un hommage à Toussaint Louverture. Héros de l’abolition de l’esclavage à Saint-Domingue (aujourd’hui Haïti), il est mort le 7 avril 1803, au Fort-de-Joux dans le Doubs où Napoléon Bonaparte l’avait déporté sans procès. « Toussaint Louverture est aujourd’hui un symbole universel du combat pour la liberté et la dignité des populations noires », souligne la FME, dont nous reproduisons ici une biographie de cet ancien esclave qui ouvrit la voie à l’indépendance d’Haïti en 1804. Elle est complétée par une vidéo de la FME et un podcast de France Culture dans lesquels s’exprime l’historien britannique Sudhir Hazareesingh, auteur d’une biographie de Toussaint Louverture (Flammarion, 2020).

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Gestion postcoloniale de l'immigration

« Malika, généalogie d’un crime policier »
de Jennifer Yezid

En 1973, parce qu’elle avait cherché à prévenir son frère de l’arrivée des gendarmes, Malika Yezid, 8 ans, s’est retrouvée enfermée dans sa chambre avec l’un d’entre eux. Elle en est ressortie dans le coma, puis est morte à l’hôpital. Dans « Malika, généalogie d’une crime policier », Jennifer Yezid, nièce de Malika, qui est la seule survivante de la famille, fait le récit de ce drame. Avec Asya Djoulaït, écrivaine, et Sami Ouchane, historien, elle raconte ce crime impuni qui a eu des répercussions sur plusieurs générations. Mais elle dit aussi le sens de la justice et de la vérité, la soif de vivre qui l’animent et l’amènent à parler aujourd’hui. Ci-dessous la postface par Rachida Brahim, sociologue et psychanalyste.

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L'OAS et ses nostalgiques

Mort de l’un des dernier chefs,
condamné puis amnistié,
de l’organisation terroriste de l’OAS

La mort de l’un des dernier chefs de l’organisation terroriste de l’OAS, Jean-Claude Pérez, qui a été condamné puis amnistié et est revenu en France en 1969, depuis l’Espagne franquiste où il s’était réfugié, est intervenue le 8 mars 2023. Son décès a été annoncé par Le Figaro sans aucune référence à son passé. C’est l’un des chefs d’une organisation criminelle qui a tué un grand nombre d’Algériens ainsi que des gendarmes, des fonctionnaires français et des Européens favorables à la recherche d’une évolution pacifique du statut de l’Algérie. Pérez fait partie de ceux qui ont été condamnés à mort pour leurs crimes, ont fui en 1962 dans l’Espagne de Franco, puis sont revenus en France après le départ du général de Gaulle. Leur retour et leur « blanchiment » sous les présidences de Georges Pompidou puis de Valéry Giscard d’Estaing a permis un déni de leurs crimes et contribué à l’essor de l’extrême droite.

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Le 17 octobre 1961

Pas de résolution à l’Assemblée Nationale
sur le crime d’Etat du 17 octobre 1961

Le groupe Europe-Ecologie-Les Verts a déposé en mars 2023 une proposition de résolution pour la reconnaissance du massacre des Algériens du 17 octobre 1961 à Paris. Portée par la députée Sabrina Sebaihi, elle invitait à la reconnaissance par la République de sa responsabilité dans ce crime, à une commémoration officielle régulière et l’édification d’un lieu de mémoire, ainsi qu’à l’ouverture des archives à tous les citoyens. Le 5 avril, le groupe EELV a décidé son retrait, certains députés, selon Libération, ayant jugé inopportun son examen « au vu du contexte actuel ». Nous publions la résolution retirée en regrettant vivement qu’après le vote par le Sénat le 23 octobre 2012 d’une résolution comparable, l’Assemblée nationale n’en ait pas été saisie. C’est une grave erreur de négliger le travail à faire sur le passé colonial de la France et son héritage, indispensable notamment pour contrer l’essor de l’extrême droite. Toutes les forces politiques, morales et intellectuelles de la société française, ont une responsabilité à cet égard.

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