4 000 articles et documents

Édition du 15 mars au 1er avril 2026

jsylvestre

La restitution des objets et restes mortuaires coloniaux

Le long combat de l’Afrique pour son art,
par Bénédicte Savoy

L’historienne de l’art Bénédicte Savoy a rendu en 2018 au président Macron, avec l’économiste Felwine Sarr, un rapport remarqué « sur la restitution du patrimoine culturel africain ». Elle publie en 2023 au Seuil Le long combat de l’Afrique pour son art, dans lequel elle montre que la revendication africaine de restitution, loin d’être récente, remonte aux années 1960 et a suscité immédiatement des résistances fortes en Europe qui sont loin d’être dissipées aujourd’hui. Selon elle, la restitution est essentielle à toute relation future entre les pays africains et les anciennes métropoles coloniales. Nous publions ici la présentation de l’éditeur, une vidéo dans laquelle Bénédicte Savoy expose cette problématique, un entretien dans Le Monde, ainsi qu’une des leçons filmées qu’elle a donné au Collège de France en 2017.

Lire la suite »
Livres, films, spectacles pour la reconnaissance

Inauguration symbolique
d’un « Parvis Maurice Audin »
à Toulouse le 25 février 2023

Le samedi 25 février 2023 à Toulouse, devant la médiathèque Grand M, des citoyennes et citoyens, de nombreuses associations et des partis politiques vont donner le nom de Maurice Audin, militant anticolonialiste algérien, à une place de la ville. Une manière d’inciter la municipalité, sollicitée depuis 2019 et qui renâcle à le faire, à prendre la décision officielle d’attribuer un nom de rue ou de place en souvenir de ce militant martyr de l’indépendance de l’Algérie, assassiné en 1957 par les militaires français qui le détenaient. Ci-dessous l’article qu’a consacré à cette opération symbolique le quotidien La Dépêche. Et aussi l’annonce à Clermont-Ferrand d’une soirée avec Pierre Audin organisée par les Amis de l’Humanité du Puy de Dôme autour du parcours de mathématicien de son père et de l’ouvrage que Pierre Audin a co-signé, « La vérité est en marche, rien de l’arrêtera ».

Lire la suite »
1830-1880

« 1871. L’Algérie sous séquestre »,
par Didier Guignard

En 1930, après un siècle de colonisation en Algérie, plus du tiers des terres de culture est passé dans les mains des Européens. Une grande partie de ces spoliations ont été opérées en représailles de l’insurrection de 1871 : environ 900 000 Algériens, plus du quart de la population totale, se voient alors infliger un séquestre sur leurs terres, maisons ou plantations. C’est l’objet du livre de Didier Guignard, publié en janvier 2023 par les éditions du CNRS. S’appuyant sur les archives et sur une enquête de terrain, il étudie aussi les adaptations et résistances de la paysannerie kabyle jusqu’aux années 1930. On lira ici la présentation de l’éditeur, la préface de Neil MacMaster et l’introduction, ainsi qu’un article de Didier Guinard, dans la revue Insaniyat, consacré à un cas de résistance à la mainmise foncière, celui des Beni Urjin, dans la région de Bône, aujourd’hui Annaba.

Lire la suite »
Réconciliation et réparations

Les Etats européens
face à la problématique des excuses
sur les crimes coloniaux

Le mouvement Black Lives Matter a imposé depuis 2020 dans toutes les anciennes puissances esclavagistes et colonialistes européennes la problématique de la reconnaissance des crimes commis et celle des excuses et des réparations. Les réactions des Etats sont variables, les résistances souvent fortes. « Je ne demanderai pas pardon », a par exemple déclaré récemment le président français à propos de la colonisation de l’Algérie. En Belgique, le travail en ce sens d’une commission officielle qui permettait d’espérer une avancée majeure, déjà évoqué sur notre site, vient d’échouer, comme le raconte un article ci-dessous. Un dossier du site Justiceinfo.net et une série de vidéos diffusée par Arte permettent de faire un tour d’horizon européen. Nous renvoyons également à un article de fond du sociologue Renaud Hourcade sur « la politique des excuses » et ses ambiguïtés.

Lire la suite »
La société française au temps des colonies

Du nouveau sur Albert Camus
et l’autodétermination de l’Algérie,
par Faris Lounis et Christian Phéline

L’idée que Camus fut un défenseur de l’Algérie française fait partie aussi bien du discours de l’extrême droite en France que de celui de certains courants xénophobes et étroitement identitaires en Algérie. C’est méconnaitre certains de ses engagements comme celui, en janvier 1956, qui lui a valu les cris hostiles des européens d’Algérie partisans de la guerre à outrance contre le FLN. Ci-dessous une tribune qui la réfute, publiée en janvier 2023 par le journaliste algérien Faris Lounis. Contactés par notre site, Faris Lounis et le spécialiste de Camus, Christian Phéline, l’ont prolongée par un article écrit pour Histoire coloniale et postcoloniale qui analyse de plus près la position de Camus à la fin de 1959 sur le droit à l’autodétermination en Algérie. Ils renouvellent la connaissance de son positionnement à partir de septembre 1959, quand la question de l’autodétermination et de la fin du conflit a été lancée dans le débat public.

Lire la suite »
La reconnaissance du passé colonial

Restituer la clé et les étendards de Laghouat
pour renforcer les liens de solidarité entre les peuples algérien et français

Le 4 décembre 1852, une armée coloniale française commandée par les généraux Aimable Pélissier (1794-1864), Joseph Vantini dit « Yusuf » (1808-1866) et Henri-Pierre Bouscaren (1804-1852), a pris d’assaut la ville de Laghouat, dans le Sud algérien. Plus des deux tiers des habitants périssent, combattants, femmes, enfants et vieillards. La clé et les étendards de la ville sont aujourd’hui la propriété du Musée de l’armée. Le journaliste et écrivain algérien Lazhari Labter, auteur de « Laghouat vue par des chroniqueurs, écrivains, peintres, voyageurs, explorateurs et conquérants » (Hibr Edition, 2018), a publié une lettre ouverte au président de la République, Emmanuel Macron, lui demandant d’agir pour leur restitution. Un collectif d’historiens et de militants y appelle le 10 février 2023 dans Le Monde, « pour renforcer les liens de solidarité entre les peuples algérien et français ». A ce jour, elle reste sans réponse.

Lire la suite »
La reconnaissance de l'esclavage

Des propos scandaleux
du ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin
sur l’esclavage aux Antilles
provoquent des réactions

Lors d’une journée d’études organisée à Paris le 2 février 2023, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a réagi à l’adoption en Martinique d’un drapeau inspiré des mouvements indépendantistes en affirmant que « les Antilles ont été des colonies, mais pas de peuplement ; (…) contrairement à ce que l’on raconte, c’est la République française qui a aboli l’esclavage. La France a sans doute mis, dans des conditions extraordinairement difficiles, les populations colonisées dans des états désastreux, mais c’est la République qui a aboli l’esclavage. On leur demande d’aimer la République, pas toute l’histoire de France. » Ces propos ont provoqué la colère des députés ultramarins dont voici le communiqué. Interpellé à l’Assemblée par ces derniers, il a maintenu ses propos. La Fondation pour la mémoire de l’esclavage (FME) a tenu quant à elle à rappeler les faits historiques dans un communiqué que nous reproduisons également.

Lire la suite »
Algérie

L’artiste Baya (1931-1998),
une icône de la peinture algérienne

L’Institut du monde arabe expose jusqu’au 26 mars 2023 une cinquantaine d’œuvres de Baya (1931-1998). Une artiste très singulière, « découverte » enfant alors qu’elle travaillait dans une ferme coloniale par une artiste européenne d’Alger qui l’adopta en l’employant comme domestique. Reconnue par des surréalistes éblouis par son « art brut » et exposée par le marchand d’art Aimé Maeght à Paris à l’âge de 16 ans en 1947, alors même que les « indigènes » étaient en Algérie interdits de galeries et d’expositions. Elle se remit à produire après l’Indépendance en 1962 et, durant un quart de siècle, eut une importante influence sur les artistes d’Algérie. L’exposition ira ensuite au Centre de la Vieille Charité à Marseille, de mai à septembre 2023. Ci-dessous sa présentation, un article de Philippe Dagen dans Le Monde et une vidéo de France Culture.

Lire la suite »
Musées et créations contemporaines

Le Tata de Chasselay, dans le Rhône,
et la mémoire vive des tirailleurs sénégalais,
par William Robin-Detraz

Depuis la sortie de Tirailleurs dans les salles de cinéma, les tirailleurs ont fait la une de l’actualité, à la fois avec une polémique montée de toutes pièces autour de propos d’Omar Sy et par les annonces opportunistes du gouvernement concernant les pensions de vieillesse des derniers tirailleurs. Peu de temps avant la sortie du film, une autre polémique, à la portée médiatique moindre, a marqué la commémoration des tirailleurs assassinés dans la région lyonnaise en juin 1940 et reposant à la nécropole du Tata de Chasselay. Ce cimetière particulier, édifié pendant la guerre en souvenir des soldats du 25e régiment de tirailleurs sénégalais, cristallise depuis les enjeux autour de la mémoire des tirailleurs. Retour sur ce lieu et sur les commémorations qui s’y déroulent depuis ce tragique mois de juin 1940.

Lire la suite »
Indochine

Disparition de Pierre Brocheux (1931-2022)
historien important du Viêt-Nam contemporain

Pierre Brocheux, spécialiste de l’histoire de l’Indochine coloniale et du Viêt Nam contemporain est décédé le 25 décembre 2022. Né à Cholon le 18 mai 1931 d’un père français et d’une mère vietnamienne dans ce qui était encore la Cochinchine, il a fait ses études primaires, secondaires et supérieures à Saïgon puis à Paris. Il a enseigné l’histoire et la géographie au lycée français de Saïgon de 1960 à 1968 puis au lycée technique Jean-Macé à Vitry-sur-Seine (1968-1970). Avec Daniel Hémery, il a publié l’ouvrage de référence Indochine, la colonisation ambiguë aux Éditions La Découverte en 1995, réédité depuis. Et aussi deux ouvrages biographiques sur Hô Chi Minh (2000 et 2003), un essai d’histoire économique du Viêt-Nam sur la longue durée (2009), une monographie sur le delta du Mékong (1995, rééditée en 2009) et des directions d’ouvrages abordant des aspects peu connus de la colonisation ou de la guerre d’Indochine.

Lire la suite »
Réconciliation et réparations

Nomination de la partie française
de la « commission mixte d’historiens »
franco-algérienne

La création d’une commission mixte d’historiens chargée de travailler « sur la colonisation et la guerre d’Indépendance », avait été annoncée à Alger en août 2022 par les présidents Emmanuel Macron et Abdelmadjid Tebboune. Des membres algériens ont été annoncés en novembre 2022 – Mohamed El Korso, Idir Hachi, Abdelaziz Fillali, Mohamed Lahcen Zighidi et Djamel Yahiaoui -, les nominations françaises ont été publiées par Le Monde le 26 janvier 2023. Benjamin Stora la coprésidera avec Mohamed Lahcen Zeghidi, ex-directeur du Musée national du moudjahid. Il n’est plus question dans cet article de celui qui était présenté au départ par Abdelmadjid Tebboune comme l’équivalent algérien de Benjamin Stora, Abdelmadjid Chikhi, que nombre d’historiens algériens considèrent comme le « verrouilleur » des archives algériennes. Les autres membres français sont les historiens Jacques Frémeaux, Jean-Jacques Jordi, Tramor Quemeneur et la conservatrice en chef du patrimoine Florence Hudowicz.

Lire la suite »
Portugal

A la Tricontinentale de janvier 1966
« Amílcar Cabral envoûte la conférence »,
par Roger Faligot

En janvier 1966 naît à Cuba la Tricontinentale, organisation regroupant les forces « anti-impérialistes » d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine. Se retrouvent, à l’hôtel Habana Libre, 82 délégations de pays décolonisés, de mouvements de libération afro-asiatiques et de formations de guérilla d’Amérique latine. Le leader guinéen et capverdien Amilcar Cabral, dont on commémore en 2023 le cinquantenaire de l’assassinat à Conakry le 20 janvier 1973, y fait un long discours devenu célèbre, au nom du Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC), du Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA) et du Front de libération du Mozambique (Frelimo). Dans cet extrait du livre Tricontinentale (La Découverte, 2013), Roger Faligot raconte comment, devant un parterre médusé et enthousiaste, le « Lénine africain » révise la théorie marxiste de la lutte des classes en contexte révolutionnaire anticolonial.

Lire la suite »