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Édition du 15 mars au 1er avril 2026

jsylvestre

Rony Brauman : “on ne peut installer la démocratie avec des bombardiers”

Rony Brauman, ancien président de l’association Médecins sans Frontières (de 1982 à 1994), est professeur associé à l’Institut d’études politiques de Paris. Il réfléchit depuis des années aux effets des interventions humanitaires.
Il détaille les leçons à tirer des interventions et guerres précédentes, s’étonnant que ces expériences soient aussi peu prises en compte : « comment a-t-on pu oublier l’Irak et l’Afghanistan ? »1.

Dès le troisième jour de l’intervention internationale engagée par Sarkozy, il déclarait dans une interview sur France-Inter (vidéo ci-dessous) :
«Ce qui me gêne dans cette opération, c’est qu’on prétend installer la démocratie et un Etat de droit avec des bombardiers […] ; à chaque fois qu’on a essayé de le faire, non seulement on a échoué mais le remède qu’on prétendait apporter était pire que le mal».

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La Dépêche du 24 mars 1962.
Les violences de l'OAS

Alger, fin mars 1962, l’OAS fait la guerre à l’armée française

Dans un article de l’édition du 25 mars 1972 du journal Le Monde2, Jean Lacouture rapporte que le 22 mars 1962, un responsable du service d’ordre à Alger avait montré à Alain Jacob, envoyé spécial du Monde à Alger, « un tract qui lui avait paru invraisemblable […] : les chefs de l’OAS y proclamaient que les forces françaises devaient dorénavant être considérées comme des troupes étrangères d’occupation…»

C’est bien ainsi que les chefs de l’OAS ont réagi au cessez-le-feu du 19 mars 1962 : en mettant en oeuvre l’instruction 29, la feuille de route que le général Salan, chef suprême de l’OAS, avait rendu publique le 23 février 1962 et qui devait empêcher «l’abandon de l’Algérie française».

Dans cette instruction, Salan avait donné l’ordre d’« ouvrir systématiquement le feu sur les unités de gendarmerie mobile et de CRS ». En ce qui concerne les autres forces de maintien de l’ordre, il leur accorde un délai pour rallier l’OAS. Au lendemain de l’entrée en vigueur du cessez-le-feu conclu à Evian entre le gouvernement français et le GPRA, estimant que ce délai est écoulé, il déclare que les officiers, sous-officiers et soldats qui ne l’ont pas ralliée seront « considérés comme des troupes étrangères d’occupation ». En fait, depuis l’échec du putsch d’avril 1961, l’OAS considérait les militaires du contingent comme des adversaires de sa cause – un tract daté de la fin de l’année 1961 en témoigne.

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Italie

Il y a un siècle, des bombardements aériens “ouvraient” la Tripolitaine à “la civilisation”

La Cyrénaïque et la Tripolitaine étaient sous domination turque lorsque l’Italie en entreprit la conquête en octobre 1911. A cette occasion, l’historien Alain Ruscio nous le rappelle, pour la première fois dans l’histoire, l’aviation – l’aviation italienne en l’occurrence – a été utilisée pour bombarder des positions ennemies.

L’Empire ottoman renonça à ses droits dès 1912, mais la conquête italienne ne se termina qu’en 1932. Les Italiens fusionnèrent les trois régions historiques (Tripolitaine, Cyrénaïque et Fezzan) en une colonie libyenne, laquelle devint une «province italienne» en 1939. La colonisation italienne fut très dure : entre 1911 et 1945, les Italiens exterminèrent ou forcèrent à l’exil la moitié de la population locale.

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Gouvernée par le roi Idris 1er de la confrérie des Senoussis qui avait symbolisé la résistance aux Italiens, la Libye fut la première colonie d’Afrique à accéder à l’indépendance en 1951. Le pays comptait alors parmi les plus pauvres… jusqu’à la découverte de gisements pétroliers, en 1958 et 1959. Le 1er septembre 1969, un coup d’État militaire dirigé par le capitaine Mouammar Kadhafi, alors âgé de 27 ans, renversa la royauté…

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la démocratie en Algérie passera par la vérité et la justice

Le pouvoir algérien a levé l’état d’urgence le 23 février 2011, dix-neuf ans après son instauration. Mais les manifestations de rue restent interdites à Alger. Samedi 19 mars 2011, deux rassemblements se sont heurtés au dispositif des services de sécurité qui les ont empêchés d’avancer.

S’il veut répondre aux aspirations des Algériens, le pouvoir algérien devra engager de profondes réformes et prendre en compte les demandes des familles de disparus en Algérie.

[Mis en ligne le 22 mars 2011, mis à jour le 27]

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Salah Salmi et sa carte d’ancien combattant. (Photo Dominique Leriche)
Harkis

Salah Salmi oublié en 1962, refusé en 2010, régularisé en 2011

Salah Salmi, un ancien harki âgé aujourd’hui de 72 ans, avait pu obtenir un visa en 2000 pour rejoindre la France. En 2004, il est incarcéré pour un viol dont il a été innocenté depuis. Après dix-huit mois de détention provisoire, il s’est trouvé privé de titre de séjour pour n’avoir pas effectué en temps voulu auprès de la préfecture du Var les formalités permettant la reconduction de son titre – il était alors en prison.

En 2010, la cour administrative d’appel de Marseille avait rejeté sa demande…

La préfecture du Var vient enfin de le régulariser et il va être indemnisé pour l’incarcération injustifiée qu’il a subie.

[Mis en ligne le 8 octobre 2010, mis à jour le 25 mars 2011]

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Les pieds-noirs méritent mieux que le documentaire “La valise ou le cercueil” pour traiter de leur histoire

La valise ou le cercueil est le titre du film documentaire de Charly Cassan qui, selon la présentation qu’il en donne, «retrace la vie et le lâche assassinat du peuple pied noir et harkis par la République gaulliste dirigée par De Gaulle. C’est aussi toute l’histoire authentique de cette belle province française durant 132 ans… 3»

En revanche, Aïcha Kerfah, responsable de l’association Harkis et droits de l’Homme pour la région Languedoc-Roussillon, qui a assisté à sa projection en avant-première dimanche 26 février 2011 à Lattes, près de Montpellier, et dont nous reprenons les commentaires ci-dessous, semble y avoir vu une illustration des propos de Jean-Jacques Jordi 4 :
«Depuis quelques années, la communauté française d’Algérie tient à affirmer son identité propre face aux multiples identités locales, régionales, voire étrangères sur le territoire de la métropole. Cela n’est pas chose facile, tant les éléments fondateurs de l’identité “pied-noire” sont relativement récents, et tant y abondent des lieux communs parfois falsificateurs. »

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Jérôme Bosch, Der Heuwagen (détail)
La guerre de Libye (2011)

Tzvetan Todorov : “il n’existe pas de guerre propre ni de guerre juste”

S’attaquant à l’unanimisme des partis politiques et des commentateurs en faveur de l’intervention militaire en Libye, Tzvetan Todorov rappelle que «l’ordre international incarné par le Conseil de sécurité consacre le règne de la force, non du droit» et que son approbation demeure de ce fait un gage de légitimité discutable.

Tzvetan Todorov, historien et essayiste, a notamment publié en 2008 la Peur des barbares. Au-delà du choc des civilisations (Robert Laffont)

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 19 mars 1962 / 19 mars 2011

Hier, 19 mars 2011, c’était la commémoration du cessez-le-feu en Algérie5. Espérons que, l’année prochaine, Algériens et Français pourront commémorer ensemble le cinquantenaire de cet événement.

Hier, Nicolas Sarkozy, président de la République avait revêtu son uniforme de chef des armées pour déclarer : «Aujourd’hui, nous intervenons en Libye…»
Le 10 mars 2003, lors d’une interview télévisée à propos de l’Irak, Jacques Chirac, président de la République, avait déclaré : « La guerre, c’est toujours un ultime recours, c’est toujours un constat d’échec, c’est toujours la pire des solutions, parce qu’elle amène la mort et la misère. »
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Les exactions : torture, viols, exécutions extrajudiciaires

Pourquoi la torture ? par Serge Portelli

Malgré son interdiction à l’échelle de la planète, malgré les conventions internationales, malgré les inspections de l’ONU, la torture persiste, et son histoire n’est qu’une longue liste d’exceptions, concédées, la main sur le cœur, pour le plus grand bien de l’humanité.

De l’Antiquité aux tortures américaines en Irak, en passant par l’Inquisition, les supplices chinois, la guerre d’Algérie, les dictateurs sud américains, soviétiques, chinois, les « démocraties », … la torture est une constante de l’humanité. Mais pourquoi ? Pourquoi cette constance ? Pourquoi des « hommes ordinaires» l’ont-ils pratiquée ? … Des questions auxquelles Serge Portelli tente de répondre dans son dernier livre, Pourquoi la torture ?

Après en avoir rappelé des épisodes et des acteurs tristement célèbres – Eichmann, Duch, Aussaresses… Serge Portelli déclare : «Inutile d’argumenter. Le combat ne peut être qu’absolu, la condamnation catégorique». Et pour ce combat, sans concession, il faut connaître notre adversaire, la part sombre de notre humanité.

Serge Portelli est magistrat, vice-président au tribunal de grande instance de Paris. Il est l’auteur notamment de Le sarkozysme sans Sarkozy et il s’apprête à publier Juger début avril aux éditions de l’Atelier.

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Les violences de l'OAS

La feuille de route de l’OAS
par le général Salan
en février 1962

L’instruction n° 29 de l’OAS, reprise ci-dessous dans son intégralité, est à juste titre considérée comme l’un de ses textes les plus importants. Rendue publique le 23 février 1962 par le général Salan, “chef suprême” de l’OAS, elle vise à organiser l’insurrection armée au moment du cessez-le-feu – qui sera instauré le 19 mars suivant. Cette directive, véritable déclaration de guerre civile, recense tous les crimes qui seront effectivement commis par l’OAS. On y trouve notamment les préconisations suivantes : encourager les autorités militaires à se rallier (I B 2), créer des « zones insurrectionnelles » (IV A), ouvrir systématiquement le feu sur les unités de gendarmerie mobile et de CRS (IV B 1), utiliser la foule dans les rues (IV B 8).

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Un nouvel éclairage sur les massacres d’août 1955, par Claire Mauss-Copeaux

Vous trouverez ci-dessous deux comptes rendus du livre de Claire Mauss-Copeaux7 sur les massacres d’août 1955 dans le Constantinois : celui de Walid Mebarek publié le 16 mars 2011 dans le quotidien algérien El Watan, et celui de Florence Beaugé dans l’édition du 1er mars 2011 du quotidien Le Monde.

Par ailleurs, dans son livre – voir les pages 164 à 168 –, Claire Mauss-Copeaux met en doute le récit que Maurice Faivre a donné comme témoignage des événements d’Aïn Abid. Dans un texte mis en ligne sur le site EtudesColoniales8 le 21 janvier dernier, deux jours après que le livre ait été disponible en librairie, Maurice Faivre reconnaît : «Je n’ai donc pas été témoin des atrocités d’Aïn Abid». Cette déclaration importante ayant disparu du site EtudesColoniales, nous la reprenons ci-dessous dans son intégralité.

[Mis en ligne le 2 mars 2011, mis à jour le 17]

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Dates figurant sur la partie gauche de la stèle de Marignane.
Marignane

stèle des nostalgiques de l’OAS : le retour

Un geste politique de portée symbolique : la réinstallation sous une forme légèrement modifiée de la stèle de Marignane à son emplacement initial au cimetière Saint Laurent Imbert, le 11 mars 2011, date anniversaire de la mort de Jean-Marie Bastien-Thiry – ce qui a permis à l’Adimad9 d’y organiser une cérémonie dès le dimanche 13 mars à 16 heures.

La stèle, initialement installée le 5 décembre 2005, est depuis lors l’objet de plusieurs actions en justice. Le 18 novembre 2008, la mairie de Marignane l’avait fait retirer du cimetière en application d’une décision du 7 juillet 2008 du tribunal administratif de Marseille. Mais le conseil municipal de Marignane a voté le 27 octobre 2010 une délibération en faveur de son retour à l’emplacement initial. Bien que cette délibération fasse l’objet de recours devant le TA de Marseille, le maire a donc décidé dans l’urgence10 la réinstallation de cette stèle.

La nouvelle stèle acceptée en octobre dernier par le conseil municipal diffère de la stèle initiale : les dates du panneau de droite, qui correspondaient aux exécutions des 4 fusillés de l’OAS, ont disparu et sont remplacées par un texte11.

En revanche la plaque centrale, représentant un condamné à mort face au peloton d’exécution, ne semble pas avoir été modifiée et le panneau de gauche comporte toujours les quatre mêmes dates :

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