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Édition du 1er au 15 février 2026

jsylvestre

La guerre coloniale du Cameroun a bien eu lieu

Sans surprise, Paul Biya, 78 ans, a été « réélu » le 9 octobre dernier pour un sixième mandat avec près de 78% des voix… Le conseil électoral (Elecam) a annoncé un taux d’abstention de 34%, alors que Transparency International l’a évalué à 70%1, mais, selon Alain Juppé, l’élection s’est déroulée « dans des conditions acceptables2».

Cette déclaration illustre la persistance de «relations spéciales» entre la France et son ancienne colonie d’Afrique centrale. D’ailleurs, interrogé en 2009 à Yaoundé au sujet de la participation des forces françaises à la répression contre les indépendantistes au cours des années 50 et 60, le premier ministre François Fillon avait évoqué à ce propos de « pures inventions».

Dans une question écrite posée le 12 juillet 2011, un député a demandé au ministre des Affaires étrangères «s’il confirme que la France a bien mené une guerre au Cameroun entre 1957 et 1963, comme l’écrivent les responsables militaires français de l’époque eux-mêmes».
Dans l’attente d’une réponse du ministre, vous pourrez prendre connaissance d’une réaction à cette interrogation.

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A la Une de La Provence du 18 novembre 2011.
Marignane

une stèle dédiée à l’OAS n’a pas sa place dans un cimetière : le Conseil d’État a tranché

Dans un arrêt du 14 novembre 2011, le Conseil d’Etat confirme l’annulation de l’arrêté du 23 juin 2005 du maire de Marignane accordant à l’ADIMAD, Association amicale pour la défense des intérêts moraux et matériels des anciens détenus et exilés politiques de l’Algérie française, l’autorisation d’occuper un emplacement dans le cimetière Saint-Laurent-Imbert pour y ériger une stèle – il s’agit de la première stèle installée dans le cimetière de Marignane le 5 juillet 2005. Celle-ci en effet ne constituait pas un simple monument commémoratif à la mémoire de personnes défuntes mais manifestait une prise de position politique et procédait à l’apologie de faits criminels.

En délivrant cette autorisation, le maire a donc autorisé l’occupation du domaine public communal pour un usage qui, d’une part, n’était pas compatible avec la destination normale d’un cimetière et, d’autre part, était de nature à entraîner des troubles à l’ordre public. Et c’est à bon droit qu’il a été fait injonction au maire de procéder à l’enlèvement de la stèle. 3

Gageons que cet arrêt du Conseil d’État fera jurisprudence et s’appliquera en particulier aux stèles des cimetières de Perpignan et de Béziers.

[Mise en ligne le 16 novembre 2011, dernière mise à jour le 19 novembre]

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Kanaky/Nouvelle-Calédonie

“l’ordre et la morale”, film de Mathieu Kassovitz sur le drame d’Ouvéa

Le 22 avril 1988, deux jours avant le premier tour de l’élection présidentielle qui a vu l’affrontement du président sortant, François Mitterrand, avec son premier ministre, Jacques Chirac, un commando de militants indépendantistes du FLNKS (Front de libération nationale kanak socialiste), conduit par Alphonse Dianou, avait attaqué la gendarmerie de Fayaoué, dans l’île d’Ouvéa. Quatre gendarmes sont tués et seize autres emmenés en otages dans la grotte de Gossanah.

Le 5 mai, quelques jours avant le second tour de l’élection présidentielle, l’armée et le GIGN (Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale) donnent l’assaut à la grotte. Deux militaires trouvent la mort et 19 Kanak sont tués, suscitant une vive controverse sur les conditions de leurs décès.

Aujourd’hui, la sortie en salle du film L’ordre et la morale de Mathieu Kassovitz relance la polémique. «Il y a eu une loi d’amnistie dans le mois qui a suivi. Je trouve cela aberrant», déclare l’ex-capitaine Philippe Legorjus. Celui qui était alors commandant du GIGN affirme que des indépendantistes ont été exécutés en 1988.

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Mais … le film pourra-t-il être vu en Nouvelle Calédonie ?

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Comme des milliers d'autres, Amine Amrouch a «disparu» au cours de la guerre du gouvernement algérien contre les islamistes des années 1990.
Algérie : les affrontements des années 1990

le prix Oscar Romero décerné à Nassera Dutour

La présidente du Collectif des familles de disparus en Algérie (CFDA) reçoit le prix Oscar Romero. Décerné par Rothko Chapel, une institution qui s’engage à promouvoir les droits humains et la compréhension interconfessionnelle, le prix qu’a reçu Nassera Dutour, le 13 novembre dernier, récompense sa lutte inlassable pour la vérité sur le sort de 7 000 hommes et femmes disparus en Algérie.

Le prix Oscar Romero, du nom de l’archevêque de San Salvador assassiné en 1980 pour ses années de lutte contre l’exploitation des pauvres au Salvador, est décerné à des personnes ou des organisations en reconnaissance de leur implication dans le domaine des droits de l’Homme.

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Les proches des victimes de disparition forcée continuent de réclamer justice. (© Martin de la Serna/Demotix)
L'exportation du modèle français de guerre anticoloniale

la justice argentine condamne d’anciens militaires pour des crimes contre l’humanité commis pendant la dictature

L’organisation Amnesty International se félicite de ces condamnations de 16 anciens responsables, dont l’ex-capitaine de la marine argentine Alfredo Astiz.

Ainsi que Marie-Monique Robin l’a montré, certaines des « méthodes » mises en pratique par les tortionnaires argentins leur avaient été enseignées par des militaires français qui avaient pu les expérimenter “sur le terrain” en Indochine et en Algérie – voir cette page.

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La Syrie saigne – Marie Bellando-Mitjans
Autres pays arabes et Afghanistan

Human Rights Watch accuse Damas de crimes contre l’humanité

Dans un rapport publié le 11 novembre, l’ONG Human Rights Watch (HRW) accuse le régime syrien de « crimes contre l’humanité » dans la ville de Homs, ses forces perpétrant de manière systématique des « abus » contre les civils dans leur répression du mouvement de contestation depuis huit mois. D’après HRW, 587 civils ont été tués à Homs, haut lieu de la contestation, entre la mi-avril et la fin août, et au moins 104 depuis le 2 novembre.

L’ONG s’inquiète également de la hausse du nombre de morts et des cas de torture dans les geôles du pouvoir. Le procédé est toujours le même : les forces de l’ordre enlèvent certains opposants, sans en informer les familles, qui quelques jours plus tard reçoivent un appel téléphonique de l’hôpital public leur demandant de venir récupérer le corps…

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Le 17 octobre 1961

les ratonnades d’octobre 61, par Michel Levine

En octobre 1961, en pleine guerre d’Algérie, Maurice Papon, préfet de police, instaure à Paris un couvre-feu pour les Algériens, citoyens français de seconde zone : chasse au faciès, interpellations systématiques, bouclages de quartiers, etc. En protestation, le FLN organise le 17 octobre une manifestation pacifique. La répression de la police parisienne sera sanglante et démesurée.

Le crime commis, c’est le grand silence de la part des autorités et des médias, un mutisme absolu qui durera des années. Il faudra attendre 1985 pour voir publié le premier livre important, que l’on doit à Michel Levine, Les ratonnades d’octobre : un meurtre collectif à Paris en 1961. Ce livre, pratiquement ignoré des critiques et du public lors de sa parution,
dévoile ce qui était ignoré ou soigneusement refoulé. L’auteur s’est livré à une véritable enquête, interrogeant victimes, avocats, témoins. Aujourd’hui, il revient sur cette période tragique de l’Histoire à l’occasion du 50e anniversaire du tragique événement d’octobre 1961 avec une édition augmentée.

Michel Levine est historien des Droits de l’Homme. Il a notamment publié chez Fayard Affaires non classées (Archives inédites de la Ligue des Droits de l’Homme).

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la France condamnée au Conseil de l’Europe pour sa politique envers les Roms

La conclusion du rapport du Comité européen des Droits sociaux (CEDS)4 est sans appel : la politique de démantèlement des camps roms annoncée par Nicolas Sarkozy à la fin du mois de juillet 2010 après les dégradations commises le 18 juillet à Saint-Aignan (Loir-et-Cher) a été discriminatoire et contraire à la dignité humaine.

La France a violé à la fois les règles relatives au droit au logement et celles en vigueur en matière d’expulsions, les renvois des Roms d’origine roumaine et bulgare vers leur pays s’apparentant à des expulsions collectives prohibées par la Convention européenne des droits de l’homme. La circulaire du 5 août 2010, qui ciblait en priorité les camps roms «a donné lieu à un traitement clairement et directement discriminatoire», et le texte qui l’a remplacée le 13 septembre n’a pas modifié la situation.

La France est maintenant invitée à faire état, lors d’une prochaine réunion, des mesures prises ou envisagées afin de répondre à cette situation.

Cette condamnation de la France par un organisme européen fait suite à une réclamation déposée par le Centre sur les droits au logement et les expulsions, mais deux autres recours contre la politique française concernant les Roms et les Gens du voyage sont encore pendants devant le CEDS : l’un déposé par Médecins du monde, l’autre par le Forum européen des Roms.

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“Bigeard shrimp” (crevettes Bigeard) : Paul Teitgen rappelle le nom donné aux cadavres jetés à la mer par les autorités.
Les résistances à la guerre d'Algérie

Elever une statue à … Paul Teitgen

Dans L’art français de la guerre qui lui a valu le prix Goncourt, Alexis Jenni écrit : «Je voudrais élever une statue. Une statue de bronze par exemple car elles sont solides et on reconnaît les traits du visage.»

Et il poursuit : «Cette statue serait celle d’un petit homme sans grâce physique qui porterait un costume démodé et d’énormes lunettes qui déforment son visage ; on le montrerait tenir une feuille et un stylo, tendre le stylo pour que l’on signe la feuille comme les sondeurs dans la rue, ou les militants qui veulent remplir leur pétition. Il ne paie pas de mine, son acte est modeste, mais je voudrais élever une statue à Paul Teitgen.» (Alexis Jenni, L’art français de la guerre)5

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Des manifestants algériens arrêtés à Puteaux le 17 octobre 1961. AFP/Fernand Parizot
Le 17 octobre 1961

remise des 10 000 premières signatures de l’appel à la reconnaissance des massacres du 17 octobre 61

Des manifestants algériens arrêtés à Puteaux le 17 octobre 1961. AFP/Fernand Parizot
Des manifestants algériens arrêtés à Puteaux le 17 octobre 1961. AFP/Fernand Parizot

C’est un massacre colonial dont la France officielle a jusqu’à présent refusé d’admettre l’existence. Il ne s’est pas déroulé en Algérie, au Cameroun ni à Madagascar, mais à Paris, ville-lumière, ville des Lumières… Le 17 octobre 1961, des dizaines d’Algériens et d’Algériennes ont été tués, certains en étant jetés à la Seine, alors qu’ils ne savaient pas nager, pour avoir osé braver le couvre-feu qui leur était imposé. D’autres ont été battus à mort dans la cour de la Préfecture de police ou dans ses annexes, cette même Préfecture où, l’on va, aujourd’hui, retirer son permis de conduire ou une carte de séjour, sans oublier celles et ceux qui y célèbrent leur naturalisation.

Il n’y eut aucune enquête officielle, aucune inculpation ou mise en cause … mais, aujourd’hui, le 17 octobre est lourd d’enseignements : il nous rappelle le rôle ambigu de la gauche française pendant la Guerre d’Algérie, mais également que la France officielle a toujours aussi mal à sa mémoire coloniale – cette France qui s’en va donner des leçons mémorielles à la planète entière.
Il nous rappelle aussi que, finalement, l’idéologie raciste et coloniale perdure en France.

C’est tout cela qu’ont compris nombre de ceux qui ont manifesté le 17 octobre 2011 ou qui ont signé l’appel de Mediapart demandant une reconnaissance officielle de ce massacre6 – appel qui sera prochainement remis aux plus hautes autorités françaises avec l’espoir des 10 000 premiers signataires d’être entendu.

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Une insulte à la République.
Jean-François Collin

La légion d’honneur à Jean-François Collin : une insulte à toutes les victimes de la guerre d’Algérie

Jean-François Collin, président de l’Association de défense des intérêts moraux des anciens détenus (ADIMAD), composée d’anciens activistes de l’OAS, a été nommé chevalier de la Légion d’Honneur, par un décret du 5 mai 2011.

Plusieurs associations, telles l’ANPNPA (Association des pieds-noirs progressistes et leurs amis) et la 4ACG (Association des anciens appelés en Algérie et leurs amis contre la guerre), s’indignent de cette nomination et des conditions dans lesquelles elle a été officiellement remise le 1er novembre 2011, lors d’une cérémonie devant la stèle des fusillés de l’OAS au cimetière Saint-Laurent-Imbert de Marignane.

On ne peut oublier le terrorisme auxquels se sont livrés il y a une cinquantaine d’années les membres de cette organisation de tenants de l’Algérie française responsables de plus de 2 200 morts.

Les membres de la Commission « Mémoire-Histoire » de la FNACA (Fédération nationale des anciens combattants en Algérie, Maroc et Tunisie), réunis à Paris le 11 octobre 2011, ont déclaré cette distinction insupportable, à quelques mois du 50e anniversaire de la fin de la guerre d’Algérie. La commission rappelle dans un communiqué que « la complaisance affichée publiquement, par certains représentants de l’État, aux anciens activistes de l’OAS, les hommages rendus à leurs représentants, ne peuvent que choquer profondément les Algériens et les Français qui en ont été victimes. Ces comportements font obstacle à la réconciliation. Ils fragilisent la mise en œuvre de relations [apaisées entre les] deux pays.»

De son côté, Jean-François Gavoury, président de l’ANPROMEVO, interpelle les autorités concernées.

[Mis en ligne le 2 novembre 2011, mis à jour le 8]

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Dessin de Tardi.
L'arbitraire de l'armée : les fusillés de 14-18

les exécutions sommaires de volontaires étrangers de l’armée française

Une vraie réhabilitation des victimes des tribunaux militaires de la Grande Guerre doit s’accompagner d’une reconnaissance des exécutions extrajudiciaires, dont les victimes furent probablement plus nombreuses que les condamnés à mort fusillés. Notamment chez les étrangers engagés volontaires.

Une enquête sur les «disparus» de Chelers, le 22 juin 1915, par Gilles Manceron, co-délégué du groupe de travail Histoire, mémoire, archives de la LDH7.

Un problème qui est revenu à l’actualité en Corse grâce à l’implication de la section locale de la LDH.

[Mis en ligne le 29 octobre 2011, mis à jour le 30]

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