
Plaidoyer d’un musulman français pour une laïcité fidèle à elle-même, par Yazid Sabeg
L’ancien Commissaire à la Diversité et à l’Égalité des Chances estime que la laïcité fondée en 1905 doit traiter les musulmans conformément à ses principes.

L’ancien Commissaire à la Diversité et à l’Égalité des Chances estime que la laïcité fondée en 1905 doit traiter les musulmans conformément à ses principes.

En réagissant à l’exclusion d’Alain Policar du Conseil des sages de la laïcité, nous avons fait référence à l’absence d’application de la laïcité dans la politique coloniale. Ce texte l’explique.

L’exclusion d’Alain Policar du Conseil des sages de la laïcité est une nouvelle preuve de ce que la laïcité est usurpée par ceux qui s’en réclament en la transformant en prétexte à l’intolérance.

Après avoir vu le thème de la laïcité annexé par des courants d’extrême droite dans une visée islamophobe, on assiste à l’utilisation du thème de l’antiracisme pour combattre les organisations qui cherchent précisément à combattre le racisme. Ainsi, le polémiste Pascal Bruckner, l’un des premiers auteurs à s’en être pris au travail nécessaire sur l’héritage colonial, écrit dans un nouvel essai : « Nous avons affaire à un antiracisme scélérat qui reproduit ce qu’il est censé combattre. » Ces adversaires de l’antiracisme cherchent à faire oublier les violences du Ku Klux Klan et de tous les racistes en se déguisant en… adversaires du racisme. Ils s’en prennent notamment à l’Unef qu’ils accusent de promouvoir ce que précisément elle combat en réfléchissant à créer les conditions pour que les victimes des racismes s’expriment sur ce qu’elles vivent. De nombreuses voix entreprennent de les démasquer.

Un professeur d’histoire-géographie dans un collège des Yvelines a été assassiné par décapitation le 16 octobre 2020. Ci-dessous les réactions des syndicats d’enseignants et de la Ligue des droits de l’Homme qui expriment leur indignation et leur détermination à ne rien céder dans le combat fondamental pour la défense de la liberté d’expression, de l’éducation à l’esprit critique et de la laïcité. Nous reprenons le projet de lettre d’un enseignant qui appelle à réagir « avec les musulmans » et à refuser toute intrumentalisation islamophobe. Et rappelons, en signalant des pages parues antérieurement sur notre site, que l’indignation légitime suscitée aujourd’hui en France par ce meurtre par décapitation doit s’étendre aux mêmes pratiques barbares qui ont été mises en œuvre par des armées et des autorités françaises tout au long de l’époque coloniale.

Dans la lettre ouverte au président de la République qui a été publiée le 25 septembre 2020 par Mediapart, le président de la Ligue des droits de l’Homme, Malik Salemkour, rejette l’idée d’une loi « contre le séparatisme ». Il affirme : « Le fameux “séparatisme” que vous ne définissez jamais, en l’agitant sans cesse, c’est le nouveau bouc émissaire contemporain, pour l’essentiel l’islam et les musulmans ». Et ajoute : « La République n’est ni votre propriété, ni un terrain de jeu ! Ses principes et les valeurs qu’elle porte ne sauraient dépendre des intérêts électoraux de quiconque ». S’en prendre au « séparatisme » est une opération politicienne porteuse du rejet d’une partie de la nation. Nous reproduisons ci-dessous cette lettre ouverte, ainsi que le communiqué commun publié à ce sujet par les syndicats CGT, FSU, Solidaires, UNEF et UNL.

Le site du quotidien régional La République du Centre a publié, le 6 mai dernier, le témoignage d’une élève de terminale de confession musulmane, Ikram, âgée de 18 ans, qui dénonce un harcèlement lié à la longueur de sa jupe 1.
Selon l’administration de l’Éducation nationale, « les problèmes ne sont pas liés à sa jupe longue mais plutôt à un problème de vie scolaire, à un manque de travail. » Pour le proviseur du lycée professionnel, « l’important est de faire respecter la loi ». Ikram a porté plainte pour harcèlement moral contre deux membres du personnel du lycée.
La situation d’Ikram est analogue à celle de Sarah à Charleville-Mézières, qui se voit refuser l’accès à son collège au prétexte qu’elle porte une jupe « trop longue » – ce qui, pour la principale de l’établissement, constitue un signe religieux ostentatoire.
Sous couvert de défense de la laïcité, ces incidents ne sont-ils pas avant tout des manifestations d’intolérance à l’égard de l’islam ? Nous reprenons ci-dessous le commentaire que Henri Goldman a publié le 3 mai sur
son blog.
Le 16 et le 25 avril, Sarah, élève de troisième, s’est vu refuser l’accès à son collège de Charleville-Mézières. Le prétexte : le port d’une jupe «trop longue», considérée par la principale de l’établissement comme un signe religieux ostentatoire, a révélé mardi matin le quotidien local l’Ardennais.
Après avoir rappelé qu’« aucune élève ne peut être exclue en fonction de la longueur ou couleur de sa jupe », la ministre de l’Éducation nationale a déclaré, jeudi 30 avril sur RTL, que « l’équipe pédagogique a fait preuve du discernement nécessaire » et n’a pas jugé la tenue mais « le prosélytisme de la part de l’élève ».
En revanche, Jean Baubérot demande s’il faudra envisager de déshabiller les jeunes-filles à l’entrée de l’école pour s’assurer que rien dans leur habillement ne puisse être considéré comme islamique. Le New York Times, de son côté, se veut rassurant, en écrivant qu’ «aucune religion ne menace sérieusement la laïcité en France aujourd’hui …»
Une proposition de loi, adoptée par le Sénat en juillet 2012, «visant à étendre l’obligation de neutralité à certaines personnes ou structures privées accueillant des mineurs et à assurer le respect du principe de laïcité», va être examinée par l’Assemblée nationale au cours des prochains jours 2.
Mise à jour (13 mars 2015) – Trop sensible à dix jours des départementales, la discussion sur la loi pour interdire le voile dans les crèches a été reportée 3.
Mise à jour (23 mars 2015) – La Commission nationale consultative des droits de l’homme exprime ses vives préoccupations au sujet de cette proposition de loi.
Elle en recommande le retrait pur et simple : l’avis de la CNCDH.
Patrick Weil, historien et politologue, est directeur de recherche au CNRS et au centre d’histoire sociale du XX e siècle à Paris I. Considéré comme l’un des meilleurs spécialistes des questions de laïcité et d’immigration en France, il a participé aux travaux de la commission Stasi qui rendit en 2003 un rapport sur l’application du principe de laïcité. Il est notamment l’auteur de Qu’est-ce qu’un Français ? Histoire de la nationalité française depuis la Révolution, Gallimard.
L’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence est au centre d’une polémique concernant le port du “voile”. En effet, un professeur d’Histoire s’en est pris, mardi matin 30 septembre 2014, à une étudiante musulmane qui le portait la qualifiant de « cheval de Troie du salafisme ». De nombreux étudiants présents ont aussitôt quitté l’amphithéâtre en signe de désapprobation. Une démarche qui semble soutenue par la direction de l’établissement.
« La loi n’a jamais interdit le port de la coiffure dans l’enseignement supérieur, assure le directeur de l’établissement, Christian Duval. A partir du moment où on peut l’identifier, elle peut être vêtue comme elle veut », souligne-t-il.
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L’étudiante avait, en effet, le droit de porter son voile en classe. La loi de mars 2004 sur la laïcité interdit le port de signes religieux dans les écoles, collèges et lycées publics, mais ce texte ne concerne pas les universités.
Quant à la loi de 2010 qui interdit le port du voile intégral dans les espaces publics, elle ne concerne que le niqab et la burqa.
Au-delà d’un rappel des faits, vous pourrez écouter ci-dessous un enregistrement audio où Jean-Charles Jauffret expose son point de vue sur la laïcité.
Dans une décision nuancée 5, la Cour européenne des droits de l’Homme a validé la loi française qui interdit le port du voile intégral dans l’espace public.
Mais, comme le souligne Jean Baubérot, la Cour a multiplié les considérants qui montrent que, pour elle, la France se trouve à la limite des règles d’une société démocratique. La CNDH écrit en effet qu’ «un État qui s’engage dans un tel processus législatif prend le risque de contribuer à consolider des stéréotypes affectant certaines catégories de personnes et d’encourager l’expression de l’intolérance alors qu’il se doit au contraire de promouvoir la tolérance.»