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Édition du 15 février au 1er mars 2026

1945-1962

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Les camps

“Violence ordinaire dans l’Algérie coloniale”, par Sylvie Thénault

Pendant la guerre d’indépendance algérienne, les autorités françaises ouvrirent des camps d’internement pour les « suspects » arrêtés par la police ou par l’armée. Des dizaines de milliers d’Algériens y furent détenus. Recours ponctuel pour maintenir l’ordre public dans des circonstances extraordinaires ? Pas seulement. Ces camps n’étaient qu’une forme nouvelle de l’internement, dont les autorités françaises avaient usé, depuis longtemps, pour réprimer les résistances qu’elles rencontraient en Algérie. Y compris en dehors des périodes de guerre ou d’insurrection.

Cet ouvrage ne se borne pas à dénoncer les duretés des autorités ou leurs dérives aux moments de crise. Il retrace l’histoire, tout au long de la période coloniale, de la pratique de l’internement dans sa mise en œuvre concrète par la France, depuis l’époque de l’indigénat. Pourquoi était-il utilisé ? Qui en était victime ? Quel rôle jouait-il dans la tutelle exercée sur les colonisés ?

C’est toute la logique de l’arbitraire colonial que l’une des meilleures spécialistes démonte dans cet ouvrage dépassionné mais clinique, dont nous reprenons le début de l’introduction, ci-dessous, en “bonne feuille”.

Sylvie Thénault est chargée de recherche au CNRS, au Centre d’histoire sociale du xxe siècle. Elle est notamment l’auteur d’une Histoire de la guerre d’indépendance et d’Une drôle de justice. Les magistrats dans la guerre d’Algérie.

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Les Européens d'Algérie et leur exode

“Ni valise ni cercueil”, de Pierre Daum

Le 5 juillet 1962, l’Algérie devient indépendante. Six cent mille Pieds-noirs ont déjà pris le chemin de l’exil, mais quatre cent mille ne sont pas partis. Au premier janvier 1963, plus de deux cent mille Européens et Juifs restent dans leur pays, tentant le pari de l’Algérie algérienne. Ceux-là, qui les connaît ? Depuis un demi-siècle, les seules voix audibles sont celles des Rapatriés de 1962. Et parmi eux, qui entend-on le plus souvent ? Les plus nostalgiques de l’Algérie française, ceux qui affirment qu’ils sont “tous partis”, et qu’ils n’avaient le choix qu’entre “la valise ou le cercueil”. Or, ces affirmations sont fausses. La seule présence, attestée par les archives, de ces deux cent mille Pieds-noirs présents en Algérie en 1963, le prouve amplement.

Après Immigrés de force (Actes Sud, 2009), son premier livre sur les travailleurs indochinois de la Seconde Guerre mondiale, Pierre Daum nous propose une nouvelle enquête sur un autre aspect méconnu du passé colonial de la France. Il est parti à la recherche de ces hommes et de ces femmes restés dans leur pays, l’Algérie, après 1962. Ceux et celles qui, au lendemain de l’indépendance, n’ont choisi “ni la valise ni le cercueil”. Certains ont quitté leur pays cinq ans plus tard, ou dix ans, ou vingt ans. De nombreux y sont morts, reposant maintenant dans la terre où ils sont nés. Aujourd’hui, quelques centaines y vivent encore.

« Aucune étude approfondie n’avait jusqu’à présent été entreprise sur le sort des Européens et des Juifs restés en Algérie après 1962. Le livre de Pierre Daum constitue dès lors une grande première », affirme Benjamin Stora dans sa préface reprise ci-dessous.

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Inauguration du carrefour Jacques de Bollardière, à Paris près de l’École militaire, le 29 novembre 2007, en présence du maire Bertrand Delanoë et de Simone de Bollardière, l’épouse du général (Photo DR)
Les résistances à la guerre d'Algérie

Jacques de Bollardière : le général qui a dit ‘non’ à la torture

Jacques de Bollardière est le seul officier supérieur à avoir ouvertement condamné la pratique de la torture pendant la guerre d’Algérie : en mars 1957, au nom de ses convictions, il refusa de participer à la nouvelle stratégie mise en place par le général Massu qui, au nom de l’“efficacité”, intégrait des méthodes de torture. Cela lui valut deux mois de forteresse.

Ci-dessous, à la suite d’une brève vidéo, un article de Patrice Coulon, repris du N° 161, 4e trimestre 2011, de la revue Alternatives non-violentes.

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Les résistances à la guerre d'Algérie

Jacques Inrep : “le problème, ce n’est pas de raconter, c’est d’être entendu”

Pourquoi tant d’anciens soldats en Algérie vivent-ils emmurés silencieusement dans leurs souvenirs de guerre ? Seule la parole permet de se libérer de tels traumatismes quand une oreille se fait attentive, comme c’est le cas en psychanalyse. C’est ce que Jacques Inrep, pychologue clinicien, devenu, au fil des décennies, un des spécialistes des problèmes liés à l’utilisation de la torture, expose dans cet article repris du N° 161, 4e trimestre 2011, de la revue Alternatives non-violentes.

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“Bigeard shrimp” (crevettes Bigeard) : Paul Teitgen rappelle le nom donné aux cadavres jetés à la mer par les autorités.
Les résistances à la guerre d'Algérie

Elever une statue à … Paul Teitgen

Dans L’art français de la guerre qui lui a valu le prix Goncourt, Alexis Jenni écrit : «Je voudrais élever une statue. Une statue de bronze par exemple car elles sont solides et on reconnaît les traits du visage.»

Et il poursuit : «Cette statue serait celle d’un petit homme sans grâce physique qui porterait un costume démodé et d’énormes lunettes qui déforment son visage ; on le montrerait tenir une feuille et un stylo, tendre le stylo pour que l’on signe la feuille comme les sondeurs dans la rue, ou les militants qui veulent remplir leur pétition. Il ne paie pas de mine, son acte est modeste, mais je voudrais élever une statue à Paul Teitgen.» (Alexis Jenni, L’art français de la guerre)1

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Livres et films sur la guerre d'Algérie

Le Journal (1955-1962), de Mouloud Feraoun

journal_feraoun.jpgMouloud Feraoun a été assassiné en mars 1962 par un commando de l’OAS, quelques jours avant le cessez-le-feu. Instituteur puis directeur de cours complémentaires en Kabylie, il a été adjoint au chef du service des Centres sociaux éducatifs à Alger. Il a laissé un témoignage unique sur la guerre d’Algérie, son Journal des années 1955-1962. Cette œuvre d’un Algérien de double culture vient d’être rééditée dans une collection de poche, ce qui le rend à nouveau accessible2.

Cet ouvrage a fait l’objet d’une adaptation théâtrale : à partir d’une trentaine de pages du Journal, Dominique Lurcel a mis en scène un monologue intitulé Le contraire de l’amour, qui a subjugué les spectateurs lors de représentations données à Lyon et au Festival d’Avignon (off) en juillet dernier3.

Ci-dessous des extraits du choix scénique de Dominique Lurcel, reproduits avec son autorisation (les intertitres ont été ajoutés).

[Mis en ligne le 11 août 2011, mis à jour le 29]

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Soulèvement et répression du Nord-Constantinois (août 1955)

Philippeville, 20 août 1955 : le début de la fin de l’Algérie française

Le 20 août 1955 peut à juste titre être considéré comme le second point de départ de la guerre d’Algérie4. Ce jour-là, une insurrection a secoué le Nord du Constantinois : à midi, malgré un rapport de force qui leur était très défavorable, les militants du FLN et la population algérienne ont attaqué des symboles de l’occupation française (gendarmeries, commissariats, casernes, etc.) ainsi que des structures économiques. Il y eut deux massacres d’Européens, à El Alia et à Aïn Abid. L’insurrection fit long feu. Dès le 20 août, la répression fut terrible ; elle se poursuivit au cours des semaines suivantes faisant autour de 10 000 morts du côté algérien ; on dénombra une centaine d’Européens.

Pour les Algériens cette révolte a sans doute été le résultat d’une prise de conscience : il leur était apparu impossible d’accéder à l’indépendance de façon pacifique. Quant aux plus lucides des Européens, ils ont dû ressentir comme Georges Apap que « la guerre était devenue inévitable ». Vivre ensemble ne peut se concevoir que dans le respect de l’égalité des droits…

Aujourd’hui, Skikda s’apprête à commémorer un des épisodes les plus sanglants de cette guerre. Comment parvenir à savoir ce qu’il s’est alors passé ? En consultant les historiens – voir l’ouvrage de Claire Mauss-Copeaux –, les journalistes – voir les articles de Robert Lambotte –, ou les survivants … Donner la parole à ces derniers c’est ce que Soraya vient de réaliser, au cours d’un séjour en juin dernier.

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Germaine Tillion et la guerre d’Algérie

Après y avoir effectué de nombreux séjours en tant qu’ethnologue à partir de 1932, puis en 1955 pour y fonder les Centres sociaux éducatifs, Germaine Tillion a tenu à revenir en Algérie en juin 1957 avec une Commission internationale d’enquête sur les lieux de détention5. Dans cette guerre qui s’amplifiait, elle voulait être à l’écoute de toutes les souffrances.

Dans les trois textes repris ci-dessous, Germaine Tillion dénonce violemment la torture et évoque sa rencontre avec Yacef Saâdi en juillet 1957, en pleine “Bataille d’Alger”6. Germaine Tillion est intervenue en faveur de membres du FLN ou de l’OAS. «Elle rejette le terrorisme aveugle dirigé contre les civils européens, et exprime dans le même temps sa préférence pour une solution politique permettant de sortir du système colonial. » (Benjamin Stora7)

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Les obsèques de Roger Gavoury à Alger le 3 juin 1961.
Les violences de l'OAS

L’assassinat de Roger Gavoury par l’OAS en mai 1961

Roger Gavoury, commissaire central d’Alger, a été le premier haut fonctionnaire français victime de cette organisation symbole de terreur et de guerre civile.
Il a été assassiné à coups de poignard de parachutiste, le 31 mai 1961 à 23 h 30, à l’intérieur de son petit studio situé rue du Docteur Trolard à Alger, où un commando de l’OAS lui avait tendu un guet-apens8.

Pour l’historienne Anne-Marie Duranton-Crabol, l’assassinat de Roger Gavoury est un «élément-marqueur» dans l’histoire de l’OAS débutante. «Cruel hommage rendu à l’efficacité du commissaire principal d’Alger, payant les coups portés à l’Organisation par la cellule qu’il avait créée au sein de la Sureté urbaine, le meurtre servait d’avertissement pour tous ceux qui tenteraient de contrer le mouvement clandestin.9»

Son fils, Jean-François Gavoury – il avait 11 ans lors du décès de son père – perpétue sa mémoire au sein de l’Association nationale pour la protection de la mémoire des victimes de l’OAS (Anpromevo) dont il est le président-fondateur.

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Les fondateurs : Michel Delsaux, Rémi Serres, Armand Vernhettes et Georges Treilhou (de g. à d.).
Les résistances à la guerre d'Algérie

La 4ACG refuse la violence et la guerre comme moyens de résolution des conflits

Créée le 8 janvier 2004 à Albi par quatre anciens appelés en Algérie qui voulaient reverser leur retraite dite du «combattant» (environ 600 € par an), l’association Anciens Appelés en Algérie et leurs Amis Contre la Guerre compte aujourd’hui plus de 250 membres.

Les membres de l’association ne se contentent pas de financer et d’accompagner des projets en faveur de la paix et du développement, en Algérie ou ailleurs, ils veulent aussi – et surtout – être des témoins, des «montreurs» de paix. Ils veulent dire l’absurdité de la guerre, l’inutilité des conflits, la perte d’humanité qu’ils entraînent automatiquement.

Ils se déplacent régulièrement, partout où on les sollicite : dans les écoles, les collèges, les lycées, dans les manifestations en faveur de la paix, les colloques, rencontres, conférences, associations… Pour témoigner, et également pour sensibiliser les jeunes aux dangers d’une obéissance aveugle à des ordres ou à des directives allant à l’encontre des valeurs humaines fondamentales.

Mehdi Lallaoui les a rencontrés. Il a réalisé en 2008 un documentaire visible sur le site Mediapart : En finir avec la guerre d’Algérie.

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La nouvelle stèle de Marignane.
Soulèvement et répression du Nord-Constantinois (août 1955)

Algérie 1955 : une photo et sa légende

La nouvelle stèle de Marignane.
La nouvelle stèle de Marignane.
La date du 20 août 1955 est toujours mise en avant par les activistes de la mémoire de l’Algérie française, le dernier exemple étant la nouvelle stèle de Marignane qui ne retient que quatre dates.

Ce jour-là, une insurrection a secoué l’ensemble du Constantinois. A midi, les militants du FLN et la population algérienne ont attaqué des gendarmeries, des commissariats de police, des casernes ainsi que des structures économiques.

Au cours de cette insurrection, deux massacres d’Européens ont été perpétrés par des émeutiers : l’un à El Alia, petite agglomération minière où 35 personnes ont été tuées, l’autre au sein d’une famille d’Aïn Abid où 7 personnes ont été tuées – parmi elles des enfants10. L’estimation globale du gouvernement général est de 123 tués, victimes de l’insurrection : 31 militaires, 71 civils européens et 21 Algériens11.

Les représailles qui se sont abattues sur la population algérienne de la région, à partir du 20 août, ont été terribles. La violence, extrême et générale, a duré des semaines ; le nombre de victimes algériennes, hommes, femmes et enfants, n’est pas connu avec précision mais dépasserait 7 500.

Mais, aujourd’hui pour de nombreux Français, les seuls massacres qui ont eu lieu lors de la guerre d’Algérie ont été commis par “les Algériens”.

Un exemple illustre cette situation. Parue pour la première fois dans L’Humanité, une photographie prise dans les jours qui ont suivi l’insurrection d’août 1955 accompagnait un article de Robert Lambotte, avec pour légende « Les cadavres d’Algériens jonchent le terrain du Stade municipal de Philippeville ».

Les archives photographiques de L’Humanité ont été confiées à une agence privée chargée de leur diffusion. Dans ce cadre, une nouvelle légende a été affectée à cette photo : «20 août 1955, stade de Philippeville : cent vingt-trois Européens – dont soixante et onze civils français – furent exécutés par l’armée de libération nationale algérienne».

Récemment, L’Humanité a republié ce document avec cette nouvelle légende. L’ensemble est censé illustrer le compte-rendu du dernier ouvrage de Claire Mauss-Copeaux. Mais la critique d’Alain Ruscio, le livre de Claire Mauss-Copeaux comme l’article de Robert Lambotte démentent formellement les allégations du nouveau commentaire.

[Mis en ligne le 17 mai 2011 à 9h, mis à jour à 18h]

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