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Édition du 15 février au 1er mars 2026

Séquelles politiques postcoloniales

Mali : la France n’a pas d’amis, elle n’a que des intérêts

La déclaration attribuée à lord Palmerston, «L’Angleterre n’a pas d’amis ou d’ennemis permanents, elle n’a que des intérêts permanents», pourrait être reprise comme viatique par les diplomates de tout pays — il suffit de l’adapter.

Concernant l’intervention militaire française au Mali qui a débuté le 11 janvier dernier, l’existence au Niger voisin de mines d’extraction d’uranium – elles sont « protégées par des forces spéciales» – est l’un des «principaux intérêts stratégiques français dans la région», comme les sénateurs Chevènement et Larcher le rappellent dans leur rapport d’information1.
Cette réalité était certainement présente à l’esprit des parlementaires français le 22 avril dernier quand ils ont approuvé à la quasi-unanimité la poursuite de l’opération Serval.

Le rapport parlementaire insiste sur la nécessité d’une «véritable réconciliation » entre Maliens. Mais ce n’est pas en empêchant certaines personnalités maliennes – Aminata Traoré, ancienne ministre de la Culture du Mali et Oumar Mariko, Secrétaire Général de SADI – de voyager que l’on favorisera cette réconciliation. Françafrique pas morte !

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La guerre du Mali (depuis 2013)

Mali : aux origines de la crise

Le Mali, et en particulier sa région Nord, est devenu le théâtre de violents combats, complexes en ce qu’ils impliquent différents acteurs (armée malienne, combattants jihadistes et indépendantistes touareg), sur fond d’activités mafieuses et terroristes. «Quels sont les obstacles à la sortie de crise ? », demande l’auteure de l’article, Catherine Choquet, membre du Comité central de la Ligue des droits de l’Homme.

Cet article est repris du n° 161, mars 2013, de la revue Hommes & Libertés de la LDH dont voici le sommaire complet.

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Mali : et maintenant ?

Le Conseil de sécurité des Nations unies
se penche sur la situation au Mali, un pays dont les trois quarts des 15 millions d’habitants vivent sous le seuil de pauvreté, et qui compte plusieurs centaines de milliers de personnes déplacées ou réfugiées dans les Etats voisins.

La situation sécuritaire y demeure incertaine et notamment du fait du comportement de militaires maliens. Confirmant les inquiétudes manifestées par le Haut commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, l’organisation Human Rights Watch (HRW) a recueilli près de Tombouctou les témoignages de personnes portant des marques de tortures que leur auraient infligées des militaires maliens qui les soupçonnaient d’être des partisans de groupes terroristes armés. « Le recours à la torture par des soldats qui ont précisément pour mandat de restaurer la sécurité dans le nord du Mali ne peut qu’aggraver une situation déjà difficile », a déclaré l’organisation2.

Lors de son intervention télévisée de jeudi 28 mars sur France 2, François Hollande avait émis deux signaux contradictoires à propos de la crise malienne. Il avait en effet tenu à se démarquer de la Françafrique, en affirmant que le « temps où la France désignait des chefs d’Etat en Afrique est révolu» tout en se déclarant «intraitable» sur le respect d’un calendrier électoral : «nous voulons qu’il y ait des élections au Mali à la fin du mois de juillet. » 3

Les voix opposées à l’intervention militaire française restent minoritaires mais continuent à se faire entendre : les propos d’Aminata Traoré au Forum social mondial de Tunis, ainsi qu’un “appel citoyen”, sont repris ci-dessous …

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Mali : la politique de la canonnière n’est pas une solution

Tract diffusé par la LDH de Toulon, le 2 mars 2013 :

La France est en guerre au Mali

Cela nous concerne tous

L’intervention française ne sera sans doute pas un long fleuve tranquille. Les informations provenant du lieu des combats sont rares, mais les risques de dérapage sont importants.

Personne ne peut prévoir combien de temps elle durera ni comment elle se terminera.

Les résultats des guerres d’Afghanistan, d’Irak, ou de Libye, sur la population civile devraient susciter débats et questionnements.

Au-delà des justifications humanistes qui sont avancées – la défense de la civilisation et de la démocratie… – questionnons-nous sur les véritables buts et notamment sur les enjeux économiques bien réels de cette guerre.

François Hollande a déclaré le 12 janvier dernier que l’opération française au Mali n’avait pas d’autre but que « la lutte contre le terrorisme ». Mais il ne faut pas se laisser abuser par les éléments de langage : les Touareg qui demandent l’autonomie du Nord-Mali sont des rebelles et non des « terroristes ».

On peut s’interroger sur la légitimité des autorités gouvernementales maliennes actuellement en place – issues d’un coup d’État.

Interrogeons-nous surtout sur les origines de la crise. N’oublions pas que l’Afrique est pillée, déstructurée, appauvrie par ces mêmes puissances qui jouent les pompiers après avoir été des incendiaires – pensons aux armes, parfois de haute technologie, dont nous avons inondé la Libye. Peuples appauvris, gouvernements corrompus plus ou moins à la solde de puissances étrangères, agricultures détournées de leur fonction vivrière …

Les Maliens attendent autre chose qu’une intervention armée : le soutien à une véritable politique de développement, une politique d’immigration moins restrictive, la non-ingérence dans leurs problèmes internes qu’il leur appartient, et à eux seuls, de régler.

Toulon, le 19 février 2013

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Tirailleurs partant en colonne (Archives nationales du Sénégal).
La guerre du Mali (depuis 2013)

Mali : la dette de la France

Dans son discours de Bamako4, le 2 février 2013, François Hollande a déclaré que la France avait désormais payé sa dette à l’égard du Mali. Il faisait alors allusion aux “tirailleurs sénégalais” – dont beaucoup étaient en fait originaires du Mali – qui ont pris une part importante à la défense et à la libération de la France au cours des deux guerres mondiales. Mais la France l’a oublié et elle expulse aujourd’hui des descendants de Maliens morts naguère pour elle.

Pour les Maliens la dette de la France n’est sans doute pas éteinte et ils en attendent vraisemblablement davantage : le soutien à une véritable politique de développement, une politique d’immigration moins restrictive, la non-ingérence politique dans leurs problèmes qu’il leur appartient et à eux seuls de régler … Comme l’expose l’historien Francis Simonis, spécialiste de l’Afrique de l’Ouest et de la période coloniale notamment au Mali et en Guinée, « pour la population malienne […] la France est sans doute encore loin, très loin d’avoir payé sa dette.»

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La bibliothèque universitaire d'Alger en feu, le 7 juin 1962.
La guerre du Mali (depuis 2013)

terre brûlée, bibliothèques en feu

Aucune époque, aucun peuple, n’est à l’abri du désastre moral que constitue la destruction de livres, de bibliothèques, comme de tout ce qui permet à l’homme de réfléchir sur sa condition.

Aujourd’hui la destruction d’une des bibliothèques de Tombouctou, comme il y a cinquante ans l’incendie de la bibliothèque universitaire d’Alger relèvent d’une même barbarie.

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Amnesty International dénonce des exactions au Mali

Suite à une mission au Mali, l’organisation de défense des droits de l’homme publie un rapport dans lequel elle dénonce les graves violations des droits humains commises par l’armée malienne et par des groupes d’“islamistes” armés. Amnesty International met également en cause des bombardements de l’armée française qui auraient fait des victimes civiles à Konna dès le 11 janvier 2013.

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La guerre du Mali (depuis 2013)

pour la FIDH, il faut juger afin de briser le cycle de l’impunité et de la violence

Les soldats français et maliens sont entrés sans combattre dans deux villes du Nord-Mali, Gao le 27 janvier 2013, et Tombouctou le lendemain. Avant d’évacuer la cité historique qui fut la capitale intellectuelle et spirituelle de l’islam en Afrique aux XVe et XVIe siècles, les insurgés ont mis le feu au centre Ahmed Baba qui abritait des dizaines de milliers de manuscrits datant de plusieurs siècles.

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La Fédération internationale des ligues de droits de l’Homme (FIDH) lance un appel aux différents protagonistes. Refusant «toute logique punitive et de vengeance», elle demande que tous les responsables de violations des droits de l’Homme et d’exactions – qu’ils soient membres de groupes “islamistes” ou de l’armée malienne – soient jugés.

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Le drapeau français flotte sur Tombouctou (Le petit journal 1894).
La guerre du Mali (depuis 2013)

Mali : quelques réflexions de Pierre Stambul

«Parce qu’en aucun cas un pyromane ne peut éteindre le feu qu’il a allumé, nous devons condamner l’intervention française au Mali.»

Pierre Stambul

co-président de L’Union Juive Française pour la Paix (UJFP)

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Survie : “la France joue le rôle de gendarme de l’Afrique”

L’association Survie, qui milite pour l’assainissement des relations franco-africaines et contre la Françafrique et le néocolonialsme, a dénoncé l’intervention militaire française au Mali, dès le 14 janvier 2013. Quelques jours plus tard, l’organisation mettait en ligne un dossier d’information sur « Les zones d’ombres de l’intervention française au Mali ».

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