
Suzanne Citron (1922-2018)
L’historienne Suzanne Citron, militante anticolonialiste, engagée dans sa jeunesse contre la guerre d’Algérie comme, jusqu’à sa mort, pour les droits des Palestiniens, est morte le 22 janvier 2018 à Paris.

L’historienne Suzanne Citron, militante anticolonialiste, engagée dans sa jeunesse contre la guerre d’Algérie comme, jusqu’à sa mort, pour les droits des Palestiniens, est morte le 22 janvier 2018 à Paris.

Certains intellectuels français soutiennent que le mot « islamophobie » est une invention récente venue des mollahs iraniens. Tel n’est pas le point de vue de l’historien Alain Ruscio, l’un des animateurs de ce site. Son article « « Islamophobie », un mot, un mal plus que centenaires », publié le 26 janvier 2016 sur le site « Orient XXI », montre que le terme est apparu en français il y a plus d’un siècle. D’essence chrétienne, elle apparait dans l’esprit de croisade, fleurit pendant l’expansion coloniale, et, après un temps de latence, a repris vigueur avec la « guerre contre le terrorisme ». Nous en reprenons ici une partie tout en renvoyant nos lecteurs au texte intégral. Alain Ruscio dirige l' »Encyclopédie de la colonisation française » dont les deux premiers volumes sont parus aux éditions Les Indes savantes.

En 2004, le journaliste Pierre Daum, alors correspondant à Montpellier du journal « Libération », découvre à la faveur d’un reportage à Arles un musée consacré à la riziculture en Camargue où une photo datant de 1942 montre des paysans vietnamiens en train de planter le riz. C’est le début d’une enquête qui l’a amené à publier plusieurs livres et à collaborer à plusieurs films sur les « Indochinois » enrôlés de force comme travailleurs à la veille de la guerre et employés ensuite quasi gratuitement à différents travaux. Il signe cette fois avec le dessinateur de BD Clément Baloup un album mettant en lumière ce moment oublié de l’histoire de France.

A l’occasion, le 12 janvier, d’une réunion d’hommage au mathématicien Gérard Tronel, fondateur de l’Association Maurice Audin récemment décédé, Cédric Villani est intervenu sur l’affaire Audin. Il a dit qu’après en avoir parlé avec le président de la République, Emmanuel Macron, il pouvait déclarer que : « Maurice Audin a été exécuté par l’Armée française ». C’est un petit pas de plus de la part de l’Etat français vers l’aveu de la vérité… accompagné de beaucoup d’hypocrisie et de lâcheté.

Longtemps considéré par l’armée française comme une mutinerie, Thiaroye, où des dizaines de tirailleurs sénégalais furent assassinés près de Dakar en décembre 1944, apparaît plutôt comme une tuerie organisée par les officiers coloniaux. Le livre de Martin Mourre, « Thiaroye 1944. Histoire et mémoire d’un massacre colonial », publié en 2017 aux Presses universitaires de Rennes, est un ouvrage de référence sur ce crime colonial. Fruit d’un long travail sur les archives de ce drame, il retrace l’évènement et ses réappropriations dans le Sénégal postcolonial. Nous en reproduisons ici l’introduction ainsi que la table des matières.

Gilbert Meynier, engagé jeune contre la guerre d’Algérie, devenu spécialiste de l’histoire de ce pays, est décédé le 13 décembre 2017 à l’âge de 75 ans. Parmi ses nombreux livres, avec Mohammed Harbi, « Le FLN, document et histoire 1954–1962 » (2004), et « L’Algérie, cœur du Maghreb classique. De l’ouverture islamo-arabe au repli (698-1518) » (2010). De convictions libertaires, il participait aussi, avec la Cimade, aux combats pour l’accueil des migrants. Voici l’article que lui a consacré l’universitaire algérien Tahar Khalfoune ainsi que les hommages que lui ont rendu Christian Delorme, prêtre à Lyon, Hassan Remaoun, historien algérien, Oran (Crasc), et Dalila Aït-el-djoudi, historienne algérienne, auteure d’une thèse sur la Wilaya III dans la guerre.

L’universitaire, chroniqueur et écrivain algérien Brahim Senouci avait lancé en 2016 une pétition pour la restitution par la France des crânes des résistants algériens du XIXe siècle conservés honteusement dans les réserves du Musée de l’homme, à Paris. Il se félicite de ce que le président français Emmanuel Macron ait annoncé le 6 décembre 2017, à l’occasion d’un bref voyage en Algérie, qu’ils allaient être restitués. Tout en regrettant que les autorités algériennes aient peu fait pour faire avancer ce dossier : sur les 30 000 signatures recueillies, la majorité sont venues de France. Ce qui souligne selon lui la gravité de la crise morale que traverse son pays.
Brahim Senouci est professeur de sciences physiques à l’université de Cergy-Pontoise.

Les Éditions Spartacus ont eu la bonne idée de rééditer, dans une version augmentée, le recueil de textes sur ses engagements aux côtés des nationalistes algériens que le grand militant anticolonialiste et historien Daniel Guérin (1904-1988) avait écrits à l’époque et qu’il avait réunis en 1979 sous le titre « Quand l’Algérie s’insurgeait, 1954-1962 ». Il s’agit là du témoignage majeur d’un « anticolonialiste indocile », exclusivement animé par les exigences de solidarité et de vérité.

Léopold Lambert, architecte, essayiste et directeur de la publication de la revue « The Funambulist », a cartographié les violences policières commises le 17 octobre 1961 et les jours suivants à l’encontre des manifestants algériens à Paris et dans la banlieue. Une répression qu’on a tendance à réduire à quelques lieux comme les grands boulevards ou le Pont Saint-Michel. Nous reproduisons ici cette carte ainsi que sa présentation avec l’autorisation de son auteur et celle de la revue « Vacarme », qui a publié la traduction de cet article par Isabelle Saint-Saens.

La réhabilitation de l’action de la France outre-mer s’expose ouvertement dans des publications à prétention « historique » qui présentent massacres et répressions comme de simples accidents de la colonisation. Encore plus sournoisement, une littérature grand public — romans d’espionnage, fictions historiques — diffuse une vulgate idéalisée de l’époque coloniale, imprégnée d’une bonne conscience mêlée de racisme. [Article publié en 2006 dans les « Cahiers d’Histoire, revue d’histoire critique », reproduit avec l’aimable autorisation de son auteur]

La « doctrine de la guerre révolutionnaire » mise en œuvre par des officiers français pendant la « bataille d’Alger » a été largement exportée par la suite dans les dictatures militaires d’Amérique latine des années 1960 et 1970. Tout particulièrement auprès de la dictature argentine pour la guerre qu’elle a menée de 1976 à 1983 contre les groupes révolutionnaires et toute la population. Cet article relate le rôle méconnu joué par les romans du journaliste et ancien militaire Jean Lartéguy dans le « succès » de cette doctrine chez les militaires argentins.

La répression des Algériens désarmés désobéissant au couvre-feu discriminatoire qui leur était imposé est maintenant connue. On sait que le chiffre officiel de trois morts était mensonger et qu’elle a fait plus de 150 morts. Mais l’explication de l’événement progresse grâce aux notes laissées par le porte-parole du général de Gaulle, Louis Terrenoire, témoignage de première main qui montre l’hostilité du premier ministre, Michel Debré, à la paix avec le FLN et son rôle déclencheur dans ce drame.