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Édition du 1er au 15 avril 2026

La société française face à l’héritage de son passé colonial

La reconnaissance des crimes coloniaux 1830-1962

Pour l’historien Jacob Tatsitsa,
la reconnaissance de la guerre du Cameroun
n’a pas besoin d’une commission d’historiens
qui peut conduire à une historiographie sous contrôle étatique

Dans un entretien au « Monde », l’historien Jacob Tatsitsa, co-auteur, avec Thomas Deltombe et Manuel Domergue, de deux ouvrages essentiels sur la répression coloniale au Cameroun — Kamerun ! Une guerre cachée aux origines de la Françafrique, 1948-1971 (éd. La Découverte, 2019) et La Guerre du Cameroun, L’Invention de la Françafrique (La Découverte, 2016) — estime que la création d’une commission d’historiens annoncée le 26 juillet 2022 à Yaoundé par le président Emmanuel Macron destinée à « faire la lumière » au sujet de la guerre du Cameroun, à laquelle seraient ouvertes « toutes les archives », est un stratagème pour contourner la reconnaissance des massacres qui l’ont marquée, et qui sont déjà l’objet d’études historiques documentées.

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Séquelles politiques postcoloniales

Malaise et héritage colonial
dans les territoires français d’outre-mer

Après les élections législatives de juin 2022, sur les vingt-sept députés ultramarins, cinq seulement siègent sur les bancs de la majorité présidentielle. La Polynésie française a élu trois députés indépendantistes. Nommée ministre des outre-mers, Yaël Braun-Pivet, devait se rendre en Kanaky-Nouvelle-Calédonie le 26 juin 2022, date anniversaire des accords de Matignon de 1988, pour l’inauguration à Nouméa de la statue de la poignée de main entre Jean-Marie Tjibaou et Jacques Lafleur, mais, ayant décidé de briguer la présidence de l’Assemblée nationale, elle a annulé ce déplacement. La nomination au gouvernement de Sonia Backès, leader de la droite anti-indépendantiste en Kanaky-Nouvelle-Calédonie, est insupportable à une bonne partie de l’opinion de l’archipel. Les territoires d’outre-mer souffrent d’un abandon, d’une condescendance et d’un mépris qui prolongent le rapport colonial.

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Emmanuel Macron et les crimes du colonialisme

La France va-t-elle enfin reconnaître
la guerre coloniale du Cameroun ?

En visite officielle au Cameroun les 25 et 26 juillet 2022, Emmanuel Macron a rencontré Paul Biya, au pouvoir depuis quarante ans. La veille, il avait été interpellé par un collectif international afin qu’il reconnaisse officiellement la guerre coloniale menée par la France au Cameroun dans les années 1950 et 1960. Le président français a évoqué cet épisode tout en évitant de se prononcer, préférant annoncer la constitution d’une commission d’historiens destinée à « faire la lumière », à laquelle seraient ouvertes « toutes les archives ». Ci-dessous la tribune collective publiée par Le Monde réclamant une reconnaissance officielle, ainsi qu’une vidéo de TV5 Monde dans laquelle Thomas Deltombe souligne que les faits sont déjà solidement établis et regrette que les archives ne soient pas ouvertes à tous.

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Musées et créations contemporaines

Débat à propos
de l’exposition Abd el-Kader
au Mucem à Marseille

Le Mucem consacre jusqu’au 22 août 2022 une grande exposition à la riche personnalité de l’émir Abd el-Kader, que notre site a annoncée dès son ouverture. Le journaliste Pierre Daum, tout en relevant qu’elle « a reçu un éloge unanime de la presse et de divers commentateurs », et en concédant qu’elle est accompagnée d’« un catalogue très intéressant », lui a consacré dans son blog personnel sur Mediapart un article qui lui reproche de donner « une vision coloniale de l’Émir ». Jacques Vénuleth, membre de la Commission nationale du Mrap pour un Musée national du colonialisme, lui répond qu’il n’a pas la même vision de cette exposition. De leur côté, notre site et l’association Ancrages diffusent une exposition itinérante qui complète et prolonge celle du Mucem.

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La reconnaissance de l'esclavage

Le président de la
Fondation pour la mémoire de l’esclavage,
Jean-Marc Ayrault,
rend hommage à la révolution haïtienne

Une enquête du New York Times dont notre site a rendu compte a attiré l’attention sur l’indemnité que Charles X a obligé en 1825 la République d’Haïti à payer aux anciens colons français pour prix de son indépendance conquise en 1804 après une guerre meurtrière contre les troupes envoyées par Napoléon Bonaparte. 150 millions de francs-or, pour lesquels Haïti dû s’endetter auprès de banques françaises, une véritable rançon qui a pesé sur l’économie et la société haïtiennes jusqu’à aujourd’hui. Jean-Marc Ayrault, président de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage (FME), revient sur l’importance de ces faits qui, s’ils n’étaient pas inconnus, sont encore trop ignorés en France et rend hommage à la révolution haïtienne qui a apporté une contribution essentielle à l’histoire universelle.

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Séquelles politiques postcoloniales

Adama Traoré,
mort le 19 juillet 2016 à Persan-Beaumont
Nous n’avons pas oublié !

Il y a six ans, Adama Traoré, jeune homme âgé de 24 ans, est mort le 19 juillet 2016 à la gendarmerie de Persan (Val-d’Oise), après son interpellation alors qu’il faisait l’objet d’un contrôle par les gendarmes. Six ans après, l’enquête patine. Elle n’a progressé qu’à la suite des démarches de la famille. Le collectif « Justice pour Adama » accuse la justice de protéger les trois gendarmes à l’origine de son décès. Cette affaire est emblématique : les violences des forces de l’ordre ne sont poursuivies qu’exceptionnellement et les victimes rencontrent les plus grandes difficultés à obtenir justice. Notre site s’est fait l’écho des marches qui ont eu lieu à Beaumont-sur-Oise de 2016 à 2021. Le 2 juillet 2022 une marche a rassemblé environ 700 personnes. Le collectif prévoit des actions coups de poings en septembre 2022.

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La reconnaissance du passé colonial

Autour du 14 juillet 1953 :
les projections d’un film,
une commémoration,
et un bal pour oublier les balles

Le 10 juillet 2022 au cinéma Majestic Bastille est projeté le film de Daniel Kupferstein Les balles du 14 juillet 1953, enquête sur la tuerie policière longtemps occultée intervenue à la fin du défilé populaire qui marquait la fête nationale : place de la Nation, sept manifestants tués, dont six Algériens. Film suivi d’un débat avec le réalisateur et les historiens Gilles Manceron et Alain Ruscio. Le 13 juillet, une commémoration aura lieu avec la maire de l’arrondissement suivie d’« un bal pour oublier les balles », et le 14 juillet à 22h une projection en plein air dans un quartier populaire de Nanterre. De nombreux militants associatifs et syndicaux pensent que les 70 ans de cet événement devraient être marqués en 2023 par un défilé Bastille-Nation comme il s’en déroulait entre 1945 et 1953.

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La reconnaissance du passé colonial

Une journée de débats
à l’Institut Tribune socialiste

Après de nombreuses initiatives et publications relatives au 60eme anniversaire de l’Indépendance de l’Algérie, le 5 juillet 1962, un rendez-vous est donné le samedi 9 juillet 2022 à Paris, au Maltais Rouge, par l’Institut Tribune socialiste qui est porteur de la mémoire du PSU, le parti politique français le plus nettement engagé en faveur de l’indépendance de l’Algérie. Plusieurs intervenants algériens et français participent à cette journée dont les retours sur l’histoire et les questionnements sur le présent constituent la trame : des actrices et acteurs de l’époque et des historiens, des économistes et des écrivaines et écrivains d’aujourd’hui. Ci-dessous quelques témoignages de militants du PSU sur leur engagement anticolonialiste.

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Commémorations

Gisèle Halimi au Panthéon
Lettre ouverte à la co-fondatrice de l’association
« Harkis et droits de l’Homme »

La demande du transfert des cendres de Gisèle Halimi au Panthéon est forte dans le pays. L’historien Benjamin Stora l’a reprise opportunément parmi les préconisations du rapport que le président de la République lui a demandé et c’est une demande que, parmi d’autres, la Ligue des droits de l’Homme soutient fermement. La mise en cause aux Etats-Unis du droit des femmes à l’avortement a contribué à relancer l’interpellation du président de la République, puisque ce droit a été une des causes que Gisèle Halimi a incarnée. Ci-dessous, la lettre ouverte à Fatima Besnaci-Lancou, co-fondatrice de l’Association Harkis et droits de l’Homme, que lui adresse un historien qui a collaboré avec elle à de nombreuses publications durant une quinzaine d’années.

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Les nostalgiques de la colonisation

À Perpignan, un collectif d’associations
réagit à l’extrême droite
qui organise trois jours de célébration
de l’Algérie française

À Perpignan, l’extrême droite ayant organisé trois jours de célébration de l’Algérie française, un collectif d’associations pour une histoire franco-algérienne non falsifiée a réagi en dénonçant une manipulation de l’histoire par le Cercle algérianiste et le Rassemblement national, fondée sur un récit mensonger de la colonisation et sur l’éloge des terroristes criminels de l’OAS et des factieux qui ont désobéi aux institutions de la République : le titre de citoyens d’honneur a été remis par la municipalité RN à trois militaires condamnés par la justice de la République pour leur implication dans le putsch d’avril 1961. De son côté, le collectif a organisé un hommage à toutes les victimes de la guerre d’Algérie ainsi qu’une réunion publique animée par l’historien spécialiste du colonialisme, Gilles Manceron, à laquelle Benjamin Stora a adressé un message.

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La reconnaissance du passé colonial

Des « enfumades » de Bugeaud
lors de la conquête de l’Algérie
au gazage des grottes
durant la guerre d’indépendance

Des recherches récentes dues à l’historien et archiviste Christophe Lafaye, dont notre site s’est fait l’écho, ont permis de documenter le gazage des grottes pratiqué par l’armée française durant la guerre d’Algérie. A partir de 1956, sous le commandement du général Salan, des gaz asphyxiants ont été mis au point et des « Sections de grottes » mises en place pour tuer les personnes réfugiées dans diverses cavités naturelles des régions montagneuses d’Algérie, qu’il s’agisse de combattants de l’ALN, du personnel civil d’hôpitaux de campagne ou même dans certains cas de militaires français prisonniers. Cette pratique a réédité avec des moyens modernes les « enfumades » ordonnées par le général Bugeaud lors de la conquête de l’Algérie dans les années 1840. De nombreux témoignages d’anciens appelés français et d’Algériens viennent nourrir ces recherches que certains éléments au sein de l’armée française tentent d’entraver.

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La reconnaissance du passé colonial

De Gaulle et le massacre
des Algériens à Paris
en octobre 1961

Fabrice Arfi a publié dans Mediapart des documents inédits qui montrent que de Gaulle a été mis rapidement au courant du massacre des Algériens à Paris autour du 17 octobre 1961. Qu’il l’a jugé illégal et a demandé des sanctions contre les policiers responsables. Sanctions qui ne sont jamais intervenues. Réagissant à cette publication, Mehdi Lallaoui, pionnier du combat pour la vérité sur ce crime d’État, a demandé au président Macron de s’exprimer à ce sujet. Mediapart a publié ensuite les commentaires de quatre historiens. De son côté, Gilles Manceron a pointé la nécessité de croiser ces découvertes d’archives avec les notes prises au conseil des ministres par Louis Terrenoire, consultables aux Archives nationales, signalées aussi sur Mediapart dans un billet de blog de Marie-Odile Terrenoire qui a suscité d’intéressants commentaires.

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