une exposition itinérante est diffusée en même temps que la grande exposition muséale

Hommages à Abdelkader à Marseille
au Mucem et
au congrès de la Ligue des droits de l’Homme

publié le 12 juin 2022

Mettre en évidence la riche personnalité de l’émir Abdelkader (1808-1883), fondateur de l’Etat algérien et combattant contre la colonisation française, était l’une des préconisations contenues dans le rapport de Benjamin Stora remis au président de la République, Emmanuel Macron, en janvier 2020. Une grande exposition lui est consacrée à Marseille, au Mucem, jusqu’au 22 août 2022. En même temps, l’Association Ancrages diffuse une exposition itinérante qui peut être installée dans les établissements scolaires et les centres socioculturels et entourée d’explications et de débats. Elle a été présentée à Marseille le 6 juin 2022 aux délégués rassemblés pour le congrès national de la Ligue des droits de l’Homme.

Une figure de l’humanisme confrontée à l’Algérie coloniale

par Philippe-Jean Catinchi, publié dans Le Monde le 2 mai 2022.
Source

Le musée marseillais met en lumière le parcours de l’émir, héros de la résistance à l’occupation française.

Sitôt reconnue comme un Etat indépendant en 1962, la République algérienne s’est appliquée à l’écriture d’une histoire nationale et en a élu comme figure fondatrice celle de l’émir Abdelkader (1808-1883), héros de la résistance à la colonisation française, dont la dimension spirituelle double celle du stratège héroïque. Avant de l’oublier ou de dénigrer son modernisme. Aussi se réjouira-t-on de l’initiative du Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (MuCEM) qui met en lumière la figure de l’émir sans rien sacrifier de sa complexité et d’une fascination qui ne faiblit pas.

Car soixante ans plus tard, des deux côtés de la Méditerranée, le héros dérange. Le gouvernement algérien avait obtenu, en juillet 1966, que le corps de l’émir, inhumé à Damas auprès du maître soufi Ibn Arabi (1165-1240), soit rapatrié à Alger et transféré au carré des martyrs de la révolution. Sans cesse remis sur le métier, le projet de fresque cinématographique destiné à offrir une vision exemplaire d’Abdelkader, amorcé dès les années 1970, achoppe toujours tant la complexité du personnage, stratège, lettré, humaniste et moderniste, disqualifie les réductions partisanes et divise profondément historiens et entrepreneurs de la mémoire officielle. D’aucuns le tiennent même pour un « traître », des idéologues radicaux n’admettant pas le modernisme de l’humaniste.

Abd el-Kader, 1853,
par Jean-Baptiste Ange Tissier,
Versailles.

Les interférences avec la vision de la France n’arrangent rien. Le rapport de Benjamin Stora publié en janvier 2021, feuille de route de la politique de réparation mémorielle voulue par Emmanuel Macron, préconisait l’érection d’une stèle représentant l’émir à Amboise, où il avait été retenu captif sous la IIe République. Mais, à quelques heures de son inauguration, le 5 février, l’œuvre fut vandalisée, dénonçant ainsi la mémoire d’un pionnier du dialogue interreligieux capable de réconcilier les anciens adversaires.

Le plan de l’exposition du MuCEM, arrêté par les commissaires Camille Faucourt et Florence Hudowicz, est d’une grande clarté, soucieux d’éviter les déséquilibres susceptibles de simplifier l’image d’un homme aux mille facettes. Conseillées par le prêtre Christian Delorme et l’historien Ahmed Bouyerdene, fins connaisseurs de l’émir qui le tiennent comme un rempart nécessaire aux crispations identitaires en vogue, elles ont opté pour une déclinaison en cinq actes, qui n’entend privilégier ni l’aspect militaire ni l’identité « nationale » du héros.

On y découvre le prince studieux. Né en 1808, à un moment où les abords d’Alger font l’objet d’une reconnaissance scientifique qui semble présager un engagement français à venir, le jeune Abdelkader se destine à l’étude religieuse, effectue très tôt le pèlerinage à La Mecque, poussant même jusqu’à Bagdad. Son destin bascule lorsqu’il devient sultan à 24 ans, chargé de la résistance à la conquête française pour l’Ouest algérien.

Vient le combattant donc. L’évocation du stratège n’occulte pas son art de la diplomatie ni son intuition d’homme d’Etat, mettant sur pied une armée régulière, battant monnaie et signant ce traité avec le général Bugeaud en 1837 qui assure la stabilité de son autorité. La reprise des hostilités dès 1839 l’amène à innover encore, avec sa capitale nomade, la smala, dont la prise, plus symbolique que déterminante, par le duc d’Aumale en mai 1843, a immortalisé l’image – la monumentale toile d’Horace Vernet (1789-1863) restée à Versailles est ici l’objet d’un dispositif multimédia captivant qui éclaire les enjeux de l’affrontement. Les témoignages recueillis tranchent avec la vision ordinaire d’un ennemi qu’on dévalue, tant la dignité et l’écoute de l’émir découragent les charges partisanes.

Un ennemi atypique

Mohamed Racim,
timbre commémorant le retour des cendres de l’émir en Algérie, 1966.

De fait, on va beaucoup parler d’Abdelkader, beaucoup le figurer aussi, même si lui ne se prête pas à cette vogue iconographique. Au fil du parcours, le visiteur peut ainsi mesurer, d’un « kiosque » à l’autre, l’évolution de la perception d’un ennemi décidément atypique. C’est alors qu’apparaît le prisonnier. Déposant les armes fin 1847 contre la promesse de pouvoir s’établir en terre d’islam, l’émir est finalement retenu captif malgré la parole donnée, et la République qui succède à la monarchie de Juillet maintient l’exilé en détention, à Pau, puis à Amboise, où « mort au monde », le lettré étudie, écrit et accueille des visiteurs curieux et tous enthousiastes. L’élargissement vient de Louis-Napoléon Bonaparte, président sur le point de restaurer l’Empire, dont Abdelkader sera l’obligé.

Le parcours le suit dans son exil. Etabli en terre d’islam (Bursa en Turquie avant Damas en Syrie), l’émir a une telle aura qu’il peut soustraire les chrétiens de la ville à un massacre programmé en juillet 1860, ce qui lui vaut une reconnaissance mondiale. Partout où il se déplace de Londres à Paris, jusqu’aux rives du canal de Suez dont il assiste à l’inauguration, il est fêté comme un sage, un maître spirituel capable d’incarner le dialogue entre Orient et Occident, chrétienté et islam.

Du coup, sa vie posthume est aussi féconde que contrastée. Apposé sur des pièces de vaisselle ou désignant une nouvelle variété de fraise, son nom se décline en produits publicitaires (chocolat, pain d’épice, spiritueux même) et intègre le récit national de l’école française. On comprend mieux le problème que pose, passé la revendication de l’aura du grand homme par les tenants de l’indépendance algérienne, une personnalité dont les écrits mystiques et l’ouverture cadrent mal avec l’embrigadement presque sectaire qu’on lui assignait. L’émir est ici célébré pour ce qu’il fut : une figure majeure de la culture et de la foi en dialogue.

Une vidéo de France culture





Une exposition itinérante
disponible pour une large diffusion


Abd El-Kader, Héros des deux rives
Exposition itinérante
diffusée par l’Association Ancrages
à Marseille et ailleurs
avec le soutien de histoirecoloniale.net


Le séjour d’Abd-el-Kader à Toulon, sa quarantaine à l’hôpital maritime du Lazaret, puis et sa détention au Fort Lamalgue, sont insuffisamment connues et méritent d’être situées à leur juste place dans l’évolution intellectuelle de l’émir.
L’émir est vaincu, à la merci de la France qui a trahi sa parole. Mais Abd-el-kader est sorti grandi de cette épreuve durant ses quatre mois passés à Toulon.


« Abd El-Kader, Héros des deux rives » est une exposition réalisée en 2004, à l’initiative de la LDH de Toulon et en particulier M. François Nadiras, et de Mme. Andrée Bensoussan, avec l’aide l’association Histoire et Patrimoine seynois.

En 2022, l’association Ancrages – a souhaité la rééditer et la diffuser à Marseille, dans le contexte de célébration du soixantenaire de l’indépendance de l’Algérie, en même temps que la grande exposition du Mucem à la popularisation et à la médiatisation de laquelle l’association Ancrages a été associée.

Le portrait de l’Emir Abd El-Kader permet de revenir sur les conditions de la conquête coloniale et sur la figure de résistance d’un homme au parcours emblématique.

Opposant au général Bugeaud et ses pratiques cruelles en direction des populations civiles, l’émir Abd-el-Kader est principalement présenté comme chef militaire. Il naît près de la ville de Mascara en 1808 (Ouest algérien), d’une famille de l’aristocratie religieuse descendante de la tribu berbères des Beni-Ifferen et affiliée à la confrérie soufie Qadiriyya. Il se retrouve de façon inattendue à mener une campagne militaire au cœur des conflits méditerranéens et coloniaux.

Il s’engage contre la conquête française qui passe alors par de nouvelles stratégies sous les ordres de Bugeaud. Des « enfumades » de populations civiles en font partie. Les razzias, ou politique de la terre brûlée, consistent à brûler les terres, le bétail et les maisons des populations locales, suivie de la confiscation des terres leur appartenant pour les octroyer aux colons.

Autour de ce portrait multiple de l’Emir Abd-el-Kader (1808-1883), l’enjeu de l’exposition est de :
• sensibiliser à la résistance civile et populaire à la conquête coloniale de l’empire français,
• favoriser la compréhension du contexte historique, des motivations des puissances coloniales,
• permettre de comprendre les héritages contemporains du système colonial en termes de discriminations (code de l’indigénat, statut de « sujet de l’empire », de représentations « raciales » et d’empreintes patrimoniales, statuaires, odonymiques, urbanistiques… et plus largement, la façon dont la colonisation s’oppose aux valeurs républicaines issues de la Révolution française.

Cette exposition est diffusée en partenariat avec la Ligue des Droits de l’Homme (LDH) Toulon-La Seyne et l’historien Gilles Manceron, représentant du site histoirecoloniale.net.

Les organismes prêteurs des sources ont été la Marine nationale, le service historique de la marine de Toulon, le Musée du Vieux-Toulon, les Archives municipales de Toulon, Les Archives Départementales du Var, les Archives Nationales d’Outre-Mer d’Aix-en-Provence (ANOM), le Musée Balaguier, la DRAC du Var. La bibliothèque municipale a mis à disposition le fonds Philibert, fonds sur l’histoire et les civilisations du Maghreb.


Nombre des panneaux : 12.

Type : panneaux auto-portés.

Mise en place et démontage : A la charge exclusive de l’association Ancrages.

Pour tout public, des ateliers de médiation culturelle ludiques sont proposés aux plus jeunes.

Informations réservations

Pour accueillir cette exposition dans vos locaux, s’adresser à :

Khadija ROUL,
Chargée de médiation culturelle
mediation@ancrages.org
07 67 98 82 09 / 09 50 74 04 67




La visite de l’exposition
« Abdelkader héros des deux rives »
lors du congrès
de la Ligue des droits de l’Homme à Marseille