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Édition du 1er au 15 février 2026

La société française face à l’héritage de son passé colonial

La reconnaissance du passé colonial

Quel travail historique à poursuivre
sur le passé franco-algérien ?

Dans un entretien avec Kamel Lakhdar Chaouche publié par le quotidien algérien L’Expression, l’historien Gilles Manceron explique que les historiens algériens et français travaillent depuis des décennies sur l’histoire de la colonisation et de la guerre d’indépendance algérienne. En témoignent les livres codirigés depuis les années 1980 par Mohammed Harbi et Benjamin Stora. Il reste beaucoup de travail à faire dans les deux pays pour une ouverture des archives qui ne soit pas seulement réservée à quelques-uns. En France, il faut combattre la tradition de fermeture qui se fonde sur l’idée de « secret défense » invoquée pour cacher des faits historiques. Il faut faciliter les déplacements des chercheurs algériens pour des séjours de travail en France.

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Musées et créations contemporaines

Des débats autour de la
« Journée d’hommage aux harkis »
et du film « Harkis » de Philippe Faucon

La Journée d’hommage aux harkis du 25 septembre, instituée officiellement en 2003 et que les préfets avaient la charge d’organiser dans toute la France, a repris à leur sujet un récit mythique contraire à la réalité. Aux Invalides, la secrétaire d’Etat auprès du ministre des Armées, Patricia Mirallès, chargée des Anciens combattants et de la Mémoire, ne s’en est pas clairement démarquée. En revanche, le film « Harkis » de Philippe Faucon, qui sort sur les écrans le 12 octobre 2022, restitue la complexité de cette histoire. Il montre que l’armée française n’a cessé de leur mentir et que leurs sauveteurs étaient souvent ceux qui avaient désapprouvé auparavant sa pratique de la torture. Un livre rend hommage aux officiers qui, vis-à-vis de familles menacées en 1962 de violences extrajudiciaires, ont fait preuve de solidarité humaine.

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La reconnaissance du passé colonial

L’historien Christophe Lafaye
s’exprime dans le débat sur le projet de commission mixte
sur l’histoire franco-algérienne

L’historien et archiviste Christophe Lafaye travaille en particulier sur les « sections de grottes » mises en place par l’armée française de 1956 à 1962 pour asphyxier les maquisards algériens réfugiés dans des cavités naturelles. Dans le quotidien algérien L’Expression, il s’exprime dans le débat sur le projet de commission mixte sur l’histoire franco-algérienne annoncée fin août 2022 lors de la visite officielle d’Emmanuel Macron en Algérie. Il met en garde contre les instrumentalisations de l’histoire par les pouvoirs politiques. Selon lui, cette commission « devrait “stimuler la recherche” plutôt que de “l’encadrer”, permettant ensuite d’entrer dans une logique de “recherche partagée” comme préalable à l’écriture d’une histoire commune. »

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La reconnaissance du passé colonial

Des historiennes et historiens
expriment leur solidarité avec l’auteur
d’une tribune parue dans « Le Monde »
dont l’Elysée avait demandé le retrait

Emmanuel Macron a déclaré le 26 août 2022, lors de son voyage en Algérie, qu’entre la France et l’Algérie, « c’est une histoire d’amour qui a sa part de tragique ». Le politiste Paul Max Morin, dans une tribune publiée par le quotidien Le Monde le 2 septembre 2022, a estimé que cette « réduction de la colonisation à une “histoire d’amour” parachève la droitisation d’Emmanuel Macron sur la question mémorielle ». Après des protestations provenant de l’Élysée, la tribune a été supprimée par le journal de son édition en ligne. Notre site l’a publiée tout en rappelant quelques faits relatifs à la violence de la colonisation de l’Algérie. A son tour, un collectif d’universitaires, dans une tribune parue dans Le Monde le 20 septembre 2022 qu’on retrouvera ci-dessous, écrit que l’analyse de Paul Max Morin ne pouvait être qualifiée d’erronée, qu’elle pouvait être contestée mais ne méritait pas d’être retirée, et ils ont exprimé à ce chercheur leur respect et leur soutien.

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La restitution des objets et restes mortuaires coloniaux

« Les otages, contre-histoire
d’un butin colonial »,
par Taina Tervonen

« Derrière les objets issus des guerres coloniales que nous admirons dans les musées se trouve une histoire violente, il est temps de l’écouter. » Dans Les otages, contre-histoire d’un butin colonial, publié en août 2022 par les éditions Marchialy, la journaliste franco-finlandaise née au Sénégal Taina Tervonen raconte, à la première personne, une passionnante enquête menée en France, au Sénégal et au Mali pour reconstituer l’histoire d’objets pillés par l’armée française lors de la prise de Ségou en 1890, au « Soudan français », aujourd’hui le Mali. Nous publions une recension de ce livre par Le Monde Afrique, ainsi qu’un entretien avec l’autrice publié dans Streetpress.

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La reconnaissance du passé colonial

L’Association Josette et Maurice Audin,
présidée par le mathématicien Cédric Villani,
poursuit son action

Créée en 2004 par le mathématicien Gérard Tronel et présidée jusqu’en 2022 par Pierre Mansat, l’Association Josette et Maurice Audin est désormais présidée par Cédric Villani. Il a joué un rôle décisif dans l’acte historique accompli par le Président de la République le 13 septembre 2018, lors de sa visite au domicile de Josette Audin, reconnaissant la responsabilité de la France dans l’enlèvement et l’assassinat de Maurice Audin par les militaires qui le détenaient et dans la pratique de la torture par l’armée française en Algérie. L’Association Josette et Maurice Audin, impliquée depuis février 2020 jusqu’à septembre 2021 dans le Collectif Accès aux archives publiques, reste préoccupée par la question de l’accès aux archives en France et en Algérie et travaille, avec d’autres, à la création d’une instance sur le thème Citoyenneté et archives.

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La reconnaissance du passé colonial

Le chercheur et archiviste Christophe Lafaye :
« La France accepte mal
son passé colonial »

Christophe Lafaye, enseignant chercheur à l’université de Bourgogne, est docteur en histoire contemporaine et archiviste. Il a travaillé sur l’utilisation des armes spéciales, nucléaires, bactériologiques et chimiques, pendant la guerre d’indépendance algérienne et en particulier sur les « sections de grottes » mises en place par l’armée française et qui ont fait un grand nombre de victimes entre 1956 et 1962. Répondant aux questions de Kamel Lakhdar Chaouche pour le quotidien algérien L’Expression, il revient sur le projet annoncé le 26 août 2022 lors de son voyage en Algérie par le président Macron en présence du président Tebboune de création d’une commission d’historiens franco-algérienne. Il souligne que les historiens des deux pays doivent pouvoir travailler sereinement et accéder aux archives, et aussi que la France accepte mal de regarder en face son passé colonial.

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La reconnaissance des crimes coloniaux 1830-1962

« Au nom de Safia »,
une série documentaire
de Safia Kessas

Ces dernières années ont vu de nombreuses femmes descendantes d’Algériens et d’Algériennes ayant vécu la guerre d’Indépendance travailler auprès de leurs parents à retracer une histoire que ces derniers ne livrent souvent que difficilement. C’est ce que fait la journaliste et réalisatrice belge et algérienne Safia Kessas au départ d’une remarquable série documentaire diffusée par Binge Audio, « Au nom de Safia ». Partant d’une interview inachevée de son père et du sort d’une tante disparue en 1956, sa recherche s’étend et révèle notamment l’existence d’un massacre de masse perpétré en mai 1956 par l’armée française en Kabylie, dans la vallée de la Soummam, et étouffé par les versions officielles françaises. Nous publions les liens pour écouter ce podcast, ainsi qu’un entretien avec l’autrice publié par Télérama.

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La reconnaissance du passé colonial

Entre la France et l’Algérie,
« une histoire d’amour
qui a sa part de tragique » ?

Dans une tribune publiée par Le Monde, le politiste Paul Max Morin a mis en cause les déclarations du président de la République lors de son voyage en Algérie du 25 au 28 août 2022, en particulier celle selon laquelle, entre la France et l’Algérie, « c’est une histoire d’amour qui a sa part de tragique ». Selon lui, cette « réduction de la colonisation à une “histoire d’amour” parachève la droitisation d’Emmanuel Macron sur la question mémorielle ». Il l’a écrit dans une tribune que Le Monde a publiée dans son édition du 2 septembre 2022, mais que, après des protestations de l’Élysée, le journal a supprimée peu après de son édition en ligne. Ci-dessous, le texte de cette tribune et le rappel de quelques faits.

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La reconnaissance du passé colonial

Le site histoirecoloniale.net
nourrit depuis cinq ans
la réflexion sur le passé colonial
et son héritage

Il y a cinq ans, le 28 août 2017, disparaissait un militant de la Ligue des droits de l’Homme de Toulon, François Nadiras, qui animait depuis le début des années 2000 le site internet « ldh-toulon.net ». Celui-ci, en plus de l’actualité des droits de l’Homme, traitait de la connaissance de l’histoire coloniale, car Nadiras avait constaté que la méconnaissance et les mythes sur cette histoire constituaient l’une des bases majeures des idéologies d’extrême droite influentes dans la région. Depuis 2017, le site histoirecoloniale.net poursuit son œuvre d’éducation populaire. Ci-dessous quelques hommages à une vigie aussi discrète que modeste, dont le travail mérite d’être continué.

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Ecrire et enseigner l'histoire coloniale

Une réflexion sur le besoin en France
d’un musée national
de l’histoire du colonialisme

Le Mrap, le Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples, avec d’autres associations comme la Ligue des droits de l’Homme et le site histoirecoloniale.net, estime qu’il est nécessaire et urgent de créer un musée national de l’histoire du colonialisme. Jacques Venuleth, membre de la commission nationale constituée par le Mrap pour favoriser cette création, explique que les arguments en faveur d’une telle initiative sont légion, mais il relève aussi que différentes tentatives de réaliser une telle entité n’ont pas abouti et soulève un certain nombre de questions à résoudre. Elles seront discutées lors d’un débat le 10 septembre 2022 à la Fête de l’Humanité.

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Ecrire et enseigner l'histoire coloniale

A propos de l’annonce
d’une commission franco-algérienne d’historiens,
Fabrice Riceputi :
« les historiens ont déjà travaillé »

Au soir de son arrivée à Alger, le 25 août 2022, Emmanuel Macron a, aux côtés de son homologue algérien, annoncé leur décision de créer une « commission d’historiens » commune à laquelle seraient « ouvertes toutes les archives algériennes et françaises ». Pour Fabrice Riceputi, l’essentiel sur la domination coloniale et la guerre d’Algérie est largement décrit par les historiens et cette annonce n’est autre chose que la dernière manifestation du refus de la France de reconnaître sa responsabilité première et essentielle de puissance colonisatrice. Benjamin Stora appelle à enseigner plus largement cette page d’histoire dans les écoles françaises. L’historien algérien et chercheur au Crasc d’Oran, Amar Mohand-Amer, attend de voir ; il met en garde contre l’instrumentalisation idéologique de l’histoire et plaide pour l’autonomie de l’historien.

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