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Édition du 1er au 15 avril 2026

La société française face à l’héritage de son passé colonial

Cannes, le 21 mai 2010.
“Hors-la-loi” de Rachid Bouchareb (2010)

De la campagne de dénigrement du film « Hors-la-loi » à la « Fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie »

La campagne contre le film Hors-la-loi a été orchestrée par quelques députés UMP, élus de départements où la présence de nombreux rapatriés d’Afrique du Nord et de leurs descendants laisse croire à l’existence d’un “vote pied-noir”. Cela augure mal de l’indépendance de la Fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie, prévue à l’article 3 de la loi du 23 février 2005, qui sera soumise aux pressions de ces ultras. D’autant que la confusion entre mémoire(s) et histoire ne fait qu’entretenir l’inquiétude provoquée par l’ambiguïté du projet d’Hubert Falco. Ci-dessous, une tentative de faire le point sur ces questions en s’appuyant sur une documentation rassemblée depuis plusieurs années — les liens pointent tous vers des pages de ce site.

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La polémique injustifiable autour du film “Hors-la-loi” : une instrumentalisation politique de l’histoire

Vendredi 21 mai 2010, Rachid Bouchareb a présenté à Cannes son film, Hors-la-loi, qui raconte le parcours de trois frères dont la famille a survécu aux massacres de mai 1945 à Sétif. Le matin même, entre 1000 et 1500 personnes se sont réunies devant le monument aux morts de Cannes. D’après nicematin.com, ces manifestants, âgés en moyenne de 70 ans, s’étaient mobilisés en réaction au film, pour un hommage aux « victimes françaises » de la guerre d’Algérie et des évènements de Sétif. Ils répondaient à l’appel du député UMP des Alpes-Maritimes Lionnel Luca qui, sans avoir vu le film, avait accusé Rachid Bouchareb de « falsifier » l’histoire et de « raviver les blessures » de manière « irresponsable ». Un rassemblement auquel participaient d’autres députés UMP – Bernard Brochand, maire de Cannes, Michèle Tabarot, Jean-Claude Guibal, Jean Leonetti (Alpes-Maritimes), Elie Aboud (Hérault, président du Groupe d’études parlementaire sur les rapatriés), Richard Mallié (Bouches-du-Rhône) –, Colette Giudicelli, sénatrice UMP des Alpes-Maritimes1, ainsi que des anciens combattants, des associations de harkis et des membres du Front national. Les manifestants arboraient des pancartes où l’on pouvait notamment lire « Non à ce film anti-français » et ils ont entonné la Marseillaise et le Chant des Africains. Ci-dessous, le dossier publié dans Le Monde sur ce nouvel épisode de la “guerre des mémoires”.

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Marseille 4/5 juin 2010 : la France et l’Algérie, le poids de l’histoire pour comprendre le présent

L’histoire qui lie l’Algérie et la France apparaît parfois comme «l’impossible histoire», toujours en cours d’écriture, souvent conflictuelle.
À l’occasion de son 70e anniversaire, la Cimade ouvre le débat en partant de la mémoire de son propre engagement auprès du peuple algérien.
Pendant la guerre, alors qu’en métropole des équipiers de la Cimade étaient engagés auprès des immigrés algériens et dans les camps d’assignation à résidence, d’autres agissaient en Algérie, auprès des familles déplacées et regroupées sous autorité militaire.

Aujourd’hui, l’association agit auprès des migrants, dont beaucoup sont issus des anciennes colonies.

Les 4 et 5 juin, la Cimade invite à deux journées d’étude à Marseille pour interroger l’histoire et mieux comprendre les blocages du présent.
Le racisme et les conflits identitaires vécus aujourd’hui ne proviennent-ils pas de l’absence d’une histoire coloniale écrite à deux voix? Après un détour par l’engagement de la Cimade auprès des militants des colonies portugaises pour l’indépendance, l’histoire particulière de l’Algérie et de la France sera abordée pour tenter de comprendre pourquoi, malgré l’indépendance, des incompréhensions et des blocages persistent ici et là-bas.
Et au-delà de l’Algérie, quels sont les obstacles aujourd’hui à l’accès des anciennes colonies à une véritable souveraineté?

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Hubert Falco veut voir des uniformes pour se sentir bien (© Jacques Robert)
“Hors-la-loi” de Rachid Bouchareb (2010)

Hubert Falco dénonce un film qu’il n’a pas vu

Hubert Falco a été nommé, le 23 juin 2009, secrétaire d’Etat à la Défense et aux anciens combattants (SEDAC), où il a succédé à Jean-Marie Bockel. Dans ces nouvelles fonctions, il a hérité d’un dossier : le film Hors-la-loi de Rachid Bouchared. En effet, le SEDAC avait saisi le Service historique de la défense (SHD) dès le 18 juin 2009, en lui demandant un « avis historique sur un projet de film réalisé par Rachid Bouchared »2.

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“Hors-la-loi” : le retour des guerres de mémoires

Devant la polémique qui s’est développée en France après l’annonce de la prochaine présentation au Festival de Cannes du film Hors-la-loi de Rachid Bouchareb, une douzaine de personnalités, historiens et créateurs, rappellent que « Le pire est à craindre quand le pouvoir politique veut écrire l’histoire que nos concitoyens iront voir demain sur nos écrans ». De son côté, l’Observatoire de la liberté de création de la Ligue des droits de l’Homme dénonce les pressions contre ce film.

[Mise en ligne le 5 mai 2010, mise à jour le 10]

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Dans le stade municipal de Philippeville – Skikda –, le 21 ou 22 août 1955 (© El Watan).
“Hors-la-loi” de Rachid Bouchareb (2010)

Benjamin Stora : il faut mettre fin au refus en France d’assumer la guerre d’Algérie

Benjamin Stora a dénoncé la campagne menée contre le film Hors-la-loi de Rachid Bouchareb dans un entretien à l’AFP où il estime que « le refus d’assumer la guerre d’Algérie est très mal vécu par une part importante de la société française, aujourd’hui : il faut donc l’affronter3 ». Pour l’historien, « il y a toujours eu une très grande difficulté à faire figurer l’Autre, l’ancien indigène du temps colonial, dans le cinéma français ». Il rappelle que l’Algérie formait trois départements et « était considérée comme la France ». « De ce fait, la séparation « n’a quasiment pas été représentée à l’écran comme la résultante de la volonté d’indépendance des Algériens. Elle a plutôt été vue comme le produit d’une trahison ou d’un abandon par les Français4 ». Du côté algérien, le gouvernement n’ayant pas répondu à l’initiative du FLN, le projet de loi sur la criminalisation de la colonisation semble abandonné.

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Fresque murale à Dakar (©Erica Kowal – Flickr DSCN1029)
Le massacre de Thiaroye décembre 1944

la révolte de Thiaroye, par Armelle Mabon

«Quelques mois avant les massacres du Constantinois – Sétif, Guelma, Kherrata… – la répression sanglante de la mutinerie de Thiaroye (Sénégal), en décembre 1944, avait été conçue comme un “coup de bistouri” douloureux mais nécessaire, censé ôter pour longtemps aux colonisés leurs idées d’émancipation. Les mutins n’avaient réclamé que leurs arriérés de solde.» (Philippe Bernard)5

A l’heure où le gouvernement français s’apprête à célébrer le Cinquantenaire des indépendances africaines, Armelle Mabon, auteur du livre Prisonniers de guerre “indigènes”6 , revient sur cet épisode trop mal connu du passé colonial de la France en Afrique.

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cinquantenaire des indépendances : y a-t-il vraiment quoi que ce soit à commémorer ?

La France va commémorer cette année le cinquantenaire de l’accession à l’indépendance en 1960 de quatorze pays francophones d’Afrique (Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Centrafrique, Congo-Brazzaville, Côte d’Ivoire, Gabon, Madagascar, Mali, Mauritanie, Niger, Sénégal, Tchad et Togo)7.

Les dirigeants de ces pays seront notamment conviés à un sommet « familial » qui se déroulera le 13 juillet. Le lendemain, en hommage à la “Force noire”, des troupes africaines participeront au défilé du 14-Juillet sur les Champs-Élysées. Mais Nicolas Sarkozy n’honorera aucune des invitations qui lui ont été faites d’assister aux cérémonies de commémoration.

Un cinquantenaire qui se déroule dans une ambiance où le malaise le dispute à l’indifférence…

En fait, comme le demande Achille Mbembé, «y a-t-il vraiment quoi que ce soit à commémorer ?».

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La polémique autour de “Hors-la-loi” tente de prolonger «le temps de la dénégation»

La France a décidément bien du mal avec certains épisodes de son histoire. Après les heures sombres du régime de Vichy, c’est le passé colonial français en Algérie qui se trouve aujourd’hui au centre d’une polémique à l’occasion de la prochaine présentation au Festival de Cannes du film Hors la loi de Rachid Bouchareb. Deux ans après que Bernard Bajolet, ambassadeur de France en Algérie, ait déclaré lors de son passage à l’Université du 8 mai 1945 de Guelma, le 27 avril 2008 : « aussi durs que soient les faits […] la France n’entend pas, n’entend plus, les occulter. Le temps de la dénégation est terminé »8, quelques élus de la droite extrême du midi méditerranéen lancent une polémique quelque peu artificielle. Derrière le dénigrement du film, qui « s’appuie sur de mauvaises raisons », comme le montre ci-dessous l’historien Gilles Manceron dans un entretien au quotidien El Watan, il faut voir une nouvelle tentative pour refuser de regarder en face les réalités de l’Histoire.

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Conférence de presse du 1er février 2008 (Photo Jean Roig).
Perpignan

collectif “pour un centre de documentation à Perpignan sur l’histoire franco-algérienne”

Le collectif des opposants au projet de musée de la mairie de Perpignan à la gloire de la colonisation a, lors d’une conférence de presse, le 1er février 2008, exposé ses revendications. Il demande :

  • un « Centre de Documentation sur l’Histoire Franco-Algérienne », piloté par un comité scientifique indépendant de la mairie et de toute association mémorielle,
  • la création d’un mémorial en hommage à toutes les victimes de la Guerre d’Algérie,
  • le déplacement hors de l’espace public de la stèle pro-OAS.

Deux ans plus tard – entre-temps, Jean-Marc Pujol avait succédé à Jean-Paul Alduy à la mairie de Perpignan – … le collectif rappelait ses revendications.

[Mise en ligne le 3 février 2008, mise à jour le 4 mai 2010]

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Mémorial du Quai Branly

Un monument détourné de sa destination première

Dans une lettre ouverte adressée à Nicolas Sarkozy, neuf associations mettent en cause la politique mémorielle du gouvernement concernant la guerre d’Algérie. Elles attirent l’attention du président de la République sur une décision récemment mise en œuvre par les services du secrétaire d’État à la défense et aux Anciens combattants, qui consiste à faire apparaître, sur le Mémorial national des Morts pour la France en AFN, quai Branly à Paris, les noms des victimes civiles de la manifestation du 26 mars 1962 à Alger, à l’appel de l’OAS9.

Dénonçant une démarche «de plus en plus ostensiblement discriminatoire» dans un domaine qui touche au cœur des relations franco-algériennes, les associations demandent que le mémorial «retrouve sa vocation d’origine» et soit «remis en l’état où il se trouvait antérieurement à mars 2010».

L’inquiétude des associations a été relayée à l’Assemblée nationale et au Sénat, où une vingtaine de parlementaires ont adressé des questions écrites sur ce sujet au secrétaire d’État aux Anciens combattants.

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la justice confirme que les stèles dédiées à l’OAS n’ont pas leur place sur le domaine public

Dans un arrêt rendu public le 23 avril 2010, la Cour administrative d’appel de Marseille confirme que les stèles dédiées à l’OAS n’ont leur place ni à l’intérieur d’un cimetière ni, plus généralement, sur le domaine public.

Une décision importante alors que des hommages publics à d’anciens criminels de l’OAS sont organisés ou tolérés, dans un contexte où le pouvoir politique cherche à satisfaire, dans le domaine mémoriel, les demandes d’un lobby nostalgique de la colonisation et en lien étroit avec l’extrême droite 10.

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