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Édition du 1er au 15 avril 2026

La société française face à l’héritage de son passé colonial

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Réhabilitations

Les méthodes d’Argoud : celles d’un assassin sans scrupules

Le Canard enchaîné du 8 juin le confirme, des nostalgiques de l’Algérie française rendront un hommage public au colonel Antoine Argoud, vendredi prochain à Darney. Après une messe en l’église de Darney, ils ont prévu de sceller sur sa tombe une plaque signée par l’OAS.

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Ce projet a provoqué de nombreuses réactions scandalisées, notamment de la part d’anciens appelés de la guerre d’Algérie. Un certain nombre d’entre eux ont écrit au maire de Darney et/ou aux responsables catholiques locaux pour protester contre une manifestation qui les choque profondément – nous reprenons ci-dessous quelques-unes de leurs lettres.

Un extrait du livre écrit par Antoine Argoud en 1974, que nous reprenons également, justifie le jugement porté par l’un d’entre eux :
«Les méthodes d’Antoine Argoud étaient davantage celles d’un assassin sans scrupule que d’un officier de l’Armée française».

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Réhabilitations

L’hommage au colonel Argoud des anciens de l’OAS

L’Association pour la défense des intérêts moraux et matériels des anciens détenus et exilés politiques de l’Algérie française (ADIMAD) a annoncé son intention de rendre un hommage public au colonel Antoine Argoud (1914 – 2004), l’un des derniers chefs de l’Organisation armée secrète (OAS). L’association des anciens de l’OAS veut fixer une plaque d’hommage sur la tombe d’Antoine Argoud – une nouvelle provocation de la part de ces tenants de l’Algérie française.

Rappelons qu’« il incombe au maire de prendre les mesures qu’exige le respect de l’ordre public1 » et de s’assurer que les inscriptions polémiques qui seront portées sur cette tombe ne sont pas susceptibles de troubler la sérénité d’un lieu voué au respect des défunts qui y reposent, et de leurs familles.

[Première mise en ligne le 26 mai 2011, mise à jour le 7 juin ]

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Camp de Rivesaltes (Pyrénées Orientales)
Harkis

“lieux d’internement, lieux de mémoire”, colloque à Paris, le 8 juin 2011

Le 12 novembre 1938, sous la Troisième République, un décret permit l’internement des « étrangers indésirables » dans des « centres spécialisés ». Contrairement à la procédure « juridico-policière » traditionnelle, l’internement administratif vise des personnes non pour ce qu’elles ont fait (ou sont présumées avoir fait) mais pour le danger potentiel qu’elles représentent aux yeux de l’Etat du seul fait de leur présence sur le sol français. En 1938, elle vise principalement les réfugiés espagnols… suivent les juifs, les tziganes, les indochinois, les harkis… « Ces centres spécialisés » ne sont rien d’autre que des camps.

Colloque : “Lieux d’internement, lieux de mémoire”, mercredi 8 juin 2011 de 9h15 à 18h00 à l’Auditorium de l’Hôtel de Ville, 5,rue Lobau, 75004 Paris (Métro: Hôtel-de-Ville).

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«Accusé Audin, levez-vous !»Un dessin de Tim, paru dans l’Express en 1960.
L'affaire Audin

cela fait aujourd’hui 19 715 jours que Josette n’a pas de nouvelles de Maurice Audin

«Le 11 juin 1957, j’avais vingt-six ans, j’habitais à Alger, rue Gustave-Flaubert, avec mon mari, vingt-cinq ans, et mes trois enfants, a-t-elle écrit au Président de la République. Des parachutistes de l’armée française ont fait irruption et ont emmené mon mari. Depuis cette date, je ne l’ai jamais revu. À mes questions, il m’a été répondu qu’il s’était évadé.» Cette lettre, envoyée le 19 juin 2007, n’a jamais reçu de réponse.

Alors que de nombreux éléments, dont l’enquête de l’historien Pierre Vidal-Naquet, établissent qu’il est mort sous la torture, la République n’a pas reconnu l’assassinat. Sur le plan judiciaire, l’affaire s’est terminée par un premier non-lieu en 1962, puis par un second en 2002 suite à la plainte contre X déposée, en mai 2001, après la parution du livre Services spéciaux Algérie 1955-1957 du général Aussaresses.

Le Sénat est revenu le 24 mai dernier sur cette la disparition de Maurice Audin à Alger en 1957, grâce à une question orale de la sénatrice Nicole Borvo Cohen-Seat2. La vérité sera-t-elle bientôt établie sur des faits qui se sont déroulés … il y a 54 ans ?

[Mise en ligne le 1er juin 2011, mis à jour le 3 juin]<

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Séverine Labat : « l’imaginaire français n’a pas achevé de se décoloniser »

Après certains responsables du football français, c’est au tour d’un élu de droite de s’en prendre aux binationaux, c’est-à-dire aux ressortissants français qui possèdent la double nationalité.

Claude Goasguen, député de Paris (UMP) et ancien membre du mouvement d’extrême droite Occident, a ainsi avancé l’idée d’une limitation «des droits politiques» des binationaux, jugeant «gênant qu’une personne puisse voter en France et dans un autre Etat». Celui qui est aussi maire du 16° arrondissement a également évoqué la création d’un «registre des binationaux ». Des propos qui ont provoqué la colère de nombreux élus de gauche et qui ont même créé le trouble au sein de la majorité. Retour sur cette affaire avec Séverine Labat, politologue et chercheuse au CNRS.

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le déni de l’histoire du passé colonial et ses conséquences, par Martine Timsit-Berthier

A l’occasion de la journée de commémoration de “l’autre 8 mai”, organisée le 8 mai 2011 par l’Espace Franco-algérien à Marseille, Martine Timsit-Berthier avait présenté une intervention centrée sur les conséquences en France du déni de l’histoire du passé colonial. Nous publions ci-dessous le texte de cet exposé, relu et corrigé par son auteure.

Martine Timsit-Berthier, Neuro-Psychiatre et Docteur ès Sciences. Après avoir effectué ses études de Médecine et de Sciences à Paris et à Marseille (1954-1961), elle est retournée en Algérie en 1962, où elle a participé avec son mari le docteur Meyer Timsit, à la relance du service de Psychiatrie de l’hôpital Mustapha et à l’enseignement de la Physiologie du Système Nerveux à la Faculté de Médecine d’Alger (1962-1966).

A la suite du coup d’État du 19 Juin 1965, elle s’est exilée en Belgique où elle a travaillé à la Faculté de Médecine de Liège jusqu’en 1997. Installée dans la région toulonnaise, depuis sa retraite, elle participe à des consultations psychiatriques données dans le cadre d’une association donnant des soins à des populations en situation de précarité et aux demandeurs d’asile (Siloé-Toulon).3

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Prise d’assaut de Zaatcha par le colonel Canrobert, le 26 novembre 1849, par Jean-Adolphe Beaucé (1818-1875)
Les crânes d'Algériens au Musée de l'homme

les restes mortuaires de résistants algériens à la colonisation retrouvés dans un musée parisien (2011)

Les restes mortuaires de dizaines d’Algériens qui ont résisté à la colonisation française au xixe siècle ont été retrouvés au Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) de Paris, a révélé un chercheur en histoire, l’Algérien Ali Farid Belkadi, dans une déclaration diffusée par l’APS, samedi 7 mai 2011.

On y trouve notamment des restes de Chérif Boubaghla4
et de Cheikh Bouziane des Zaâtchas, le chef des révoltés qui ont tenu l’armée française en échec pendant deux mois en 1849, dans l’oasis des Zaâtchas, où il devait trouver la mort.


[Ajouté le 29 mai 2011] – Une pétition appelant le président Abdelaziz Bouteflika et le gouvernement algérien à entreprendre «auprès de l’État français, les démarches nécessaires au rapatriement en Algérie des restes mortuaires de résistants algériens conservés dans les musées français» a été lancée par Ali Farid Belkadi : http://www.petitionenligne.fr/petition/pour-le-rapatriement-des-restes-mortuaires-algeriens-conserves-dans-les-musees-francais/1233

[Mis en ligne le 7 mai 2011, mis à jour le 29]

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Côte d’Ivoire : des associations appellent à la fin des exactions

Cinq organisations (ACAT France, CCFD-Terre Solidaire, Defap (service protestant de mission), LDH, CGT) ont appelé mercredi « à l’arrêt des exactions » en Côte d’Ivoire. « Bien que la situation sécuritaire se soit nettement améliorée en Côte d’Ivoire, des civils continuent d’être victimes d’exactions commises par des hommes en armes dans plusieurs régions du pays », dénoncent ces organisations dans un communiqué commun.

« Nombre de ces exactions sont perpétrées par des hommes se réclamant des Forces Républicaines de Côte d`Ivoire (FRCI) » d`Alassane Ouattara, affirment-elles. « Ces exactions doivent cesser, la sécurité doit à nouveau être assurée pour tous (…) sans distinction », insistent-elles, demandant à ce que la lumière soit « faite sur ces exactions ».

Elles demandent que les autorités ivoiriennes permettent « à la Cour pénale internationale (CPI) d`enquêter sur les exactions commises depuis septembre 2002 », et mènent « des enquêtes judiciaires indépendantes, exhaustives et impartiales sur toutes les allégations d`atteintes aux droits de l`homme recensées depuis le début de la crise ivoirienne ».

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Des policiers arrêtent un homme à l'arrivée d'un Paris-Nice, le 11 avril 2011 (Hugo Domenach/Rue89).
Contrôle au faciès

Paris-Nice : contrôles au faciès

Fin mars dernier, notre amie Isabelle nous a adressé le courrier suivant. D’autres témoignages confirment le sien ; nous en avons retenu un, du 11 avril. Aux dires de Toulonnais qui prennent quotidiennement le train pour Marseille, ces scènes sont fréquentes.

Témoigner de ce qui se passe sous nos yeux, c’est refuser de participer au lent naufrage de nos libertés.

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d’après la Cncdh, on a assisté en 2010 à une libération de la parole raciste

La commission nationale consultative des droits de l’homme a présenté le 13 avril 2011 son rapport pour l’année 2010. A l’occasion du rapport précédent consacré à l’année 2009, la Cncdh avait souligné que contrairement à des conceptions largement partagées, les préjugés racistes diminuaient. Mais l’analyse des résultats des enquêtes réalisées pour le rapport 2010 laisse craindre que ce mouvement soit interrompu. La Cncdh écrit en effet qu’il lui semble, pour la première fois depuis plusieurs années, constater une augmentation de l’intolérance.

Nous reprenons la présentation par la Cncdh des résultats de ces enquêtes, suivie de deux commentaires :

  • «Racisme : un verrou a sauté dans le discours politique admis ou admissible », par Elise Vincent (Le Monde, 12 avril 2011)
  • une interview de Pierre Fournel, directeur général de la LICRA : « L’ethnicisation des problèmes sociaux a engendré une libération de la parole raciste » (20minutes.fr, 12 avril 2011).
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QPC sur les contrôles d’identité

Une cinquantaine d’avocats vont déposer, à partir de lundi 23 mai, des questions prioritaires de constitutionnalité (QPC) sur les contrôles d’identité devant les juridictions de six villes françaises. Pendant deux semaines, à Paris, Lyon, Marseille, Lille, Nanterre et Créteil, ils devraient soulever une QPC pour chaque dossier traité par la justice dans lequel il est fait état d’un contrôle d’identité reposant sur un délit de faciès.

Selon le cabinet de l’avocat William Bourdon, qui participe à cette action, « il y a déjà quelque chose d’anticonstitutionel [dans les contrôles d’identité] puisque chaque contrôle est une atteinte à la liberté et qu’il convient donc à un juge de statuer ». Ces QPC sur les contrôles d’identité visent également à attirer l’attention sur les « contrôles au faciès » qui, selon certaines études, « touchent beaucoup plus les Noirs et les Arabes ». Le cabinet dénonce le fait que « des personnes qui ont été contrôlées dans les cités et qui ne sont pas ensuite passées devant un juge, n’ont aucun moyen de démontrer qu’elles ont pu être contrôlées jusqu’à trois fois dans la même journée ».

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Banyuls-sur-Mer : n’est-ce pas une provocation que de donner à un carrefour le nom du général Bigeard ?

Après celui d’Aix-en-Provence, c’est maintenant au tour du conseil municipal de Banyuls-sur-Mer (Pyrénées-orientales) de voter l’attribution du nom du général Marcel Bigeard à un rond-point de la ville. Mais le maire ne peut ignorer que ce nom reste lié à la torture en Algérie : même s’il a nié que les troupes sous son commandement s’y soient livrées, le général a déclaré en 2000 que l’usage de la torture pendant la guerre d’Algérie avait été « un mal nécessaire ». Faut-il rappeler que l’expression « crevettes Bigeard » désignait alors les personnes qui auraient été exécutées en étant jetées depuis un hélicoptère en mer Méditerranée, les pieds coulés dans une bassine de ciment ?5

L’intention du maire derrière ce choix partisan est apparue clairement lors de l’inauguration.

S’il tenait à rendre hommage à un militaire, le maire aurait pu le choisir parmi les victimes des engagements militaires de notre pays – depuis décembre 2001, 56 militaires français ont perdu la vie en Afghanistan.

[Mis en ligne le 30 avril 2011, mis à jour le 15 mai]

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