Liauzu et Meynier : Sétif, la guerre des mémoires
Les massacres de mai 1945 en Algérie provoquent une controverse passionnelle sur les crimes de la colonisation. Deux historiens, Claude Liauzu et Gilbert Meynier, examinent vérités et mensonges.1
Les massacres de mai 1945 en Algérie provoquent une controverse passionnelle sur les crimes de la colonisation. Deux historiens, Claude Liauzu et Gilbert Meynier, examinent vérités et mensonges.1
L’intervention de Benjamin Stora 2 au colloque de la la Ligue des droits de l’Homme, le 7 mai dernier, sur les massacres du Constantinois le 8 mai 1945 .
[publié dans La Tribune, le 21 mai 2005]
Le Comité national de l’Association des professeurs d’histoire et de géographie (APHG), a adoptée à l’unanimité une motion, le 22 mai 2005, dénonce la dérive actuelle conduisant le Parlement à inscrire dans la loi des dispositions relatives aux contenus précis d’enseignement qui relèvent de textes réglementaires. Elle demande l’abrogation de l’article 4 de la loi du 23 février 2005 qui stipule : « Les programmes scolaires reconnaissent en particulier le caractère positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord, et accordent à l’histoire et aux sacrifices des combattants de l’armée française issus de ces territoires la place éminente à laquelle ils ont droit ».
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par Claude Liauzu 3
[Article paru dans Rouge n°2112 – fin mai 2005]
Le secrétaire d’Etat aux anciens combattants, Hamlaoui Mekachera, ayant publié dans le quotidien « Le Monde » du 8 mai 2005 une tribune prenant la défense de la loi du 23 février 2005, les deux professeures d’histoire du secondaire qui ont été à l’initiative de la pétition intitulée « Je n’enseignerai pas le bon temps des colonies », l’ont lue avec attention et lui répondent. Pour elles, Hamlaoui Mekachera est « hors sujet ». Elles réaffirment leur refus de cette loi et leur droit à enseigner une histoire en s’appuyant sur les travaux d’auteurs qui ont acquis par des années de recherche et des diplômes d’Etat le droit d’être considérés comme des spécialistes de la question.
Entretien de Mohammed Harbi avec
Nadjia Bouzeghrane, publié dans El Watan le samedi 14 mai 2005.
[AFP – 12 mai 2005 – 15:03:49]
Historien spécialiste de la guerre d’Algérie, Benjamin Stora estime, dans un entretien avec l’AFP, que la polémique née après la commémoration des événements de Sétif du 8 mai 1945 nuit au travail des historiens et regrette qu’on « rejoue sans cesse le passé ».
Farid Laroussi est professeur de littérature française contemporaine et de littérature francophone du Maghreb à l’université Yale (Connecticut) aux Etats-Unis. Dans un article paru dans « Le Monde » du 12 mai 2005, il considère que les travaux de chercheurs comme Raphaëlle Branche, François Burgat, Mohammed Harbi, Abdelmalek Sayad ou Benjamin Stora ont établi que le colonialisme français en Afrique du Nord était une entreprise fondée sur l’abus et la violence. Pourquoi la France rebrousse-t-elle chemin sur la question coloniale ? Une République fondée sur les principes d’égalité et de liberté commencerait par demander pardon, c’est-à-dire entrer véritablement dans l’histoire de l’Autre.
Dans un article paru dans Le Monde du 12 mai 2005, Thierry Le Bars et Claude Liauzu répondent à Hamlaoui Mekachera « Colonisation : réconcilier les mémoires« .
A la négation par des Algériens des crimes du FLN répond, ici, un mouvement de normalisation des thèses colonialistes, sous couvert de « devoir de mémoire ».
Le programme du colloque LDH du 7 mai 2005 « Le trou de mémoire colonial et la société française d’aujourd’hui », est suivi du compte-rendu qu’en a donné le quotidien algérien La Tribune.
[Première mise en ligne : le 14 avril 2005
mise à jour : le 12 mai 2005]
Dans un article paru dans « Le Monde » du 12 mai 2005, Gilbert Meynier, professeur émérite d’histoire à l’université Nancy-II, s’en prend au « piège des mémoires antagonistes ». La loi du 23 février « portant reconnaissance de la nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés » risque, surtout en ses articles 1 et 4, de relancer une polémique dans laquelle les historiens ne se reconnaîtront guère. En officialisant le point de vue de groupes de mémoire liés à la colonisation, elle risque de générer en retour des simplismes symétriques. Le rôle de l’historien est de travailler à (r)établir les faits et, comme citoyen, à rendre nos sociétés moins inégalitaires et plus éduquées.
Dans un entretien réalisé par Laetitia Van Eeckhout et publié dans « Le Monde » du 8 mai 2005, Claude Liauzu, professeur d’histoire à Paris-VII, spécialiste de la mémoire coloniale, alerte sur la loi du 23 février, qui parle des « aspects positifs » de la colonisation, contre laquelle il a lancé avec d’autres historiens une pétition. Avec Gilbert Meynier et Gérard Noiriel, il a été à l’initiative de l’appel « Colonisation : non à l’enseignement d’une histoire officielle », lancée dans « Le Monde » du 25 mars. Selon lui, cette loi montre qu’il subsiste une volonté d’effacement des aspects négatifs de l’histoire coloniale.