la mémoire de l’indépendance de Haïti
Le Collectif Haïti de France nous a écrit le 22 avril pour exprimer son soutien à la pétition des historiens contre la loi du 23 février 2005.
Le Collectif Haïti de France nous a écrit le 22 avril pour exprimer son soutien à la pétition des historiens contre la loi du 23 février 2005.
Un mois après le vote de la loi du 23 février 2005 prescrivant aux enseignants de montrer à leurs élèves les « aspects positifs » de la colonisation, Edwy Plenel a publié un éditorial dans Le Monde 2 du 23 avril 2005 accusant cette loi de déshonorer la République. Pour lui, ce n’est pas affaire de repentance contrite, mais de lucidité active. Ce passé-là est plein d’à-présent, et c’est pourquoi il faut le regarder en face, non par culpabilité rétrospective mais par souci du monde actuel.
Cet entretien avec Claude Liauzu1 réalisé par Nadjia Bouzeghrane et publié dans « El Watan » le 21 avril 2005 est l’occasion d’une réflexion sur les responsabilités et le rôle des historiens. Ainsi, au-delà de la critique de la loi du 23 février 2005, il considère que sa génération, engagée dans la solidarité avec les mouvements de libération, a mis au second plan une réflexion critique sur ce qui était porteur en leur sein de domination ou d’arbitraire.
Au nom des historiens contre la loi du 23 février 2005 « portant reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés », opposés à une histoire officielle, Claude Liauzu et Gilbert Meynier ont rédigé une plate-forme pour servir à la mobilisation en cours des enseignants, chercheurs et autres citoyens. Elle considère que cette loi est une « loi de glaciation », qui va à l’encontre des acquis de la recherche historique et des aspirations des derniers témoins de cette histoire qui souhaitent engager des débats sereins. Et qu’elle constitue un obstacle à une intégration paisible dans le respect des différences.
Ci-dessous la liste des 250 premiers signataires.
La loi Gayssot du 13 juillet 1990 2 considère comme un délit « la négation des crimes contre l’humanité ». Pour Madeleine Rebérioux, historienne et ancienne présidente de la Ligue des droits de l’homme, il n’appartient ni aux juges ni à la loi de dire le « vrai » en histoire, même quand il s’agit de combattre le soi-disant « révisionnisme » qui nie l’existence des chambres à gaz et du génocide. Aux yeux de Madeleine Rebérioux, la vérité, que les historiens s’attachent à cerner, ne peut être fixée une fois pour toutes par des lois quelles qu’elles soient.
Des historiens expriment leur colère contre la loi du 23 février 2005, un texte de loi qui prévoit une réécriture du passé français. Ils sont plus d’un millier à avoir signé la pétition, « Colonisation, non à l’enseignement d’une histoire officielle ». Un autre appel dénonce le « mépris de l’histoire et des victimes ». Une conférence de presse s’est tenue à la Ligue des droits de l’homme. Nous reproduisons l’article de Didier Arnaud qui en rend compte dans « Libération » le 14 avril 2005.
Pierre Vidal-Naquet, historien spécialiste de la Grèce antique, est un homme engagé, en particulier contre les guerres coloniales.
Il s’entretient avec Hervé Nathan [Libération, le 14 avril 2005]
Ci-dessous l’intervention du Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, au sujet de la création d’une Mission interministérielle aux rapatriés (MIR), installée le 6 juin 2002 et des extraits des débats parlementaires qui ont précédé l’adoption de la loi du 23 février 2005. Ce dossier, réalisé par Valérie Esclangon-Morin, professeur d’histoire et géographie et chercheuse sur les questions d’histoire coloniale, auteur d’une thèse sur les rapatriés d’Algérie, montre qu’aux lendemains immédiats de la réélection de Jacques Chirac en 2002, des mesures ont été prises par les représentants de la majorité, avec l’approbation ou le silence des socialistes, en faveur des anciens partisans de l’Algérie française, conformément à la promesse électorale qu’il leur avait faite.
Texte publié au Recueil Dalloz du 24 mars 2005 et reproduit avec l’autorisation de l’auteur et de l’éditeur.
Gérard Noiriel, historien, directeur d’études à l’EHESS, réagit à la loi du 24 février 2005 « portant reconnaissance de la nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés ». Signataire de la pétition des historiens s’élevant contre son contenu, il exprime ses inquiétudes, dans un entretien paru le 1er avril 2005 dans « l’Humanité ». Les atrocités de la colonisation font partie d’un passé qu’on doit affronter. Il ne s’agit pas de battre sa coulpe, mais d’en tenir compte pour tous ceux qui ont été affectés et pour leurs descendants qui continuent d’en souffrir.

Claude Liauzu explique, dans cet article paru dans le « Monde diplomatique » d’avril 2005, que, pour l’heure, la priorité est à l’abrogation de cette loi du 23 février 2005 qui empêche l’élaboration d’une mémoire commune à tous les Français de toutes origines. Des classes où serait enseigné exclusivement le « rôle positif » de l’œuvre française outre-mer conduiraient à priver de tout passé les descendants de colonisés des « quartiers difficiles ». Comment ne pas comprendre que ce « communautarisme nationaliste » ne pourrait que susciter des contre-communautarismes ?
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