Rony Brauman : les mensonges de la loi
article publié dans Alternatives internationales, juin 2005
article publié dans Alternatives internationales, juin 2005
Le Comité national de l’Association des professeurs d’histoire et de géographie (APHG), a adoptée à l’unanimité une motion, le 22 mai 2005, dénonce la dérive actuelle conduisant le Parlement à inscrire dans la loi des dispositions relatives aux contenus précis d’enseignement qui relèvent de textes réglementaires. Elle demande l’abrogation de l’article 4 de la loi du 23 février 2005 qui stipule : « Les programmes scolaires reconnaissent en particulier le caractère positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord, et accordent à l’histoire et aux sacrifices des combattants de l’armée française issus de ces territoires la place éminente à laquelle ils ont droit ».
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par Claude Liauzu 1
[Article paru dans Rouge n°2112 – fin mai 2005]
Le secrétaire d’Etat aux anciens combattants, Hamlaoui Mekachera, ayant publié dans le quotidien « Le Monde » du 8 mai 2005 une tribune prenant la défense de la loi du 23 février 2005, les deux professeures d’histoire du secondaire qui ont été à l’initiative de la pétition intitulée « Je n’enseignerai pas le bon temps des colonies », l’ont lue avec attention et lui répondent. Pour elles, Hamlaoui Mekachera est « hors sujet ». Elles réaffirment leur refus de cette loi et leur droit à enseigner une histoire en s’appuyant sur les travaux d’auteurs qui ont acquis par des années de recherche et des diplômes d’Etat le droit d’être considérés comme des spécialistes de la question.
Farid Laroussi est professeur de littérature française contemporaine et de littérature francophone du Maghreb à l’université Yale (Connecticut) aux Etats-Unis. Dans un article paru dans « Le Monde » du 12 mai 2005, il considère que les travaux de chercheurs comme Raphaëlle Branche, François Burgat, Mohammed Harbi, Abdelmalek Sayad ou Benjamin Stora ont établi que le colonialisme français en Afrique du Nord était une entreprise fondée sur l’abus et la violence. Pourquoi la France rebrousse-t-elle chemin sur la question coloniale ? Une République fondée sur les principes d’égalité et de liberté commencerait par demander pardon, c’est-à-dire entrer véritablement dans l’histoire de l’Autre.
Dans un article paru dans Le Monde du 12 mai 2005, Thierry Le Bars et Claude Liauzu répondent à Hamlaoui Mekachera « Colonisation : réconcilier les mémoires« .
A la négation par des Algériens des crimes du FLN répond, ici, un mouvement de normalisation des thèses colonialistes, sous couvert de « devoir de mémoire ».
Dans un article paru dans « Le Monde » du 12 mai 2005, Gilbert Meynier, professeur émérite d’histoire à l’université Nancy-II, s’en prend au « piège des mémoires antagonistes ». La loi du 23 février « portant reconnaissance de la nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés » risque, surtout en ses articles 1 et 4, de relancer une polémique dans laquelle les historiens ne se reconnaîtront guère. En officialisant le point de vue de groupes de mémoire liés à la colonisation, elle risque de générer en retour des simplismes symétriques. Le rôle de l’historien est de travailler à (r)établir les faits et, comme citoyen, à rendre nos sociétés moins inégalitaires et plus éduquées.
Dans un entretien réalisé par Laetitia Van Eeckhout et publié dans « Le Monde » du 8 mai 2005, Claude Liauzu, professeur d’histoire à Paris-VII, spécialiste de la mémoire coloniale, alerte sur la loi du 23 février, qui parle des « aspects positifs » de la colonisation, contre laquelle il a lancé avec d’autres historiens une pétition. Avec Gilbert Meynier et Gérard Noiriel, il a été à l’initiative de l’appel « Colonisation : non à l’enseignement d’une histoire officielle », lancée dans « Le Monde » du 25 mars. Selon lui, cette loi montre qu’il subsiste une volonté d’effacement des aspects négatifs de l’histoire coloniale.
Le ministre délégué aux Anciens combattants, Hamlaoui Mekachera, a publié une tribune dans Le Monde daté du 8 mai 2005. Il y défend la loi du 23 février 2005 « portant reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés ». Il conteste qu’elle voudrait instaurer une histoire officielle. Il ne s’agirait nullement d’instructions données aux enseignants, qui… « travailleront comme ils l’entendent ». Et affirme même qu’elle contribue… à la réconciliation des mémoires et à l’apaisement des passions. Nous en reproduisons l’intégralité.
Dans un communiqué de presse du 22 avril 2005, Christiane Taubira dénonce les comparaisons fallacieuses entre la loi du 23 fév 2005 qui prescrit aux enseignants de montrer les « aspects positifs » de la colonisation et la loi du 21 mai 2001 reconnaissant que la traite négrière et l’esclavage constituent un crime contre l’humanité. Alors qu’il n’y a dans cette dernière aucune injonction sur la façon d’introduire cette histoire, l’article 4 de la loi du 23 février 2005 commande aux enseignants de diffuser une vision « positive » de l’œuvre coloniale, ce qui s’apparente à la sommation d’une histoire officielle.
Bien que les signatures continuent à arriver, les historiens à l’initiative de la pétition contre la loi du 23 février 2005 ont décidé de clore la pétition au nombre symbolique de 1001 signatures de chercheurs et enseignants. Elle a reçu l’appui du MRAP, de la LDH, de la LICRA, de la Ligue de l’enseignement, du Syndicat de la magistrature et du SNES-FSU. Ce nombre, atteint en trois semaines témoigne de l’inquiétude et de l’indignation de la profession face à la prétention de lui imposer une histoire officielle de la « colonisation positive ».
Vous lirez également ci-dessous un article publié par Témoignage chrétien le 21 avril 2005 :
Relents de négationnisme à l’Assemblée nationale .
[Première mise en ligne, le 24 mars 2005
dernière mise à jour, le 4 mai 2005]
Dans un entretien avec Nadjia Bouzeghrane publié dans El Watan le 28 avril 2005, Gilles Manceron2 explique qu’il est important, à l’heure où l’on parle d’un traité d’amitié entre la France et l’Algérie, d’avancer dans la connaissance et dans la qualification du passé colonial de la France. Le 40e anniversaire du 17 Octobre 1961 a été un moment important, et les 60 ans de la répression qui a suivi le 8 mai 1945 est aussi un événement majeur à faire connaitre à l’opinion française. La loi votée le 23 février 2005 montre que l’enseignement d’une histoire officielle a tendance à être imposée par le politique, suite à des pressions de lobbies minoritaires et nostalgiques de l’Algérie française qui s’appuient sur certains milieux pieds-noirs restés enfermés dans leurs représentations et leurs certitudes.