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Édition du 15 mars au 1er avril 2026

jsylvestre

La reconnaissance de l'esclavage

Depuis 1861, un quartier de Biarritz porte le nom de « La Négresse »,
surnom d’une femme qui y a vécu,
il faut qu’il porte son nom

À Biarritz (Pyrénées-Atlantiques), la zone qui englobe la gare SNCF, un quartier résidentiel et une zone artisanale s’appelle « La Négresse ». Depuis plusieurs années, un débat oppose ceux qui se sont attachés à ce toponyme, malgré sa connotation raciste, et ceux qui voudraient le voir disparaître. Jusqu’ici, la municipalité a toujours opposé une fin de non-recevoir aux critiques de cette dénomination. Lors du sommet du G7 qui s’est tenu à Biarritz, en août 2019, le militant associatif Karfa Diallo, de l’association Mémoires et Partages, avait organisé une action de sensibilisation devant la gare de Biarritz pour réclamer que le quartier soit débaptisé. Il doit être jugé, le 3 décembre 2020, pour une « rébellion » qu’il conteste, lors de son interpellation ce à ce moment.

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Antilles

A l’occasion d’un festival international du film,
de riches débats en Guadeloupe

Le Festival International du Film des Droits Humains de Guadeloupe – Monde En Vues -, soutenu notamment par la LDH de Guadeloupe, est l’occasion de riches débats sur ce moment important de la société française, les deux mois qui ont suivi l’assassinat de George Floyd. Comme le souligne Elisabeth Gustave, sa directrice : « Pour la première fois, la presse nationale est sortie de sa zone de confort et s’est aventurée à questionner le racisme à la française sur plusieurs jours d’affilée. Pendant huit semaines, le pays de la Déclaration des Droits de l’Homme a commencé à reconnaître que le racisme systémique n’était pas seulement le fait d’autrui en particulier des Etats-Unis. Pendant huit semaines la question raciale inondait le débat public ». Au moment où se produit dans l’hexagone une méchante contre-offensive pour combattre cette prise de conscience, c’est vers la Guadeloupe qu’il faut se tourner pour entendre des voix importantes.

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Le rôle des historiens

Madeleine Rebérioux,
une historienne engagée
pionnière des travaux sur le fait colonial

A l’occasion d’un hommage à Madeleine Rebérioux (1920-2005), à l’occasion du centenaire de sa naissance, organisé le 12 septembre 2020 par la Ligue des droits de l’Homme, La contemporaine (ex-BDIC) et le Musée de l’histoire vivante, plusieurs interventions ont porté sur les travaux de cette historienne sur l’histoire coloniale. Ci-dessous le texte de celle d’Alain Ruscio, sur « Madeleine Rebérioux, de l’anticolonialisme à l’anti-impérialisme » et, après un interview d’elle, les vidéos de deux autres contributions. Celle du président de la Société d’études jaurésiennes Gilles Candar, qui traite de son intérêt pour Jean Jaurès, en grande partie déterminé, dans les années de la guerre d’Algérie, par l’évolution de celui-ci « vers l’anticolonialisme », et celle de Gilles Manceron, qui présente l’apport de cette historienne engagée à cette association. L’ensemble des films de cet hommage sont visibles sur le site de la LDH.

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La reconnaissance du passé colonial

Pourquoi la France a-t-elle du mal à regarder son histoire coloniale en face ?
par l’historienne Christelle Taraud

Emmanuel Macron a été le premier président à qualifier la colonisation de « crime contre l’humanité », plus de soixante ans après les guerres d’indépendance. Comment expliquer ces années de silence ? L’historienne Christelle Taraud, spécialiste de la colonisation, explique dans un entretien à Francetvinfo que le fait de connaître la colonisation est essentiel pour comprendre la France d’aujourd’hui. Elle estime qu’à force de ne pas parler de cette histoire, on abîme durablement les individus et la société, c’est comme un cancer qui nous ronge de l’intérieur et empêche tout avenir commun. Il est donc nécessaire de penser une nouvelle histoire, sortir d’une vision européocentrée, masculine et blanche de l’histoire. Il faut redonner aux anciens pays colonisés leur place et aux peuples leur complexité.

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Séquelles politiques postcoloniales

Des accusations inadmissibles
contre l’université française

Le gouvernement français lance depuis quelques mois de graves accusations contre la recherche et l’enseignement universitaires. En juin 2020, le président de la République avait jugé le « monde universitaire coupable » d’avoir « cassé la République en deux ». Le 22 octobre, au lendemain de terribles attentats djihadistes, le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, sur Europe 1 et devant le Sénat, a mis en cause l’université, qui serait « ravagée » par des « islamo-gauchistes » et « des théories indigénistes », propos qu’il a répétés dans le Journal du dimanche le 25 octobre. Le 1er novembre 2020, c’est le Premier ministre Jean Castex qui déclarait sur une chaine de télévision : « Je veux ici dénoncer toutes les compromissions qu’il y a eues pendant trop d’années, les justifications à cet islamisme radical : nous devrions nous autoflageller, regretter la colonisation, je ne sais quoi encore ». Ci-dessous une tribune signée par 2000 chercheurs et chercheuses et un appel international contre cette forme de maccarthysme contre l’université française.

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Islamophobie

La France et l’islam : la méfiance vient de loin…
par Alain Ruscio

Cette brève étude porte sur un courant de la pensée française très ancien et très agressif, que nous persistons à nommer « islamophobie », aujourd’hui à l’offensive. Il est évidemment hors de question d’affirmer qu’il fut et qu’il est le seul à s’exprimer. Même minoritaire et parfois inaudible, il y eut également en France, tout au long de la même longue période, un mouvement de compréhension, de respect et de tolérance vis-à-vis de l’islam. Ce texte n’a par ailleurs aucunement l’intention de nier le traumatisme produit par la cascade d’attentats et de crimes odieux perpétrés en France par certains fous de Dieu, en particulier depuis 2015. L’auteur, ancien professeur d’histoire dans le secondaire, ne peut que penser avec émotion et horreur au sort de Samuel Paty et partager la douleur du pays. Il a pourtant paru à l’historien que son rôle pouvait – devait – être de rappeler que tout phénomène de société a des racines dans le passé. C’est le cas pour les drames en cascade en cours.

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La société française au temps des colonies

« Combattre, punir, photographier »,
par Daniel Foliard

Bien avant la Grande Guerre, la photographie a représenté la colonie et la violence coloniale. Dans Combattre, punir, photographier. Empires coloniaux, 1890-1914, l’historien Daniel Foliard analyse brillamment le vaste corpus qui en témoigne, des albums privés des soldats coloniaux aux fonds des premières agences d’images. Il reproduit un certain nombre de ces images en nous invitant, comme l’indique l’éditeur, « à lire l’image-choc pour la désarmer plutôt que la subir. […] Au-delà d’une histoire des photographies des corps brutalisés et des violences armées, cet ouvrage, loin d’une pornographie du désastre, est aussi une proposition. Comment présenter des photographies montrant les atrocités indicibles pour les penser et en faire l’histoire ? ». Nous publions ici la recension de cet ouvrage par Raphaël Gallien, celles d’André Loez et de Sylvain Venayre, ainsi que les liens vers deux podcasts d’entretiens avec l’auteur, sur le site de France culture et sur celui de Paroles d’histoire.

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1830-1880

Les résistants algériens du XIXe siècle internés en France où leurs tombes sont oubliées

La récente restitution à l’Algérie par la France de restes mortuaires d’Algériens ayant combattu l’armée française au XIXe siècle et conservés depuis lors au Musée de l’Homme à Paris, a rappelé que la conquête de cette colonie fut d’une très grande violence. On sait moins que de nombreux Algériens furent, lors de la guerre de conquête puis de répression des multiples révoltes, internés en France. L’historienne Sylvie Thénault, dans un article issu de son livre Violence ordinaire dans l’Algérie coloniale. Camps, internements, assignations à résidence (2012), a étudié les modalités de ces internements d’Algériens déportés pendant plus d’un demi-siècle dans des îles et des forteresses en Méditerranée. Dans l’île Sainte-Marguerite notamment, au large de Cannes, des tombes en gardent la trace.

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Séquelles politiques postcoloniales

Des chercheuses et chercheurs contestent
le mésusage du concept de « séparatisme »
Des citoyennes et des citoyens appellent
à vivre à égalité et en fraternité

Le crime odieux qui a frappé l’enseignant Samuel Paty le 16 octobre 2020 a suscité l’indignation de toute la nation. On constate cependant, profitant de l’émotion générale, la multiplication de discours d’exclusion au sein de la société française. Nous reprenons le texte qu’un ensemble de chercheuses et chercheurs travaillant sur les sociétés musulmanes ont publié dans Mediapart au moment où le président de la République a annoncé un projet de loi pour combattre le « séparatisme islamique ». Ils considèrent que cela « rejette continuellement [les musulmans] dans une position de mineurs, de citoyens de seconde zone, les désigne comme troublant l’ordre public ». Peu auparavant, plus d’une centaine de citoyens issus de la société civile ont dit : « Sereinement, calmement, dignement, librement. Nous tendons la main à la collectivité : nous n’aspirons qu’à vivre à égalité — réelle et non décrétée —, plus encore, en fraternité ». Les discours d’exclusion qui se sont multipliés depuis l’assassinat horrible de Conflans-Sainte-Honorine rendent ces appels plus que jamais d’actualité.

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Musées et créations contemporaines

Des réactions à deux documentaires
sur la colonisation
diffusés par Arte et par France 2

Un débat s’est instauré au sujet des documentaires sur la colonisation diffusés récemment à la télévision par les chaines Arte et France 2. Les films « Décolonisations. Le bouleversement mondial », réalisés par Karim Miské et Marc Ball, accompagnés dans l’écriture par l’historien Pierre Singaravélou, diffusé le 7 janvier 2020 sur Arte. Et ceux de David Korn-Brzoza et Pascal Blanchard, respectivement auteur réalisateur et co-auteur et conseiller historique, « Décolonisations. Du sang et des larmes », diffusée par France 2 le 6 octobre 2020. Nous publions ci-dessous l’article de Nedjib Sidi Moussa publié par le site Middle East Eye, « Du sang et des larmes pour mémoire ? Pourquoi la série “Décolonisations” pose problème ». Ainsi que la chronique d’Anaïs Kien dans « Le journal de l’Histoire » sur France culture : « Comment raconter l’histoire des décolonisations aujourd’hui ? Le débat est ouvert ! ».

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Mémoire et histoire en Algérie

Mohammed Harbi réagit publiquement
à un texte diffamatoire à son égard

Mohammed Harbi a pris connaissance d’un texte diffamatoire signé par Mohammed Hachemaoui et publié par la revue Sociétés Politiques Comparées, éditée par Béatrice Hibou, et a décidé d’y répondre en s’adressant directement au public. Le chercheur en science politique auteur de ce pamphlet, dont les premiers travaux étaient dignes d’intérêt, développe depuis quelques années, pour diverses raisons personnelles, un discours complotiste qui lui fait tout expliquer de l’Algérie contemporaine par l’emprise absolue de la police politique — laquelle serait même l’organisatrice du hirak ! Etant donné le caractère injuste et absurde de ses attaques contre notre collègue Mohammed Harbi, dont les travaux sont d’un apport essentiel à l’histoire de l’Algérie contemporaine, nous publions sa lettre ouverte afin d’informer le public et d’obtenir de la revue Sociétés Politiques Comparées qu’elle revienne sur son erreur d’avoir publié ce texte indigent et s’exprime à son sujet.

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L'accès aux archives coloniales

Une chape de plomb sur les archives historiques
des guerres de décolonisation ?

Le quotidien l’Humanité du 23 au 25 octobre 2020 a publié une table ronde sur le problème de l’utilisation par l’administration de la notion de « secret défense » pour faire obstacle à l’accès aux archives des guerres de décolonisation, en particulier à celles de la guerre d’Algérie. Elle a réuni Céline Guyon, présidente de l’Association des Archivistes de France (AAF), Pierre Mansat, président de l’Association Josette et Maurice Audin (AJMA) et Clément Thibaud, président de l’Association des historiens contemporanéistes de l’enseignement supérieur et de la recherche (AHCESR). Ces trois associations ont déposé un recours devant le Conseil d’Etat pour qu’il lève ces obstacles administratifs qui contredisent la loi en vigueur. La pétition à l’appui de ce recours, dont nous donnons ci-dessous le lien, ne cesse de recueillir des signatures.

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