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Édition du 1er au 15 février 2026

jsylvestre

La société française face à l'héritage de son passé colonial

« Comme nous existons»,
un livre de Kaoutar Harchi

Comme nous existons (Actes Sud) est le récit poétique et littéraire très fort d’une jeunesse postcoloniale en France dans les années 1990 et 2000. D’une enfance dans le quartier de l’Elsau à Strasbourg jusqu’à la révolte des quartiers populaires de 2005 consécutive à la mort de Zyed et Bouna, la sociologue et romancière Kaoutar Harchi conte la prise de conscience par une enfant d’immigrés marocains du processus de racialisation dont elle est l’objet. Et comment « les jeunes filles et jeunes garçons identifiés comme musulmans, que nous le soyons ou pas d’ailleurs – étions perçus à l’aube des années 2000 comme un problème ». Ci-dessous un extrait proposé par l’éditeur, deux des nombreux entretiens que l’autrice a donnés sur ce livre, ainsi qu’une tribune dans laquelle elle défend une approche intersectionnelle pour un vrai universalisme.

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Kanaky/Nouvelle-Calédonie

La Nouvelle-Calédonie-Kanaky
à trois mois du troisième référendum
sur son indépendance
a rendu hommage au chef Ataï

Le troisième référendum sur l’avenir de la Nouvelle-Calédonie-Kanaky prévu dans l’Accord de Nouméa de 1998 se tiendra le 12 décembre 2021. Les deux précédents scrutins ont été marqués par une nette progression du vote pour l’indépendance. A quelque trois mois de cette échéance qui pourrait représenter un moment décisif dans la décolonisation du territoire, la dépouille du guerrier kanak à la tête de la révolte de 1878 dans la région de Fonwhary sur la côte ouest contre l’accaparement des terres par la colonisation, a été l’objet d’un hommage important. En août 2014, la France avait restitué les restes d’AtaÏ à ses descendants. Le 1er septembre 2021, ils ont été inhumés solennellement dans un mausolée « à la mémoire du chef Ataï et et des victimes de l’insurrection de 1878 ».

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Algérie coloniale (1830 - 1962)

Algérie, 1958 :
quand l’armée poussait des musulmanes
à retirer leur voile malgré elles

Le quatrième sujet abordé par la série « Flashback », publiée par lemonde.fr, qui traite d’épisodes historiques associés à certaines images qui ont frappé les esprits, est le dévoilement de femmes algériennes en mai 1958 sous la pression des manifestants européens et des chefs de l’armée française. Les journalistes Karim El Hadj, Marceau Bretonnier et Adrien Vande Casteele ont retrouvé plusieurs photos qui illustrent comment l’armée et les autorités coloniales ont fait de l’« émancipation » des femmes musulmanes un instrument de propagande pour tenter de prolonger « l’Algérie française ». Ci-dessous, l’analyse par l’historienne Malika Rahal de cet épisode mythifié et les liens vers d’autres articles sur ce sujet.

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Controverses

L’universalisme a été détourné par l’Europe
à l’époque coloniale,
faut-il renoncer à s’en réclamer ?

Face à une gauche qui s’est construite dans le paradigme universaliste hérité de la Déclaration des droits de l’Homme et face, aussi, à l’utilisation abusive de ce concept à l’époque coloniale, le courant qui se réclame de « l’antiracisme décolonial » pointe dans l’universalisme un concept abstrait trop souvent employé pour nier les discriminations. Ci-dessous l’échange suscité par la revue Regards entre le philosophe Norman Ajari, auteur du livre important, La Dignité ou la mort, éthique et politique de la race (éd. La Découverte, 2019), et l’historienne Sophie Wahnich, autrice de plusieurs livres sur la Révolution française et membre de la section de l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) de la Ligue des droits de l’homme. Pour elle, il faut défendre l’universalisme, malgré le détournement eurocentriste dont il a été l’objet.

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Autres colonialismes

Aux Pays-Bas, le Rijksmuseum d’Amsterdam
brise un tabou en évoquant
les exactions commises durant l’époque coloniale

Au Rijksmuseum d’Amsterdam, l’exposition « Slavernij » — « Esclavage » — aborde une période sombre de l’histoire néerlandaise, celle de son empire colonial, de l’Indonésie à l’Afrique du Sud, et de la violence esclavagiste qui y a régné. Valika Smeulders, directrice du département d’histoire de ce musée, née à Curaçao dans les Caraïbes, porte un regard critique sur les collections du musée et leur terminologie, dans une exposition courageuse car un sondage réalisé en 2020 indique que près de la moitié des Néerlandais sont toujours fiers de l’aventure coloniale de leur pays. L’article du Monde que nous reproduisons signale que, sur la guerre de décolonisation de l’Indonésie, qui a fait, jusqu’en 1949, 200 000 morts Indonésiens et 5 000 Néerlandais, c’est un historien belge, David Van Reybrouck, qui a publié en novembre 2020, le premier grand ouvrage, chez l’éditeur De Bezige Bij, intitulé Revolusi et non traduit en français.

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Commémorations

Metz : hommage aux victimes
il y a soixante ans de la « nuit des paras »
et conférence de Raphaëlle Branche

Soixante ans après les évènements tragiques des 23 et 24 juillet 1961 provoqués par le rapatriement d’un régiment de parachutistes qui avait participé au putsch d’Alger, une commémoration a été organisée par le Collectif juillet 61. Ci-dessous les images des lectures et dépôts de gerbes qu’il organisés dans différents lieux de la ville avec le soutien de plusieurs associations. Cela fait suite au forum national de lutte contre la torture organisé par l’association du fort de Metz-Queuleu, la Ligue des droits de l’Homme, Amnesty international et l’Association des chrétiens pour l’abolition de la torture (ACAT). Nous reproduisons les articles publiés à ce sujet par plusieurs journaux en France et en Algérie, les principaux éléments d’un dossier constitué en 1961 par la LDH de Moselle sur cette nuit de violences, ainsi que le film de la conférence donnée par Raphaëlle Branche sur son livre Papa, qu’as-tu fait en Algérie ?

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Séquelles politiques postcoloniales

Achille Mbembe :
notes sur l’idéologie mensongère
de « l’eurocentrisme tardif »

Pour le philosophe et historien camerounais Achille Mbembe, l’illusion eurocentriste a fait long feu avec la fin de l’ère des empires coloniaux. Mais apparaît un « eurocentrisme tardif », plus virulent, qui est une forme d’égarement plus dangereux encore, une idéologie mensongère qui prétend défendre la science, la laïcité, la République, les Lumières, voire l’universalisme, mais ne sait presque rien de l’univers, des mondes et des histoires autres. Ci-dessous le texte de la conférence qu’il a prononcée à distance à l’occasion du « Sommet de septembre » de la Saison Africa 2020 organisé à Paris au Musée du Quai Branly–Jacques Chirac, publié pour la première fois le 17 mars 2021 par le quotidien en ligne AOC qui l’a diffusé de nouveau en juillet 2021.

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L'accès aux archives coloniales

Après la décision du Conseil constitutionnel
du 30 juillet 2021,
un débat est nécessaire
sur l’accès des citoyens aux archives

Le Conseil constitutionnel a rendu une décision sur la loi prévention d’actes de terrorisme et renseignement dont un article concerne l’accès aux archives. Tout en estimant qu’il ne méconnait aucune disposition constitutionnelle, il a formulé deux réserves dont l’une est particulièrement importante : une information qui était déjà accessible doit le rester, qu’elle ait fait ou non l’objet d’une mesure de classification au titre du secret de la défense nationale. Le collectif « Accès aux archives publiques », constitué pour réagir à des instructions gouvernementales que le Conseil d’Etat a finalement considérées comme illégales, estime qu’il est urgent que la société civile s’organise pour défendre la liberté d’accès aux archives publiques. Il appelle à participer à la rencontre-débat qui se tiendra le 13 septembre 2021 à la maison de l’Île-de-France de la Cité internationale universitaire de Paris.

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Pacifique

Le voyage d’Emmanuel Macron en Polynésie
relance le débat sur les conséquences
des essais nucléaires pratiqués par la France

Lors de son voyage au Japon pour les Jeux olympiques, le président Emmanuel Macron a passé, du 25 au 28 juillet 2021, quatre jours en Polynésie. Il a déclaré que « la nation [avait] une dette à l’égard de la Polynésie française. Cette dette est le fait d’avoir abrité ces essais en particulier ceux entre 1966 et 1974, dont on ne peut absolument pas dire qu’ils étaient propres ». Il n’a pas prononcé le mot de « pardon » réclamé par des associations de victimes, mais a reconnu que celles-ci devaient être mieux indemnisées. Ci-dessous l’article sur ces essais nucléaires en Polynésie que le spécialiste de la question, Bruno Barrillot, peu avant son décès le 25 mars 2017, avait rédigé pour L’Encyclopédie de la colonisation française coordonnée par Alain Ruscio. Ainsi qu’un article de l’AFP sur les conséquences de ceux que la France a pratiqués en Algérie.

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Commémorations

Les images de l’hommage
aux manifestants algériens
du 14 juillet 1953

Comme notre site l’a annoncé, les sections parisiennes de la Ligue des droits de l’homme, avec d’autres comme Attac, la section du 12e du parti communiste français et l’association Le Maghreb des films, ont organisé le 13 juillet 2021 une projection-débat du film « Les balles du 14 juillet 1953 » au cinéma Mk2 Nation, suivie d’allocutions et dépôts de gerbes. 130 personnes ont suivi le film et le débat auquel participait Benjamin Stora. L’hommage aux victimes de la répression de la manifestation des Algériens le 14 juillet 1953 s’est déroulé ensuite, en dépit d’une pluie battante, devant la plaque apposée en juillet 2017 par la Mairie de Paris pour commémorer cet événement. Les associations présentes ont annoncé leur intention de reprendre en 2022 l’organisation du « Bal des libertés et de la solidarité » qui a eu lieu en 2018 et 2019 et que les conditions sanitaires n’ont pas rendu possible depuis.

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Algérie coloniale (1830 - 1962)

Un livre important d’Ali Guenoun
qui montre que les termes de « crise berbériste »
employés de 1949 à aujourd’hui
masquent la question de la démocratie

Cet ouvrage d’Ali Guenoun éclaire de manière essentielle une question qui a existé dans le mouvement national algérien dès son début et resurgit encore aujourd’hui à l’occasion du Hirak. En 1948, lors de la division du parti PPA-MTLD entre les partisans de Lamine Debaghine et ceux de Messali Hadj, tous deux soutenaient plutôt l’idée d’une « Algérie arabe » et non d’une « Algérie algérienne », et ils ont accusé à tort de « berbérisme », pour tenter de les disqualifier, les contestataires qui défendaient à la fois une Algérie plurielle et davantage de démocratie dans le parti. L’auteur montre que la crise de 1949 est révélatrice de certaines pratiques des nationalistes algériens qui ont privilégié l’autoritarisme et ont institué la violence verbale et physique comme mode de gestion des crises politiques.

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Réconciliation et réparations

Pour Myriam Cottias, la science permet
de penser
les réparations coloniales

Depuis quelques années, la question des réparations a été posée dans les organisations internationales par des associations françaises, caribéennes, américaines, brésiliennes, anglaises au titre de l’esclavage pratiqué entre le XIXe et le XXIe siècle. Notamment à travers les demandes de remboursement de l’indemnité versée en 1849 aux propriétaires d’esclaves, après l’abolition de l’esclavage en 1848 dans les colonies françaises. Ainsi que de la dette imposée à Haïti en 1825 pour prix de la reconnaissance de son indépendance et de son droit de commercer avec d’autres territoires. Pour Myriam Cottias, la réparation est une sorte de remise à niveau d’un fait historique qui vise à produire de l’égalité. Les réparations symboliques sont importantes pour une reconnaissance sereine, pleine et entière, de l’histoire de l’esclavage, qui ne doit pas produire de mise en accusation.

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