
Un ministère indésirable dans une démocratie libérale, par Tzvetan Todorov
Tzvetan Todorov est historien des idées et essayiste. Son article est paru dans Le Monde du 17 mars 2007.

Tzvetan Todorov est historien des idées et essayiste. Son article est paru dans Le Monde du 17 mars 2007.

En dépit de l’organisation de cérémonies officielles, la Journée nationale d’hommage aux morts pour la France en Afrique du Nord, mardi 5 décembre 2006, est passée inaperçue dans les médias. Un nouveau sondage montre d’ailleurs que les Français, comme les anciens combattants de la guerre d’Algérie, souhaitent massivement fixer cette journée au 19 mars, anniversaire du cessez-le-feu de 1962.
La Fnaca (Fédération Nationale des Anciens Combattants en Algérie, Maroc et Tunisie) a décidé de questionner tous les candidats à la présidence de la République afin qu’ils s’expriment sur la reconnaissance officielle de la date du cessez-le-feu du 19 mars 1962 comme journée nationale du souvenir des victimes de la guerre d’Algérie.
Certes, le conflit a continué à faire de très nombreuses victimes, algériennes et françaises, après le cessez-le-feu, mais la date du 19 mars 1962 est importante car elle marque la volonté des responsables de mettre fin à cette guerre.

L’association «Les amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et de leurs compagnons» commémore les 45 ans de l’assassinat de Château Royal.

Gérard Noiriel observe que, depuis les années 1930, l’identité nationale a toujours été associée à l’idée faisant de l’étranger une menace. «On parle alors d' »indésirables » et même plus de « racailles », de « métèques », de « clandestins », les « indésirables » étant ceux que l’on n’avait pas choisis», ajoute l’historien1.
Jean-Marie Le Pen, obsédé par l’immigration (elle met en danger l’identité française), peut se réjouir de la proposition de Nicolas Sarkozy de créer un «ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale» : à force de racoler son électorat, le ministre-candidat est devenu le meilleur propagandiste des thèmes de l’extrême droite.
En réalité, rien de véritalement nouveau : les relations entre droite et extrême droite sont anciennes tant sur le plan idéologique que sur le plan «électoral».

Rappelez-vous les déclarations de Nicolas Sarkozy, à Toulon, il y a trois ans : 215 Mais à force de racolage, le ministre-candidat a fini par devenir lui-même propagandiste des thèmes de l’extrême droite. Son dernier dérapage le montre une fois de plus : la création d’un «ministère de l’immigration et de l’identité nationale» aux inquiétantes connotations.
L’identité nationale est une notion à manier avec beaucoup de précautions. L’occasion d’en appeler aux historiens et notamment à Anne-Marie Thiesse qui écrivait, dans un contexte très différent, que «la nation est une création vieille d’à peine deux siècles qu’il fallut inventer et ensuite consolider autour de mythes fondateurs …»

« Il importe (…) de ne jamais lâcher la bride à des actes de vengeance individuelle ou collective, ni laisser la conduite des opérations à des éléments (…) irresponsables ».

Certes, la loi du 23 février 2005 a bénéficié du concours de très nombreux députés de droite, notamment ceux de la région PACA : est-il besoin de rappeler l’enthousiasme de certains élus des Alpes Maritimes et l’efficace complicité du rapporteur Christian Kert ? Mais elle a également bénéficié du soutien actif d’élus de gauche qui ont voulu l' »améliorer ». On ne sait s’ils avaient trop souvent entendu Georges Frêche répêter que « ici, ce sont les rapatriés qui font les élections »2, mais il faut se rendre à l’évidence : ces députés sont des élus de la région Languedoc-Roussillon. Et leur comportement ne relève pas de « l’inadvertance« .

Communication de Catherine Coquery-Vidrovitch à la journée organisée par le CVUH (Comité de vigilance face aux usages publics de l’Histoire), le 4 mars 2006 : « Sur les usages publics de l’histoire. Polémiques, commémorations, enjeux de mémoire, transmission et enseignement »3.

Dans la période de réflexion collective que constituent habituellement en France les périodes électorales, la Ligue des droits de l’Homme a estimé utile de faire connaître, sous une forme synthétique, un certain nombre de propositions d’initiatives pour construire une paix juste et durable au Proche-Orient. Ce dossier très passionnel est aussi un dossier majeur pour la paix aux marches de l’Europe. C’est pourquoi la Ligue des droits de l’Homme a choisi de publier un texte volontairement concis que son Comité central a approuvé à l’unanimité.

Un projet d’autoroute menace l’ancien site militaire de Thiaroye, où, en 1944, l’armée française réprima une mutinerie de tirailleurs. A l’approche de la présidentielle, la politique s’en mêle.

Le 12 février 1999, pour la première fois, un représentant de l’Etat, le substitut Vincent Lesclous, a reconnu la réalité du massacre d’Algériens commis le 17 octobre 1961 à Paris par des membres des forces de l’ordre. C’est le procès en diffamation de Maurice Papon contre l’historien Jean-Luc Einaudi4, à l’issue duquel Maurice Papon a été débouté de toutes ses demandes, qui a conduit la justice à reconnaître que la répression policière pouvait être qualifiée de «massacre».
Il est important de connaître comment la vérité a pu être établie.