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Édition du 15 mars au 1er avril 2026

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Livres, films, spectacles pour la reconnaissance

Réflexion sur les récits de l’Algérie coloniale dont les colonisés sont absents, par Eric Savarese

Un collectif d’universitaires s’est réuni à Narbonne le 19 avril 2007 à l’initiative d’Eric Savarese1 pour réfléchir à la contribution qu’ils pourraient apporter au dépassement de la guerre des mémoires algériennes en France. Les contributions individuelles ainsi que le rapport de synthèse ont fait l’objet d’une publication : Eric Savarese (dir.), L’Algérie dépassionnée. Au delà du tumulte des mémoires, Paris, Syllepse, 20082. Nous reprenons ci-dessous de larges extraits du troisième chapitre de cet ouvrage, dû à Eric Savarese et intitulé « Des récits à l’histoire. Penser la relation coloniale », qui permet de réfléchir aux récits de l’Algérie coloniale dont les colonisés sont absents.

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Le projet de loi sur les crimes de la France en Algérie : un boomerang

Il y a cinq ans, les parlementaires français votaient la loi du 23 février 2005 « portant reconnaissance de la nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés », dont un article reconnaissait « le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord» – une disposition abrogée un an plus tard.

Une centaine de leurs homologues algériens ont déposé le 13 janvier une proposition de loi visant à «criminaliser» la colonisation française : «Nous envisageons de créer des tribunaux spéciaux pour juger les responsables de crimes coloniaux ou de les poursuivre devant les tribunaux internationaux», a expliqué un député algérien. Une initiative jugée «particulièrement inquiétante», «incompréhensible» et même «outrancière» par Hubert Falco, secrétaire d’Etat aux Anciens combattants.

La philosophe et politologue, Seloua Luste Boulbina, chercheuse associée à l’Université de Paris VII, analyse la polémique suscitée en France3.

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Hubert Falco, à l'Assemblée nationale, le 9 février 2010.
De 2007 à 2012

France-Algérie : des feux mal éteints ravivés par des incendiaires de la mémoire

Faute d’avoir jusqu’à présent accepté de l’assumer, la France se trouve maintenant violemment confrontée à son passé colonial en Algérie: un projet de loi visant à «juger les responsables de crimes coloniaux» a été récemment déposé au Parlement algérien – réplique tardive à l’article 4 de la loi française du 23 février 2005 qui décrétait «le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord».

La proximité des élections régionales explique sans doute l’émotion manifestée par Thierry Mariani, député UMP du Vaucluse et tête de liste de l’UMP pour les élections régionales en PACA, qui a refusé mardi matin 9 février de voter en faveur de la ratification d’une convention de partenariat avec l’Algérie signée il y a deux ans4. L’après-midi du même jour, à l’occasion d’une séance de questions au gouvernement, Hubert Falco, secrétaire d’Etat aux anciens combattants, répondait aux inquiétudes de Thierry Mariani, en célébrant une fois encore les vertus d’une Fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie …

[Mise en ligne le 9 février 2010, mise à jour le 10]

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les “nostalgériques” auront leur fondation et les harkis des promesses verbales

Mardi 2 février 2010, à l’Assemblée nationale, répondant à une question d’Elie Aboud député UMP de l’Hérault, Hubert Falco, Secrétaire d’Etat à la Défense et aux anciens combattants, a annoncé la création de la Fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie, une décision qui fait l’objet de très nombreuses déclarations depuis quelques mois5.

Le lendemain, mercredi 3 février 2010, Hubert Falco présentait dans les locaux du Sénat une proposition de loi modifiant la loi n°2005-158 du 23 février 2005 en prévoyant des sanctions liées à l’interdiction d’injurier les harkis. Cette proposition de loi sera déposée au Sénat par Raymond Couderc, sénateur-maire de Béziers et tête de liste régionale UMP en Languedoc-Roussillon.

Pour avoir demandé à Hubert Falco de rappeler au Président de la République son engagement du 31 mars 2007 de « reconnaître officiellement la responsabilité de la France dans l’abandon et le massacre de harkis », Fatima Besnaci-Lancou, vice-présidente de l’association Harkis et droits de l’Homme, s’est vue grossièrement agressée.

Comment ne pas être scandalisé par ce qui s’est déroulé dans une enceinte de la République, en présence d’un membre du gouvernement, à l’occasion d’une mise en scène à visées électoralistes destinée à tirer le meilleur parti du comportement inadmissible du président sortant de la région Languedoc-Roussillon ?

Les harkis seront-ils une nouvelle fois instrumentalisés ?

[Mise en ligne le 3 février 2010, mise à jour le 9]

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Avis de la CNCDH sur le port du voile intégral

La Commission nationale consultative des droits de l’homme, dont la LDH est membre, vient d’adopter un avis sur la question dite du « voile intégral », en rappelant des principes fondamentaux permettant de guider la réflexion collective sur un sujet particulièrement complexe.

A ce titre le président de la CNCDH, Yves Repiquet, a souligné que « le port du voile intégral choque nombre d’entre nous. Cependant, tout ce qui choque ne doit pas nécessairement être interdit, et l’interdiction n’est pas nécessairement la meilleure des solutions contre le fondamentalisme ». La CNCDH a rappelé qu’en vertu même de la Constitution française, la liberté est le principe et l’interdiction l’exception. Toute ingérence de la loi dans la vie privée doit non seulement être justifiée par un but légitime – comme la défense de l’ordre public ou des droits d’autrui – mais également être « strictement nécessaire dans une société démocratique », conformément à la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme. Une interdiction générale du « voile intégral » sur l’ensemble du territoire national serait manifestement disproportionnée, s’agissant d’un phénomène qui reste marginal, et s’attacherait plus aux effets qu’aux causes du fondamentalisme, laissant les femmes concernées encore plus isolées et vulnérables, les hommes échappant à toute sanction. La CNCDH a attiré l’attention sur les risques d’effets pervers, au regard même de l’exigence de mixité.

La CNCDH recommande notamment des efforts de pédagogie et d’éducation aux droits de l’homme, de sensibilisation et de médiation, afin de renforcer le vouloir vivre ensemble selon les principes républicains de liberté, d’égalité, de fraternité qui sont notre patrimoine commun. Elle encourage les autorités publiques à soutenir les femmes qui subissent des violences et à appliquer pleinement les réglementations existantes, en matière d’ordre public ou de neutralité des services publics.

En conclusion, le Président Yves Repiquet a souligné que, « dans l’attente des conclusions du rapport de la mission d’information parlementaire, la CNCDH poursuivra ses réflexions et ses travaux ».

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Gaza asphyxiée par le blocus israélien : un scandale !

Décembre 2008, Israël lançait son offensive meurtrière contre Gaza. Bilan: 1 400 morts, des milliers de blessés, une destruction massive d’habitations et d’équipements collectifs.
Depuis un an, près d’un million et demi de Palestiniens restent prisonniers dans la bande de Gaza toujours soumise au blocus israélien qui empêche toute reconstruction.

Cette situation est un scandale !

Le collectif toulonnais Pour une paix juste et durable entre Israéliens et Palestiniens
appelle à un rassemblement mercredi 3 février à 18h30, Parvis des Droits de l’Homme à Toulon, pour demander

  • la levée du blocus de Gaza et l’acheminement rapide de l’aide internationale,
  • que les enquêtes internationales sur les crimes de guerre aillent jusqu’au bout et soient suivis de poursuites à l’encontre des responsables,
  • la reconnaissance réelle des droits nationaux du peuple palestinien, condition indispensable à une paix durable.

Ci-dessous deux textes, repris d’Amnesty International pour l’un, et de l’Union juive française pour la paix pour l’autre, exposent la situation actuelle6.

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Georges Frêche, la gauche colonialiste

Les dérapages verbaux du président de la région Languedoc-Roussillon ne se comptent plus. Mais, comme le remarque l’association Harkis et droits de l’Homme, il aura fallu que le sujet de son dernier dérapage soit un membre éminent du Parti socialiste – Georges Frêche a évoqué la «tronche pas catholique» de Laurent Fabius – pour que le parti se décide enfin à régler le “cas Frêche”.

C’est que Georges Frêche est une personnalité politique de poids en Languedoc-Roussillon. Son implantation locale s’est notamment appuyée sur un clientélisme affiché envers les nostalgiques de l’Algérie française – Pierre Daum l’a montré dans son article «quand Frêche flirtait avec les ex de l’OAS». La défense des colonies est une des traditions du Parti socialiste, en particulier dans le midi méditerranéen – voir cette page. Comme l’explique l’historien Gilles Manceron, Georges Frêche est un des derniers survivants d’une certaine tradition de la gauche colonialiste qui «remonte à Jules Ferry et on la retrouve dans la SFIO de Guy Mollet, où se mêle au discours républicain celui de la mission colonisatrice des races supérieures vis-à-vis des races inférieures»7.

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Niqab, burqa, hidjab et tchador.
Foulard et voile

Mardi 26 janvier 2010 : journée de la burqa

Le rapport de la mission d’information parlementaire sur le port du voile intégral, rendu public mardi 26 janvier 2010, propose de mettre en place un dispositif législatif visant à bannir la burqa et le niqab dans les services publics et les lieux d’accueil du public – cela inclut les transports, les écoles, les hôpitaux, les banques, la Poste… – mais il ne préconise pas d’interdiction générale dans l’espace public8.

Au cours de ses six mois d’existence, la mission a auditionné plus de 200 personnes9 à propos d’un phénomène resté marginal – selon le ministère de l’Intérieur, 1900 femmes porteraient le voile intégral en France. L’importance prise par ce thème, parallèlement au débat sur l’identité nationale fertile en dérapages, a été souvent ressentie comme une stigmatisation de la religion musulmane et des personnes considérées – à tort ou à raison – comme étant d’“origine musulmane”. Jamel Debbouze et Alain Gresh en témoignent ci-dessous.

Pour le sociologue Vincent Geisser, le débat sur le sujet a déjà produit des effets pervers: «Beaucoup de musulmans, au départ très hostiles au port du niqab, sont devenus compatissants envers ces filles, parce qu’ils se sentent visés collectivement, notamment à travers le débat sur l’identité nationale. Il y a un risque que des gens commencent à le porter par réaction, que le niqab devienne un étendard.10» Le New York Times ne mâche pas ses mots : dans son éditorial, il accuse Sarkozy d’«attiser la haine».

[Mise en ligne le 26 janvier 2010, complétée le 28]

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L'Echo d'Alger, 24-25 janv. 1960. (Voir la fin de la note [4])
Les Européens d'Algérie et leur exode

Les barricades d’Alger : une déclaration de guerre à l’État et le début d’une guerre civile

Le discours du général de Gaulle annonçant, le 16 septembre 1959, « l’autodétermination » pour l’Algérie avait mis en alerte les partisans de l’Algérie française. Suite à une interview donnée à un journal allemand, le général Massu, commandant du corps d’armée d’Alger, est rappelé à Paris le 22 janvier 1960. A Alger, les activistes s’enflamment, élèvent des barricades… Le 24 janvier, des tirs de fusils-mitrailleurs dirigés contre des gendarmes mobiles font de nombreuses victimes parmi les forces de l’ordre. Un camp retranché est installé au centre d’Alger au nom de l’Algérie française… Mais, n’ayant pas bénéficié du soutien espéré, la rébellion fera long feu11.

A l’heure où la mémoire de la guerre d’Algérie est l’objet de diverses tentatives de récupération politique12, nous reprenons ci-dessous le témoignage de Jean Sprecher qui a vécu ces événements et pour qui «les Barricades de janvier 1960, avec leur bilan tragique, apparaissaient comme la déclaration de guerre à l’Etat, et le début de la guerre civile qui allait couver quelque temps, mûrir dans l’ombre, tenter un nouvel essai en décembre 1960 et éclater enfin quelques mois plus tard, en avril 1961, quand des généraux convaincus de tenir l’armée en main, crurent cette fois le moment venu pour déclencher un putsch, en garder la maîtrise et en assurer le succès.»13

Nous complétons ce document avec un extrait de l’éditorial publié par Le Monde le 26 janvier 1960.

[Mise en ligne le 15 janvier 2010, complétée le 27]

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Comment réhabiliter les fusillés pour l’exemple de 14-18 ?

Dans la perspective du centenaire de la Première Guerre mondiale, le général Bach, entouré de l’historien Claude Pennetier, et de Jean-Pierre Dubois, Gilles Manceron et Michel Tubiana, respectivement président, vice-président et président d’honneur de la Ligue des droits de l’Homme, prennent position dans Mediapart pour une réhabilitation individuelle de chacun des soldats concernés.

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Immigration algérienne en France

“Les immigrés algériens en France, une histoire politique”, par Benjamin Stora

Les éditions Hachette Littérature ont réédité, en août 2009, sous le titre : Les immigrés algériens en France. Une histoire politique, l’ouvrage de Benjamin Stora paru en 1992 chez Fayard, Ils venaient d’Algérie14, version condensée d’une thèse de doctorat d’Etat, soutenue par l’auteur en 1991, sous la direction de Charles Robert Ageron. Nous reprenons un entretien de Benjamin Stora à propos de cet ouvrage suivi du compte rendu, publiés dans Le Soir d’Algérie, le 21 janvier 2010.

Benjamin Stora est professeur des universités à Paris XIII et à l’Inalco. Il a publié une trentaine d’ouvrages qui portent principalement sur l’histoire du nationalisme algérien, l’immigration et la guerre d’indépendance. Ses deux ouvrages récemment publiés en 2009 sont : Le Mystère de Gaulle, son projet pour l’Algérie (Ed Robert Laffont), et Les Immigrés algériens en France, une histoire politique (1912-1962).

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Toulon et Cagnes-sur-Mer : contestation de cérémonies commémorant les “barricades d’Alger”

Plusieurs associations protestent contre les célébrations en région Provence-Alpes-Côte d’Azur du 50e anniversaire des Barricades de janvier 1960 à Alger15. Ces tragiques journées apparaissent en effet comme le début d’une guerre civile qui culmina avec le putsch des généraux d’avril 1961, avant de se poursuivre par le combat sans issue de l’OAS qui devait anéantir toute chance d’un règlement humain de la guerre d’Algérie.

A la suite des communiqués de l’ANPNPA, de l’ANPROMEVO et de l’association Les amis de Max Marchand de Mouloud Feraoun et de leurs compagnons, nous reprenons une tribune dans laquelle les présidents des deux dernières associations s’interrogent devant «la mise en œuvre d’une politique de mémoire adossée à la valorisation du fait colonial». Ils demandent si «la France ne serait pas entrée en voie de repentance pour avoir permis la décolonisation de l’Algérie ?».

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