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Édition du 1er au 15 février 2026

jsylvestre

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Les « tirailleurs sénégalais »

prisonniers de guerre «indigènes», par Armelle Mabon

Après la débâcle de juin 1940, les combattants de l’armée française sont faits prisonniers. Tandis que les métropolitains partent pour l’Allemagne, les prisonniers coloniaux prennent le chemin des frontstalags répartis dans la France occupée : en avril 1941, près de 70 000 hommes sont internés dans 22 frontstalags. En janvier 1943, ils se sentiront trahis lorsque le gouvernement de Vichy acceptera de remplacer les sentinelles allemandes par des cadres français. À la Libération, leurs retours en terre natale donneront lieu à de nombreux incidents dont celui de Thiaroye, près de Dakar, qui fera plusieurs dizaines de victimes en décembre 19441.

Après avoir découvert le destin de ces hommes dans les rapports professionnels d’une assistante sociale du service social colonial de Bordeaux, Armelle Mabon s’est consacrée à ces “oubliés de la République”, travaillant dans des archives publiques et privées et recueillant de nombreux témoignages inédits. Cet ouvrage donne la mesure de l’injustice, du déni d’égalité et du mépris, dont l’Etat a fait preuve à l’égard de ces ressortissants de son “empire”… Un sujet qui est toujours d’actualité.

La table des matières du livre est reprise à la suite de l’avant-propos.

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“la plupart” des trafiquants de drogues sont-ils noirs ou arabes ?

L’éditorialiste Eric Zemmour a déclaré à l’antenne le 6 mars dernier que «les Français issus de l’immigration sont plus contrôlés que les autres parce que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes… C’est un fait.» En écrivant sur son blog que «tous les Noirs et tous les Arabes ne sont pas des trafiquants, mais beaucoup de ceux-ci sont noirs et arabes», l’avocat général près la cour d’appel de Paris, Philippe Bilger, apporte sa caution au point de vue d’Eric Zemmour2.

La question posée est de savoir si efffectivement “la plupart” des trafiquants de drogues sont noirs ou arabes. Commençons par rappeler que les Noirs et les Arabes sont beaucoup plus fréquemment contrôlés que le reste de la population : avoir la peau noire ou un “type maghrébin” augmente de façon très importante la probabilité d’être l’objet d’un contrôle des papiers d’identité – une enquête l’a établi de façon irrécusable, et cela fragilise les affirmations d’Eric Zemmour et de Philippe Bilger. Dans ses éléments de réponse repris ci-dessous, le sociologue Laurent Mucchielli récuse les recours aux catégories raciales : ils n’expliquent rien mais renforcent les préjugés xénophobes.

La multiplication ces derniers mois de propos à tonalité racialiste ou stigmatisant les immigrés semble particulièrement inquiétante. Dans un article récent, Carine Fouteau montre que les déclarations de ce genre émises par des responsables de la majorité présidentielle témoignent d’une véritable rupture à droite : la journaliste de Mediapart expose «comment Sarkozy a rendu possible la dérive raciste à droite»3.

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Manifestation le 16 mars 2010, devant le Palais de Justice, lors du dépôt de plainte.
Tunisie

Vérité et justice pour Farhat Hached, syndicaliste tunisien assassiné en 1952

Une plainte avec constitution de partie civile a été déposée auprès du tribunal de grande instance de Paris pour « apologie de crimes de guerre » par sa famille, la Ligue française des droits de l’homme (LDH) et la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) soutenue par l’association Vérité et justice pour Farhat Hached.

Fondateur de l’Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT), Farhat Hached, a été assassiné par la Main rouge, émanation des services secrets français, en décembre 1952, au début de la lutte des Tunisiens pour leur émancipation du protectorat français (1881-1956). Cinquante-huit ans après les faits, un des membres survivants de ce service a estimé sur la chaîne de télévision Al-Jazira que cet assassinat était légitime.

Vous trouverez, à la suite du communiqué de la LDH, un rappel du contexte de l’époque, puis une tribune publiée par le fils de Farhat Hached en mai 2001, alors que se multipliaient les révélations tardives sur les crimes odieux commis pendant la guerre d’Algérie.

[Mise en ligne le 19 mars 2010, complétée le 26

par un communiqué concernant les attaques diffamatoires à l’encontre de deux avocats]

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Le mémorial du Quai Branly (photo : cheminsdememoire.gouv.fr)
Mémorial du Quai Branly

Le mémorial du quai Branly, le pouvoir et les nostalgiques de la colonisation

Le président de la République et son gouvernement ont décidé d’inscrire sur la colonne centrale du Mémorial du quai Branly les noms des victimes civiles de la manifestation de la rue d’Isly, à Alger, le 26 mars 1962.

La Ligue des droits de l’Homme, tout en s’inclinant devant la mémoire des civils victimes de ce tragique évènement, proteste contre l’ouverture du Mémorial aux seules victimes d’une manifestation organisée par l’OAS.

La LDH dénonce une nouvelle tentative du pouvoir politique pour chercher à satisfaire les demandes d’un lobby nostalgique de la colonisation, lié à l’extrême droite.

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inscriptions racistes à Toulon : indignation de la LDH

La section de Toulon de la Ligue des droits de l’Homme exprime son indignation : des inscriptions à caractère raciste ont été taguées sur la façade de la mosquée du Pont-du-Las et sur l’entrée du Lycée professionnel Cisson.

Elle ne peut cacher son inquiétude devant la répétition de tels actes. Il y a un mois, en effet, la mosquée de Sorgues (Vaucluse) avait été souillée d’inscriptions racistes dans la nuit du samedi 13 au dimanche 14 février 20104. D’autre part, l’agression de la mosquée de Toulon a été précédée de deux autres dont les responsables n’ont semble-t-il pas été identifiés.

[Mise en ligne le 25 mars 2010, mise à jour le 26]

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Mohammed Harbi : “le pari des accords d’Evian n’a pas été tenu”

Il y a 48 ans, le 18 mars 1962, étaient signés les accords d’Évian. Ils comprennent deux parties :
un accord de cessez-le-feu, dont l’application était fixée au lendemain, le 19 mars 1962 à midi, et des déclarations portant notamment sur la période de transition5.

Le cessez-le-feu officiel ne marqua malheureusement pas la fin des combats, et cette guerre devait faire encore de très nombreuses victimes civiles ou militaires au cours des mois qui ont suivi. L’indépendance de l’Algérie sera proclamée le 5 juillet, après 132 ans de “présence” française.

Dans un entretien publié dans le quotidien algérien El Watan, l’historien Mohammed Harbi tente d’expliquer pourquoi les Etats français et algérien ne parviennent toujours pas à dialoguer sereinement de leur passé commun.

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Israel-Palestine : la paix ne peut être fondée que sur le droit international

Dans une lettre ouverte adressée au Président de la République, des ambassadeurs français rappellent que la paix et un ordre durable ne peuvent être fondés que sur le droit international.

L’Union juive française pour la paix (UJFP), après avoir rappelé qu’«il y a un occupant et un occupé», déclare apporter «son soutien total aux droits du peuple palestinien et à la campagne internationale de BDS – boycott, désinvestissement, sanctions contre l’Etat d’Israël tant que dureront l’occupation, la colonisation et l’apartheid.»

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A-le génocide des tsiganes

l’internement des tsiganes en France pendant la Seconde Guerre mondiale

En France, entre 1940 et 1946, de nombreuses familles tsiganes – 6000 à 6500 hommes, femmes, vieillards, enfants – furent internées dans des camps gérés par l’administration française.
Les livres d’histoire sont souvent silencieux sur ce versant sombre de l’histoire de notre pays, que Tony Gatlif rappelle dans son dernier film, Liberté.

Afin de faire connaître et reconnaître une histoire oubliée et de rendre hommage aux victimes et à leurs familles, un collectif d’associations a décidé de programmer en 2010 un événement intitulé Une mémoire française : Les Tsiganes pendant la Seconde Guerre mondiale, 1939-19466.

Nous remercions Marie-Christine Hubert, co-auteure, avec Emmanuel Filhol, de Les Tsiganes en France : un sort à part 1939-19467, de l’aide qu’elle a apportée à la mise au point de cette page.

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“Obliger les femmes à porter la burqa est condamnable où que ce soit, mais le leur interdire chez nous serait une erreur”

«Les femmes devraient être libres de choisir la façon dont elles s’habillent, sans qu’interfèrent ni leurs communautés, ni les autorités publiques» a affirmé Thomas Hammarberg, Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, dans son dernier point de vue publié le 8 mars 2010 à l’occasion de la journée internationale des femmes8.

« L’interdiction de la burqa et du niqab ne libérerait pas les femmes opprimées mais pourrait, au contraire, aggraver leur exclusion dans les sociétés européennes » a-t-il déclaré.

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Saint Denis, 1988 (photo Dominique Lallier)
Vietnam

Il y a 60 ans : Raymonde Dien et Henri Martin contre la guerre d’Indochine

On peut encore lire ou deviner des inscriptions « Libérez Henri Martin ! » sur de vieux murs. A-t-on oublié que cet Henri Martin a fait les grands titres de la presse il y a 60 ans ? Le 14 mars 1950, ce marin était arrêté à Toulon par la Gendarmerie militaire. Son crime ? Avoir dénoncé la guerre, celle menée par la France en Indochine.

Quelques jours plus tôt, en février 1950, une autre militante, Raymonde Dien, avait été arrêtée, pour s’être couchée à Saint-Pierre-des-Corps devant un train chargé de matériel militaire à destination de l’Indochine.

Alors que notre participation à la guerre d’Afghanistan se poursuit au loin, Alain Ruscio, historien spécialiste de la colonisation française et notamment de l’histoire de l’Indochine coloniale, rappelle la forte opposition qui s’est manifestée en France contre la guerre d’Indochine9.

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Livres, films, spectacles pour la reconnaissance

“Un siècle d’immigration des Suds en France”, par l’Achac

Le coffret « Un siècle d’immigration des suds en France » paraît en 2010, aux éditions La Découverte. Il rassemble une série de huit livres maintenant réunis en seul coffret. L’Achac a publié ces ouvrages au cours de dix ans d’un travail visant à décrypter le regard d’un pays sur ses nouveaux habitants, entre images et imaginaire colonial. Des milliers de photos ont été rassemblées et une exposition en plein air autour de l’Hôtel de Ville de Paris a été réalisée sur le thème, « Paris, 150 ans d’immigration ». Nous publions l’article de Stéphanie Binet publié par Libération le 26 février 2010 à propos de ce livre.

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Benjamin Stora décrypte le projet de loi algérien criminalisant la colonisation

Le dépôt d’une proposition de loi criminalisant le colonialisme français a été annoncé début février par un député FLN, Moussa Abdi, professeur d’histoire à Chlef. Ce texte aurait été remanié à plusieurs reprises ces dernières semaines et on ne sait toujours pas si le gouvernement algérien a décidé de l’inscrire au programme de l’Assemblée.

Pierre Puchot en publie une version sur le site Mediapart ainsi qu’une analyse par Benjamin Stora pour qui ce texte marque un durcissement
dans les rapports entre Paris et Alger10.

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