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Édition du 1er au 15 février 2026

jsylvestre

après l’arrestation de Laurent Gbagbo, appel au respect des droits

La Ligue des droits de l’Homme rappelle qu’«aucune réconciliation, aucun retour à la paix civile n’est possible [en Côte d’Ivoire] sans qu’un processus d’établissement des faits, de recherche des responsabilités et de jugement des coupables soit rapidement enclenché dans des conditions d’impartialité incontestables.»

Lire également le communiqué de la FIDH.

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Identité nationale et histoire de France: déconstruire le mythe national, par Suzanne Citron

Ce texte est une reprise un peu modifiée d’une intervention au séminaire de recherches ERMINE sur les minorités nationales, université Rennes 2 sous la direction de Ronan Le Coadic. Voir Bretons, Indiens, Kabyles…, Presses universitaires de Rennes, 2009.

Suzanne Citron revient sur un thème qu’elle a souvent abordé : la question de la nation et de son récit, «à nouveau implicitement posée par l’islamophobie qui se glisse insidieusement derrière les proclamations d’une laïcité transmuée en dogme». La nation n’est pas une essence surgie du fond des âges et son récit transmis par l’école républicaine n’est pas un tabou intouchable. La nation est une construction, un devenir, une dynamique, une suite d’interactions. Elle exige, pour demeurer vivante, de perpétuels réajustements de son récit et l’aggiornamento de son enseignement, quitte à bousculer les institutions et les représentations qui les ont engendrés et formatés.

Il a été publié le 4 avril 2011 sur un nouveau site “aggiornamento hist-géo” qui a pour objectif de proposer une réflexion et des propositions dans l’optique d’un renouvellement de l’enseignement de l’histoire et de la géographie scolaires et universitaires.
Un groupe de réflexion sur ce thème a été créé sur google groupe – pour l’intégrer, en faire la demande à .

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L'écho d'Alger, du dimanche 23 avril 1961.
1945-1962

les appelés en Algérie et le putsch d’avril 1961

La loi du 30 novembre 1950 fixait la durée du service militaire à 18 mois. Mais pendant la guerre d’Algérie (1954-1962), leur maintien sous les drapeaux a pu durer jusqu’à 30 mois1.

Pendant le putsch, le contingent – les appelés, c’est à dire les jeunes effectuant leur service militaire en Algérie – a manifesté son soutien aux autorités légales de façon active ou passive, et ce fut l’une des causes principales de l’échec du putsch. Dans une grande partie des régiments, les soldats du contingent, âgés de 20 à 23 ans, ont refusé de suivre ceux de leurs chefs rebelles qui ont voulu s’engager dans le putsch.

L’un des chefs putschistes, le général Challe, en donna une explication naïve : c’était l’existence des « cellules communistes » qui s’étaient organisées dans les corps de troupes. En réalité, la grande majorité des appelés, qui provenaient de tous les secteurs de la société française, étaient hostiles à la prolongation d’une guerre coloniale dont ils avaient pu mesurer la vanité. Challe néglige, d’une part, l’influence des officiers du contingent, généralement des anciens étudiants ou enseignants sursitaires, pour la plupart hostiles aux putschistes, et, d’autre part, l’effet choc causé par le discours du général de Gaulle appelant au refus d’obéissance aux généraux rebelles, qui avait pu être entendu grâce aux « transistors » personnels2.

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Chateau-Royal, mars 1962

À la mémoire d’un humaniste, Max Marchand

Enseignant originaire de Normandie, Max Marchand (1911-1962) est nommé en 1948 en Algérie, pays où il tissera de forts liens. Enseignant, il s’attache à promouvoir l’histoire et la culture algériennes et s’inscrit clairement dans le camp des Européens « libéraux » qui prônent une émancipation de l’Algérie. Franc-maçon, il a appartenu aux loges “Union africaine et Raison réunies” et “Hippone” du Grand Orient de France.

Inspecteur d’Académie, président de la Ligue de l’Enseignement en Oranie et directeur des Centres sociaux éducatifs, il est assassiné à El Biar (Alger) le 15 mars 1962, quatre jours avant l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, avec cinq de ses collaborateurs – Mouloud Feraoun, bel écrivain de langue française de renommée internationale, Marcel Basset, Ali Hammoutene, Robert Eymard et Salah Ould Aoudia – par un commando de l’OAS qui abat en leurs personnes des symboles du rapprochement des communautés et des apôtres de la fraternité entre les hommes.

Le texte ci-dessous a été écrit par Michel Lambart, à partir de l’allocution qu’il a prononcée le 24 juin 2010 lors de l’inauguration, en l’hôtel Cadet du Grand Orient de France, d’un temple dédié à Max Marchand3.

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Rony Brauman : “on ne peut installer la démocratie avec des bombardiers”

Rony Brauman, ancien président de l’association Médecins sans Frontières (de 1982 à 1994), est professeur associé à l’Institut d’études politiques de Paris. Il réfléchit depuis des années aux effets des interventions humanitaires.
Il détaille les leçons à tirer des interventions et guerres précédentes, s’étonnant que ces expériences soient aussi peu prises en compte : « comment a-t-on pu oublier l’Irak et l’Afghanistan ? »4.

Dès le troisième jour de l’intervention internationale engagée par Sarkozy, il déclarait dans une interview sur France-Inter (vidéo ci-dessous) :
«Ce qui me gêne dans cette opération, c’est qu’on prétend installer la démocratie et un Etat de droit avec des bombardiers […] ; à chaque fois qu’on a essayé de le faire, non seulement on a échoué mais le remède qu’on prétendait apporter était pire que le mal».

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La Dépêche du 24 mars 1962.
Les violences de l'OAS

Alger, fin mars 1962, l’OAS fait la guerre à l’armée française

Dans un article de l’édition du 25 mars 1972 du journal Le Monde5, Jean Lacouture rapporte que le 22 mars 1962, un responsable du service d’ordre à Alger avait montré à Alain Jacob, envoyé spécial du Monde à Alger, « un tract qui lui avait paru invraisemblable […] : les chefs de l’OAS y proclamaient que les forces françaises devaient dorénavant être considérées comme des troupes étrangères d’occupation…»

C’est bien ainsi que les chefs de l’OAS ont réagi au cessez-le-feu du 19 mars 1962 : en mettant en oeuvre l’instruction 29, la feuille de route que le général Salan, chef suprême de l’OAS, avait rendu publique le 23 février 1962 et qui devait empêcher «l’abandon de l’Algérie française».

Dans cette instruction, Salan avait donné l’ordre d’« ouvrir systématiquement le feu sur les unités de gendarmerie mobile et de CRS ». En ce qui concerne les autres forces de maintien de l’ordre, il leur accorde un délai pour rallier l’OAS. Au lendemain de l’entrée en vigueur du cessez-le-feu conclu à Evian entre le gouvernement français et le GPRA, estimant que ce délai est écoulé, il déclare que les officiers, sous-officiers et soldats qui ne l’ont pas ralliée seront « considérés comme des troupes étrangères d’occupation ». En fait, depuis l’échec du putsch d’avril 1961, l’OAS considérait les militaires du contingent comme des adversaires de sa cause – un tract daté de la fin de l’année 1961 en témoigne.

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Italie

Il y a un siècle, des bombardements aériens “ouvraient” la Tripolitaine à “la civilisation”

La Cyrénaïque et la Tripolitaine étaient sous domination turque lorsque l’Italie en entreprit la conquête en octobre 1911. A cette occasion, l’historien Alain Ruscio nous le rappelle, pour la première fois dans l’histoire, l’aviation – l’aviation italienne en l’occurrence – a été utilisée pour bombarder des positions ennemies.

L’Empire ottoman renonça à ses droits dès 1912, mais la conquête italienne ne se termina qu’en 1932. Les Italiens fusionnèrent les trois régions historiques (Tripolitaine, Cyrénaïque et Fezzan) en une colonie libyenne, laquelle devint une «province italienne» en 1939. La colonisation italienne fut très dure : entre 1911 et 1945, les Italiens exterminèrent ou forcèrent à l’exil la moitié de la population locale.

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Gouvernée par le roi Idris 1er de la confrérie des Senoussis qui avait symbolisé la résistance aux Italiens, la Libye fut la première colonie d’Afrique à accéder à l’indépendance en 1951. Le pays comptait alors parmi les plus pauvres… jusqu’à la découverte de gisements pétroliers, en 1958 et 1959. Le 1er septembre 1969, un coup d’État militaire dirigé par le capitaine Mouammar Kadhafi, alors âgé de 27 ans, renversa la royauté…

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la démocratie en Algérie passera par la vérité et la justice

Le pouvoir algérien a levé l’état d’urgence le 23 février 2011, dix-neuf ans après son instauration. Mais les manifestations de rue restent interdites à Alger. Samedi 19 mars 2011, deux rassemblements se sont heurtés au dispositif des services de sécurité qui les ont empêchés d’avancer.

S’il veut répondre aux aspirations des Algériens, le pouvoir algérien devra engager de profondes réformes et prendre en compte les demandes des familles de disparus en Algérie.

[Mis en ligne le 22 mars 2011, mis à jour le 27]

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Salah Salmi et sa carte d’ancien combattant. (Photo Dominique Leriche)
Harkis

Salah Salmi oublié en 1962, refusé en 2010, régularisé en 2011

Salah Salmi, un ancien harki âgé aujourd’hui de 72 ans, avait pu obtenir un visa en 2000 pour rejoindre la France. En 2004, il est incarcéré pour un viol dont il a été innocenté depuis. Après dix-huit mois de détention provisoire, il s’est trouvé privé de titre de séjour pour n’avoir pas effectué en temps voulu auprès de la préfecture du Var les formalités permettant la reconduction de son titre – il était alors en prison.

En 2010, la cour administrative d’appel de Marseille avait rejeté sa demande…

La préfecture du Var vient enfin de le régulariser et il va être indemnisé pour l’incarcération injustifiée qu’il a subie.

[Mis en ligne le 8 octobre 2010, mis à jour le 25 mars 2011]

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Les pieds-noirs méritent mieux que le documentaire “La valise ou le cercueil” pour traiter de leur histoire

La valise ou le cercueil est le titre du film documentaire de Charly Cassan qui, selon la présentation qu’il en donne, «retrace la vie et le lâche assassinat du peuple pied noir et harkis par la République gaulliste dirigée par De Gaulle. C’est aussi toute l’histoire authentique de cette belle province française durant 132 ans… 6»

En revanche, Aïcha Kerfah, responsable de l’association Harkis et droits de l’Homme pour la région Languedoc-Roussillon, qui a assisté à sa projection en avant-première dimanche 26 février 2011 à Lattes, près de Montpellier, et dont nous reprenons les commentaires ci-dessous, semble y avoir vu une illustration des propos de Jean-Jacques Jordi 7 :
«Depuis quelques années, la communauté française d’Algérie tient à affirmer son identité propre face aux multiples identités locales, régionales, voire étrangères sur le territoire de la métropole. Cela n’est pas chose facile, tant les éléments fondateurs de l’identité “pied-noire” sont relativement récents, et tant y abondent des lieux communs parfois falsificateurs. »

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Jérôme Bosch, Der Heuwagen (détail)
La guerre de Libye (2011)

Tzvetan Todorov : “il n’existe pas de guerre propre ni de guerre juste”

S’attaquant à l’unanimisme des partis politiques et des commentateurs en faveur de l’intervention militaire en Libye, Tzvetan Todorov rappelle que «l’ordre international incarné par le Conseil de sécurité consacre le règne de la force, non du droit» et que son approbation demeure de ce fait un gage de légitimité discutable.

Tzvetan Todorov, historien et essayiste, a notamment publié en 2008 la Peur des barbares. Au-delà du choc des civilisations (Robert Laffont)

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