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Édition du 15 mars au 1er avril 2026

jsylvestre

Serrano Suñer et Hitler
Les violences de l'OAS

Les racines franquistes du putsch de 1961 et de l’OAS, par Gilles Manceron

C’est à Madrid que l’OAS a été créée au début de 1961, et, bien que le sigle ne soit apparu publiquement, à la fois à Alger et à Paris, que vers la fin du putsch, c’est en Espagne franquiste, auprès du général Salan, qu’une branche de cette organisation s’est constituée.

En réponse aux tentatives de réhabilitation de ce coup d’Etat militaire, s’est tenue à Nice le 20 février une réunion sur le thème « Alger 1961, un soulèvement contre la République » où l’historien Gilles Manceron a rappelé l’origine, à Madrid, de ce pronunciamento et de l’OAS qui a suivi. Nous reprenons ici une partie de son évocation de leur préparation.

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1945-1962

il y a 53 ans, Abderrahmane Taleb mourait sur l’échafaud

Abderrahmane Taleb a été guillotiné le 24 avril 1958, à l’aube, à la prison de Serkadji, dans la Haute Casbah d’Alger. Il avait 28 ans. Etudiant en chimie, lieutenant de l’ALN dans un premier temps, il avait ensuite mis ses compétences au service de la zone autonome d’Alger où il fabriqua des bombes1.

L’historien algérien Mohamed Rebah, auteur de Des Chemins et des Hommes – (Préface Ahmed Akkache), Alger, 2009 –, nous adresse ce témoignage sur celui qu’il qualifie d’«enfant studieux de Bir Djebbah», qui a combattu avec son frère.

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Couverture de l'édition du 31 mars de l'hebdomadaire italien Panorama
La guerre de Libye (2011)

pour quoi faisons-nous la guerre en Libye ?

« Le 19 mars 2011 à 17h45, seul dans son rôle de commandant en chef, Nicolas Sarkozy a été le premier à ordonner à l’aviation militaire d’ouvrir le feu sur les blindés libyens. » («L’homme qui voulait ressembler à Napoléon », Panorama, le 31 mars 2011.)

Couverture de l'édition du 31 mars de l'hebdomadaire italien Panorama
Couverture de l’édition du 31 mars de l’hebdomadaire italien Panorama

En un mois, le conflit a déjà fait quelque 10 000 morts et 55 000 blessés, a affirmé mardi à Rome le ministre italien des Affaires étrangères Franco Frattini, citant le chef du Conseil national de transition (CNT) libyen. Aujourd’hui, la France, qui a déclaré exclure tout déploiement de forces au sol, a annoncé l’envoi d’un petit nombre d’officiers français auprès du CNT.

Mais pourquoi et pour quoi faisons-nous la guerre en Lybie ? pour la démocratie ? pour renverser Kadhafi ? pour montrer les performances de nos Rafale ? pour faire diversion aux difficultés de politique intérieure ? pour préparer les élections présidentielles ? …

Ci-dessous, le point de vue d’Omar Benderra, consultant, ancien PDG d’une banque publique algérienne.

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l’éloge des putschistes d’Alger d’avril 1961 : une insulte à la République

Des associations nationales et un certain nombre d’organisations niçoises se joignent à la section locale de la Ligue des droits de l’Homme pour écrire au préfet des Alpes-Maritimes et au maire de Nice : elles tiennent à exprimer leur protestation à la suite de l’annonce dans Nice-Matin, le 27 février dernier, d’un hommage, le 23 avril prochain, au « quarteron de généraux » – Challe, Jouhaud, Salan et Zeller – responsables de l’« aventure odieuse et stupide » que fut le putsch d’Alger.

Une commémoration d’autant plus inacceptable qu’elle sera rendue au jardin Alsace-Lorraine devant le monument aux rapatriés, en réalité un monument d’hommage à l’OAS à travers la personne de Roger Degueldre.

Ce projet a notamment suscité l’émotion du Grand Orient de France qui rappelle que parmi les six inspecteurs des Centres sociaux éducatifs assassinés à Alger le 15 mars 1962 figurait Max Marchand, membre de l’obédience.

La FNACA s’indigne et salue la mémoire du sergent Pierre Auguste Brillant, tué le 22 avril 1961 par les hommes du 1er REP, lors de la prise de la station radio d’Alger.

La section de Nice de la LDH a pris l’initiative de la création d’un collectif d’associations républicaines, et appelle le 20 avril à une réunion publique sur le thème « Alger 1961, un soulèvement contre la République ».

[Mis en ligne le 10 avril 2011, mis à jour le 20]

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 1960-2010, 50 ans d’interventions militaires françaises en Afrique

Après les indépendances, la France signe une vingtaine d’accords de défense et de coopération avec ses anciennes colonies africaines. En vertu de ses accords, ou afin de venir en aide à ses ressortissants, l’armée française est intervenue à près de quarante reprises sur le sol africain en l’espace d’un demi-siècle. Certaines opérations françaises n’ont duré que quelques jours, d’autres ont donné lieu à des déploiements beaucoup plus longs. Une présence militaire, et des «coups de force», devenus des symboles d’une certaine «France-Afrique en kaki», sur lesquels le président Sarkozy dit vouloir tourner la page.

Cet article a été écrit par Olivier Fourt pour l’Anniversaire des indépendances africaines et publié le 14 juillet2010, sur le site RFI2. Source : Que fait l’armée française en Afrique ? Raphael Granvaud aux éditions Agone.

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Algérie : mobilisation de la société civile contre les atteintes aux droits

Après une semaine passée à Alger, au cours de laquelle il a rencontré des officiels et des représentants d’organisations de la société civile, le rapporteur spécial des Nations Unies sur le respect de la liberté d’opinion et d’expression, Frank La Rue, a donné une conférence de presse le 17 avril 2011 à El Biar pour présenter ses conclusions et recommandations préliminaires à la fin de sa visite en Algérie. La version définitive de son rapport sera présentée en 2012 au Conseil des droits de l’homme des Nations Unies.

Frank La Rue s’est dit «préoccupé» par l’article 46 de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale adoptée en 2005 : «il ne peut pas y avoir de réconciliation si on impose le silence» a-t-il déclaré. «La paix doit être fondée sur le droit à la vérité et le droit à l’accès à la justice pour la victime. Dans le cas des disparitions forcées, ces droits ont une importance particulière».

Remarquant que depuis la levée de l’état d’urgence, plusieurs manifestations pacifiques ont été interdites par le gouvernement qui s’appuie sur un décret de 2001 interdisant les marches à Alger – la Coordination nationale pour le changement et la démocratie (CNCD) a été à nouveau empêchée de marcher à Alger le 16 avril – le rapporteur de l’ONU a demandé au gouvernement algérien de ne pas recourir à la force contre des manifestations pacifiques, et de reconnaître le droit pour les familles des disparus de s’exprimer publiquement.

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Rony Brauman : “de quel droit demander à Kadhafi de partir ?”

Dans une déclaration commune publiée vendredi 15 avril 2011, un mois après le début des frappes aériennes contre l’armée libyenne, Barack Obama, David Cameron et Nicolas Sarkozy affirment que l’avenir de la Libye ne peut être envisagé avec Kadhafi. Cette prise de position révolte l’ancien président de Médecins sans frontières – actuellement professeur à Sciences-Po Paris et à l’université de Manchester.

Pourfendeur de l’ingérence dite humanitaire, Rony Brauman se demande « de quel droit » les dirigeants des trois puissances occidentales peuvent appeler au renversement d’un régime. Invité de L’Info.com, une émission commune de France Info et de Rue89, animée par Mireille Lemaresquier, il a vivement critiqué l’action de l’Otan pourtant autorisée par le conseil de sécurité de l’ONU :

« Le conseil de sécurité étant la source de la loi internationale, cette guerre est légale. Je ne la trouve pas légitime pour autant, je ne la trouve pas utile pour autant et je ne la trouve pas gagnable pour autant. »

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après l’arrestation de Laurent Gbagbo, appel au respect des droits

La Ligue des droits de l’Homme rappelle qu’«aucune réconciliation, aucun retour à la paix civile n’est possible [en Côte d’Ivoire] sans qu’un processus d’établissement des faits, de recherche des responsabilités et de jugement des coupables soit rapidement enclenché dans des conditions d’impartialité incontestables.»

Lire également le communiqué de la FIDH.

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Identité nationale et histoire de France: déconstruire le mythe national, par Suzanne Citron

Ce texte est une reprise un peu modifiée d’une intervention au séminaire de recherches ERMINE sur les minorités nationales, université Rennes 2 sous la direction de Ronan Le Coadic. Voir Bretons, Indiens, Kabyles…, Presses universitaires de Rennes, 2009.

Suzanne Citron revient sur un thème qu’elle a souvent abordé : la question de la nation et de son récit, «à nouveau implicitement posée par l’islamophobie qui se glisse insidieusement derrière les proclamations d’une laïcité transmuée en dogme». La nation n’est pas une essence surgie du fond des âges et son récit transmis par l’école républicaine n’est pas un tabou intouchable. La nation est une construction, un devenir, une dynamique, une suite d’interactions. Elle exige, pour demeurer vivante, de perpétuels réajustements de son récit et l’aggiornamento de son enseignement, quitte à bousculer les institutions et les représentations qui les ont engendrés et formatés.

Il a été publié le 4 avril 2011 sur un nouveau site “aggiornamento hist-géo” qui a pour objectif de proposer une réflexion et des propositions dans l’optique d’un renouvellement de l’enseignement de l’histoire et de la géographie scolaires et universitaires.
Un groupe de réflexion sur ce thème a été créé sur google groupe – pour l’intégrer, en faire la demande à .

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L'écho d'Alger, du dimanche 23 avril 1961.
1945-1962

les appelés en Algérie et le putsch d’avril 1961

La loi du 30 novembre 1950 fixait la durée du service militaire à 18 mois. Mais pendant la guerre d’Algérie (1954-1962), leur maintien sous les drapeaux a pu durer jusqu’à 30 mois3.

Pendant le putsch, le contingent – les appelés, c’est à dire les jeunes effectuant leur service militaire en Algérie – a manifesté son soutien aux autorités légales de façon active ou passive, et ce fut l’une des causes principales de l’échec du putsch. Dans une grande partie des régiments, les soldats du contingent, âgés de 20 à 23 ans, ont refusé de suivre ceux de leurs chefs rebelles qui ont voulu s’engager dans le putsch.

L’un des chefs putschistes, le général Challe, en donna une explication naïve : c’était l’existence des « cellules communistes » qui s’étaient organisées dans les corps de troupes. En réalité, la grande majorité des appelés, qui provenaient de tous les secteurs de la société française, étaient hostiles à la prolongation d’une guerre coloniale dont ils avaient pu mesurer la vanité. Challe néglige, d’une part, l’influence des officiers du contingent, généralement des anciens étudiants ou enseignants sursitaires, pour la plupart hostiles aux putschistes, et, d’autre part, l’effet choc causé par le discours du général de Gaulle appelant au refus d’obéissance aux généraux rebelles, qui avait pu être entendu grâce aux « transistors » personnels4.

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Chateau-Royal, mars 1962

À la mémoire d’un humaniste, Max Marchand

Enseignant originaire de Normandie, Max Marchand (1911-1962) est nommé en 1948 en Algérie, pays où il tissera de forts liens. Enseignant, il s’attache à promouvoir l’histoire et la culture algériennes et s’inscrit clairement dans le camp des Européens « libéraux » qui prônent une émancipation de l’Algérie. Franc-maçon, il a appartenu aux loges “Union africaine et Raison réunies” et “Hippone” du Grand Orient de France.

Inspecteur d’Académie, président de la Ligue de l’Enseignement en Oranie et directeur des Centres sociaux éducatifs, il est assassiné à El Biar (Alger) le 15 mars 1962, quatre jours avant l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, avec cinq de ses collaborateurs – Mouloud Feraoun, bel écrivain de langue française de renommée internationale, Marcel Basset, Ali Hammoutene, Robert Eymard et Salah Ould Aoudia – par un commando de l’OAS qui abat en leurs personnes des symboles du rapprochement des communautés et des apôtres de la fraternité entre les hommes.

Le texte ci-dessous a été écrit par Michel Lambart, à partir de l’allocution qu’il a prononcée le 24 juin 2010 lors de l’inauguration, en l’hôtel Cadet du Grand Orient de France, d’un temple dédié à Max Marchand5.

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