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Édition du 15 mars au 1er avril 2026

jsylvestre

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Diverses questions d'histoire

Un lieu d’éducation : le mémorial du camp des Milles

L’ancienne tuilerie des Milles, près d’Aix-en-Provence, a été utilisée dès 1939, d’abord par les autorités françaises puis par celles de Vichy pour y parquer des étrangers, des opposants politiques, des juifs… jusqu’aux cinq convois de la mort de l’été 1942. Ce site, dernier camp français de déportation encore intact, maintenant aménagé en un «lieu de mémoire et d’éducation» a été officiellement inauguré le 10 septembre 2012 en présence du premier ministre Jean-Marc Ayrault qui a annoncé que «la lutte contre le racisme et l’antisémitisme est une priorité de [son] gouvernement ». Ce plan sera « d’abord fondé sur l’éducation, la volonté de combattre les préjugés sur l’étranger, sur l’autre, qui restent ancrés dans bien des mentalités et que des vents mauvais ont à nouveau attisés au cours des années passées » a-t-il précisé.

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La Tuilerie.
Diverses questions d'histoire

La lente gestation du mémorial du camp des Milles

Aménagé dans le seul grand camp français d’internement et de déportation encore intact, le mémorial des Milles, inauguré le 10 septembre 2012 par le premier ministre, marque une étape dans la reconnaissance de la responsabilité de l’État français. Ouvert en 1939 sous la Troisième République dans une ancienne tuilerie située près d’Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), il fut d’abord utilisé comme camp d’internement pour les « étrangers ennemis ». A partir de 1940, le ministère de l’intérieur de Vichy y interna des résistants au nazisme et des « indésirables », et il servit de camp de déportation pour les juifs. Plus de 10  000 personnes, de 38 nationalités, y furent emprisonnées et, durant l’été 1942, 2 000 hommes, femmes et enfants juifs furent déportés des Milles vers Auschwitz. Ci-dessous un petit dossier, mis en ligne en février 2007, qui retrace la gestation de ce projet.

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Deux vétérans et des dizaines de descendants, à Sorgues le 6 septembre 2012.
Les Indochinois immigrés de force (1939-1952)

Sorgues : hommage aux travailleurs indochinois immigrés de force

Après Arles en décembre 2009, la ville de Sorgues (Vaucluse) a rendu hommage le 6 septembre 2012 aux milliers de Vietnamiens qui y avaient été employés à partir de 1939 dans une poudrerie pour un salaire dérisoire et logés dans des camps particulièrement rudes.

Le recours à des travailleurs et tirailleurs coloniaux pour participer à l’effort de guerre à partir de 1939 fait partie des événements longtemps occultés de notre mémoire nationale : en septembre 1939, 27 000 Indochinois ont été requis, la plupart de force, et envoyés en France – 7 000 tirailleurs et 20 000 travailleurs. Après la défaite, 5 000 d’entre eux ont été rapatriés mais les autres sont restés bloqués en France. 1

Deux anciens travailleurs indochinois nonagénaires et de nombreux descendants de ces hommes étaient présents lors de la cérémonie de Sorgues.

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Exposition Albert Camus à Aix : qui est le pilote?

Dans son édition du jour, le quotidien algérien El Watan aborde les difficultés rencontrées par le projet d’exposition sur Albert Camus, dans le cadre de Marseille Provence 2013 capitale européenne de la culture (MP 2013). Cet article que nous reprenons ci-dessous apporte des précisions et soulève plusieurs questions.

MP 2013 avait initialement confié à Benjamin Stora l’organisation de cette exposition intitulée “Camus, cet étranger qui nous ressemble”. Mais, en avril 2012, MP 2013 informe Benjamin Stora par téléphone de l’annulation du contrat.
Catherine Camus, qui gère l’oeuvre et le fonds de son père, explique alors n’avoir pas reçu dans les délais la liste des documents requis pour l’événement.

Fin juillet, Maryse Joissains Masini, maire (UMP) d’Aix-en-Provence et présidente de la communauté du pays d’Aix, demande à Michel Onfray de devenir commissaire d’un nouveau projet d’exposition “Camus, l’homme révolté” – ce qu’il accepte.

Aujourd’hui, MP 2013 se refuse à toute déclaration avant la tenue de son conseil d’administration prévu le 15 octobre, mais des questions se posent :

  • Michel Onfray bénéficie-t-il d’un contrat ? avec MP 2013 ? – on peut remarquer que son nom n’apparaît pas sur le site internet MP 2013 – ou bien a-t-il été engagé par la mairie d’Aix comme commissaire de l’exposition ?
  • L’autorité de tutelle de MP 2013 – le ministère de la culture – a-t-elle été consultée ? Rappelons que Aurélie Filippetti, ministre de la Culture, a retiré le financement et le logo du ministère pour cette exposition.
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Plantu, Le Monde, 28 août 2012
Hollande, Valls et les Roms

Roms : les promesses n’engagent que ceux qui y croient

Au petit matin du lundi 27 août, un camp situé sur la commune d’Evry, où habitaient plus de 70 Roms, a été démantelé, par application d’un arrêté du socialiste Francis Chouat, successeur de Manuel Valls à la mairie d’Evry. Le démantèlement, réalisé avant toute décision de justice, a d’autant plus choqué que, dès le lendemain, le tribunal d’Evry rejetait le référé d’expulsion. Mais M. Chouat a renvoyé à la ligne définie par le premier ministre : les expulsions sont légitimes, a dit M. Ayrault, « dès lors qu’elles interviennent en application d’une décision de justice ou pour mettre fin à une situation de danger ou de risque sanitaire ».

Contraire à un engagements de François Hollande lors de la campagne pour l’élection présidentielle – pas d’expulsion sans solution de relogement
–, cette politique a été confirmée par la circulaire du 28 août reprise ci-dessous. Une politique critiquée par de nombreuses organisations comme le Syndicat de la Magistrature. Sur le plan international, des experts de l’ONU rappellent qu’en droit international, les expulsions collectives sont interdites, et demandent au gouvernement français de s’assurer que le démantèlement des camps de Roms respecte les normes européennes et internationales des droits de l’homme relatives à la non-discrimination.

[Mis en ligne le 3 septembre 2012, mis à jour le 5]

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vague brune sur l’histoire de France

Comme chaque année à pareille époque, une bruyante campagne est lancée contre l’enseignement de l’histoire, avec le support du Figaro. Le Figaro Magazine du 24 août 2012 publie en effet, sous le titre racoleur Qui veut casser l’histoire de France ?, un article de Jean Sevillia qui mêle des préoccupations idéologiques fortes à une méconnaissance du sujet – un de ses griefs étant la prétendue disparition de la chronologie de la nation au profit de l’histoire du monde.

Nous reprenons ci-dessous la réponse du Comité de vigilance face aux usages publics de l’histoire (CVUH) à cette diatribe2. Sur le même sujet, vous pourrez également prendre connaissance de la réaction de Bernard Girard – Sortir de l’histoire de France, publiée sur le site Journal d’école – pour qui il est essentiel de contribuer à faire des élèves des «citoyens du monde».

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1945-1962

l’Humanité censuré, 1954-1962

La liberté de la presse repose en France sur la loi du 29 juillet 1881. Depuis cette date, la censure a été pratiquée de façon systématique à trois reprises : lors de la Première guerre mondiale, sous le régime de Pétain et lors de la guerre d’Algérie.

L’engagement de L’Humanité contre la guerre d’Algérie lui a valu censures et procès : saisi à 27 reprises, le journal a été l’objet de 150 poursuites, dont 49 pour «provocation de militaires à la désobéissance», 24 pour «diffamation envers l’armée», 14 pour «atteinte à la sécurité de l’État» …
Dans un ouvrage qui vient de paraître, Rosa Moussaoui et Alain Ruscio publient l’intégralité des pages censurées du journal.

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Livres, films, spectacles pour la reconnaissance

« Histoire de l’Algérie à la période coloniale, 1830-1962 », une histoire sans tabous

À l’occasion du cinquantième anniversaire de l’indépendance de l’Algérie, les éditions La Découverte à Paris et Barzakh à Alger ont réalisé un ouvrage collectif sur l’Algérie à la période coloniale (1830-1962), nourri des nombreux travaux historiques produits ces dernières années. Ecrit par des auteurs algériens, français ou anglo-saxons, il replace la guerre d’indépendance dans le temps long de la période coloniale. Il propose une histoire sans tabous, indispensable à l’heure où la permanence des mémoires blessées et des récits biaisés continue à entretenir, de part et d’autre de la Méditerranée, des tensions qui doivent enfin pouvoir être dépassées. En voici l’introduction suivie de la liste des auteur(e)s.

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Dilma Rousseff, 22 ans, devant un tribunal militaire en 1970 (Adir Mera/Archives de l'État de Sao Paulo)
Tortures et dictatures en Amérique latine

Dilma Rousseff : “le Brésil mérite de connaître la vérité”

Dilma Rousseff, présidente du Brésil, a officiellement investi le 16 mai 2012 une Commission de la vérité destinée à enquêter sur les crimes commis sous le régime militaire entre 1964 et 1985.

Lors du discours officiel d’installation de cette commission, la présidente, ex-guérillera emprisonnée et torturée sous la dictature, a précisé que « le mot vérité est surtout le contraire de l’oubli 3». Elle a poursuivi : « en instaurant la Commission de vérité, ce qui nous motive n’est pas la vengeance, ni la haine ou le désir de réécrire l’histoire d’une façon différente de ce qui s’est passé, mais la nécessité impérieuse de la connaître pleinement, sans dissimulation, camouflage ni prohibition4». Cette Commission de la vérité ne remet effectivement pas en question la loi d’amnistie de 1979 qui protège les tortionnaires.

Après le Chili et l’Argentine, c’est donc au tour du Brésil de vouloir faire la lumière sur le sombre passé de la période des dictatures militaires – officiellement le Brésil compterait 400 morts ou disparus contre 30 000 en Argentine…

Depuis la fin de la guerre d’Algérie, la France n’a pas fait ce travail de vérité : plusieurs amnisties successives ont notamment empêché que la vérité soit officiellement reconnue sur les violences illégitimes alors mises en oeuvre. En revanche, la France a été nettement moins scrupuleuse pour exporter son savoir-faire dans le domaine de la “guerre antisubversive” : le général Paul Aussaresses a été formateur dans un centre d’instruction militaire à Manaus de 1973 à 1975, où il a développé un enseignement sur la Bataille d’Alger.

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Présentation par Brice Hortefeux, ministre de l'Intérieur, au JT de TF1 le 20 janvier 2011, de “chiffres” établissant la “baisse de la délinquance” pour la huitième année consécutive.
Hollande, Valls et les Roms

délinquance roumaine : réalité ou exercice de communication politique ?

La délinquance roumaine en France aurait augmenté de plus de 69 % de 2009 à 2011 selon des chiffres de la police publiés jeudi 23 août par Le Parisien. C’est «une réalité» qu’il «ne faut surtout pas nier» commente le ministre de l’intérieur, Manuel Valls, qui avoue néanmoins ne pas être en mesure de confirmer le contenu de la note de la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) à l’origine de cette “information” 5.

Les précédents ministres de l’Intérieur avaient mis en avant des évaluations du même ordre de grandeur et reposant sur des bases tout aussi fragiles pour justifier les mesures anti-Roms. Ainsi Manuel Valls après avoir repris, pour l’essentiel, les méthodes de ses prédécesseurs pour la gestion du “problème” des Roms, fait appel à leurs arguments pour se justifier…

Il faut relire les commentaires du sociologue Laurent Mucchielli que nous reprenons ci-dessous : ils restent d’une actualité aveuglante.

[Mis en ligne le 24 août 2012, mis à jour le 26]

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Roms : une égalité des droits toujours imparfaite

Le gouvernement a décidé de supprimer la taxe due par les employeurs des Roms et d’élargir les métiers auxquels ils peuvent avoir accès. Dans un communiqué publié après l’annonce de ces mesures prises «pour faciliter [leur] intégration sociale», le Collectif National Droits de l’Homme Romeurope se félicite du «changement d’approche» de la part des autorités.

Mais le collectif déplore que l’«égalité des droits [soit] toujours imparfaite» et il «réaffirme avec force la nécessité d’arrêter les évacuations sans solution de relogement car elles ne font qu’aggraver ces situations de précarité». Nombreuses sont les organisations, françaises ou non, qui estiment, avec le président du Mouvement anti-raciste européen Egam, que le gouvernement aurait pu faire bien davantage pour aider les Roms à s’intégrer.

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Un document faisant état de l'implication de la famille Mouats dans l'insurrection.
Soulèvement et répression du Nord-Constantinois (août 1955)

“Béni Mélek, une blessure coloniale”, par Aziz Mouats

Né le 15 janvier 1950, enseignant en agronomie à Mostaganem, Aziz Mouats est originaire de Béni Mélek, sur les hauteurs de Skikda, ex-Philippeville, épicentre de l’insurrection déclenchée par l’Armée de libération nationale (ALN), le 20 août 1955.

Dans ce texte, publié dans l’édition du 21 août 2012 du quotidien Le Soir d’Algérie6, il témoigne de la répression de l’armée française au cours de laquelle 23 hommes de sa famille, dont son père, ont disparu à jamais. Il évoque également le rôle de Roger Balestrieri, colon «humaniste et libéral», qui avait recueilli plus de 80 femmes et enfants.

Les Européens de Béni Mélek avaient en effet été épargnés par les insurgés, ce qu’Aziz attribue à son oncle Lyazid, chef local de l’ALN.

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