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Édition du 1er au 15 février 2026

jsylvestre

La reconnaissance de l'esclavage

Nombreux hommages à l’historien guadeloupéen
Jean-Pierre Sainton (1955-2023)

L’historien et militant Jean-Pierre Sainton est mort le 22 août 2023 à l’âge de 68 ans. La Ligue des droits de l’Homme de la Guadeloupe et l’association Histoire coloniale et postcoloniale s’associent aux nombreux hommages à ce grand intellectuel antillais. Marqué par l’arrestation de son père, militant indépendantiste lors des évènements de Mai 1967, épisode qu’il a restitué dans Mé 67. Mémoire d’un évènement (1985), il s’est engagé pour sa part au sein de l’Union populaire pour la libération de la Guadeloupe (UPLG) et de l’Association générale des étudiants guadeloupéens (AGEG). Ci-dessous l’hommage de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage (FME) dont il était membre du conseil scientifique, ainsi que ceux publiés par le Portail des Outre-Mer de France Télévision qui lui ont été rendus par la société civile et des élus des Antilles. Et la vidéo d’une intervention faite lors d’un colloque universitaire sur le thème « mémoires de l’esclavage et générations afro-descendantes ».

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Algérie

Algérie. « La crise du FLN de l’été 1962
Indépendance nationale et enjeux de pouvoir(s) » 
par Amar Mohand-Amer

Amar Mohand-Amer, docteur en histoire (Paris 7), chercheur à la Division « Socio-anthropologie de l’histoire et de la mémoire (HistMém) » au Centre national de recherche en anthropologie sociale et culturelle (CRASC d’Oran), est directeur-adjoint du comité de rédaction de sa revue, Insaniyat. Son livre, La crise du FLN de l’été 1962. Indépendance nationale et enjeux de pouvoir(s), qui vient de paraître, préfacé par Omar Carlier et postfacé par Mohammed Harbi, analyse la genèse de cette crise et son déroulement, dans une démarche historienne rigoureuse et à travers une documentation riche et souvent inédite. Dans sa postface, l’historien Mohammed Harbi souligne que ses travaux nous aident à comprendre que le FLN, à travers ses différentes factions, a confisqué le pouvoir en Algérie à partir de 1962 et n’a pas restitué au peuple sa souveraineté, d’où les raisons de son échec après l’indépendance.

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Le racisme postcolonial

Le racisme postcolonial
est aussi présent en Afrique

Dans une tribune publiée par le journal helvétique Le Temps, la philosophe spécialiste du postcolonial Nadia Yala Kisukidi décrit la mondialisation actuelle d’un racisme hérité du colonialisme ou parfois plus ancien. Selon elle, s’il n’y a pas « une Europe lumineuse qui aurait éradiqué la haine à sa racine », ni non plus « d’Éden africain qui serait vierge de toute partition raciale ». Pour preuve la flambée de haine négrophobe meurtrière qui, du fait du pouvoir actuel, se produit à l’encontre des exilés noirs en Tunisie. Elle invite l’antiracisme à affronter cette « circulation des rhétoriques raciales » entre les continents. Nous ajoutons une émission de la chaîne Medi1TV Afrique consacrée à la situation en Tunisie et signalons une pétition de chercheurs de plusieurs continents contre les politiques européennes et tunisiennes anti-migrant·es et anti-noir·es.

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La reconnaissance de l'esclavage

Héritiers français de l’esclavage :
vers la fin d’un tabou ?

Dans une série de quatre enquêtes d’Olivier Pascal-Moussellard, publiées en août 2023, l’hebdomadaire Télérama aborde le thème de « l’esclavage en héritage ». Les trois premières racontent comment deux familles britanniques ainsi que le quotidien The Guardian, ont fait leur « coming out » d’un lourd passé esclavagiste et ont tenté de le « réparer » dans un Royaume-Uni en pointe sur la reconnaissance de l’esclavage. La quatrième enquête, qu’on lira ici, est consacrée à Pierre Guillon de Princé, descendant d’armateurs négriers de Nantes, qui assume le passé de sa famille. « On ne peut pas être coupable d’un crime que l’on n’a pas commis. Pour autant, rester indifférent au fait que ses aïeux aient dû leur fortune à la vente d’êtres humains ne me paraît pas possible. » Une réflexion encore très rare en France.

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Séquelles politiques postcoloniales

Vive la Nation ! Toute la Nation !
Pour une République antiraciste et décolonialisée

Une répression policière meurtrière a interrompu en 1953 les défilés populaires du 14 juillet. Cette violence comme celles commises en 2023 par des policiers dans diverses villes de France, de Nanterre à Marseille, s’explique par le fait de ne pas considérer nos concitoyens héritiers des anciennes colonies comme des citoyens à part entière. Ci-dessous le billet de Blog publié par Mediapart le 1er août 2023 par François Gèze, Gilles Manceron, Fabrice Riceputi et Alain Ruscio. Il reprend l’appel lancé à faire pour le 14 juillet 2024 un grand défilé populaire de la République à la Nation lors de la Fête nationale, comme ça a été entamé en 2023. Un appel qui fait écho à celui que notre site avait lancé au lendemain du meurtre de George Floyd en 2020 et de la vague mondiale de protestation sur le thème « Black lives matter », dans un manifeste intitulé « Pour une République française, antiraciste et décolonialisée ! »

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Antilles

« Massacrer et laisser mourir »,
un livre sur le massacre de mai 1967
en Guadeloupe

Les éditions Libertalia ont publié en mai 2023 Massacrer et laisser mourir, un livre coordonné par Elsa Dorlin, avec les contributions de Jean-Pierre Sainton et Mathieu Rigouste. Il revient sur la sanglante répression par l’Etat français d’un mouvement de grève qui fit plusieurs dizaines de victimes, perpétrée sur ordre du préfet Pierre Bolotte. Ce pacificateur colonial était en 1957 l’un des responsables civils de la « bataille d’Alger », il sera plus tard préfet de la Seine-Saint-Denis, où il inventera la Brigade Anticriminalité (BAC), particulièrement mise en cause à l’été 2023 dans la violente répression des révoltes urbaines consécutives à la mort du jeune Nahel. On lira la présentation de l’éditeur ainsi qu’une recension de ce livre par Youness Bousenna dans Le Monde.

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Musées et créations contemporaines

Eric Manigaud, le travail d’un artiste
sur des angles morts de l’histoire coloniale

Le travail d’Eric Manigaud est caractérisé par ses dessins réalisés à partir de photographies d’archives. Travaillant par séries, il s’est consacré à des sujets tels que les gueules cassées de la Première Guerre mondiale, les villes bombardées de la Seconde Guerre mondiale, l’anthropométrie judiciaire au début du XXe siècle. Il a aussi travaillé sur l’histoire coloniale, avec une série sur le massacre de manifestants algériens à Paris le 17 octobre 1961 et une autre sur l’histoire des Congo belge et français. Nous publions ici un texte de Guillaume Lasserre paru dans Mediapart à propos d’une exposition en juillet 2023 à la galerie Sator à Paris, ainsi qu’un extrait de sa série sur le 17 octobre 1961 conservée au Musée d’histoire de l’immigration.

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La reconnaissance de l'esclavage

« Les fantômes noirs de l’esclavage »,
de Kris Manjapra
souligne les conséquences durables de ce système

Sous le titre Après l’abolition. Les fantômes noirs de l’esclavage, les éditions Autrement ont publié en janvier 2023 la traduction de Black Ghost of Empire : The Long Death of Slavery and the Failure of Emancipation, de l’historien états-unien Kris Manjapra. Dans cet essai comparatif, l’auteur, après d’autres, contribue à déconstruire le mythe selon lequel lors des abolitions de l’esclavage au XIXe siècle, « les captifs noirs auraient profité d’un plein affranchissement, et les sociétés esclavagistes blanches d’une rédemption ». Il montre comment les conditions concrètes de ces abolitions incomplètes ont perpétué la suprématie blanche. Nous publions la présentation de l’éditeur et la recension de ce livre dans Le Monde.

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L'OAS et ses nostalgiques

Décès de Jean-François Gavoury,
inlassable pourfendeur des nostalgiques de l’OAS

Jean-François Gavoury, le président de l’ANPROMEVO, l’Association nationale pour la protection de la mémoire des victimes de l’OAS, inlassable pourfendeur des nostalgiques de cette organisation terroriste, est décédé le 3 août 2023 à l’âge de 73 ans. Son père, commissaire central d’Alger, avait été assassiné par l’OAS le 31 mai 1961. Ci-dessous, le film de la cérémonie de dévoilement le 6 octobre 2011 de la stèle à toutes les victimes de l’OAS au cimetière du Père-Lachaise à laquelle il est intervenu après le maire de Paris, Bertrand Delanoë. Nous y joignons un rappel de « l’affaire Gavoury », tiré du livre d’Alain Ruscio, « Nostalgérie, l’interminable histoire de l’OAS », ainsi que l’interview qu’il a donné en 2022 au site « Place Audin ».

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La Françafrique

Prendre en compte le lourd héritage colonial au Niger, par Camille Lefebvre

Le coup d’Etat militaire perpétré au Niger le 25 juillet 2023 a suscité des manifestation d’hostilité à la France. Dans un entretien à Mediapart, la spécialiste de l’histoire du Niger Camille Lefebvre, autrice de Des pays au crépuscule. Le moment de l’occupation coloniale (Sahara-Sahel) (Fayard, 2021, réédité en poche en 2023), met en perspective historique cette hostilité, ainsi que les réactions françaises. Elle décrit la marque indélébile laissée par la violence colonisatrice, qui fut particulièrement grande au Niger. Elle pointe le fait que les autorités civiles et militaires françaises, comme l’opinion publique, se refusent à la prendre en compte et perpétuent une approche néo-coloniale de la situation. Faute, dit-elle, « d’affronter collectivement » la question du passé colonial.

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La société française au temps des colonies

Christian Phéline aborde
dans « Le Matin d’Algérie »
trois angles morts
dans la lecture de « L’Étranger » d’Albert Camus

Que dire de plus sur L’Étranger d’Albert Camus sinon paraphrase ou commentaire de commentaire ? Bon connaisseur de la vie et l’œuvre de Camus, Christian Phéline relève le défi dans son récent essai, « L’Étranger en trois questions restées obscures » (Pézenas, Éditions Domens, 2023). Il questionne trois angles morts de ce récit, autour du personnage de Meursault, l’assassin. Pour reprendre ses mots, il aborde « ce qui touche, tour à tour, au lieu du meurtre, au mouvement intérieur qui y mène son auteur, et à la sanction qui lui est apportée ». Dans un dialogue avec le journaliste algérien Faris Lounis, dont nous avons déjà publié une tribune réfutant l’idée que Camus fut un partisan de l’Algérie française suivie d’un texte de Christian Phéline sur ce point.

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