Histoire coloniale et postcoloniale

publié le vendredi 2 décembre 2022

Le 12 novembre 2022, un fait de société - et non un fait divers - sanglant a attiré les regards sur un « département français », Mayotte : un jeune homme y a été assassiné à coups de machette. Du coup, les tensions entre bandes sont devenues incontrôlables par les autorités locales, qui ont clamé leur crainte d’une « guerre civile ». La métropole y a engagé le RAID. D’où vient cette flambée ? Mais, « naturellement », ont affirmé bien des politiciens (nationaux et locaux) et des médias, de l’invasion des « Comoriens ». Le « grand remplacement » version Océan Indien. Et s’il était nécessaire de revoir la genèse de ces drames ?

publié le vendredi 2 décembre 2022

Comme notre site l’a signalé, la municipalité de Marseille a décidé de débaptiser l’école Bugeaud qui portait le nom du général ayant ordonné la mise à mort par asphyxie des femmes, hommes et enfants des tribus hostiles à la colonisation de l’Algérie, qui s’étaient réfugiées dans des grottes. Son nom a été remplacé par celui d’un caporal algérien mort en 1944 dans les combats pour la libération de la ville. L’article du Monde que nous reproduisons ci-dessous souligne l’importance de cette décision pour cette ville qui a été au cœur de l’empire colonial français. Le Guide du Marseille colonial, dont nous avons aussi signalé la parution, publié par une équipe de militants antiracistes marseillais, recense les nombreuses traces de ce passé colonial dans la ville.

publié le jeudi 1er décembre 2022

En sus d’innombrables objets pillés, la France conserve de son ère coloniale des milliers de restes humains dont elle n’a à ce jour restitué qu’un très faible nombre à ses anciennes colonies. Une enquête du New York Times indique que le Musée de l’Homme conserve ainsi dans ses réserves « 18 000 crânes » - comprenant aussi des restes de victimes du génocide arménien - et pointe une forte résistance française à les restituer. Une polémique a par ailleurs éclaté à propos des crânes rendus à l’été 2020 à l’Algérie : certains ne sont pas, selon plusieurs journaux dont Le Monde, ceux de résistants algériens, mais de supplétifs de l’armée française, ce dont le gouvernement algérien aurait été informé. Ce dernier l’a démenti.

publié le mercredi 30 novembre 2022

Cette volumineuse anthologie présentée par son éditeur comme « un ouvrage qui fera date » a le mérite de rassembler plus d’une centaine d’articles publiés durant les trente dernières années, parfois réduits ou synthétisés, cinq d’entre eux étant traduits pour la première fois en français. Chose appréciable, elle date du XVIIIe siècle les débuts de l’histoire de la France coloniale, contrairement à d’autres publications antérieures de trois de ses co-directeurs, Pascal Blanchard, Nicolas Bancel et Sandrine Lemaire à l’origine du groupe de recherche Achac, qui la faisaient remonter, comme l’historien Raoul Girardet dans L’Idée coloniale en France, 1871-1962 (1972), aux débuts de la Troisième République. On retrouve opportunément dans cette anthologie destinée à un large public des textes d’auteurs importants comme David Todd, Sophie Bessis ou Doudou Diène, qui apportent, à partir des études britanniques ou africaines, des réflexions nouvelles.

publié le samedi 26 novembre 2022

Soixante ans après, la nostalgie de l’Algérie française fait toujours recette. Les rencontres à la Sorbonne organisées par Solidaires Étudiant-e-s souhaitent donner la parole à celles et ceux qui par leur travail éclairent ce qu’ont réellement été la colonisation et l’indépendance. Ci-dessous trois annonces : une projection-débat autour du film « La bataille d’Alger », avec Gilles Manceron et Michèle Audin, fille de Maurice Audin, militant pour l’indépendance de l’Algérie enlevé, torturé et assassiné par les parachutistes en 1957 ; une table ronde organisée par Paul Max Morin, auteur du livre « Les jeunes et la guerre d’Algérie », avec quelques-uns de ceux qu’il a interrogés ; et une table-ronde sur les luttes actuelles en Algérie et en France. Nous y ajoutons un entretien avec l’historien Fabrice Riceputi paru dans « Le Point Afrique » sur les disparus de cette « grande répression d’Alger ».

publié le lundi 21 novembre 2022

Dans son essai consacré à Aragon et la question coloniale, Alain Ruscio aborde aussi bien les positions politiques de l’homme engagé, influencé par le parti communiste français et en désaccord avec Aimé Césaire, que sa reprise littéraire dans Le Fou d’Elsa (1963) de l’aventure de Medjnoûn et Leïla issue de la culture arabo-persane. Comme le souligne Christiane Chaulet Achour, ce beau livre d’Aragon s’inscrit dans la tradition française du roman hispano-mauresque mais en la bouleversant. Situé dans la Grenade musulmane du XVe siècle, il s’inspire d’une histoire inscrite dans la culture musulmane aussi bien que des traditions mystiques espagnoles et françaises, aussi bien de Al-Hallâdj et Maïmonide que de Jean de la Croix et de Thérèse de Jésus. Un emprunt littéraire qui a intéressé des poètes comme Jamel-Eddine Bencheikh, Habib Tengour, Youcef Nacib, Abdelkebir Khatibi et Hawa Djabali. Cela permet-il de qualifier Aragon d’anticolonialiste ?

publié le dimanche 20 novembre 2022

L’historienne Malika Rahal, Grand Prix des Rendez-vous de l’histoire de Blois 2022, directrice de l’Institut d’histoire du temps présent et autrice notamment d’une biographie d’Ali Boumendjel (La Découverte, poche), et l’historien Fabrice Riceputi ont effectué en novembre 2022 un séjour en Algérie pour poursuivre leurs recherches sur les disparitions forcées durant la guerre d’indépendance du fait des forces de l’ordre françaises. Ci-dessous un entretien donné par Fabrice Riceputi à Berbère Télévision et la présentation par Malika Rahal d’un travail en cours sur la cartographie de la grande répression de 1957 dite « bataille d’Alger ». Dans l’ouvrage Les disparus de la guerre d’Algérie suivi de La bataille des archives 2018-2021 paru en 2021 (L’Harmattan), ils ont expliqué les objectifs du site 100autres.org.

publié le mercredi 16 novembre 2022

Dans une tribune au Monde, l’historien Marc André explique que les archives de la guerre d’Algérie en France sont trop souvent inaccessibles aux demandeurs. Emmanuel Macron s’était pourtant engagé en septembre 2018 à en faciliter la consultation. Une bataille a dû être livrée par des archivistes, des juristes et des historiens devant le Conseil d’Etat pour que les entraves mises en place par le SGDSN (Secrétariat général à la défense et la sécurité nationale) soient levées. A la décision remarquable rendue par le Conseil d’Etat a suivi un article de loi voté à la hâte au nom de la lutte antiterroriste. Ci-dessous l’enregistrement des débats du colloque qui s’est tenu au Sénat le 5 septembre 2022 sur le thème « Archives et démocratie : au-delà du Secret défense », ainsi que l’article publié par un archiviste algérien dans Le Quotidien d’Oran.

publié le dimanche 13 novembre 2022

Le Grand Prix des Rendez-vous de l’histoire 2022 a été attribué à Malika Rahal pour son ouvrage Algérie 1962, une histoire populaire. Il lui a été remis le 8 octobre 2022, dans l’hémicycle de la Halle aux grains, par l’historien Maurice Sartre, président du jury constitué de Sylvie Aprile, Fabien Archambault, Michelle Bubenicek, Jean-François Chauvard, Sophie Cœuré, Olivier Compagnon, Marie-Laure Derat, Claudia Moatti, Annliese Nef et Pierre-François Souyri. Ci-dessous le film de la remise de ce prix, que nous faisons suivre du compte rendu d’un forum qui a eu lieu à Alger le 13 novembre 2022 lors du séjour de recherches que cette historienne effectue en Algérie au nom notamment du site 1000autres.org, « des Maurice Audin par milliers », auquel contribue aussi l’historien Fabrice Riceputi.

publié le dimanche 13 novembre 2022

A Marseille, l’école Bugeaud a été renommée « Ahmed Litim », du nom d’un tirailleur algérien qui a donné sa vie le 25 août 1944 pour libérer la ville. Selon les mots du maire, Benoît Payan, « l’Histoire de la France, c’est aussi celle de Bugeaud, de la colonisation ou de la collaboration. Nous continuerons de l’enseigner à nos enfants. Mais la ville a choisi de donner aux enfants de Marseille l’exemple d’un héros plutôt que celui d’un bourreau ». Samia Chabani, de l’association Ancrages, centre de ressources sur l’histoire des migrations à Marseille, a salué cette décision. Elle demande que les auteurs de violences dans les guerres coloniales ne soient plus honorés dans l’espace public et que les associations valorisant les mémoires des migrations postcoloniales soient représentées à la commission des noms de rues.