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Édition du 15 janvier au 1er février 2026

Livre

Musées et créations contemporaines

“Des hommes »
un film de Lucas Belvaux
inspiré du livre de Laurent Mauvignier

Comme le montre l’interview croisé – dont nous reprenons des extraits – réalisé par le journaliste de Politis Christophe Kantcheff réunissant l’historienne Raphaëlle Branche, autrice du livre Papa, qu’as-tu fait en Algérie ?, et le cinéaste Lucas Belvaux, qui a adapté le roman Des hommes de Laurent Mauvignier, ce film tout en faisant apparaître les traumatismes laissés chez les appelés par les horreurs de la guerre d’Algérie, montre aussi qu’ils y ont survécu différemment selon leurs personnalités et aussi leurs relations familiales. Plutôt que de parler du silence des appelés après la fin du conflit, l’historienne comme le cinéaste préfèrent souligner les « demi-dire » d’hommes que, bien souvent, leur environnement n’a pas souhaité entendre.

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La reconnaissance du passé colonial

“L’invention de l’Afrique”,
par Valentin-Yves Mudimbe
un classique enfin traduit en français

C’est un ouvrage pionnier lors de sa parution 1988 aux Etats-Unis, devenu un classique des études africaines et décoloniales. L’Invention de l’Afrique est souvent comparé à L’Orientalisme, l’Orient créé par l’Occident (1978) d’Eward Saïd. Philosophe, poète et romancier congolais exilé aux Etats-Unis, Valentin-Yves Mudimbe y enquête sur les fondements du discours colonial présentant l’Afrique comme un monde primitif et hors de l’histoire. Comme le souligne un article du Monde que nous publions ici, cette traduction parait aux éditions Présence africaine alors qu’est engagé en France un débat sur ce qu’est ou ce que peut être une « pensée décoloniale». Ci dessous aussi, une émission que lui a consacré « La grande table » de France Culture.

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Maroc

Un livre important sur la médecine
coloniale au Maroc

La médecine moderne aurait été introduite au Maroc par le colonisateur français et serait une conséquence positive de la colonisation. Dans un livre récemment publié par la maison d’édition marocaine En toutes lettres, Médecine et colonialisme au Maroc sous protectorat français, le médecin Reda Sadiki revient sur ce postulat bien ancré pour interroger les liens entre médecine et colonialisme. Il démontre, historiographie à l’appui, que la médecine a en fait été un instrument consubstantiel de la politique coloniale et qu’il y a eu non pas un apport à sens unique, mais un ensemble d’interactions et d’échanges qui ont nourri la médecine mondiale.

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Niger

Le moment de l’occupation coloniale
du Sahara et du Sahel
par Camille Lefèbvre

« Au cœur du Sahara, des soldats français mènent depuis 2013 des opérations armées dans le désert à partir des bases de Niamey ou de Gao ». Dès les premières lignes d’un livre qui porte sur le moment de l’occupation coloniale par la France de cette même région, à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, l’historienne Camille Lefèbre rappelle cette actualité. Grace à l’exploitation d’une documentation très variée, notamment en arabe et haoussa, l’autrice cherche à comprendre la séquence peu étudiée de l’installation de la domination coloniale. Nous renvoyons à l’introduction et au premier chapitre du livre, disponibles en ligne, à un entretien audio avec Camille Lefèbvre, publié par Chemins d’histoire, à un numéro de l’émission de France Inter, Le vif de l’histoire, ainsi qu’à une recension dans Libération.

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La société française au temps des colonies

Corps noirs et médecins blancs,
par Delphine Peiretti-Courtis

Pour lutter contre les stéréotypes racistes qui perdurent à l’égard des femmes et des hommes noirs dans la société française, il faut revenir à leurs origines. De la fin du XVIIIe siècle jusqu’au milieu du XXe, la littérature médicale a élevé au rang de vérité scientifique les préjugés raciaux sur les corps noirs : infériorité intellectuelle, résistance physique, prédominance des émotions et hypersexualité. Le livre de Delphine Peiretti-Courtis est une enquête sur la façon dont fut traitée cette question dans les écrits spécialisés de cette période. Dans une société où la science s’est substituée progressivement à la religion comme source du savoir, le schéma racialiste élaboré par les savants a été ensuite conforté par le pouvoir politique pour servir le projet colonial : le corps est devenu un outil de la colonisation.

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Le racisme postcolonial

La vie psychique du racisme,
par Livio Boni et Sophie Mendelsohn

S’il n’est plus cautionné par la biologie ou l’anthropologie, comme il l’était à l’apogée de la période coloniale, le racisme est loin d’avoir disparu. La vie psychique du racisme revient sur l’apport sous-estimé du psychanalyste Octave Mannoni (1899-1989), auteur notamment de Psychologie de la colonisation (1950). Celui-ci a évolué pendant un quart de siècle dans les colonies avant d’entamer un processus de « décolonisation de soi » coïncidant avec une tentative de décrire l’envers inconscient de la scène coloniale. En redonnant une visibilité à la réflexion pionnière de Mannoni, les auteurs explorent à partir de la mécanique du « démenti » les ressorts inconscients du racisme. Se dessine ainsi une histoire mineure de la psychanalyse française, qui avait affaire à la question raciale avant même que Fanon s’en saisisse ouvertement, et avant que Lacan annonce, une fois le cycle des décolonisations achevé, que « le racisme a bien de l’avenir ».

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Vietnam

Casablanca-Hanoï,
une porte dérobée sur des histoires postcoloniales

L’historienne Nelcya Delanoë avait fait, dans Poussières d’Empire (2002), l’histoire des soldats marocains qui désertèrent l’armée coloniale en Indochine pour rallier le Viet-minh. Dans Casablanca-Hanoi, avec l’anthropologue Caroline Grillot, elle livre le fruit de leurs douze années d’enquête autour de Dung, fille de l’un de ces Marocains rapatriés en 1972 et d’une Vietnamienne, restée au pays. L’ouvrage, inclassable, ouvre ainsi « une porte dérobée » sur l’histoire coloniale et postcoloniale de la France, du Viêt Nam et du Maroc à travers celle de quelques-uns de leurs héritiers. Ci-dessous une recension de ce livre par Alain Ruscio, sa préface par François Guillemot, ainsi qu’un court métrage marocain, Oulad l’Vietnam, consacré aux familles maroco-vietnamiennes rapatriées et à leurs descendants au Maroc.

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La reconnaissance de l'esclavage

L’extension de la traite française
sous Napoléon et sous la Restauration

En dépit d’une annonce démagogique de Napoléon en 1815, durant les Cent-jours, qu’il n’avait pas les moyens d’appliquer, et d’une proclamation, peu après, du Congrès de Vienne, condamnation morale sans effets immédiats, les traites négrières européennes se sont développées. Elles ont atteint leur sommet en 1829 avec plus de 110 000 captifs transportés sur les navires négriers en une seule année. Dans son « Répertoire des expéditions françaises aux côtes d’Afrique sous la Première République et le Premier Empire », paru dans la revue Outre-Mers, l’historien Eric Saugera montre que la relance de la traite française s’est produite dès les « préliminaires de Londres » du 1er octobre 1801 qui préparaient le traité d’Amiens (mars 1802) et s’est accrue sous l’Empire. La seconde partie de ce travail qui documente utilement la continuité de cette traite dans les premières décennies du XIXème siècle paraîtra dans un prochain numéro de cette revue.

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Livres et films sur la guerre d'Algérie

Un livre majeur de Mathieu Rigouste sur les soulèvements algériens de décembre 1960

« Nous avons subi un véritable Diên Biên Phu psychologique », expliquait un officier français en décembre 1960, au lendemain du formidable mouvement populaire contre l’occupation coloniale qui venait de soulever l’Algérie plusieurs jours durant. C’est l’histoire méconnue de ce moment majeur de la guerre d’indépendance algérienne que retrace le livre (et le film) de Mathieu Rigouste, Un seul héros, le peuple, recensé ici par François Gèze. Nous reproduisons également la bande annonce du film titré comme le livre, Un seul héros, le peuple, ainsi que le lien permettant de le visionner (gratuitement, mais de préférence en apportant un don). Un long métrage nourri d’images d’archives et d’une pléiade de témoignages d’acteurs et d’actrices de la période, ainsi que des paroles d’historiens. Et qui se clôt par de belles images des manifestations du hirak algérien de 2019 auquel le mouvement de décembre 1960, à bien des égards, fait irrésistiblement penser.

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Afrique subsaharienne et océan Indien

Lancement sur internet
de la « Revue d’histoire contemporaine
de l’Afrique »

La Revue d’Histoire Contemporaine de l’Afrique, librement et entièrement accessible en ligne, est née. Son premier numéro est consacré à plusieurs médias (presse, cinéma, radio, télévision) dans des pays d’Afrique francophone à l’époque du colonialisme tardif et dans les premières décennies après les indépendances. À travers différents cas nationaux (Congo belge, Sénégal, Togo, Haute-Volta, Côte d’Ivoire, entre autres) et à partir d’entretiens et d’archives inédites, les auteurs reviennent sur la formation, le parcours et le rôle des acteurs de ces médias (journalistes, coopérants, missionnaires, distributeurs de films) et interrogent la rupture et les continuités qui ont enjambé la césure politique des indépendances. Les sept articles révèlent la nécessité de varier les échelles d’analyse, du local au global en passant par l’impérial, pour contribuer à l’histoire culturelle de ces pays. Ci-dessous le texte du comité de rédaction qui présente la ligne éditoriale de cette revue.

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L'enseignement

Enseigner les traites, les esclavages,
les abolitions et leurs héritages
Un regard sur les pratiques scolaires
dans le monde

L’histoire des traites, esclavages, abolitions et de leurs héritages est trop mal connue. La demande sociale est pourtant forte et de grandes enquêtes scientifiques éclairent les questions d’aujourd’hui autour de la construction des identités politiques et des discriminations. Mais beaucoup reste à faire car les avancées de l’histoire scolaire ne sont jamais acquises. Enseigner les traites, les esclavages, les abolitions et leurs héritages, publié en janvier 2021 aux éditions Karthala, offre un tour d’horizon international sur les programmes scolaires et les pratiques pédagogiques de l’école élémentaire au lycée, en Afrique, en Amériques et en Europe. De nombreux retours d’expérience et des propositions pédagogiques pluridisciplinaires enracinées dans la recherche sont présentées. Un livre qui s’adresse aux spécialistes de l’école ainsi qu’à un large public intéressé par le croisement des regards sur les représentations de l’esclavage dans le monde. Ci-dessous l’introduction et la table des matières.

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Le racisme postcolonial

La race tue deux fois,
par Rachida Brahim

La race tue deux fois, à paraître en janvier 2021 aux éditions Syllepse, fait l’histoire des crimes racistes postcoloniaux en France jusqu’en 2000. Il met au jour ce « long désastre qui sait taire sa source » et dont l’occultation à peu près complète permet un déni officiel persistant, comme l’actualité récente l’a montré. De la grande vague de violence de 1973 dans le sud de la France aux crimes policiers des années 1990 en passant par les crimes racistes jalonnant les années 1980, l’ouvrage de Rachida Brahim, issu d’une base de données de plus de 700 cas, nous invite à prendre la mesure de cette histoire à l’heure où le racisme institutionnel et l’action de la police continuent chaque année à être à l’origine de nombreux morts. Nous en publions ici l’introduction, la table des matières ainsi que le film de trois minutes où elle présente sa thèse.

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