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Édition du 1er au 15 avril 2026

Guerre d’indépendance algérienne (1954-1962)

La reconnaissance du passé colonial

Raphaëlle Branche analyse la place de la guerre d’Algérie dans la société française

Dans l’entretien qu’elle a donné au quotidien algérien Liberté, l’historienne Raphaëlle Branche parle de son enquête sur les anciens appelés de l’armée française qui a donné lieu à son livre, Papa, qu’as-tu fait en Algérie ? Enquête sur un silence familial. Fondé sur une vaste collecte de témoignages et des sources inédites, ce livre analyse les silences de ces hommes dont les causes sont familiales, sociales et liées aux contexte historique des dernières décennies. Avec le renouvellement des générations, la place de la guerre d’Algérie dans la société française se trouve modifiée et de nouveaux récits sont possibles. Elle commente aussi dans cet interview le contentieux mémoriel entre l’Algérie et la France et souligne l’importance de la bataille menée pour l’ouverture des archives.

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Le rôle des historiens

Le rapport demandé à Benjamin Stora
sur le passé franco-algérien :
les faits… et les « fake news »

Benjamin Stora a reçu le 24 juillet 2020 d’Emmanuel Macron la commande d’un rapport sur « ce qui a d’ores et déjà été accompli dans notre pays sur la mémoire de la colonisation et de la guerre d’Algérie ainsi que la perception qui en est retenue de part et d’autre des deux rives de la Méditerranée ». Ci-dessous sa lettre de mission et les interviews qu’il a donnés au Soir d’Algérie et à France culture. De son côté, le président algérien Abdelmadjid Tebboune a parlé d’« aller de l’avant avec son homologue français sur les questions mémorielles » et désigné l’un de ses conseillers, un haut fonctionnaire, non historien, pour conduire un travail « directement sous sa tutelle », Abdelmadjid Chikhi, qui est connu en Algérie pour vouloir régenter les travaux des historiens et limiter leur accès aux archives nationales dont il a la charge. Ci-dessous, le point de vue, recueilli par Le Monde, de l’historien et archiviste algérien Fouad Soufi et la lettre que l’Association Josette et Maurice Audin a adressée le 26 juillet à Benjamin Stora.

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Histoire et mémoire des anticolonialismes

Gisèle Halimi, symbole de l’engagement anticolonialiste et de la défense
des droits des femmes

Née le 27 juillet 1927 à la Goulette, près de Tunis, Zeiza Gisèle Elise Taïeb,زيزا جيزيل إليز الطيب, qui se fera connaitre sous le nom de Gisèle Halimi, est une figure marquante de l’engagement anticolonialiste, aux côtés des militant(e)s indépendantistes du Maghreb, contre la guerre américaine au Vietnam et pour les droits des Palestiniens. D’une famille juive tunisienne modeste, elle s’est vite rebellée pour échapper à la condition subordonnée qui était celle des filles par rapport aux garçons, allant jusqu’à faire, à l’âge de 10 ans, une grève de la faim pour imposer son droit à la lecture et aux études et refusant, avant d’aller en classe, d’embrasser la mézouza, le rouleau de textes religieux accroché à la porte de la maison. Engagée pour l’indépendance de la Tunisie, elle a défendu ensuite au péril de sa vie des combattantes et combattants du FLN algérien, dont Djamila Boupacha, qui, aujourd’hui âgée de 82 ans et touchée par la Covid 19, a tenu à rendre à sa « sœur Gisèle » un vibrant hommage que nous reproduisons.

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L'accès aux archives coloniales

Le film « Après l’affaire Audin. Les disparus et les archives de la guerre d’Algérie »
de François Demerliac
sur le site du Centre culturel algérien de Paris

A l’occasion, le 5 juillet 2020, du 58ème anniversaire de l’indépendance de l’Algérie, le Centre culturel algérien de Paris a rendu public en avant-première un film du réalisateur François Demerliac intitulé « Après l’affaire Audin. Les disparus et les archives de la guerre d’Algérie ». Le site du CCA l’a accompagné d’un article qu’il a demandé à l’historien Gilles Manceron évoquant le travail historique en cours sur les deux rives de la Méditerranée pour mettre en lumière le dossier des disparus de cette guerre. Il explique qu’en France l’affaire Audin a conduit à une bataille pour le libre accès aux archives de ce conflit, qui a abouti le 21 juin 2020 à une lettre au premier ministre lui demandant que les entraves imposées récemment, au mépris de la loi, par certaines administrations soient levées.

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Les exactions : torture, viols, exécutions extrajudiciaires

Les viols dans la répression de la guerre d’indépendance algérienne

Nous publions ici le texte et la vidéo de l’intervention de la journaliste et essayiste Florence Beaugé lors de la journée d’études du 20 septembre 2019, « Les disparus de la guerre d’Algérie du fait des forces de l’ordre françaises. Vérité et justice ? », qui s’est tenue à l’Assemblée Nationale. Elle y montre que les viols constituent l’exaction la plus cachée et la plus tue de la guerre d’Algérie, autant par les victimes que par les auteurs. Ils n’ont pas été de simples « dépassements» de la part de l’armée française en Algérie mais, au même titre que la torture et les disparitions forcées, ont eu un caractère massif entre 1954 et 1962. Sur ce point, conclut-elle, le silence officiel perdure, du côté algérien comme du côté français.

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L'accès aux archives coloniales

L’ouverture des archives de la guerre d’Algérie
a été officiellement demandée au premier ministre

Le 21 juin 2020, jour anniversaire de la mort, en 1957, de Maurice Audin dont le président de la République, Emmanuel Macron, a reconnu en septembre 2018 qu’elle était imputable au système alors mis en place par la France en Algérie, fondé sur la torture et les disparitions forcées, trois associations, l’Association des historiens contemporanéistes de France, l’Association des archivistes français et l’Association Josette et Maurice Audin, ont adressé au premier ministre une lettre demandant officiellement l’ouverture des archives de la guerre d’Algérie conformément à la loi. Elle explique qu’un texte intitulé « IGI 1300 », qui pose des limites inacceptables au libre examen de notre histoire, doit être abrogé. Une tribune dans ce sens a été publiée par le Journal du Dimanche.

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Ecrire et enseigner l'histoire coloniale

Benjamin Stora :
Un passé à reconnaître et à enseigner

Alors que la France tout entière débat des problèmes de racisme et de discriminations qui perdurent dans sa société, le quotidien algérien « El Watan » a publié le 16 juin 2020 un article de Nadjia Bouzeghrane qui souligne le rôle de vigie joué par Benjamin Stora sur la question de leurs racines coloniales. Elle rappelle ses ouvrages, Les guerres sans fin. Un historien, la France et l’Algérie (Stock, 2008), et La Gangrène et l’Oubli paru en 1991 (La Découverte), où il explique que « la mémoire de la guerre d’Algérie travaille en profondeur la société française à travers quatre grands groupes : les pieds-noirs, les harkis, les immigrés, les soldats ». Ci-dessous, cet article d' »El Watan » et le chapitre de La Gangrène et l’Oubli intitulé « France : derrière l’immigration, la guerre d’Algérie ».

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Commémorations

Le jeudi 11 juin 2020, au cimetière du Père Lachaise à Paris, hommage à Josette et Maurice Audin

Le 11 juin 1957, Maurice Audin a été enlevé à son domicile d’Alger par des policiers et des militaires français, et, une dizaine de jours plus tard, été assassiné par les parachutistes qui le détenaient. Le 11 juin 2019, un cénotaphe, monument funéraire qui ne contient aucun corps, a été inauguré au cimetière du Père-Lachaise, à Paris, non loin du Mur des Fédérés où ont péri les derniers Communards et des monuments aux victimes des camps nazis. En 2020, l’Association Josette et Maurice Audin honore la mémoire de Josette Audin, qui a partagé tous les engagements de Maurice, et celle du militant de l’indépendance algérienne, Maurice Audin, dont on ignore encore les circonstances exactes du décès. Elle affirmera la permanence de son action pour la vérité, la justice sur cet assassinat et sa solidarité avec le combat du peuple algérien.

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Les exactions : torture, viols, exécutions extrajudiciaires

Enquête sur deux photos de la torture en Algérie, par Fabrice Riceputi

Si la torture a été massivement pratiquée par l’armée française durant la Guerre d’indépendance algérienne, il n’existe que très peu d’images connues la représentant. A la suite du blog Textures du temps de l’historienne Malika Rahal, nous reproduisons ici deux d’entre-elles, accompagnées d’une enquête sur leur production et leur histoire menée par Fabrice Riceputi. Elles furent réalisées en 1957 par un inconnu, au prix de risques importants. Leur auteur voulait alors témoigner en métropole de l’existence de cette pratique que le gouvernement Guy Mollet niait. Mais elles ne purent être montrées que cinquante cinq ans plus tard, en 2012.

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La reconnaissance du passé colonial

Recherches entravées… il est urgent de lever les obstacles à la consultation des archives

Paradoxalement, après la déclaration importante du président de la République du 13 septembre 2018 concernant la vérité sur l’affaire Audin et les tortures pratiquées par l’armée française en Algérie, des mesures ont été prises concernant les archives qui empêchent le processus qu’il a jugé nécessaire et entravent les recherches sur notre histoire contemporaine. Via l’organisme opaque qu’est le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN), a été mis en place, en effet, en 2019 et jusqu’à aujourd’hui, un mécanisme long et complexe de « déclassification » qui empêche l’accès aux archives tel que prévu par la loi. Par des questions orales ou écrites, plusieurs parlementaires s’en sont inquiétés. Il est urgent de lever ces obstacles dressés en France contre la liberté de la recherche historique et le droit des citoyens à l’information.

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Musées et créations contemporaines

Le photographe Marc Garanger
et son accueil 50 ans après la guerre d’Algérie
par les personnes qu’il avait photographiées

Quand Fatiha Saou nous a informés, le 28 avril, du décès intervenu la veille du photographe Marc Garanger avec qui elle était en contact régulier, nous lui avons demandé de nous dire comment elle l’avait connu et de nous parler du séjour qu’il a fait dans sa famille lors de son voyage en Algérie, en 2004, pour rencontrer les personnes qu’il avait photographiées lors de son service militaire en 1960. Elle explique que les femmes de la région avaient gardé un bon souvenir de ce jeune appelé qui avait été chargé par l’armée de faire leur photo d’identité. Elles avaient compris qu’il avait son propre regard et la volonté de se servir de son appareil pour montrer la beauté du pays, leur dignité, le courage des maquisards et dénoncer les violences de l’armée coloniale. Cinquante ans plus tard, elles ont toutes été heureuses de le retrouver et de se faire photographier de nouveau par lui.

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Les méthodes de l'armée française

L’ex-appelé Jacques Inrep, qui avait transmis des documents sur la torture à Pierre Vidal-Naquet, témoigne d’un combat qui se poursuit

C’est grâce aux témoignages et aux documents qui lui ont été transmis que Pierre Vidal-Naquet a pu établir que la pratique de la torture durant la guerre d’Algérie a été institutionnalisée par l’armée française. L’une de ses principales sources fut l’appelé Jacques Inrep, qui, à la veille de sa démobilisation en août 1961, a photographié à la sauvette des documents tamponnés « secret » qui prescrivaient explicitement d’y recourir. Ci-dessous le récit de son acte courageux et de sa rencontre avec l’historien. Leur combat continue. Depuis peu, des instructions cherchent à entraver au mépris de la recherche historique la consultation de ce type de documents dans les archives publiques. La pétition lancée en février 2020 pour protester contre ce scandale réunit des milliers de signatures.

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