
François Maspero, « Confession d’un anticolonialiste »
Archive : une histoire parodique de l’anticolonialisme comme complot « anti-français » par François Maspero.

Archive : une histoire parodique de l’anticolonialisme comme complot « anti-français » par François Maspero.

François Maspero (1932-2015), passeur de présent, provenant du Podcast Une vie, une œuvre, un documentaire d’Élise Gruau. Extraits d’interviews de François Maspero, avec les témoignages de François Gèze, Julien Hage, Annie Morvan,

Le grand militant anticolonialiste et penseur du fait colonial qu’a été Frantz Fanon (1925-1961), né en Martinique, a vécu plusieurs années à Lyon au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Il y a notamment rencontré en 1948 le libraire lyonnais Raymond Péju. A l’occasion de son récent décès, le 19 avril 2018, à Bourg-Saint-Andéol (Ardèche), à l’âge de 93 ans, nous publions le récit qu’il avait fait de sa rencontre et de ses conversations avec Fanon, tel qu’il a été reproduit dans l’ouvrage « Ecrits sur l’aliénation et la liberté. Œuvres II » de Frantz Fanon, publié en 2015 par les éditions La Découverte.

Nous avons rendu compte de la publication du dernier livre de Nils Andersson, « Mémoire éclatée » (1), dans lequel il revient sur ses combats politiques d’éditeur militant, au premier rang desquels la lutte anticolonialiste. On lira ici son intervention lors de la séance inaugurale de « Mai 68 vu des Suds », le 2 mars 2018 à la Sorbonne, qui pointe l’importance de la décolonisation comme l’un des terreaux principaux de Mai 1968, tout particulièrement la diffusion des idées d’émancipation des peuples colonisés par des maisons d’éditions anticolonialistes qui avaient ouvert « un front éditorial ».

François Maspero est mort le 11 avril 2015 à l’âge de 83 ans. Il fut libraire, journaliste, traducteur, éditeur … Son nom est indissociablement lié à la librairie qu’il a ouverte en 1957, “La Joie de lire” (rue Saint-Séverin, au Quartier latin), et à la maison d’édition qu’il a fondée en 1959.
Il publia l’impubliable pour l’ordre gaulliste : des livres critiques sur la guerre d’Algérie, où il dénonçait les violences de la décolonisation, la torture, les ratonnades, l’enlèvement de Ben Barka, l’assassinat de Lumumba … Il a été poursuivi en justice, condamné dix-sept fois … En 1982, il quitte l’édition, cédant ses parts pour 1 franc symbolique à François Gèze ; celui-ci prend la direction de la maison, qui s’appelle désormais La Découverte.

A l’occasion de la réédition de l’ouvrage de François Maspero consacré au maréchal de Saint-Arnaud, Antoine Perraud proposait en février dernier la petite expérience suivante : comparer la relation que l’auteur y donne de la conquête de l’Algérie aux commentaires publiés sur le site Wikipedia de l’action des chefs de guerre français. Cela permet de mesurer à quel point, cinquante ans après l’indépendance de l’Algérie, l’esprit public en France reste “empoisonné par l’inhumanité coloniale” 1.

Armand Jacques Arnaud (dit Achille Leroy de Saint-Arnaud)
« avait les états de service d’un chacal » (Victor Hugo).
Partant des lettres qu’il a adressées à sa famille, François Maspero a relaté sa carrière dans un livre qui n’a rien perdu de son actualité, L’honneur de Saint-Arnaud2.
Les extraits qui sont repris ci-dessous révèlent le prix du sang qu’il a fallu faire payer pour coloniser l’Algérie.