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Édition du 1er au 15 avril 2026

Résultats de la recherche pour : Camus – Page 3

Albert Camus et les ambiguïtés

Du fait de ses positions libérales et de sa critique de la politique coloniale française – voir notamment l’épisode de la “trêve civile” –, pendant la guerre d’Algérie Albert Camus était considéré par la droite comme un traître. On peut mesurer par là l’ambiguïté du véritable culte dont il est l’objet de nos jours de la part de très nombreux Pieds-noirs.

On a pu – Mouloud Feraoun le premier – reprocher à Albert Camus d’avoir relégué les Algériens à des rôles de figurants dans leur propre pays. Agnès Spiquel a montré que ce grief était assez largement infondé, mais il a alimenté une critique récurrente de la part d’Algériens qui reprochent à Camus de ne pas avoir perçu la montée du nationalisme algérien. Albert Camus était sans doute prisonnier de stéréotypes coloniaux, car ses reportages en Kabylie, en 1939 et en 1945, dénoncent la misère, sans mentionner la revendication du droit à l’existence, à la souveraineté, d’une partie importante de la population musulmane. Son point de vue est marqué d’une sorte de cécité : sa méconnaissance de la langue arabe et de l’islam, ses préventions grandissantes à l’égard du panarabisme de Nasser, puis sa haine du FLN ont fait que, malgré ses liens avec des amis arabes, il n’a pas saisi l’acuité de ce qui se passait en Algérie.

Albert Camus avait le 23 août 1944 fait l’éloge des Français qui s’étaient levés contre l’occupant allemand : «Un peuple qui veut vivre n’attend pas qu’on lui apporte sa liberté. Il la prend» 1. Mais il s’est toujours refusé à mettre le nationalisme algérien sur un pied d’égalité avec le patriotisme de la Résistance française. Mouloud Feraoun, qui comprenait Albert Camus sans partager ses positions, a écrit dans son Journal le 18 février 1957 : «Camus se refuse à admettre que l’Algérie soit indépendante et qu’il soit obligé d’y rentrer chaque fois avec un passeport d’étranger, lui qui est Algérien et rien d’autre. »

La lecture d’un article repris ci-dessous, et deux petites vidéos dans lesquelles deux écrivains algériens, Mouloud Feraoun et Mouloud Mammeri, évoquent Albert Camus, permettent de mesurer l’ambiguïté du rôle que certains font parfois jouer à Albert Camus.

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Exposition Camus à Aix-en-Provence : est-il encore temps ?

Il est encore temps de faire en sorte qu’une exposition digne de ce nom consacrée à Albert Camus se tienne à Aix-en-Provence pendant l’événement culturel Marseille-Provence 2013 (MP2013). Une pétition vient d’être lancée le 30 septembre 2012, appelant les organisateurs à reprendre contact avec Benjamin Stora dans cette perspective. Encore faudrait-il que les responsabilités soient clairement définies !

Rappelons brièvement les faits. Benjamin Stora a été recruté en 2009 par l’association MP2013 avec laquelle il avait signé un contrat – et non par la mairie d’Aix-en-Provence dont il n’a jamais rencontré la maire – et c’est Jean-François Chougnet, directeur général de MP2013, qui a annulé l’exposition par un courrier daté du 12 mai 2012 ne comportant aucune explication2.

Par la suite, c’est à l’issue d’une rencontre le 31 juillet, avec la maire d’Aix-en-Provence et un membre de l’équipe MP2013 – était-ce Jean-François Chougnet ? – que Michel Onfray a accepté d’être nommé commissaire de l’exposition3, avant de démissionner avec fracas.

Peut-on redemander s’il y a un pilote : qui tient les commandes de cette exposition ?

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“Albert Camus parle des Arabes”, par Agnès Spiquel

Professeur de littérature à Valenciennes et présidente de la Société des études camusiennes, Agnès Spiquel a collaboré à l’édition des oeuvres complètes de Camus dans “La Pléiade” (Gallimard) et elle codirige actuellement, avec Raymond Gay-Crosier, un Cahier de l’Herne consacré à l’écrivain, à paraître courant 2013.

Elle a récemment participé à un ouvrage collectif, Les Ecrivains français et le monde arabe, Ralph Heyndels éd., publié sous la direction de Madeleine Bertaud par l’ADIREL – Association pour la diffusion de la recherche littéraire (éd. Droz, 2010, ISBN : 978-2-9518403-8-6).

Nous remercions Agnès Spiquel et les éditeurs de cet ouvrage de nous avoir autorisés à reprendre sa contribution où elle répond de manière nuancée à l’affirmation rebattue selon laquelle les Arabes seraient “absents de l’oeuvre de Camus”.

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Albert Camus otage à Aix-en-Provence

Voilà quatre ans qu’une grande exposition sur Albert Camus est programmée à Aix-en-Provence. Prévue pour septembre 2013, elle devait être un des principaux événements de “Marseille-Provence 2013” (MP 2013). L’historien Benjamin Stora, un des meilleurs spécialistes des rapports entre la France et l’Algérie, officiellement chargé du projet, avait bâti un scénario de 54 pages pour une exposition intitulée “Albert Camus, l’étranger qui nous ressemble”.

Tout a été remis en cause en avril dernier. Motif invoqué : Catherine Camus, fille de l’auteur du Premier homme, refusait de prêter certains documents. On ignore si la maire d’Aix (Droite populaire) s’est beaucoup dépensée pour défendre Benjamin Stora, dont les travaux n’ont pas l’heur de plaire aux pieds-noirs “nostalgériques”, mais on apprenait au cours de l’été que Maryse Joissains avait choisi un nouveau commissaire, Michel Onfray, pour un nouveau projet intitulé “Albert Camus, un homme révolté”.

Selon le philosophe, «l’éviction de Benjamin Stora n’est pas politique» : «c’est Catherine Camus qui a décidé de ne plus accorder sa confiance à Benjamin Stora 4».

Néanmoins, à la suite de ce revirement, la ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, a décidé de supprimer tout financement de l’événement. Ce qui posera quelques problèmes et amène tout naturellement à quelques interrogations : y aura-t-il une exposition dans le cadre de MP 2013 ? le musée pérenne prévu5 sera-t-il effectivement créé ? L’article de Catherine Simon, paru dans Le Monde daté du 15 septembre 2012, que nous reprenons ci-dessous, ainsi que la motion de soutien à Benjamin Stora initiée par une vingtaine d’historiens, permettent d’éclairer différents aspects de la situation.

Dernière minute – Michel Onfray a indiqué vendredi 14 septembre 2012 sur son compte Twitter qu’il ne signerait pas la convention qui aurait fait de lui le commissaire de l’exposition consacrée à Albert Camus qui doit se tenir à Aix-en-Provence en 2013, une information confirmée le lendemain matin par le philosophe auprès de l’AFP. La mairie d’Aix-en-Provence a indiqué samedi n’être au courant de rien. (Libération, 15 septembre 11:18)

[Mis en ligne le 14 septembre 2012 à 23h00, mis à jour le 15 à 15h]

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Exposition Albert Camus à Aix : qui est le pilote?

Dans son édition du jour, le quotidien algérien El Watan aborde les difficultés rencontrées par le projet d’exposition sur Albert Camus, dans le cadre de Marseille Provence 2013 capitale européenne de la culture (MP 2013). Cet article que nous reprenons ci-dessous apporte des précisions et soulève plusieurs questions.

MP 2013 avait initialement confié à Benjamin Stora l’organisation de cette exposition intitulée “Camus, cet étranger qui nous ressemble”. Mais, en avril 2012, MP 2013 informe Benjamin Stora par téléphone de l’annulation du contrat.
Catherine Camus, qui gère l’oeuvre et le fonds de son père, explique alors n’avoir pas reçu dans les délais la liste des documents requis pour l’événement.

Fin juillet, Maryse Joissains Masini, maire (UMP) d’Aix-en-Provence et présidente de la communauté du pays d’Aix, demande à Michel Onfray de devenir commissaire d’un nouveau projet d’exposition “Camus, l’homme révolté” – ce qu’il accepte.

Aujourd’hui, MP 2013 se refuse à toute déclaration avant la tenue de son conseil d’administration prévu le 15 octobre, mais des questions se posent :

  • Michel Onfray bénéficie-t-il d’un contrat ? avec MP 2013 ? – on peut remarquer que son nom n’apparaît pas sur le site internet MP 2013 – ou bien a-t-il été engagé par la mairie d’Aix comme commissaire de l’exposition ?
  • L’autorité de tutelle de MP 2013 – le ministère de la culture – a-t-elle été consultée ? Rappelons que Aurélie Filippetti, ministre de la Culture, a retiré le financement et le logo du ministère pour cette exposition.
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“Affaire Camus” : un mauvais coup …

Le philosophe Michel Onfray a été préféré à l’historien Benjamin Stora pour organiser l’exposition aixoise de 2013 consacrée à Albert Camus à l’occasion du centenaire de la naissance de l’écrivain.

Dans la déclaration que nous reprenons ci-dessous, Jean Daniel revenant sur le conflit qui oppose deux de ses amis, Catherine Camus qui gère la mémoire de son père depuis une trentaine d’années et l’historien du Maghreb Benjamin Stora, déplore le «mauvais coup qu’on vient de faire » à ce dernier.

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Expo Camus à Aix-en-Provence : changement de direction

Trois mois après en avoir décidé l’annulation, la mairie d’Aix-en-Provence vient d’annoncer officiellement que l’exposition sur Albert Camus ouvrira bien ses portes le 7 novembre 2013, centenaire de la naissance de l’écrivain.

Le commissaire de la manifestation est l’essayiste Michel Onfray, auteur notamment de L’ordre libertaire. La vie philosophique d’Albert Camus (éd. Flammarion). Il remplace l’historien Benjamin Stora, enseignant-chercheur en histoire coloniale et notamment en histoire algérienne, désigné pour ce poste en 2009 avec le documentariste Jean-Baptiste Péretié.

Un changement de responsables qui traduit un changement d’orientation : initialement intitulée “Camus, l’étranger qui nous ressemble”, la manifestation est maintenant baptisée “Camus, l’homme révolté”.

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“Albert Camus, ou l’inconscient colonial”, par Edward Saïd

Dans son livre Culture et impérialisme, ( Fayard-Le Monde diplomatique, Paris, 2000), Edward W. Said montre que, dans leurs œuvres, de grands créateurs occidentaux – Joseph Conrad, Rudyard Kipling, Giuseppe Verdi, Charles Dickens, Honoré de Balzac, … – n’échappent pas à la mentalité de leur temps : ils évoquent et admettent calmement l’aventure coloniale, cette formidable entreprise de domination conduite par l’ « homme blanc ». Ci-dessous de larges extraits de Culture et impérialisme consacrés à Albert Camus6.

Intellectuel palestinien né à Jérusalem, Edward W. Said (1935-2003) était professeur de littérature comparée à l’université Columbia (Etats-Unis). Parmi ses autres œuvres : L’Orientalisme. L’Orient créé par l’Occident (Le Seuil, rééd. 2003).

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Annulation de l’exposition Albert Camus à Aix-en-Provence

2013, année de la capitale européenne de la culture et année du centenaire de la naissance d’Albert Camus… Hélas, Mediapart nous révèle que l’exposition Albert Camus, l’étranger qui nous ressemble qui aurait pu être un événement marquant de Marseille Provence 2013 (MP2013) vient d’être annulée.

La fille de l’écrivain qui gère son oeuvre d’une part, MP2013 et la mairie d’Aix-en-Provence – qui devait accueillir l’événement à la Cité du livre – d’autre part, nient toute considération politique, évoquant des difficultés autour du fonds d’archives. Mais du côté de l’opposition de la maire UMP, comme François-Xavier de Peretti (Modem), on note que « ce n’était pas le Camus qui plaît aux nostalgiques de l’OAS (Organisation armée secrète) et à la frange dure de l’électorat pieds-noirs qui vote Maryse Joissains ». D’autant plus que l’organisation en était confiée à l’historien Benjamin Stora, spécialiste reconnu de l’histoire de l’Algérie contemporaine, mais fréquemment critiqué par les nostalgiques de l’“Algérie française”, noyau dur de l’électorat de la maire d’Aix-en-Provence.

Quoi qu’il en soit, comme l’explique Louise Fessard dans l’article ci-dessous, on ne peut que regretter cette annulation qui prive Marseille Provence 2013 d’un « projet conçu comme un signal fort vers l’autre bord de la Méditerranée» et vers la jeunesse d’origine algérienne de Marseille.

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Albert Camus et l’Algérie, par Agnès Spiquel

Le souhait présidentiel de faire entrer Albert Camus au Panthéon n’est évidemment pas dénué d’arrière-pensées7. Rappelons seulement que, en recevant le Prix Nobel de littérature en 1957, Camus avait déclaré que l’écrivain «ne peut se mettre aujourd’hui au service de ceux qui font l’histoire: il est au service de ceux qui la subissent».

Albert Camus est mort en janvier 1960. On ne peut présumer de ce qu’aurait été sa réaction devant la façon dont la guerre d’Algérie s’est terminée deux ans et demi plus tard. Mais il faut rappeler son humanité et sa lucidité face à un conflit qui le déchirait, et la haine que ses prises de position avaient suscitée chez les partisans de l’Algérie française.

Nous remercions Agnès Spiquel, professeur de Littérature française à l’université du Hainaut-Cambrésis et présidente de la Société des études camusiennes, d’avoir accepté de retracer les positions d’Albert Camus avant, puis pendant, la guerre d’Algérie8, dans un exposé que nous faisons suivre de quelques liens vers des pages complémentaires.

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Nicolas Sarkozy sur les pas d’Albert Camus

Le cinquantième anniversaire de son prix Nobel donne lieu, de part et d’autre de la Méditerranée, à une course à l’instrumentalisation d’Albert Camus : les nostalgériques à Perpignan, le pouvoir algérien à Tipaza

Nicolas Sarkozy, à la veille de son voyage en Algérie, déclare que, «grâce à Albert Camus», il a la nostalgie «de ne pas être né en Afrique du Nord». Nous nous permettons de lui recommander de lire également l’excellent petit livre de Jean-Pierre Tuquoi dont nous reprenons une interview ci-dessous. Et nous lui suggérons, pour ne pas renouveler en Algérie le fiasco de Dakar, d’éviter de confier la rédaction de ses discours à Georges-Marc Benamou9, dont l’ouvrage Un mensonge français. Retours sur la guerre d’Algérie a laissé un souvenir particulièrement calamiteux.

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