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Édition du 15 janvier au 1er février 2026

Maghreb

Une éducation coloniale (1944-1954) – 3. Les deux mondes

Après son passage à l’école de Châteaudun du Rhumel, puis au lycée de Constantine, Bachir Hadjadj conclut dans ce dernier extrait de son livre : «Peu à peu, nous n’avons plus eu rien à nous dire ; les dés étaient jetés. Et il me semblait bien qu’avec eux les rêves, s’il en restait encore, pour revivre dans un même monde de “liberté, d’égalité et de fraternité”, s’étaient définitivement envolés.»

Cette page termine l’évocation de son éducation à l’époque de la colonisation française1.

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“Interner en République : le cas de la France en guerre d’Algérie” par Sylvie Thénault

Pendant la guerre d’Algérie, la République a eu recours à des mesures d’exception, comme l’internement des suspects. Cette pratique étant contraire à la défense des libertés, elle pose la question de savoir ce qui distingue la République de régimes dictatoriaux, qui reposent sur l’arbitraire. Trois caractéristiques peuvent ainsi être dégagées en République : l’absence de projet liberticide, la nécessité d’un encadrement juridique et l’existence d’un espace public.

Cet article de Sylvie Thénault, de l’Institut d’histoire du temps présent, a été publié en septembre 2003 dans Amnis, revue de civilisation contemporaine de l’université de Bretagne Occidentale.

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Nicolas Sarkozy en Algérie : une impression d’ambiguïté et d’inachèvement

Nicolas Sarkozy a fait un nouveau pas vers la reconnaissance de la colonisation française de l’Algérie en prononçant le mercredi 5 décembre à l’université Mentouri de Constantine un discours affirmant notamment que « les fautes et les crimes du passé furent impardonnables »
et que « ce système ne pouvait être vécu autrement que comme une entreprise d’asservissement et d’exploitation ». Au-delà de certaines ambiguïtés et omissions, il est en contradiction avec l’ensemble des discours de campagne du candidat Sarkozy. A quel Sarkozy se fier, celui de Constantine ou celui de Nice et Toulon ?

Pour l’article du journal algérien El Watan du 6 décembre que nous reproduisons ci-dessous, ce déplacement en Algérie du président français laisse une impression
d’inachèvement et d’ambiguïté. La LDH n’attend certes pas de Nicolas Sarkozy qu’il revête une robe de bure. Mais elle demande, comme la pétition qu’elle soutient, que les plus hautes autorités de la République française reconnaissent publiquement « l’implication première et essentielle de la France dans les traumatismes
engendrés par la colonisation en Algérie
». On ne pourra tourner cette page qu’après l’avoir écrite. L’écrire implique aussi, du côté algérien, la levée de nombreux tabous sur la manière dont la guerre d’indépendance a été conduite, en particulier les violences internes au camp nationaliste et à l’encontre de diverses populations civiles – un sujet
qui n’est pas abordé dans cet article.

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Dans son premier discours en Algérie, Nicolas Sarkozy dénonce le système colonial “profondément injuste”

Dans son premier discours prononcé à Alger, lundi 3 décembre 2007, devant des chefs d’entreprises français et algériens, Nicolas Sarkozy a dénoncé « le système colonial […] profondément injuste, contraire aux trois mots fondateurs de notre République : liberté, égalité, fraternité.» Il a ajouté qu’il était «aussi juste de dire qu’à l’intérieur de ce système profondément injuste, il y avait beaucoup d’hommes et de femmes qui ont profondément aimé l’Algérie, avant de devoir la quitter».

«Oui, des crimes terribles ont été commis tout au long d’une guerre d’indépendance qui a fait d’innombrables victimes des deux côtés», a-t-il poursuivi. «Et aujourd’hui, moi qui avais sept ans en 1962, c’est toutes les victimes que je veux honorer.»

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A travers la presse algérienne, avant la visite de Nicolas Sarkozy

Après une rapide prise de contact en juillet dernier, le président Sarkozy arrivera lundi 3 décembre à Alger pour une visite d’Etat.

La lecture de la presse algérienne confirme que, comme l’écrivait l’éditorialiste du Monde du 1er décembre, « la pierre d’achoppement reste le fossé dans l’appréciation de l’histoire partagée entre les deux pays ». Est-il véritablement impossible, comme il l’affirmait, «d’arriver à une vision commune et lucide d’un passé qui lie la France et l’Algérie plus encore qu’il ne les divise» ?

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Bertrand Delanoë et Simone de Bollardière inaugurent le carrefour (photo H.P.).
Les résistances à la guerre d'Algérie

L’hommage de Paris au général Jacques de Bollardière

Bertrand Delanoë, maire de Paris, a officiellement inauguré le 29 novembre 2007, un carrefour du nom de Jacques Pâris de Bollardière à quelques pas de l’Ecole militaire. Le Conseil de Paris avait pris cette initiative en hommage à l’ancien compagnon de la Libération, devenu en 1956 le plus jeune général de l’armée française, dont le nom reste associé au combat contre la torture pendant la guerre d’Algérie. Pour avoir dénoncé publiquement l’utilisation de «méthodes contraires aux traditions de l’armée», ce “Juste” avait été condamné à soixante jours de forteresse.

Jeudi, aux côtés de Simone de Bollardière, la veuve du général, et de ses trois filles, se tenaient de nombreux Algériens, ainsi qu’André Gazut. Ce cinéaste a réalisé en 1974 un film sur le seul officier supérieur français à avoir condamné ouvertement la pratique de la torture pendant la guerre d’Algérie. Ce film, jamais diffusé sur une chaîne nationale de télévision française, a été projeté à Toulon le 17 octobre 2001 en présence du réalisateur et de Simone de Bollardière qui avait notamment déclaré : « il faut savoir désobéir, apprendre à dire NON ! ».

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Les exactions : torture, viols, exécutions extrajudiciaires

Il y a cinquante ans, le général Jacques de Bollardière condamnait la pratique de la torture

Jacques de Bollardière est le seul officier supérieur à avoir condamné ouvertement la pratique de la torture pendant la guerre d’Algérie.

En 1957, il tente par tous les moyens de dénoncer « certains procédés » en vigueur dans la recherche du renseignement en Algérie. Sa prise de position publique lui vaut une sanction de soixante jours d’arrêt …

[Mis à part la modification du titre et l’ajout de la brève de L’Humanité du 28 nov. 07,

cette page avait été rédigée en octobre 2001.]
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«Je comprends ce qu'on appelle gloire, le droit d'aimer sans mesure.» [Albert Camus]
De 2007 à 2012

Nicolas Sarkozy sur les pas d’Albert Camus

Le cinquantième anniversaire de son prix Nobel donne lieu, de part et d’autre de la Méditerranée, à une course à l’instrumentalisation d’Albert Camus : les nostalgériques à Perpignan, le pouvoir algérien à Tipaza

Nicolas Sarkozy, à la veille de son voyage en Algérie, déclare que, «grâce à Albert Camus», il a la nostalgie «de ne pas être né en Afrique du Nord». Nous nous permettons de lui recommander de lire également l’excellent petit livre de Jean-Pierre Tuquoi dont nous reprenons une interview ci-dessous. Et nous lui suggérons, pour ne pas renouveler en Algérie le fiasco de Dakar, d’éviter de confier la rédaction de ses discours à Georges-Marc Benamou2, dont l’ouvrage Un mensonge français. Retours sur la guerre d’Algérie a laissé un souvenir particulièrement calamiteux.

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Albert Camus en Algérie : la “trêve civile” de janvier 1956

Des associations de nostalgiques de l’Algérie coloniale tentent aujourd’hui de récupérer Albert Camus. Par exemple, sur un « Mur des disparus »3 érigé à Perpignan par le Cercle algérianiste, il est envisagé de graver une citation du Prix Nobel de Littérature.

Cette appropriation de l’écrivain né en Algérie par ceux qui défendent les bienfaits de la colonisation, est une réécriture de l’histoire car elle fait silence sur les choix de Camus pendant la guerre d’indépendance de l’Algérie et la haine qu’ils ont suscitée chez les partisans de l’Algérie coloniale.

Cette détestation s’est exprimée avec violence lors de la venue du futur Nobel à Alger, fin janvier 1956, pour proposer une « trêve civile » dans le but d’épargner les vies innocentes. Cet épisode mérite d’être rappelé pour illustrer l’incompatibilité entre la lucidité et l’humanité de Camus et l’aveuglement obstiné des tenants de l’Algérie française.

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