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Édition du 1er au 15 février 2026

Algérie

La base BA140 de Blida.
Affaire Kubasiak

Il ne s’est “rien” passé le 24 juin 1962

Lors du putsch du 21 avril 1961, le colonel commandant la base aérienne BA140 de Blida fut interpellé par des hommes de troupe sur sa position personnelle par rapport au putsch ; comme il tardait à répondre, ils le “destituèrent”. Compte tenu de l’indisponibilité du colonel, le commandant Joseph Kubasiak aurait pris le commandement de la base. Les parachutistes du 1er REP de Hélie Denoix de Saint Marc tentèrent de s’emparer de la base, dont les avions Noratlas leur auraient permis d’envoyer des unités vers la France. Ils en furent empêchés par les appelés du contingent … 1

Une fois les troubles apaisés et le commandement légitime ayant retrouvé sa place, le commandant Kubasiak fut mis aux arrêts de rigueur ; il purgea une peine de prison d’un mois pour prise illégale de commandement, puis il fut mis en retraite anticipée.

De retour en France, il s’installa à Aix-en-Provence et, le 24 juin 1962, alors qu’il était dans son jardin avec son beau-père, un commando de l’OAS, commandé par Gilles Buscia, vint les assassiner tous les deux, devant sa femme, tandis que ses enfants étaient enfermés dans leur chambre.

Cinquante ans plus tard, Jacques Lambour, qui était à la base de Blida en avril 1961, nous adresse ce texte d’hommage.

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Les exactions : torture, viols, exécutions extrajudiciaires

Claude Juin, “des soldats tortionnaires”

Claude Juin est né en 1935. Après un long séjour dans une caserne de Coblence en Allemagne, il est envoyé en Algérie où il débarque le 22 mai 1957. Dans un premier temps son unité, le 435e RAA (régiment d’artillerie anti aérienne), est basée à Isserbourg, village proche de Bordj-Ménaïel, à 80 kilomètres à l’est d’Alger. En août 1957 son régiment est expédié dans le massif de l’Ouarsenis, au col de Kerba près de Boukhari. Il est libéré en janvier 1958.

Pendant toute sa période algérienne, il a rempli trois petits carnets bleus à carreaux, qui lui permettent de raconter sa guerre dans Le Gâchis, publié par les Editeurs français réunis en 1960 sous le pseudonyme de Jacques Tissier – le livre sera interdit. Cinquante ans plus tard il soutient une thèse de sociologie sous la direction de Michel Wieviorka « Guerre d’Algérie : la mémoire enfouie des soldats du contingent » (EHESS, 2011). Il en publie aujourd’hui la substance dans un livre de témoignages sur la guerre d’Algérie des appelés du contingent.

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La conquête (1830-1871)

conquête de l’Algérie : une action “civilisatrice” ? par F. Maspero

A l’occasion de la réédition de l’ouvrage de François Maspero consacré au maréchal de Saint-Arnaud, Antoine Perraud proposait en février dernier la petite expérience suivante : comparer la relation que l’auteur y donne de la conquête de l’Algérie aux commentaires publiés sur le site Wikipedia de l’action des chefs de guerre français. Cela permet de mesurer à quel point, cinquante ans après l’indépendance de l’Algérie, l’esprit public en France reste “empoisonné par l’inhumanité coloniale” 2.

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“Albert Camus, ou l’inconscient colonial”, par Edward Saïd

Dans son livre Culture et impérialisme, ( Fayard-Le Monde diplomatique, Paris, 2000), Edward W. Said montre que, dans leurs œuvres, de grands créateurs occidentaux – Joseph Conrad, Rudyard Kipling, Giuseppe Verdi, Charles Dickens, Honoré de Balzac, … – n’échappent pas à la mentalité de leur temps : ils évoquent et admettent calmement l’aventure coloniale, cette formidable entreprise de domination conduite par l’ « homme blanc ». Ci-dessous de larges extraits de Culture et impérialisme consacrés à Albert Camus3.

Intellectuel palestinien né à Jérusalem, Edward W. Said (1935-2003) était professeur de littérature comparée à l’université Columbia (Etats-Unis). Parmi ses autres œuvres : L’Orientalisme. L’Orient créé par l’Occident (Le Seuil, rééd. 2003).

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Palestro, Algérie : histoires d’une embuscade

La diffusion le 20 mars 2012, par la chaîne Arte, de Palestro, Algérie : Histoires d’une embuscade (2012, 85mn) d’après le livre de Raphaëlle Branche a constitué un événement. Relatant un fait de guerre – les 21 rappelés français tombés dans une embuscade tendue le 18 mai 1956 à Palestro, dont 20 meurent ou disparaissent – le documentaire de Rémi Lainé et Raphaëlle Branche remonte aux sources et aux causes profondes de l’affrontement algéro-français, à savoir le processus de la colonisation qui a enclenché un autre processus, celui des exactions-répressions et rappelle le litige originel : la dépossession des terres au profit des colons. Un film qui explique et démonte, plutôt qu’il n’accuse.

À la suite du documentaire, repris ci-dessous en version intégrale, vous trouverez un commentaire de l’historien André Nouschi, puis un compte-rendu publié dans le quotidien El Watan.

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“pour une république algérienne démocratique, laïque et indivisible” par Salah Guemriche

«Après cinquante ans de gabegie», «il est temps de demander des comptes à ceux qui ont mis l’Algérie en coupe réglée» écrit Salah Guemriche, écrivain et journaliste algérien4. Dans le manifeste ci-dessous, il propose une réécriture de la proclamation du 1er novembre 1954, en vue de fonder une République algérienne démocratique, laïque et indivisible5.

Salah Guemriche a donné une longue interview intitulée “Un auteur peut se fondre dans son écriture et se confondre avec elle” publiée le 8 mai 2012 sur le site Djazaïr News, à partir de la page 11 de http://www.djazairnews.info/pdf_fr/fr-08-05-2012.pdf.

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Non ! à la banalisation de la torture

Dans un billet du 29 avril 2012, un blog alsacien, La Feuille de chou, s’émeut de la publication dans le quotidien L’Alsace d’une page qu’il qualifie d’«effarante» consacrée au général Paul Aussaresses. Dans une interview donnée au quotidien, le général justifie en effet l’utilisation de la torture pendant la guerre d’Algérie et affirme qu’il est du «devoir d’un soldat» d’y avoir recours.

On peut s’étonner avec La Feuille de chou que L’Alsace n’ait pas jugé opportun de rappeler que la France a ratifié le 11 avril 2001 le protocole n°1 du 8 juin 1977 additionnel aux conventions de Genève du 12 août 1949, qui précise en son article 75 que «la torture sous toutes ses formes, qu’elle soit physique ou mentale» est prohibée «en tout temps et en tout lieu», qu’elle soit commise «par des agents civils ou militaires»6.

Certes les amnisties successives qui ont suivi la guerre d’Algérie interdisent de poursuivre les responsables de «supplices infligés aux Algériens [qui] rappelaient de fort près ceux que pratiquaient la Gestapo et ses complices français» (Pierre Vidal-Naquet, La raison d’État, préface à l’édition de 2002 7), mais on peut rappeler que le général Aussaresses a été condamné en 2004 pour apologie de la torture.

Nous reprenons le commentaire qu’Henri Maler a consacré sur le site Acrimed à cet article de L’Alsace.

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Algérie post 1962

Algérie : “réformes politiques” ou verrouillage supplémentaire ?

Dans un rapport conjoint publié le 19 avril 2012, le Réseau euro-méditerranéen des droits de l’homme (REMDH), le Collectif des familles des disparu(e)s en Algérie (CFDA), la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme (LADDH) et le Syndicat national du personnel autonome de l’administration publique (Snapap) dénoncent les nouvelles lois adoptées en Algérie et les violations des libertés fondamentales et des droits humains qui s’intensifient.

Ce rapport révèle les contradictions entre les réformes politiques annoncées par le président de la République et les textes des nouvelles lois adoptées depuis janvier 2012. En passant au peigne fin la loi fixant les modalités augmentant les chances d’accès de la femme à la représentation dans les Assemblées élues, la loi relative aux partis politiques, à l’information et aux associations, le rapport accorde une grande partie de son analyse critique à la loi relative au régime électoral. «Les dispositions de la nouvelle loi n’apportent pas des garanties suffisantes pour que les élections se déroulent de manière libre et transparente», peut-on lire dans le document. Et pour étayer l’analyse, le rapport cite les failles du nouveau code électoral qui institue une commission supplémentaire de supervision des élections. (Lamia Tagzout, El Watan)

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Livres et films sur la guerre d'Algérie

La guerre d’Algérie vue par les Algériens, de Benjamin Stora & Renaud de Rochebrune

Les deux auteurs précisent d’emblée, dans une note de la quatrième de couverture, l’ambition de leur livre : «rapporter, à partir de toutes les sources possibles, un récit, lisible par tous, de cette guerre telle qu’elle a été vue, vécue et relatée par les Algériens, et en premier lieu par les militants et combattants indépendantistes. Comme l’aurait fait, en historien, un hypothétique envoyé spécial français de l’autre côté de la “ligne de front” pendant le conflit. »

Ils poursuivent : «Ce changement de perspective permet de jeter un regard neuf sur ce qu’on appelle généralement, du côté algérien, la guerre d’indépendance, la guerre de libération nationale ou la Révolution. Qu’il s’agisse des dates essentielles, du nombre des victimes, du déroulement des batailles, du comportement des populations civiles, des rapports entre Européens et Algériens, de l’utilisation de la violence ou de la torture, des objectifs de la lutte ou, bien sûr, des “héros”, tous les aspects du conflit, et notamment les plus tragiques, prennent un jour totalement différent.»

Ci-dessous la présentation de cet ouvrage publiée dans le Magazine de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration, le 26 mars 2012.

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La place de la Bastille et la grande poste d'Oran.
Les mouvements nationalistes

Oran, avril 1949 : hold-up à la grande poste, par Benjamin Stora & Renaud de Rochebrune

Dans leur ouvrage consacré à La guerre d’Algérie vue par les Algériens8, Benjamin Stora et Renaud de Rochebrune font figurer en bonne place l’attaque de la grande poste d’Oran en avril 1949 : il s’agissait pour de jeunes nationalistes de trouver de l’argent afin de pouvoir financer les activités à venir de l’organisation spéciale (OS), bras armé du PPA-MTLD.

Ci-dessous l’extrait du premier chapitre de ce livre, où les deux auteurs narrent cet épisode peu connu de l’histoire du mouvement national algérien.

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Les exactions : torture, viols, exécutions extrajudiciaires

Ces appelés qui ont dit non à la torture, par Xavier Jacquey

En 1959, âgé de 22 ans, le jeune Xavier Jacquey, appelé pour son service militaire est affecté comme infirmier dans le Sud-Oranais. Quarante ans plus tard, devenu psychiatre, il redécouvre les lettres qu’il avait alors adressées à ses parents, puis il les publie dans ce petit livre.

Il y parle du quotidien, des conditions précaires des nomades, des exactions des militaires, de ses démêlés avec ses supérieurs. Un témoignage sur une guerre où la torture est banalisée… mais qui lui permet de «découvrir» que, «dans mon secteur, là où où les troupes françaises commirent des exactions, nous avions été […] relativement nombreux à nous y opposer».

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