
Paroles d’historiens.
» Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire. » Jean Jaurès
L’Algérie française agonise et Oran est en flammes.
par Bertrand Le Gendre [Le Monde, du 30 juin 2002]

Le général Paul Aussaresses a été condamné, vendredi 25 janvier 2002, à 7 500 € d’amende par la 17e chambre correctionnelle de Paris, pour « apologie de crimes de guerre », après la publication, le 3 mai 2001, de son ouvrage, Services spéciaux, Algérie, 1955-1957. Les éditeurs du général, Olivier Orban, le PDG de Plon, et Xavier de Bartillat, celui de Perrin, ont été condamnés à 15 000 € d’amende chacun.

Une fiction existait : l’Algérie était française. La réalité sautait aux yeux du premier débarqué à Alger : l’Algérie était une terre coloniale, dont neuf habitants sur dix étaient musulmans. A la veille de la Seconde Guerre mondiale, ceux-ci étaient encore si peu français qu’ils ne pouvaient accéder à la citoyenneté que par la naturalisation, laquelle exigeait de leur part l’abandon de leurs traditions.

De toutes les exactions commises par l’armée française pendant la guerre d’Algérie, le viol est la plus cachée, la plus obstinément tue depuis quarante ans. Il n’y eut jamais d’ordres explicites de viol, et encore moins d’ordres écrits. Mais, loin d’avoir constitué de simples « dépassements », les viols sur les femmes ont eu un caractère massif en Algérie entre 1954 et 1962.
Un entretien avec Madeleine Rebérioux, historienne et présidente d’honneur de la LDH, réalisé par Lucien Degoy, paru dans l’Humanité, le 3 juillet 2001

Parmi les méthodes, il en était une, secrète, inavouée, mais en réalité assez connue pour terroriser l’adversaire, «la corvée de bois». L’armée française l’a pratiquée en notre nom à tous,

Le peuple pied-noir – Les rapatriés Ces Européens, qui sont-ils ? Ils sont, à la fin des années 50, environ un million sur un peu plus de neuf millions d’habitants.
« Avant de s’indigner des atrocités commises en Algérie, il faut se demander pourquoi nous avons fait la guerre au peuple algérien et pourquoi nous avons laissé faire des choses qui n’avaient pas de raison d’être. »
Propos recueillis par Antoine Spire,
publiés dans Le Monde le 28 mai 2001.

Le général Paul Aussaresses, quatre-vingt-deux ans, personnage-clé de la bataille d’Alger, se prononce contre la repentance de la France à l’égard de la torture lors de la guerre d’Algérie.
Le général Paul Aussaresses, quatre-vingt-deux ans, a été l’un des personnages-clés de la bataille d’Alger en 1957. En janvier de cette année-là, le général Massu appelle à ses côtés ce commandant, chef de bataillon parachutiste, ancien d’Indochine, ancien du Service de documentation extérieure et de contre-espionnage (Sdece), fondateur du 11e Choc (bras armé de la division action des services spéciaux), pour coordonner les renseignements à
Alger. L’objectif est de démanteler les réseaux FLN et de mettre fin à la vague d’attentats qui ensanglantent le secteur.
La figure du général Aussaresses apparaît dans de nombreux récits parus ces dernières années. Dans La Guerre d’Algérie , Yves Courrières le présente sous l’appellation « commandant O ». Pierre Vidal-Naquet, dans La Torture dans la République, parle de lui comme étant le chef de file « de ce qu’il faut bien appeler une équipe de tueurs
professionnels » et souligne que son nom « ne figurera guère que dans un seul dossier publié, celui de l’affaire Audin. ». Dans Les Centurions de Jean Lartéguy, le général Aussaresses est présenté sous le nom de Boisfeuras. Il est enfin « le barbu » dans le roman de Robert Escarpit, Meurtre dans le pignadar.

Ce texte d’Andrée Pierre-Viénot1, membre du comité central de la Ligue des droits de l’Homme, a été publié dans le numéro de mai 1961 du Bulletin national de la LDH 2.