4 000 articles et documents

Édition du 15 janvier au 1er février 2026

Racisme et islamophobie

Le ministère de l’Immigration prend en charge la formation civique et morale des citoyens

Le ministère de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Développement solidaire qui, jusqu’à présent, limitait son action – certes avec brutalité – à la chasse aux étrangers, s’arroge aujourd’hui des prérogatives dans la formation civique et morale des citoyens. Une formation étayée sur les pires égarements de l’extrême-droite.

Bernard Girard, enseignant blogueur, nous livre son analyse de la circulaire Besson qui lance le débat sur l’«identité nationale».

Lire la suite »

Jean-François Bayart : “il n’y a pas d’identité française”

Jean-François Bayart est directeur de recherche au CNRS (SciencesPo-CERI) et président du Fonds d’analyse des sociétés politiques, auteur notamment de L’Illusion identitaire (Fayard, 1996), de Le Gouvernement du monde. Une critique politique de la globalisation (Fayard, 2004) et de L’Islam républicain (Albin Michel), à paraître le 3 mars 2010.

Dans l’entretien que nous reprenons, initialement publié sur LeMonde.fr le 6 novembre 2009, Jean-François Bayart fait une analyse sévère de l’opération «identité nationale».

Lire la suite »

Vincent Duclert : «ignorer le “grand débat” de Monsieur Besson»

Pour Vincent Duclert, il faut ignorer le débat sur “l’identité nationale” lancé ce lundi 2 novembre par le ministre de l’Immigration, en raison de trois problèmes majeurs :

  • il enferme une question légitime, “qu’est-ce qu’être français ?” dans le cadre idéologique de “l’identité nationale” emprunté aux bagages de l’extrême droite ;
  • il évacue tout l’effort de la République et des républicains pour fonder une relation des Français à la nation qui rejette le nationalisme ;
  • il politise les institutions publiques et les met au service d’une cause douteuse et partisane.

Le texte suivant a été publié par Vincent Duclert sur son blog, le 6 novembre 2009. Il est suivi d’un autre texte écrit par l’historien au cours de la campagne pour l’élection présidentielle de 2007, mais resté jusqu’à présent inédit.

Lire la suite »

Quand Claude Lévi-Strauss dénonçait l’utilisation politique de l’identité nationale

En 2005, Claude Lévi-Strauss prononçait un discours mettant en garde contre les dérives de politiques étatiques se fondant sur des principes d’identité nationale. « J’ai connu une époque où l’identité nationale était le seul principe concevable des relations entre les Etats. On sait quels désastres en résultèrent », disait-il. Pour Philippe Descola, professeur au Collège de France et qui a succédé à Claude Lévi-Strauss à la tête du laboratoire d’anthropologie sociale, « c’est la double expérience, personnelle et politique d’un côté et d’ethnologue de l’autre, qui a conduit Lévi-Strauss à récuser et vivement critiquer l’accaparement, par des Etats, de l’identité nationale ».

Lire la suite »

Benjamin Stora : «il faut se méfier des initiatives étatiques relatives à l’écriture de l’histoire et à la définition de la nation»

Historien de la colonisation, auteur de nombreux ouvrages consacrés à l’immigration, Benjamin Stora juge suspecte l’injonction étatique à ouvrir un débat sur « l’identité nationale ». Pour lui, la mondialisation ou la construction européenne nourrissent, plus que l’immigration, une « crise de la question nationale » que la stigmatisation des immigrés et des Français d’origine étrangère ne saurait, en aucun cas, résoudre.

Dernier ouvrage paru :
le Mystère de Gaulle, son choix pour l’Algérie, Robert Laffont, Paris, 2009.

Lire la suite »

“Ce n’est pas au pouvoir politique de décréter ce que c’est qu’être Français” (Patrick Weil)

Réagissant à l’intention du ministre de l’Immigration de lancer un débat sur l’identité nationale, l’historien Patrick Weil, auteur de Qu’est-ce-qu’un Français? Histoire de la nationalité française depuis la Révolution2, a jugé lundi « insupportable » « la volonté de M. Besson d’encadrer quelque chose qui a toujours été très divers et fluide ».

« Etre Français, c’est se rattacher à des traditions extrêmement différentes », a déclaré à l’AFP Patrick Weil. « On peut se sentir Français en relation avec Jeanne d’Arc, Louis XIV, Danton ou Robespierre, de Gaulle ou Clemenceau. Il n’y a pas une seule façon d’être Français. M. Besson a une volonté d’encadrer quelque chose qui a toujours été très divers et fluide, ce qui est insupportable ».

Plutôt que de participer à la récupération populiste d’Eric Besson, profitons de l’occasion pour relire Ernest Renan : l’éditeur Les liens qui libèrent vient de publier un petit livre intitulé De la nation et du «peuple juif», dans lequel l’historien israélien Shlomo Sand reprend deux textes d’Ernest Renan : Qu’est-ce qu’une nation ? du 11 mars 1882 et Le judaïsme comme comme race et comme religion du 27 janvier 1883. Voici la dernière partie du premier de ces deux textes 3.

Lire la suite »
Hooligarou
Racisme de couleur et islamophobie

Première condamnation d’un joueur de football pour injures racistes sur un stade

Un footballeur amateur de Lagnieu (Ain) a été condamné en juin dernier à quatre mois de prison avec sursis pour injures à caractère raciste. Il a été reconnu coupable d’avoir proféré à un joueur adverse, le 25 janvier 2009, lors d’un match de 2e division départementale :  » Va doucement, on en a mis cinq dans votre cul, sale Nègre, t’as rien à dire, sale singe ! » C’est la première fois en France qu’un joueur est condamné pour injures racistes. Le procès en appel s’est déroulé à Lyon. La décision du tribunal sera connue le 22 octobre prochain.

« Ce procès a été le strict reflet de la réalité de la France », a souligné Alain Jakubowicz, l’avocat de Makam Traoré.

Pour combattre racisme et violence dans le football, une série de courts-métrages de 2 minutes chacun, intitulée les « Insupportables», est en cours de réalisation. On y verra un père de famille se transformer en une bête assoiffée de haine,
Hooligarou, quand il va voir un match de foot… 4

Hooligarou
Hooligarou
Lire la suite »
Bernadette Chirac et soeur Adalberta.
Foulard et voile

Débat sur le port de la burqa : défense de la laïcité ou nouvelle occasion de stigmatiser ?

Le soi-disant “débat sur la burqa” se révèle être l’occasion d’un amalgame qui englobe dans une même réprobation les musulmanes portant le foulard islamique « classique » et les adeptes du voile intégral – niqab ou burqa.

Certes, la loi de 2004 interdisant les signes religieux à l’école n’a pas empêché les tribunaux d’être de plus en plus souvent saisis de contentieux sur le port du voile. Mais nombreux sont ceux qui voient dans la résurgence d’un débat sur ce thème une nouvelle stigmatisation de l’islam et des personnes de confession ou d’origine maghrébine.

Une dérive qui inquiète de nombreux observateurs. Au-delà de la proposition de loi de Christian Vanneste, cette situation soulève des questions de fond : serait-il bien laïque d’interdire le port du voile intégral sur la voie publique ? … Comment mettre un point d’arrêt au développement de la réglementation du comportement public des citoyens ?

Jean-Pierre Dubois, président de la LDH, s’est déclaré «absolument hostile» à une loi qui réglementerait le port du voile intégral, tout en jugeant «nécessaire que cette pratique régresse».

[Première mise en ligne le 6 octobre 2009, complétée le 8]

Lire la suite »
Contrôle d'identité d'un jeune (Sipa)
Contrôle au faciès

Une attestation pour lutter contre les contrôles d’identité au faciès

Une étude du CNRS, rendue publique en juillet dernier, a confirmé que les contrôles de police se fondent beaucoup plus sur l’apparence des gens – sexe, âge, habillement et couleur de peau – que sur un comportement suspect. En particulier, on contrôle surtout les hommes, les jeunes, des styles comme « hip hop » ou « gothique », et on contrôle davantage les Noirs et les Maghrébins.

Une situation inacceptable dénoncée par de nombreuses associations qui proposent une initiative intéressante pour sensibiliser à cette question : à chaque contrôle, les forces de l’ordre remettraient aux individus contrôlés une sorte d’« attestation » justifiant l’existence de ce dernier. Une mesure qui permettrait d’évaluer la portée réelle du « profilage racial » des contrôles, et offrirait une preuve matérielle aux personnes affirmant en être victimes. Ce projet est défendu par le Conseil représentatif des associations noires de France (Cran) et par la Ligue des Droits de l’Homme (LDH).

Lire la suite »
Vincent Sardon
Racisme de couleur et islamophobie

Mustapha Kessous : « ça fait bien longtemps que je ne prononce plus mon prénom quand je me présente au téléphone »

Les propos discriminants récemment tenus par Brice Hortefeux éclairent la conception de l’“identité nationale” du ministre de l’Intérieur. Derrière une façade politiquement correcte magnifiant la “diversité », ils révèlent à quel point les stéréotypes coloniaux et l’idée d’“inassimilabilité”, qui jalonnent l’histoire de l’immigration en France et une vision biaisée de la société française, façonnent l’univers de la majorité actuelle5.

Mais a-t-on suffisamment souligné le fait que le président de la République n’a pas eu un mot pour condamner les propos de Brice Hortefeux6. Ce faisant, Nicolas Sarkozy « s’inscrit dans la dynamique de légitimation du racisme par les élites » qui classe les Français en deux catégories : les Français «de souche » et les « Français pas tout à fait comme les autres »7.

Le témoignage d’un journaliste du Monde que nous reprenons ci-dessous montre la persistance dans une (trop grande) partie de la population de préjugés à l’égard des personnes issues de l’immigration. La promotion de l’“identité nationale” à laquelle Nicolas Sarkozy s’est livré pour gagner les voix de l’extrême droite et qui continue à être un de ses thèmes politiques favoris ne fait que conforter ces fantasmes injustifiables, alors qu’il conviendrait tout au contraire de les combattre.

Lire la suite »
Paul Girot de Langlade
Racisme de couleur et islamophobie

Un préfet suspendu après un violent accès de négrophobie

Une femme agent de sécurité à l’aéroport d’Orly a porté plainte le 31 juillet dernier pour propos diffamatoires à caractère raciste contre le préfet Paul Girot de Langlade, celui là même qui était encore le « patron » des États généraux à la Réunion il y a quelques jours. Le 14 août, on apprenait que le ministère de l’Intérieur avait suspendu le préfet.

On peut rappeler que Paul Girot de Langlade, avait déjà défrayé la chronique à deux reprises pour « provocation à la haine raciale» dans l’exercice de ses fonctions de préfet. En 2002, alors qu’il était en poste dans le Vaucluse, puis en 2006, dans La Nouvelle République, il s’en était pris vertement aux gens du voyage, les assimilant à «des délinquants». Il avait gagné les deux procès en appel, mais ses prises de parole lui avaient valu son placement hors cadre.

[Première mise en ligne le 10 août, dernière mise à jour le 2 septembre 2009]

Lire la suite »