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Édition du 1er au 15 avril 2026

La société française face à l’héritage de son passé colonial

Christian Estrosi inaugure la statue de de Gaulle, le 18 juin 2011 à Nice
1962, la fin de la guerre d'Algérie

Estrosi, “insoumis” par calcul

La volonté de récupérer des voix demande quelques contorsions et oblige à ne pas craindre les contradictions. Les prises de position de Christian Estrosi en constituent l’illustration.

Le 18 juin 2011, Christian Estrosi avait inauguré une statue du général de Gaulle. Le 20 octobre dernier, il clôturait un rassemblement de pieds-noirs en lançant un vibrant : « Vive l’Algérie française ! ». Aujourd’hui, il annonce qu’il n’appliquera pas la loi qui a institué le 19 mars Journée nationale du souvenir […] à la mémoire des victimes civiles et militaires de la guerre d’Algérie et des combats en Tunisie et au Maroc, comme le préfet des Alpes-Maritimes le lui a rappelé.

[Mis en ligne le 27 février 2013, mis à jour le 17 avril]

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Benjamin Stora : «Algériens et Français doivent regarder ensemble leur histoire commune»

Invité par l’Association des Anciens Elèves des Lycées Malika Gaid et Mohamed Kerouani, Benjamin Stora a animé un débat à Sétif le 6 avril 2013. A cette occasion il a déclaré que «le moment est venu pour les Algériens et les Français de regarder leur histoire commune en face».

Il a poursuivi : «Il faut en outre se pencher sur la question de l’enrôlement par l’armée française de la paysannerie algérienne (harkis), celle du statut des minorités qui ont quitté l’Algérie (pieds-noirs). On doit savoir qu’après l’indépendance, plus 200 000 Européens sont restés en Algérie jusqu’aux années 1970. Côté français, beaucoup d’archives sont à ouvrir, notamment celles inhérentes aux champs de mines, aux essais nucléaires français au Sahara, aux disparitions de milliers d’Algériens et à l’utilisation du napalm, pour ne citer que ces sujets.»1

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La guerre du Mali (depuis 2013)

Mali : aux origines de la crise

Le Mali, et en particulier sa région Nord, est devenu le théâtre de violents combats, complexes en ce qu’ils impliquent différents acteurs (armée malienne, combattants jihadistes et indépendantistes touareg), sur fond d’activités mafieuses et terroristes. «Quels sont les obstacles à la sortie de crise ? », demande l’auteure de l’article, Catherine Choquet, membre du Comité central de la Ligue des droits de l’Homme.

Cet article est repris du n° 161, mars 2013, de la revue Hommes & Libertés de la LDH dont voici le sommaire complet.

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Mali : et maintenant ?

Le Conseil de sécurité des Nations unies
se penche sur la situation au Mali, un pays dont les trois quarts des 15 millions d’habitants vivent sous le seuil de pauvreté, et qui compte plusieurs centaines de milliers de personnes déplacées ou réfugiées dans les Etats voisins.

La situation sécuritaire y demeure incertaine et notamment du fait du comportement de militaires maliens. Confirmant les inquiétudes manifestées par le Haut commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, l’organisation Human Rights Watch (HRW) a recueilli près de Tombouctou les témoignages de personnes portant des marques de tortures que leur auraient infligées des militaires maliens qui les soupçonnaient d’être des partisans de groupes terroristes armés. « Le recours à la torture par des soldats qui ont précisément pour mandat de restaurer la sécurité dans le nord du Mali ne peut qu’aggraver une situation déjà difficile », a déclaré l’organisation2.

Lors de son intervention télévisée de jeudi 28 mars sur France 2, François Hollande avait émis deux signaux contradictoires à propos de la crise malienne. Il avait en effet tenu à se démarquer de la Françafrique, en affirmant que le « temps où la France désignait des chefs d’Etat en Afrique est révolu» tout en se déclarant «intraitable» sur le respect d’un calendrier électoral : «nous voulons qu’il y ait des élections au Mali à la fin du mois de juillet. » 3

Les voix opposées à l’intervention militaire française restent minoritaires mais continuent à se faire entendre : les propos d’Aminata Traoré au Forum social mondial de Tunis, ainsi qu’un “appel citoyen”, sont repris ci-dessous …

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Défendre la laïcité, ne pas stigmatiser les musulmans

La Cour de cassation a pris, le 19 mars 2013, deux décisions concernant le port du « voile islamique »4. Elle a annulé le licenciement en 2008 d’une employée de la crèche Baby-Loup de Chanteloup-les-Vignes qui refusait d’ôter son foulard. « S’agissant d’une crèche privée », et « en dépit de sa mission d’intérêt général », la haute juridiction a considéré que le licenciement de cette salariée constituait « une discrimination en raison des convictions religieuses » et devait être « déclaré nul ». L’affaire est donc renvoyée devant la cour d’appel de Paris.

Le même jour, la Cour a confirmé le licenciement d’une employée dans une autre affaire de voile au travail, mais cette fois dans le cadre d’une « mission de service public ». Il s’agissait d’une employée de la CPAM de Seine-Saint-Denis.

Vous trouverez ci-dessous, à la suite d’un communiqué signé par la LDH, des commentaires de Maître Gilles Devers sur ces deux décisions, ainsi qu’un appel dénonçant la stigmatisation des musulmans.

[Mis en ligne le 31 mars 2013, mis à jour le 3 avril 2013]

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Antoine Abibou en 1938. Prisonnier de guerre en Bretagne, il a été condamné à dix ans de détention le 5 mars 1945, suite à la rébellion du camp de Thiaroye. (Archive famille Abibou)
Le massacre de Thiaroye décembre 1944

Thiaroye (Sénégal) : morts par la France

Pour Armelle Mabon, maître de conférences à l’Université de Bretagne-Sud, auteure de Prisonniers de guerre « indigènes » Visages oubliés de la France occupée (La Découverte, 2010), la réhabilitation des victimes de ce massacre colonial est indispensable.

De nombreux points doivent encore être élucidés, mais, pour l’historienne, il s’agit d’un crime que l’armée française a couvert par une succession de mensonges et que l’État a entériné.

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Accusations, incitations à la repentance

la repentance : nécessité ou alibi ?

Qu’est-ce que la repentance ? Qui peut la réclamer ? De qui doit-on l’exiger ? Et doit-on seulement la souhaiter ? Ne faut-il pas plutôt lui préférer un exercice de la mémoire, loin de tout calcul politicien, nourri au devoir d’histoire et de vérité, lui substituer une vigilance intraitable à l’égard des injustices d’aujourd’hui ?

Des intellectuels des deux rives de la Méditerranée – Hélé Béji, Michèle Bompard-Porte, Françoise Dastur, Salima Ghezali, Olivier Le Cour Grandmaison, Seloua Luste Boulbina, François Maspero, Hassan Remaoun, Emmanuel Terray – abordent ces différentes questions dans Aspects de la repentance, un ouvrage dirigé par Ismaël-Sélim Khaznadar et publié par les éditions Barzakh.

L’éditeur a organisé à Alger le 9 mars 2013, conjointement avec El Watan Week-end, un débat sur le thème «Repentance : nécessité ou alibi ?», avec la participation de Olivier La Cour Grandmaison, Malika Rahal, Abdelmadjid Merdaci et Ismaël-Sélim Khaznadar.

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L'affaire Audin

Maurice Audin : une vie brève

Le dossier du ministère de la Défense sur la disparition de Maurice Audin, disparu, à Alger le 11 juin 1957, après avoir été arrêté par des militaires français, est désormais consultable, selon un arrêté paru au Journal officiel du 23 février 20135.

Cet arrêté du 1er février, signé du ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, est daté du jour où Josette Audin, la veuve de Maurice Audin, a reçu une copie de ce dossier des mains du ministre, conformément à l’engagement de François Hollande.

Peu de temps auparavant, Michèle Audin publiait Une vie brève, récit pudique consacré à son père.

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Mali : la politique de la canonnière n’est pas une solution

Tract diffusé par la LDH de Toulon, le 2 mars 2013 :

La France est en guerre au Mali

Cela nous concerne tous

L’intervention française ne sera sans doute pas un long fleuve tranquille. Les informations provenant du lieu des combats sont rares, mais les risques de dérapage sont importants.

Personne ne peut prévoir combien de temps elle durera ni comment elle se terminera.

Les résultats des guerres d’Afghanistan, d’Irak, ou de Libye, sur la population civile devraient susciter débats et questionnements.

Au-delà des justifications humanistes qui sont avancées – la défense de la civilisation et de la démocratie… – questionnons-nous sur les véritables buts et notamment sur les enjeux économiques bien réels de cette guerre.

François Hollande a déclaré le 12 janvier dernier que l’opération française au Mali n’avait pas d’autre but que « la lutte contre le terrorisme ». Mais il ne faut pas se laisser abuser par les éléments de langage : les Touareg qui demandent l’autonomie du Nord-Mali sont des rebelles et non des « terroristes ».

On peut s’interroger sur la légitimité des autorités gouvernementales maliennes actuellement en place – issues d’un coup d’État.

Interrogeons-nous surtout sur les origines de la crise. N’oublions pas que l’Afrique est pillée, déstructurée, appauvrie par ces mêmes puissances qui jouent les pompiers après avoir été des incendiaires – pensons aux armes, parfois de haute technologie, dont nous avons inondé la Libye. Peuples appauvris, gouvernements corrompus plus ou moins à la solde de puissances étrangères, agricultures détournées de leur fonction vivrière …

Les Maliens attendent autre chose qu’une intervention armée : le soutien à une véritable politique de développement, une politique d’immigration moins restrictive, la non-ingérence dans leurs problèmes internes qu’il leur appartient, et à eux seuls, de régler.

Toulon, le 19 février 2013

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Tirailleurs partant en colonne (Archives nationales du Sénégal).
La guerre du Mali (depuis 2013)

Mali : la dette de la France

Dans son discours de Bamako6, le 2 février 2013, François Hollande a déclaré que la France avait désormais payé sa dette à l’égard du Mali. Il faisait alors allusion aux “tirailleurs sénégalais” – dont beaucoup étaient en fait originaires du Mali – qui ont pris une part importante à la défense et à la libération de la France au cours des deux guerres mondiales. Mais la France l’a oublié et elle expulse aujourd’hui des descendants de Maliens morts naguère pour elle.

Pour les Maliens la dette de la France n’est sans doute pas éteinte et ils en attendent vraisemblablement davantage : le soutien à une véritable politique de développement, une politique d’immigration moins restrictive, la non-ingérence politique dans leurs problèmes qu’il leur appartient et à eux seuls de régler … Comme l’expose l’historien Francis Simonis, spécialiste de l’Afrique de l’Ouest et de la période coloniale notamment au Mali et en Guinée, « pour la population malienne […] la France est sans doute encore loin, très loin d’avoir payé sa dette.»

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L'Humanité du 28 février1962. A droite, Delphine Renard défigurée.
Charonne 8 février 1962

Delphine Renard demande une reconnaissance officielle de la répression de Charonne

Elle avait quatre ans lorsqu’elle fut grièvement blessée dans un attentat de l’OAS visant André Malraux. Le sort de l’enfant mutilée, aveuglée, souleva alors une grande émotion. Après cet attentat, une manifestation organisée le 8 février 1962 pour dénoncer les agissements de l’organisation terroriste fut violemment réprimée par la police sous les ordres du préfet de police Maurice Papon : 9 manifestants trouvèrent la mort dans la bouche du métro Charonne.

Un rassemblement a eu lieu le 8 février 2013, à Paris, au métro Charonne, en mémoire des victimes de la répression du 8 février 1962.

Ci-dessous un entretien avec Delphine Renard, réalisé par Rosa Moussaoui, et publié sur L’Humanité.fr le 8 février 2013.

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