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Édition du 1er au 15 février 2026

La société française face à l’héritage de son passé colonial

Avis de la CNCDH sur le port du voile intégral

La Commission nationale consultative des droits de l’homme, dont la LDH est membre, vient d’adopter un avis sur la question dite du « voile intégral », en rappelant des principes fondamentaux permettant de guider la réflexion collective sur un sujet particulièrement complexe.

A ce titre le président de la CNCDH, Yves Repiquet, a souligné que « le port du voile intégral choque nombre d’entre nous. Cependant, tout ce qui choque ne doit pas nécessairement être interdit, et l’interdiction n’est pas nécessairement la meilleure des solutions contre le fondamentalisme ». La CNCDH a rappelé qu’en vertu même de la Constitution française, la liberté est le principe et l’interdiction l’exception. Toute ingérence de la loi dans la vie privée doit non seulement être justifiée par un but légitime – comme la défense de l’ordre public ou des droits d’autrui – mais également être « strictement nécessaire dans une société démocratique », conformément à la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme. Une interdiction générale du « voile intégral » sur l’ensemble du territoire national serait manifestement disproportionnée, s’agissant d’un phénomène qui reste marginal, et s’attacherait plus aux effets qu’aux causes du fondamentalisme, laissant les femmes concernées encore plus isolées et vulnérables, les hommes échappant à toute sanction. La CNCDH a attiré l’attention sur les risques d’effets pervers, au regard même de l’exigence de mixité.

La CNCDH recommande notamment des efforts de pédagogie et d’éducation aux droits de l’homme, de sensibilisation et de médiation, afin de renforcer le vouloir vivre ensemble selon les principes républicains de liberté, d’égalité, de fraternité qui sont notre patrimoine commun. Elle encourage les autorités publiques à soutenir les femmes qui subissent des violences et à appliquer pleinement les réglementations existantes, en matière d’ordre public ou de neutralité des services publics.

En conclusion, le Président Yves Repiquet a souligné que, « dans l’attente des conclusions du rapport de la mission d’information parlementaire, la CNCDH poursuivra ses réflexions et ses travaux ».

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Georges Frêche, la gauche colonialiste

Les dérapages verbaux du président de la région Languedoc-Roussillon ne se comptent plus. Mais, comme le remarque l’association Harkis et droits de l’Homme, il aura fallu que le sujet de son dernier dérapage soit un membre éminent du Parti socialiste – Georges Frêche a évoqué la «tronche pas catholique» de Laurent Fabius – pour que le parti se décide enfin à régler le “cas Frêche”.

C’est que Georges Frêche est une personnalité politique de poids en Languedoc-Roussillon. Son implantation locale s’est notamment appuyée sur un clientélisme affiché envers les nostalgiques de l’Algérie française – Pierre Daum l’a montré dans son article «quand Frêche flirtait avec les ex de l’OAS». La défense des colonies est une des traditions du Parti socialiste, en particulier dans le midi méditerranéen – voir cette page. Comme l’explique l’historien Gilles Manceron, Georges Frêche est un des derniers survivants d’une certaine tradition de la gauche colonialiste qui «remonte à Jules Ferry et on la retrouve dans la SFIO de Guy Mollet, où se mêle au discours républicain celui de la mission colonisatrice des races supérieures vis-à-vis des races inférieures»1.

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Niqab, burqa, hidjab et tchador.
Foulard et voile

Mardi 26 janvier 2010 : journée de la burqa

Le rapport de la mission d’information parlementaire sur le port du voile intégral, rendu public mardi 26 janvier 2010, propose de mettre en place un dispositif législatif visant à bannir la burqa et le niqab dans les services publics et les lieux d’accueil du public – cela inclut les transports, les écoles, les hôpitaux, les banques, la Poste… – mais il ne préconise pas d’interdiction générale dans l’espace public2.

Au cours de ses six mois d’existence, la mission a auditionné plus de 200 personnes3 à propos d’un phénomène resté marginal – selon le ministère de l’Intérieur, 1900 femmes porteraient le voile intégral en France. L’importance prise par ce thème, parallèlement au débat sur l’identité nationale fertile en dérapages, a été souvent ressentie comme une stigmatisation de la religion musulmane et des personnes considérées – à tort ou à raison – comme étant d’“origine musulmane”. Jamel Debbouze et Alain Gresh en témoignent ci-dessous.

Pour le sociologue Vincent Geisser, le débat sur le sujet a déjà produit des effets pervers: «Beaucoup de musulmans, au départ très hostiles au port du niqab, sont devenus compatissants envers ces filles, parce qu’ils se sentent visés collectivement, notamment à travers le débat sur l’identité nationale. Il y a un risque que des gens commencent à le porter par réaction, que le niqab devienne un étendard.4» Le New York Times ne mâche pas ses mots : dans son éditorial, il accuse Sarkozy d’«attiser la haine».

[Mise en ligne le 26 janvier 2010, complétée le 28]

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Immigration algérienne en France

“Les immigrés algériens en France, une histoire politique”, par Benjamin Stora

Les éditions Hachette Littérature ont réédité, en août 2009, sous le titre : Les immigrés algériens en France. Une histoire politique, l’ouvrage de Benjamin Stora paru en 1992 chez Fayard, Ils venaient d’Algérie5, version condensée d’une thèse de doctorat d’Etat, soutenue par l’auteur en 1991, sous la direction de Charles Robert Ageron. Nous reprenons un entretien de Benjamin Stora à propos de cet ouvrage suivi du compte rendu, publiés dans Le Soir d’Algérie, le 21 janvier 2010.

Benjamin Stora est professeur des universités à Paris XIII et à l’Inalco. Il a publié une trentaine d’ouvrages qui portent principalement sur l’histoire du nationalisme algérien, l’immigration et la guerre d’indépendance. Ses deux ouvrages récemment publiés en 2009 sont : Le Mystère de Gaulle, son projet pour l’Algérie (Ed Robert Laffont), et Les Immigrés algériens en France, une histoire politique (1912-1962).

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Toulon et Cagnes-sur-Mer : contestation de cérémonies commémorant les “barricades d’Alger”

Plusieurs associations protestent contre les célébrations en région Provence-Alpes-Côte d’Azur du 50e anniversaire des Barricades de janvier 1960 à Alger6. Ces tragiques journées apparaissent en effet comme le début d’une guerre civile qui culmina avec le putsch des généraux d’avril 1961, avant de se poursuivre par le combat sans issue de l’OAS qui devait anéantir toute chance d’un règlement humain de la guerre d’Algérie.

A la suite des communiqués de l’ANPNPA, de l’ANPROMEVO et de l’association Les amis de Max Marchand de Mouloud Feraoun et de leurs compagnons, nous reprenons une tribune dans laquelle les présidents des deux dernières associations s’interrogent devant «la mise en œuvre d’une politique de mémoire adossée à la valorisation du fait colonial». Ils demandent si «la France ne serait pas entrée en voie de repentance pour avoir permis la décolonisation de l’Algérie ?».

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Vous êtes français ? prouvez-le !

A l’initiative de la LDH et de Daniel Karlin, documentariste, un appel a été lancé, signé par de nombreuses personnalités et publié dans Libération pour dénoncer les difficultés qu’ont certains citoyens à renouveler leurs papiers d’identité.

Pour signer l’appel « Vous êtes français ? Prouvez-le ! », cliquez.

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Harkis

au catalogue des engagements non tenus : la promesse faite aux harkis

Le 31 mars 2007, Nicolas Sarkozy reçoit une délégation d’une centaine de harkis à son centre de campagne. Il leur déclare :

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Depuis lors, Nicolas Sarkozy, toujours empressé de répéter qu’il tenait ses engagements de campagne, n’a pas trouvé le temps de respecter cette promesse.

[Page publiée le 27 décembre 2009]

Mise à jour – La lettre ouverte de Jean-Pierre Dubois adressée à Nicolas Sarkozy le 6 avril 2010 a été ajoutée le 9 avril 2010.

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Emmanuel Todd : « Ce que Sarkozy propose, c’est la haine de l’autre »

Inspirateur du thème de la fracture sociale, repris par Jacques Chirac lors de sa campagne présidentielle de 1995, Emmanuel Todd observe depuis longtemps la coupure entre élites et classes populaires. Il livre pour la première fois son analyse du débat sur l’identité nationale, dans un entretien au journal Le Monde daté du 27 décembre 2009. Sans dissimuler sa colère. « Si vous êtes au pouvoir et que vous n’arrivez à rien sur le plan économique, la recherche de boucs émissaires à tout prix devient comme une seconde nature », estime-t-il.

Démographe et historien, Emmanuel Todd, 58 ans, est ingénieur de recherche à l’Institut national d’études démographiques (INED).

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Identité nationale et passé colonial – pour un véritable débat

« Un grand débat sur l’identité nationale. » Des centaines de milliers de connexions, des rencontres en province dans les préfectures et 40.000 contributions (dont de nombreux « dérapages ») sur le site du ministre Éric Besson… Un succès ? Les critiques virulentes à gauche, les demandes répétées de mettre fin à ce dangereux débat, et les doutes à droite se multiplient depuis quelques jours et donnent, déjà, un sentiment contraire. Des intellectuels, des chercheurs, des écrivains, des journalistes qui travaillent sur le colonial, l’immigration et le postcolonial proposent ici, tout en refusant depuis le début de participer à cette manipulation, une alternative au faux débat actuel.

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Adoption de la loi sur les victimes des essais nucléaires français

Après son adoption par le parlement le 22 décembre 2009, la loi relative à la reconnaissance et à l’indemnisation des victimes des essais nucléaires français devrait être publiée au Journal officiel d’ici le 31 décembre pour une entrée en vigueur dès janvier 20107. Le budget du ministère de la Défense prévoit une provision de 10 millions d’euros au titre des premières indemnisations.

La France a procédé à 210 essais nucléaires souterrains ou atmosphériques en Algérie (1960-1966) puis en Polynésie française (1966-1996), au cours desquels plusieurs dizaines de milliers de militaires et de civils ont pu être contaminés.

Tout en se félicitant de l’adoption de cette loi, l’association des vétérans des essais nucléaires déclare qu’elle demeurera vigilante sur son application, notamment en ce qui concerne les populations civiles. Quelques milliers de personnes ont manifesté pacifiquement le 19 décembre à Papeete pour demander une meilleure reconnaissance des conséquences des essais nucléaires. La presse algérienne de son côté évoque une «reconnaissance symbolique».

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Patrick Buisson

La guerre d’Algérie française de Patrick Buisson

On ne présente plus Patrick Buisson, ardent conseiller de Nicolas Sarkozy, de la chaîne Histoire et des cabinets Publifact et Publiopinion, naguère de l’hebdomadaire d’extrême-droite Minute. Si l’histoire vraie s’écrit en confrontant des documents d’origines différentes, le luxueux album de Buisson ne montre que des photos militaires françaises conçues comme armes de guerre psychologique.

Deux historiens, Gilbert Meynier et Mohammed Harbi, analysent ci-dessous l’album La guerre d’Algérie, 1954-1962 où Patrick Buisson raconte l’Algérie dont il a rêvé8.

Ce texte a été repris sur LEMONDE.FR le 22 décembre sous une forme abrégée, avec les signatures de 7 universitaires.

[Mise en ligne le 13 décembre 2009, complétée le 22 décembre]

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Les pieds-noirs « nostalgériques »

“Les pieds-noirs et la politique”, par Emmanuelle Comtat

Le livre – bienvenu – d’Emmanuelle Comtat est consacré à l’étude du rapport des pieds-noirs à la politique
de 1871 à nos jours, avec la guerre d’Algérie et le retour en France comme moments-clés. Comment votait-on dans les départements français d’Algérie ? Quelles furent les conséquences de la guerre puis du rapatriement en France sur le comportement politique des pieds-noirs ? Que reste-t-il du « vote pied-noir » aujourd’hui ou de leur proximité avec le Front national ?
Quelle incidence la guerre d’Algérie continue-t-elle d’exercer sur leurs attitudes politiques ? Comment leurs enfants ont-ils réagi au traumatisme vécu par leurs parents ? …

A la suite du sommaire, vous trouverez une présentation de l’ouvrage par Bruno Modica.

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