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Édition du 1er au 15 avril 2026

La société française face à l’héritage de son passé colonial

Les œuvres sur la guerre d’Algérie devront-elles être soumises à une « précensure »?

« On pensait la censure coloniale supprimée, mais non », déplorait El Watan le 24 avril 20101. Le quotidien algérien commentait ainsi l’accusation de « falsification de l’histoire » formulée par Lionnel Luca, député UMP des Alpes-Maritimes, à propos de l’évocation des massacres de Sétif dans le film Hors-la-loi de Rachid Bouchareb. Lionnel Luca, craignant que le film ne soit sélectionné sous les « couleurs françaises » à Cannes, avait saisi courant 2009 le secrétaire d’Etat à la Défense et aux anciens combattants, Hubert Falco, lequel a demandé au Service historique de la Défense (SHD) un « avis historique » sur le projet de M. Bouchareb2. Ces péripéties dignes d’une époque que l’on pensait révolue posent question. En particulier : le versement d’une aide technique du CNC pour les œuvres touchant à la guerre d’Algérie sera-t-il désormais conditionné par le respect d’une vérité « officielle » ? D’autre part, le fait que Lionnel Luca ait évoqué la future Fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie3 n’est pas fait pour rassurer tous ceux que les finalités de ce nouvel organisme inquiètent.

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la reconnaissance des crimes du passé : Sétif, 8 mai 1945

Après avoir reconnu que « le système colonial ne pouvait être vécu autrement que comme une entreprise d’asservissement et d’exploitation », Nicolas Sarkozy, en visite officielle présidentielle en Algérie, a déclaré le 5 décembre 2007, à l’université Mentouri de Constantine : « les fautes et les crimes du passé furent impardonnables » (réf.).

Mais il avait fallu attendre soixante ans pour que la France reconnaisse les massacres de mai 1945 dans l’Est algérien : le 26 février 2005, l’Ambassadeur de France en Algérie les avait qualifiés de « tragédie inexcusable » (réf.).

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La “cristallisation” des pensions versées aux anciens combattants coloniaux respecte-t-elle le principe d’égalité ?

Depuis la réforme constitutionnelle du 23 juillet 2008, les justiciables jouissent d’un nouveau droit : en application du nouvel article 61-1, ils peuvent désormais soutenir qu’une loi déjà entrée en vigueur porte atteinte aux droits et libertés garantis par la Constitution. Si les conditions de recevabilité de la question sont réunies, il appartient au Conseil constitutionnel, saisi par le Conseil d’État ou par la Cour de cassation de se prononcer et, le cas échéant, d’abroger cette disposition législative. 4.

Parmi les premières QPC – questions prioritaires de constitutionnalité – sur lesquelles le Conseil constitutionnel devra se prononcer figure le problème des pensions militaires versées aux anciens ressortissants des colonies : leur “cristallisation” est-elle compatible avec le principe d’égalité ?

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Sur le programme de la soirée du 13 avril 2010 aux Invalides (© Ministère de la Défense [1])
Les « tirailleurs sénégalais »

des troupes africaines ouvriront le défilé du 14-Juillet à Paris

Le Secrétaire d’État à la Défense et aux Anciens Combattants, Hubert Falco, a annoncé que les troupes des anciennes colonies africaines de la France ouvriront le défilé du 14 juillet 2010 sur les Champs-Elysées, en hommage aux Anciens combattants africains et malgaches.

Cette déclaration a été faite lors de la soirée de lancement du cycle «Force Noire – Tirailleurs 2010», organisée dans le Salon d’Honneur du musée de l’Armée, Hôtel national des Invalides, mardi 13 avril 2010, dans le cadre des célébrations du cinquantième anniversaire des indépendances africaines5.

Notre question : le gouvernement français profitera-t-il de ce cinquantenaire pour décider la dé-cristallisation des pensions des anciens combattants coloniaux ?…

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Vers la "décristallisation" du statut des anciens combattants coloniaux ?

Ils demandent la “dé-cristallisation” de leurs pensions… on leur octroie un “diplôme d’honneur”

Le 1er avril 2010 a marqué le début des commémorations du “Cinquantenaire des indépendances africaines”. Au cours d’une conférence de presse donnée au Centre d’Accueil de la presse étrangère – aucun Africain n’était présent à la tribune –, Jacques Toubon, président de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration, à qui a été confiée l’organisation de ce cinquantenaire, a présenté officiellement une série d’initiatives à venir6.

Le point d’orgue de ces commémorations  sera un sommet « familial », auquel seront conviés, le 13 juillet, les dirigeants des quatorze pays concernés (Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Centrafrique, Congo-Brazzaville, Côte d’Ivoire, Gabon, Madagascar, Mali, Mauritanie, Niger, Sénégal, Tchad et Togo). Le lendemain, en hommage à la “Force noire”, des troupes africaines devraient participer au défilé du 14-Juillet sur les Champs-Élysées. Maigre consolation pour les anciens combattants des colonies, qui attendent toujours la «dé-cristallisation» de leurs pensions – « une égalité de traitement trop longtemps retardée» pour la Cour des comptes.

Pourront-ils se consoler avec le « diplôme d’honneur » que Hubert Falco, secrétaire d’Etat aux Anciens combattants, a décidé d’attribuer à chacun des 250 000 vétérans de la Seconde Guerre Mondiale encore en vie ?

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Woippy (© AFP / Jean-Christophe Verhaegen)
Les “banlieues”

Woippy : la mort, l’émeute et la police municipale

Un jeune est mort, deux autres sont dans un coma qui semble irréversible, une nuit de révolte, des destructions-dégradations, des centaines d’habitants caillassant des centaines de policiers… l’émeute du 20 janvier 2010 à Woippy (Moselle) est pourtant déjà presque oubliée, signe d’une banalisation étonnante d’un phénomène pourtant très révélateur de l’état et de l’évolution de la société française. Nous rappelons ces événements en reprenant un article de Nicolas Bastuck et Luc Bronner publié dans Le Monde.

Dans une enquête intitulée «La mort, l’émeute et la police municipale de Woippy : “circulez, y’a rien à voir” ?», le sociologue Laurent Mucchielli, directeur de recherche au CNRS, en tire des enseignements. Il met en évidence deux phénomènes majeurs: la ghettoïsation persistante de ce territoire et la dérive sécuritaire de la politique municipale. Une enquête – accessible en ligne – qui vient à point nommé à l’heure où le Parlement s’apprête à examiner une nouvelle loi sécuritaire, la LOPPSI 2.

[2 avril 2010] – Deux mois et demi plus tard, les déclarations d’un rescapé du drame mettent en cause le comportement de la police municipale.

[Mise en ligne le 8 février 2010, mise à jour le 2 avril]

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Mineurs marocains à Sallaumines
Gestion postcoloniale de l'immigration

Le combat sans fin des mineurs marocains

Recrutés à partir du début des années 1960 par les Charbonnages de France, les mineurs marocains n’ont cessé depuis de lutter contre les discriminations dont ils ont constamment été l’objet. Lutte, dans les années 1980, pour bénéficier du « statut du mineur » comme les Français, lutte, dans les années 1990 pour l’accès au logement, comme les Français, lutte, aujourd’hui, pour le droit au rachat des avantages en nature, comme les Français. Un combat épuisant mais qu’ils ne sont pas près d’abandonner.

Cet article d’Ali El Baz, Coordinateur à l’Association des travailleurs maghrébins de France (ATMF), a été publié dans la revue du Gisti, Plein droit, juillet 20097.

Ajout du 30 mars 2010 : Le dernier combat, porté devant les prud’hommes, s’est soldé par une victoire8.

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La LDH et le voile intégral

Tout en critiquant le port du foulard et du voile, au nom de l’émancipation des femmes, la Ligue des droits de l’Homme refuse un débat instrumentalisé qui risque de déboucher sur une loi perverse et dangereuse.

Cette prise de position dans le débat sur le voile intégral a été adoptée par la LDH lors de la réunion de son Comité central le 13 mars 2010.

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Les « tirailleurs sénégalais »

prisonniers de guerre «indigènes», par Armelle Mabon

Après la débâcle de juin 1940, les combattants de l’armée française sont faits prisonniers. Tandis que les métropolitains partent pour l’Allemagne, les prisonniers coloniaux prennent le chemin des frontstalags répartis dans la France occupée : en avril 1941, près de 70 000 hommes sont internés dans 22 frontstalags. En janvier 1943, ils se sentiront trahis lorsque le gouvernement de Vichy acceptera de remplacer les sentinelles allemandes par des cadres français. À la Libération, leurs retours en terre natale donneront lieu à de nombreux incidents dont celui de Thiaroye, près de Dakar, qui fera plusieurs dizaines de victimes en décembre 19449.

Après avoir découvert le destin de ces hommes dans les rapports professionnels d’une assistante sociale du service social colonial de Bordeaux, Armelle Mabon s’est consacrée à ces “oubliés de la République”, travaillant dans des archives publiques et privées et recueillant de nombreux témoignages inédits. Cet ouvrage donne la mesure de l’injustice, du déni d’égalité et du mépris, dont l’Etat a fait preuve à l’égard de ces ressortissants de son “empire”… Un sujet qui est toujours d’actualité.

La table des matières du livre est reprise à la suite de l’avant-propos.

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“la plupart” des trafiquants de drogues sont-ils noirs ou arabes ?

L’éditorialiste Eric Zemmour a déclaré à l’antenne le 6 mars dernier que «les Français issus de l’immigration sont plus contrôlés que les autres parce que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes… C’est un fait.» En écrivant sur son blog que «tous les Noirs et tous les Arabes ne sont pas des trafiquants, mais beaucoup de ceux-ci sont noirs et arabes», l’avocat général près la cour d’appel de Paris, Philippe Bilger, apporte sa caution au point de vue d’Eric Zemmour10.

La question posée est de savoir si efffectivement “la plupart” des trafiquants de drogues sont noirs ou arabes. Commençons par rappeler que les Noirs et les Arabes sont beaucoup plus fréquemment contrôlés que le reste de la population : avoir la peau noire ou un “type maghrébin” augmente de façon très importante la probabilité d’être l’objet d’un contrôle des papiers d’identité – une enquête l’a établi de façon irrécusable, et cela fragilise les affirmations d’Eric Zemmour et de Philippe Bilger. Dans ses éléments de réponse repris ci-dessous, le sociologue Laurent Mucchielli récuse les recours aux catégories raciales : ils n’expliquent rien mais renforcent les préjugés xénophobes.

La multiplication ces derniers mois de propos à tonalité racialiste ou stigmatisant les immigrés semble particulièrement inquiétante. Dans un article récent, Carine Fouteau montre que les déclarations de ce genre émises par des responsables de la majorité présidentielle témoignent d’une véritable rupture à droite : la journaliste de Mediapart expose «comment Sarkozy a rendu possible la dérive raciste à droite»11.

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Le mémorial du Quai Branly (photo : cheminsdememoire.gouv.fr)
Mémorial du Quai Branly

Le mémorial du quai Branly, le pouvoir et les nostalgiques de la colonisation

Le président de la République et son gouvernement ont décidé d’inscrire sur la colonne centrale du Mémorial du quai Branly les noms des victimes civiles de la manifestation de la rue d’Isly, à Alger, le 26 mars 1962.

La Ligue des droits de l’Homme, tout en s’inclinant devant la mémoire des civils victimes de ce tragique évènement, proteste contre l’ouverture du Mémorial aux seules victimes d’une manifestation organisée par l’OAS.

La LDH dénonce une nouvelle tentative du pouvoir politique pour chercher à satisfaire les demandes d’un lobby nostalgique de la colonisation, lié à l’extrême droite.

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inscriptions racistes à Toulon : indignation de la LDH

La section de Toulon de la Ligue des droits de l’Homme exprime son indignation : des inscriptions à caractère raciste ont été taguées sur la façade de la mosquée du Pont-du-Las et sur l’entrée du Lycée professionnel Cisson.

Elle ne peut cacher son inquiétude devant la répétition de tels actes. Il y a un mois, en effet, la mosquée de Sorgues (Vaucluse) avait été souillée d’inscriptions racistes dans la nuit du samedi 13 au dimanche 14 février 201012. D’autre part, l’agression de la mosquée de Toulon a été précédée de deux autres dont les responsables n’ont semble-t-il pas été identifiés.

[Mise en ligne le 25 mars 2010, mise à jour le 26]

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