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Édition du 1er au 15 avril 2026

La société française face à l’héritage de son passé colonial

Le préfet Maurice Papon.
Le 17 octobre 1961

la lente résurgence des massacres d’Algériens en octobre 1961, dans la mémoire collective française

D’après les historiens britanniques Jim House et Neil MacMaster, les massacres d’Algériens à Paris, en octobre 1961, constituent « dans toute l’histoire contemporaine de l’Europe occidentale, la répression d’État la plus violente et la plus meurtrière qu’ait jamais subie une manifestation de rue désarmée1». Le nombre de victimes, morts ou disparus, n’est pas connu de façon précise, mais les historiens l’évaluent à plusieurs centaines.

En février 1962, les huit morts du métro Charonne provoqueront une mobilisation sans précédent des grands partis de gauche et des syndicats contre l’OAS, la police et les partisans de l’Algérie française. «C’est le plus sanglant affrontement entre policiers et manifestants depuis 1934», titrera
en page 2 Le Monde du 10 février 19622, témoignant ainsi de l’occultation des massacres des Algériens qui s’étaient déroulés quelques mois auparavant.

Un demi-million de personnes ont suivi les obsèques des victimes de Charonne, alors qu’aucune manifestation d’ampleur n’avait eu lieu après le 17 octobre 1961. «Les Français ont “choisi entre les morts”», dira avec un sentiment de malaise un témoin présent au défilé3.

Ce n’est qu’à l’occasion du procès pour crimes contre l’humanité intenté à Maurice Papon, en octobre 1997 – l’ancien secrétaire général de la préfecture de la Gironde doit répondre de son rôle dans la déportation de 1690 Juifs en 1942 –, que l’ampleur du carnage d’octobre 1961 est portée à la connaissance du public, grâce au témoignage de l’historien Jean-Luc Einaudi. Un pas de plus est franchi en février 1999, lorsque Papon attaque Einaudi en diffamation au tribunal correctionnel de Paris. Les dépositions de quelques survivants sont confortées par le témoignage de deux conservateurs aux Archives de Paris en charge des archives judiciaires. Etablie de façon éclatante, la réalité des faits est alors reconnue par le substitut du procureur de la République, représentant de l’État. Il met en pleine lumière la spécificité des massacres d’octobre 1961 : il ne s’agissait pas d’un fait de guerre “ordinaire”, car les victimes n’étaient pas des combattants, mais des familles venues manifester pacifiquement !

Ces événements se sont déroulés il y a cinquante ans, et ils continuent à être souvent confondus avec ceux du métro Charonne. Mais on assiste à leur lente ré-émergence dans la mémoire collective française ; vous en trouverez ci-dessous une chronologie sommaire.

Il est temps que l’État français reconnaisse enfin sa responsabilité !
Il est vrai que, selon l’historien Pierre Vidal-Naquet, «ne pas parler de la guerre d’Algérie fait partie d’un patrimoine commun à la gauche et à la droite4».

[Mis en ligne le 22 septembre 2011, mis à jour le 10 octobre]

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Papon à Bordeaux, le 15 octobre 1997 (Riss, «Le procès Papon», Charlie hebdo, hors-série n° 6, avril 1998).
Le 17 octobre 1961

la police parisienne et les Algériens au cours des années 1958 à 1962, par Jean-Luc Einaudi

« En l’an 2000, la préfecture de police de Paris a célébré son bicentenaire. A cette occasion a été écrit et publié un petit ouvrage relatant l’histoire de la préfecture de police vue par elle-même. Réalisé sous la direction (scientifique, paraît-il) de monsieur Claude Charlot, chef du service des archives et du musée de la préfecture de police, il s’intitule La préfecture de police au service des Parisiens et est sous-titré Fidèle à ses traditions pour préparer l’avenir. Tout un programme ! »

Ainsi débute un petit livre de 86 pages intitulé Les silences de la police que Jean-Luc Einaudi et Maurice Rajsfus ont publié en octobre 20015.
Il s’agissait pour eux d’aborder deux épisodes de l’histoire contemporaine “oubliés” dans le fascicule officiel : la rafle du Vél’ d’Hiv est expédiée en à peine deux lignes : “la police parisienne fut sollicitée pour la grande rafle qui groupa, au vélodrome d’Hiver, des milliers de Juifs, les 16 et 17 juillet 1942”, et le massacre des Algériens du 17 octobre 1961 est complètement occulté.

Nous reprenons ci-dessous le dernier chapitre des Silences de la police où Jean-Luc Einaudi évoque le comportement de la police parisienne par rapport aux Algériens pendant la guerre d’Algérie.

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© Roger-Viollet
Le 17 octobre 1961

“tu vas voir la France”, par Maïssa Bey

Mardi 17 octobre 1961, des milliers d’Algériens et d’Algériennes
défilèrent dans Paris pour protester contre le couvre-feu qui leur était imposé par le préfet de police Maurice Papon. Cette manifestation organisée par le FNL était pacifique. Les hommes et les femmes s’étaient endimanchés, certains vinrent avec leurs enfants. Ils ne portaient aucune arme et avaient consigne de ne répondre à aucune violence. Mais sur les ponts, au sortir des métros… les forces de l’ordre les attendaient. La répression fut féroce: des milliers de blessés, des centaines de morts – de nombreux cadavres furent retrouvés dans la Seine. Mais, officiellement, il n’y eut que deux morts. Aujourd’hui encore, l’Etat nie les faits historiquement établis et, sous couvert de raison d’Etat, empêche de faire toute la lumière sur cette répression féroce.

Jusqu’au 17 octobre 2011, jour du cinquantenaire de ce mardi macabre, Mediapart publie, en association avec Au Nom de la Mémoire, collectif animé par Mehdi Lallaoui et Samia Messaoudi, les textes de 17 écrivains, hommes et femmes, français et algériens, rappelant le souvenir de cet épisode sombre et honteux de notre histoire – ces textes seront publiés en librairie. Ci-dessous le texte de Maïssa Bey6.

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le 17 octobre 1961 et les archives, par Jean-Luc Einaudi

La recherche de la vérité concernant des événements du passé soulève de nombreux problèmes au niveau des archives : collecte, tri, classement, conservation, etc. Viennent ensuite les problèmes de l’accès aux archives : leur communicabilité et en particulier les délais d’accès. On se heurte souvent à la difficulté, voire à l’impossibilité radicale, d’accéder à des sources essentielles à la connaissance de certains épisodes de l’histoire de France.

C’est le cas des massacres du 17 octobre 1961 dont plusieurs archives importantes sont devenues inaccessibles car elles ont tout simplement été détruites. Ont notamment disparu les archives de la brigade fluviale, service qui repêchait des cadavres que l’on trouvait à cette époque-là dans la Seine et ses affluents7. Pour aller plus loin, on pourra lire, sur ce site, l’article “Secret des archives et raison d’État” de René Gallissot.

Le début de la préface de Jean-Luc Einaudi à la dernière édition de son livre Octobre 1961, un massacre à Paris 8, que nous reprenons ci-dessous, donne une idée des répercussions que ces événements tragiques ont pu avoir à l’intérieur du monde des archives.

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Hommages aux victimes de l'OAS

Inauguration à Paris d’une stèle en hommage aux victimes de l’OAS

Le maire de Paris, Bertrand Delanoë, et sa première adjointe, Anne Hidalgo, ont inauguré jeudi 6 octobre 2011 au cimetière du Père-Lachaise à Paris une stèle en hommage aux victimes de l’OAS, une initiative inédite en France.

Le 8 février 2011 le Conseil de Paris avait voté à l’unanimité en faveur de la pose de cette stèle. Le vote des élus avait eu lieu le jour anniversaire de la manifestation organisée à Paris le 8 février 1962 pour dénoncer les agissements de l’OAS et la guerre d’Algérie. Une manifestation qui s’était terminée par un massacre à la station de métro Charonne.

Vous trouverez ci-dessous des dépêches d’agence relatant cet événement, suivies de l’intervention de Jean-François Gavoury, président de l’Anpromevo9.
Le site internet de la Ville de Paris propose un reportage sur cette cérémonie.

[Mis en ligne le 5 octobre 2011, mis à jour le 7]

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“Fatima pour mémoire”, par Didier Daeninckx

Le 17 octobre 1961– c’était un mardi – des milliers d’Algériens et d’Algériennes
défilèrent dans Paris pour protester contre le couvre-feu qui leur était imposé par le préfet Maurice Papon. Si, depuis plus de cinq ans, la guerre faisait rage en Algérie, cette manifestation organisée par le FNL était pacifiste. Les hommes et les femmes s’étaient endimanchés, certains vinrent avec leurs enfants. Ils ne portaient aucune arme, avaient consigne de ne répondre à aucune violence. Mais sur les ponts, au sortir des métros… les forces de l’ordre les attendaient. La répression fut féroce: des milliers de blessés, des dizaines de morts – jusqu’à 300, affirme l’historien Jean-Luc Einaudi. Durant des jours, des cadavres furent retrouvés dans la Seine. Officiellement, il n’y a eu que deux morts. Aujourd’hui encore, l’Etat nie les faits historiquement établis et, sous couvert de raison d’Etat, empêche de faire toute la lumière sur cette répression féroce.

Jusqu’au 17 octobre 2011, jour du cinquantenaire de ce mardi macabre,
Mediapart publie, en association avec Au Nom de la Mémoire, collectif animé
par Mehdi Lallaoui et Samia Messaoudi, les textes de 17 écrivains, hommes et
femmes, français et algériens, rappelant le souvenir de cet épisode sombre et
honteux de notre histoire – ces textes seront publiés en librairie. Ci-dessous le texte de Didier Daeninckx, auteur en 1983 de Meurtres pour mémoire (Gallimard), un roman noir dont l’action se situe le 17 octobre 1961.

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Le 17 octobre 1961

Benjamin Stora : dans les eaux glacées de la mémoire du 17 octobre 1961

Le 17 octobre 1961, à l’appel du FLN une manifestation pacifique est organisée pour protester contre le couvre-feu discriminatoire instauré par le Préfet de police Maurice Papon. Les forces de l’ordre dispersent cette manifestation avec une grande violence : selon les historiens, on compte aux alentours de 100 à 200 morts et disparus et 2300 blessés.

Les massacres qui se sont déroulés à Paris servent de toile de fond à Octobre noir, une BD dont Didier Daeninckx est le scénariste et Mako le dessinateur, et qui rend hommage à Fatima Bédar, tuée pendant la manifestation, mais aussi à tous les anonymes qui ont participé à cette tragédie. Benjamin Stora en a écrit la préface reprise ci-dessous.

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Marseille

Théo Balalas … hélas, hélas …

Ancien de l’OAS «où il a travaillé avec Gilles Buscia10», puis cofondateur en 1972 du Front national à Marseille, Théodore Balalas (alias Théo) est passé au socialisme sous Gaston Defferre. Tout en restant membre de l’Adimad, association des anciens détenus de l’OAS, Théo Balalas a adhéré au Parti socialiste vers la fin des années 70. Il y a joué les intermédiaires avec l’extrême droite locale jusqu’au début des années 90, et il y a présidé pendant une dizaine d’années l’importante Commission des adhésions de la fédération du PS des Bouches-du-Rhône.

Dans son livre Derrière les lignes du Front récemment publié, Jean-Baptiste Malet, journaliste d’investigation et rédacteur à Golias Hebdo, rapporte que Théo Balalas est toujours membre de l’Adimad, association de nostalgiques dont un fait de gloire est la pose d’une stèle commémorative des combattants de l’Algérie française au cimetière de Marignane.

Mais, aujourd’hui, Malek Boutih demande son exclusion du PS, au motif qu’un «facho n’a pas sa place au Parti socialiste» – démarche fréquemment mal comprise dans le midi méditerranéen, l’organisation terroriste y bénéficiant souvent d’une indulgence pour le moins surprenante11.

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La petite Delphine Renard
Charonne 8 février 1962

 8 février 1962 : massacre à la station Charonne

Le 8 février 1962, au moment de la dispersion d’une manifestation pacifique de protestation contre une série d’attentats de l’OAS à Paris, une violente charge de policiers provoque la panique. Bilan : huit morts (plus un qui décédera des suites de ses blessures), des dizaines de blessés, dont certains très grièvement…

Aucun responsable du massacre de Charonne n’a été jugé, aucune sanction n’a été prononcée… Pas de coupable ! Il est vrai que la tolérance dont bénéficient les violences policières fait partie du patrimoine culturel de notre pays.

Par ailleurs on peut se demander avec Pierre Vidal-Naquet comment les victimes des policiers au métro Charonne «avaient effacé dans la mémoire du pays […] le crime majeur du 17 octobre12», avant que les massacres d’Algériens en octobre 1961 ne ré-émergent dans la mémoire collective française.

[Cette page, mise au point le 23 septembre 2011, n’a été mise en ligne que le 30]

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Harkis

les Harkis attendent une reconnaissance et non des médailles

Le 25 septembre 2001, le président Jacques Chirac a institué le 25 septembre de chaque année comme journée nationale d’hommage aux harkis. À la veille du dixième anniversaire de cette décision, il semble malheureusement que le président Nicolas Sarkozy n’ait toujours pas l’intention d’honorer sa promesse du 31 mars 2007 de «reconnaître officiellement la responsabilité de la France dans l’abandon et le massacre de harkis ».

Après la Ligue des droits de l’Homme, l’association Harkis et droits de l’Homme demande solennellement au président de la République de respecter son engagement.

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Maurice Papon, préfet de police en octobre 1961, arrive au tribunal de Paris en 1999 (Reuters)
Le 17 octobre 1961

“ici on noie les Algériens, 17 octobre 1961”, film de Yasmina Adi

Un film documentaire de 1h30, réalisé par Yasmina Adi, sur les massacres du 17 octobre 1961 à Paris, sortira en salle le 19 octobre prochain : Ici on noie les Algériens, 17 octobre 1961.

A l’occasion du cinquantenaire de la violente répression sur ordre du préfet de police Maurice Papon de la manifestation d’Algériens,
Yasmina Adi, dont on se rappelle le documentaire l’autre 8 mai 1945 – aux origines de la guerre d’Algerie (2008) a voulu réaliser ce nouveau film Ici on noie les Algériens – 17 octobre 1961 pour que la vérité remplace les non-dits et pour faire émerger la dimension politique et humaine de cet épisode trop longtemps tu.

Le film sera projeté à Toulon, au cinéma Le Royal dès le 20 octobre. La projection du jeudi 20 octobre à 20 heures sera suivie d’un débat organisé par la section de Toulon de la Ligue des droits de l’Homme ; une affichette présentant cette séance est téléchargeable (pdf) – merci de la diffuser.

[Mis en ligne le 17 septembre 2011, mis à jour le 22]

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les massacres du 17 octobre 1961 vus à travers les journaux télévisés de 1996 à 1999

Il y a cinquante ans, le 17 octobre 1961, la manifestation pacifique des Algériens, qui défilaient dans Paris à l’appel du FLN pour protester contre le couvre-feu qui leur était imposé, fut réprimée avec une très grande brutalité par la police. On ne saura jamais le nombre exact des Algériens qui ont succombé sous les coups de la police de Papon, mais on sait qu’ils ont été des dizaines sinon des centaines, que des dizaines d’entre d’eux furent jetés dans la Seine, et que plus de 11 000 furent interpellés.

Le nombre des victimes et la brutalité de la répression ont longtemps été occultés par Maurice Papon. Le 20 mai 1998, Jean-Luc Einaudi écrivit dans Le Monde: « En octobre 1961, il y eut à Paris un massacre perpétré par des forces de police agissant sous les ordres de Maurice Papon ». Papon lui intenta un procès pour diffamation. C’est la relaxe dont bénéficia Jean-Luc Einaudi en février 1999 qui permit d’établir la réalité d’une répression d’une violence inouïe.

Les extraits de bulletins d’information télévisés de 1996 à 1999, repris ci-dessous des archives de l’INA, permettent de suivre la mise au jour progressive de la réalité des massacres d’octobre 1961 à Paris.

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