4 000 articles et documents

Édition du 1er au 15 février 2026

La société française face à l’héritage de son passé colonial

“les colonies d'Asie” (escalier de la gare Saint-Charles à Marseille)
Villes du Midi et mémoire de l'Algérie française

Tourisme en nostalgérie, Le Ravi (été 2011)

Dans son numéro de juillet-août 2011, le Ravi, mensuel satirique de la région PACA, proposait sous le titre « Balade touristique nostalgérique », en guise de dépaysement, un petit circuit permettant de découvrir une véritable spécialité locale : les lieux de mémoires des nostalgiques de l’Algérie française. Voici le circuit suggéré par le Ravi1 ; vous pourrez le compléter avec la page consacrée aux monuments du pourtour méditerranéen qui rendent hommage à l’OAS.

Lire la suite »

Les essais nucléaires français étaient-ils quasiment inoffensifs ?

C’est la première question qui vient à l’esprit quand on prend connaissance des conclusions de la Commission d’Indemnisation des Victimes des Essais Nucléaires (CIVEN) : elle vient de rejeter 127 demandes d’indemnisation sur les 129 dossiers qu’elle a examinés.

Mais ce n’est pas l’avis de l’Association Vétérans des essais nucléaires, qui se battent avec les forces qui leur restent pour obtenir une indemnisation de toutes les personnes contaminées au cours de ces essais.

Ce n’est pas non plus l’avis du Docteur Christian Sueur qui met en cause, dans un article très documenté, le manque d’impartialité dont a fait preuve l’État français en confiant le suivi sanitaire des essais nucléaires au Ministère de la Défense : «Il est donc urgent de mettre en place, de façon indépendante des autorités militaires et du Service de Santé des Armées, une telle enquête scientifique, afin d’objectiver la réalité de ces pathologies génétiques transmises de façon transgénérationnelles, et de prévoir la mise en place des structures sanitaires de dépistage et de soins médico-psychologiques, et des structures médico-éducatives nécessaires pour ces enfants et leurs familles.»2

Lire la suite »
La manifestation organisée à Paris le 8 février 1962, pour dénoncer les agissements de l'OAS, avait été réprimée de façon particulièrement violente sur ordre de Maurice Papon – 8 morts au niveau du métro Charonne. (Graphisme : d'après Siné)
Les “banlieues”

Chaque violence illégitime contre un manifestant incitera des dizaines de ses camarades à vouloir le venger

Aurait-on déjà oublié le motif initial des émeutes en Grande Bretagne ? Il s’agit de la mort de Mark Duggan, un Antillais de 29 ans, abattu le 4 août par des policiers dans le quartier de Tottenham au nord de Londres. Mark Duggan était soupçonné d’appartenir à un gang. Les policiers ont justifié l’usage de leur arme en invoquant la légitime défense. La colère est venue de là, de l’homicide bien entendu, mais également de la relation par la police des circonstances de cette mort, une relation qui n’a pas convaincu le quartier. Et Tottenham s’est embrasé comme Clichy-sous-Bois en octobre 2005, puis Villiers-le-Bel en novembre 2007.

Dans ces deux derniers cas, la police avait commencé par chercher à s’exonérer de toute responsabilité : à Clichy, « les enfants n’étaient pas poursuivis », et à Villiers-le-Bel, « le véhicule de police circulait normalement ». Dans ces deux cas, la relation des faits s’est avérée fausse, mais aucun des policiers impliqués n’a été sanctionné, alors que ce sont les inexactitudes de leurs déclarations qui ont provoqué les émeutes qui ont suivi.

L’avocat Jean-Pierre Mignard, observe sur son blog que le même processus s’est déroulé à Londres : l’IPPC (l’Independant Police Complaints Commission) a fait savoir le 9 août que rien ne démontrait que Mark Duggan se soit servi de son arme ou qu’il ait tenté de s’en servir. La thèse de la légitime défense s’effondre donc.

Jean-Pierre Mignard rappelle d’autre part que, en mai 1968, Maurice Grimaud, alors préfet de police de Paris, avait su, en leur rappelant des règles déontologiques élémentaires, calmer les fonctionnaires de police et contenir la violence qu’ils ont exercée sur les manifestants parisiens. La lettre que Maurice Grimaud avait adressée le 29 mai 1968 à chaque membre de la police parisienne est reprise ci-dessous3. Jean-Pierre Mignard signale d’ailleurs que, lors des émeutes de Clichy en 2008, l’actuel préfet de police Michel Gaudin avait fait afficher cette lettre dans les commissariats.

Lire la suite »
cerveau_raciste.gif
Racisme de couleur et islamophobie

une mauvaise blague de potache qui témoigne de la banalisation du racisme

« Lorsqu’il y en a un, ça va, c’est lorsqu’il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes » avait déclaré Brice Hortefeux, alors ministre de l’Intérieur, lors de l’université d’été 2009 de l’UMP, à propos d’un militant UMP d’origine arabe.

Il y a un mois, la Droite populaire du député Lionnel Luca organisait un apéritif «saucisson vin rouge» dans les locaux de l’Assemblée nationale.

Ces jours-ci, un élu municipal UMP de la commune de La Colle-sur-Loup (Alpes-Maritimes) raille l’accent maghrébin dans un mail envoyé le jour de l’ouverture du Ramadan.

Les dirigeants politiques dont les propos alimentent les préjugés racistes sont-ils conscients de leur responsabilité dans la banalisation des comportements inadmissibles ?

Lire la suite »
“OAS veille”, graffiti à Alger 1962 (© Marc Garanger)
Hommages aux victimes de l'OAS

Terrorisme : n’oublions pas les victimes de l’OAS !

Le terrorisme – faire la guerre en visant délibérément des civils – revient régulièrement à la une de l’actualité. Le terrorisme du passé reste l’objet de débats et les souffrances qui y sont attachées toujours aussi vives.

La guerre d’Algérie en est un exemple : l’attentat du Milk Bar organisé par le FLN en septembre 1956 à Alger sera abordé lors du Congrès international de victimes du terrorisme qui se réunira à Paris en septembre prochain.
Mais il semblerait qu’il ne soit pas prévu d’y évoquer le terrorisme de l’OAS. Certes toutes les condamnations en liaison avec la guerre d’Algérie sont amnistiées, mais les faits demeurent, ineffaçables, et on ne peut oublier le terrorisme auxquels se sont livrés il y a une cinquantaine d’années certains des tenants de l’Algérie française, entraînant plus de 2 200 morts, civils ou militaires.

L’assassinat le 15 mars 1962, quelques jours avant le cessez-le-feu, de six dirigeants des Centres sociaux éducatifs, reste un des plus abominables exemples de terrorisme, mais l’indignation qu’il a immédiatement soulevée n’a pas empêché les membres de l’OAS de poursuivre leur œuvre de mort et de destruction.

Des travaux d’historiens ont rappelé ce que fut le terrorisme de l’OAS5, tandis que Mohammed Harbi, dans un entretien donné en 2002, insiste sur les conséquences dramatiques à long terme des violences exercées par le FLN.

Lire la suite »
(Photo : Reuters/Toussaint Kluiters)
Foulard et voile

Des femmes expliquent pourquoi elles portent le voile intégral

L’Open Society Institute de George Soros a publié en avril 2011 le résultat d’une enquête intitulée Un voile sur les Réalités, portant sur 32 femmes qui vivent en France avec le voile intégral6. «Il s’agissait de donner la parole à ces femmes que l’on avait peu entendues lors du débat», a expliqué Naïma Bouteldja, auteure de cette étude.

Il est dommage que l’échantillon de femmes n’ait pas été plus important, ce qui limite les conclusions que l’on peut tirer de cette étude. Mais la lecture du rapport d’enquête est suffisamment intéressante pour que nous en ayons repris les résultats principaux – on apprend par exemple que la plupart de ces femmes sont entrées en conflit avec leur entourage lorsqu’elles ont adopté cette tenue.

Pour aider à la compréhension, nous avons ajouté en fin de cet article un petit lexique qui explicite le sens de quelques mots.

Lire la suite »

victimes du terrorisme : la mémoire sélective

Un congrès international de victimes du terrorisme doit se réunir à Paris en septembre prochain. De nombreuses situations dramatiques y seront évoquées, la plus ancienne étant le terrible attentat du Milk Bar organisé par le FLN, à Alger, en septembre 1956.

Les attentats ont été nombreux à Alger en 1956-1957. Le plus sanglant, celui de la rue de Thèbes en août 1956 – officiellement 16 morts, en réalité plusieurs dizaines, tous algériens – a été commis par l’Organisation de la résistance de l’Algérie française (ORAF) de René Kovacs et Jean-Claude Perez7. Voici comment François Mitterrand, alors ministre de la Justice, a évoqué ce groupe terroriste au cours de sa déposition au procès Salan, le 18 mai 1962 :
«L’ORAF disons que c’était une première mouture de l’OAS. […] C’était un organisme de combat, le plus brut, le plus simple et, je n’hésite pas à le dire, le plus criminel à mes yeux.8»

Pourquoi les organisateurs du Congrès n’ont-ils pas prévu de donner également la parole aux familles des victimes de l’attentat de la rue de Thèbes ? Les familles de victimes des «ultras» de l’Algérie française ont-elles été invitées ?

[Mis en ligne le 26 juillet 2011 – le P.-S. a été ajouté le 27]

Lire la suite »
fillon_abidjan4.jpg
Identité nationale

François Fillon est-il atteint du syndrome de l’ivoirité ?

Dans un entretien donné en juin 2007, Laurent Bazin, président de l’association française des anthropologues, qui a lui-même longtemps travaillé sur la question de la Côte d’Ivoire, faisait le rapprochement entre l’utilisation du thème de l’identité nationale en France et «l’expérience tragique de l’ivoirité» en Côte d’Ivoire. Mais François Fillon, ne semblant pas disposer d’une culture suffisante de l’histoire de l’Afrique pour pouvoir faire le rapprochement, n’a sans doute pas perçu l’analogie entre les deux situations.

«La crise ivoirienne trouve son origine dans une dérive xénophobe qui diabolise l’autre, le voisin avec qui on vit depuis des années. L’autre devient alors le représentant abstrait d’un mal absolu qu’il faut éradiquer soit en le chassant soit en le tuant. Tant que perdurera en Côte d’Ivoire cette idéologie d’exclusion, le respect des droits fondamentaux de toutes les personnes qui habitent ce pays semble impossible.» (Amnesty international, nov. 2004)

Lire la suite »
C'est au jugement qui a conduit au démantèlement de la stèle 1ère version que se sont attaqués deux particuliers. Ils ont perdu. / PHOTO ARCHIVES M.S.
Marignane

Marignane : retour de la stèle devant le tribunal administratif

Le préfet des Bouches du Rhône vient de déférer au tribunal administratif la délibération du Conseil municipal de Marignane qui avait permis le retour de la stèle pro-OAS au cimetière Saint-Laurent Imbert.

Cette démarche présente l’intérêt de renforcer la procédure initiée par cinq personnes, descendant de victimes de l’OAS, et par une association, Les amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et de leurs compagnons. Mais un autre point témoigne de l’importance accordée par le représentant de l’Etat à ce dossier : en effet, son déféré, sur lequel le tribunal ne pourra statuer au fond avant de longs mois, se double d’un référé-suspension, marquant l’urgence que le préfet attache à la cessation du préjudice grave résultant de l’exécution d’une délibération dont la légalité lui apparaît affectée d’un doute sérieux.

Un dossier d’Emmanuelle Elbaz publié dans La Provence le 10 avril 20119, complété le 24 juillet 2011 par une décision de justice.

[Mis en ligne le 10 avril 2011, mis à jour le 24 juillet 2011]

Lire la suite »
voile.jpg
Foulard et voile

Sanctionner les femmes qui portent la burqa ne les libérera pas

Dans un texte repris de son blog, le Commissaire européen aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, Thomas Hammarberg, exprime une nouvelle fois son inquiétude devant la montée de l’islamophobie et des préjugés à l’encontre des musulmans. Le débat sur l’interdiction de la burqa et du niqab dans les lieux publics a fait diversion en détournant l’attention de problèmes beaucoup plus profonds et a contribué à miner l’esprit de tolérance en Europe.

En complément : lire le rapport « Un voile sur les réalités – 32 musulmanes de France expliquent pourquoi elles portent le voile intégral » de l’Open Society Foundations.

Lire la suite »
De juillet 1966 à janvier 1996, la France a procédé, sur Mururoa et Fangataufa, deux atolls de Polynésie française, à 193 tirs atmosphériques puis souterrains. (AFP/ERIC FEFERBERG)
Les essais nucléaires français en Algérie

Les vétérans des essais nucléaires s’élèvent contre les premières décisions de la commission d’indemnisation

Dans un communiqué publié le 11 juillet 2011, l’Association des Vétérans des essais nucléaires (AVEN) s’émeut des premières décisions de la Commission d’indemnisation (CIVEN) : 11 refus et une seule acceptation. L’association décide de faire un recours devant le tribunal administratif.

En Polynésie, face à la recrudescence de cancers qu’elle ne peut plus financièrement assumée, la Caisse de prévoyance sociale aurait décidé de déposer plainte contre l’État.

Lire la suite »