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Édition du 1er au 15 février 2026

La société française face à l’héritage de son passé colonial

Des manifestants algériens arrêtés à Puteaux le 17 octobre 1961. AFP/Fernand Parizot
Le 17 octobre 1961

remise des 10 000 premières signatures de l’appel à la reconnaissance des massacres du 17 octobre 61

Des manifestants algériens arrêtés à Puteaux le 17 octobre 1961. AFP/Fernand Parizot
Des manifestants algériens arrêtés à Puteaux le 17 octobre 1961. AFP/Fernand Parizot

C’est un massacre colonial dont la France officielle a jusqu’à présent refusé d’admettre l’existence. Il ne s’est pas déroulé en Algérie, au Cameroun ni à Madagascar, mais à Paris, ville-lumière, ville des Lumières… Le 17 octobre 1961, des dizaines d’Algériens et d’Algériennes ont été tués, certains en étant jetés à la Seine, alors qu’ils ne savaient pas nager, pour avoir osé braver le couvre-feu qui leur était imposé. D’autres ont été battus à mort dans la cour de la Préfecture de police ou dans ses annexes, cette même Préfecture où, l’on va, aujourd’hui, retirer son permis de conduire ou une carte de séjour, sans oublier celles et ceux qui y célèbrent leur naturalisation.

Il n’y eut aucune enquête officielle, aucune inculpation ou mise en cause … mais, aujourd’hui, le 17 octobre est lourd d’enseignements : il nous rappelle le rôle ambigu de la gauche française pendant la Guerre d’Algérie, mais également que la France officielle a toujours aussi mal à sa mémoire coloniale – cette France qui s’en va donner des leçons mémorielles à la planète entière.
Il nous rappelle aussi que, finalement, l’idéologie raciste et coloniale perdure en France.

C’est tout cela qu’ont compris nombre de ceux qui ont manifesté le 17 octobre 2011 ou qui ont signé l’appel de Mediapart demandant une reconnaissance officielle de ce massacre1 – appel qui sera prochainement remis aux plus hautes autorités françaises avec l’espoir des 10 000 premiers signataires d’être entendu.

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Une insulte à la République.
Jean-François Collin

La légion d’honneur à Jean-François Collin : une insulte à toutes les victimes de la guerre d’Algérie

Jean-François Collin, président de l’Association de défense des intérêts moraux des anciens détenus (ADIMAD), composée d’anciens activistes de l’OAS, a été nommé chevalier de la Légion d’Honneur, par un décret du 5 mai 2011.

Plusieurs associations, telles l’ANPNPA (Association des pieds-noirs progressistes et leurs amis) et la 4ACG (Association des anciens appelés en Algérie et leurs amis contre la guerre), s’indignent de cette nomination et des conditions dans lesquelles elle a été officiellement remise le 1er novembre 2011, lors d’une cérémonie devant la stèle des fusillés de l’OAS au cimetière Saint-Laurent-Imbert de Marignane.

On ne peut oublier le terrorisme auxquels se sont livrés il y a une cinquantaine d’années les membres de cette organisation de tenants de l’Algérie française responsables de plus de 2 200 morts.

Les membres de la Commission « Mémoire-Histoire » de la FNACA (Fédération nationale des anciens combattants en Algérie, Maroc et Tunisie), réunis à Paris le 11 octobre 2011, ont déclaré cette distinction insupportable, à quelques mois du 50e anniversaire de la fin de la guerre d’Algérie. La commission rappelle dans un communiqué que « la complaisance affichée publiquement, par certains représentants de l’État, aux anciens activistes de l’OAS, les hommages rendus à leurs représentants, ne peuvent que choquer profondément les Algériens et les Français qui en ont été victimes. Ces comportements font obstacle à la réconciliation. Ils fragilisent la mise en œuvre de relations [apaisées entre les] deux pays.»

De son côté, Jean-François Gavoury, président de l’ANPROMEVO, interpelle les autorités concernées.

[Mis en ligne le 2 novembre 2011, mis à jour le 8]

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Bigeard aux Invalides !

En 2001, le général Bigeard téléphone au général Aussaresses qui avait déclaré en novembre 2000 s’être «résolu à la torture», et lui demande : «Pourquoi n’as-tu pas fermé ta gueule?»2

Seize mois après son décès, les cendres du général Marcel Bigeard devraient être transférées aux Invalides – et non au Panthéon comme cela a pu être écrit.

Il souhaitait qu‘elles soient larguées au-dessus de Dien-Bien-Phu, là où reposent ses camarades tombés pendant la guerre d’Indochine. Les cendres du Général Marcel Bigeard seront finalement déposées aux Invalides aux côtés des gouverneurs, des maréchaux de France et des plus illustres chefs militaires de la nation. […] Né à Toul en 1916, le général Bigeard est décédé le 18 juin 2010.

(EstRepublicain.fr, le 24 octobre 2011)

[Mis en ligne le 18 juin 2010, mis à jour le 25 octobre 2011]

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les harkis : ni rapatriés comme les autres, ni français comme les autres

Le terme harki est utilisé de nos jours pour désigner l’ensemble des
« Français musulmans d’Algérie » qui ont été engagés dans ou au côté de l’armée française. La terminologie utilisée par l’administration pour les désigner a varié dans le temps: Français musulmans rapatriés (FMR) à partir de 1962, puis Français rapatriés de confession islamique (FRCI) en 1970 et enfin Rapatriés d’origine nord africaine (RONA) dans les années 1980. Pour les autorités françaises, ce n’étaient ni des rapatriés comme les autres, ni des Français comme les autres.

Cette logique de «catégorisation» traduisait une gestion discriminatoire de leur prise en charge : à leur arrivée en France ils ont été d’abord logés dans des camps de transit, puis relogés par la SONACOTRA qui était pourtant chargée des travailleurs migrants étrangers. Pour les HLM, ils n’étaient pas prioritaires, une directive (circulaire Missoffe de 1964) ayant précisé qu’ils ne pouvaient y accéder qu’après les « Rapatriés français de souche européenne ».

Dans l’intervention que nous reprenons ci-dessous, Laure Pitti3. revient sur les modes d’administration discriminants qu’ont rencontrés les harkis en France.

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Rony Brauman : «la Libye est une dangereuse “revanche sur l’Irak”»

Rony Brauman, ancien président de l’association Médecins sans frontières (de 1982 à 1994), est professeur associé à l’Institut d’études politiques de Paris. Il a été l’un des premiers intellectuels à critiquer la guerre en Libye décidée par Sarkozy. Au lendemain de la mort de Kadhafi, il s’inquiète de ce nouveau «modèle» de guerre qui s’est déroulé en Libye.

Les propos de Rony Brauman, recueillis par Joseph Confavreux, ont été initialement publiés le 21 octobre sur le site de Médiapart4, et repris sur différents sites internet.

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le massacre du 17 octobre 1961 : vers une reconnaissance politique ?

Plus personne ne conteste la réalité du massacre des Algériens d’octobre 1961, et, en février 1999, un substitut a reconnu ce « massacre », mais, jusqu’à présent, il ne s’est pas trouvé un seul représentant des plus hautes autorités de l’État pour évoquer publiquement la responsabilité de l’État dans ce sinistre épisode de la guerre d’Algérie.

Aujourd’hui, alors que la pétition lancée par Mediapart a reçu près de 9 000 signatures en une semaine, la droite continue à s’en tenir à un refus hautain, tandis que la gauche semble prête à voter une loi reconnaissant le massacre des Algériens.

Pierre Tartakowsky, président de la Ligue des droits de l’Homme, déclare n’avoir « qu’un seul regret, c’est de constater que le gouvernement ne dit mot, et n’éclaire pas ce qui doit être éclairé ». Il poursuit : « On ne construit pas la démocratie […] sur l’oubli ou sur le mensonge ». 5

[Mise en ligne le 19 octobre 2011, mis à jour le 21]

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Un bidonville parisien en 1960
Le 17 octobre 1961

la LDH de Toulon, le 17 octobre 2011 : “indignons-nous … engageons-nous !”

Un ancien habitant d’un bidonville de Bezons – il avait 8 ans en 1961 – a écrit son témoignage dont voici un large extrait6 :

«Le 17 octobre 1961, les Algériens ont voulu exprimer pacifiquement pour dire halte aux discriminations, aux rafles, aux ratonnades, mais aussi à la misère subie.

«50 ans après, je n’arrive pas à comprendre pourquoi la France et l’Algérie n’arrivent toujours pas à se réconcilier et à construire un avenir commun, sans pour autant oublier ce qui s’est passé. Après d’énormes déchirures, d’autres peuples ont réussi à marcher ensemble, alors pourquoi ne pas y parvenir nous aussi ?

«Pour moi, il y a des points communs entre le 17 octobre 1961 et la Journée mondiale du refus de la misère. En effet, il s’agit de deux combats pour la liberté, le bien-être, la volonté de vivre décemment et le refus de la violence subie. La misère génère aussi une violence. Par exemple quand après une vie de travail, on se retrouve sans emploi et pas assez d’argent pour manger, payer son loyer et faire vivre sa famille.

«Par ailleurs, le 17 octobre 1961 et la Journée mondiale du refus de la misère sont deux manifestations pacifiques, mais il n’empêche que tout en étant pacifiques, elles portent en elles une forme de violence car en exprimant son refus, quelque part, cela est perçu comme une provocation par les personnes qui nous contraignent à vivre dans de telles conditions.»

Voila pourquoi la section de Toulon de la Ligue des droits de l’Homme s’est associée au Comité du refus de la misère pour commémorer ensemble les massacres du 17 octobre 1961, et voici le texte de son intervention, le 17 octobre 2011, sur le parvis des droits de l’Homme à Toulon.

[Mis en ligne le 17 octobre 2011, mis à jour le 19]

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reconnaître le crime d’État du 17 octobre 1961 et permettre l’accès aux archives

Afin que la lumière puisse être faite sur le massacre des Algériens par la police parisienne le 17 octobre 1961, la Ligue des droits de l’Homme demande dans un communiqué que soit assurée la liberté d’accès aux archives concernant cet événement dramatique.

L’historien Gilles Manceron, auteur de La Triple occultation d’un massacre (publié avec Le 17 octobre des Algériens, de Maurice et Paulette Péju, éd. La Découverte), revient sur l’occultation de ce massacre dans la mémoire collective et explique les mécanismes qui ont contribué à cette amnésie organisée.

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Le 17 octobre 1961

le détournement des travaux d’une historienne sur le massacre du 17 octobre 1961

Linda Amiri est une chercheuse en histoire, auteure de deux ouvrages sur le 17 octobre 1961 : La Bataille de France, la guerre d’Algérie en métropole (Editions Robert Laffont, 2004) et Les Fantômes du 17 octobre 1961 (Editions mémoires-génériques, 2001).
Historienne reconnue par la communauté scientifique, elle voit ses travaux détournés par des groupuscules d’extrême droite qui tentent par ce moyen dérisoire de s’opposer à l’émergence de la vérité à propos du massacre du 17 octobre 1961 à Paris.

La Ligue des droits de l’Homme proteste contre ces manœuvres et apporte son entier soutien à Linda Amiri.

Les réactions de deux hommes politiques locaux – Lionnel Luca, député-maire de Saint-Laurent-du-Var, et Christian Estrosi, député-maire de Nice – montrent que les préjugés coloniaux continuent à prospérer dans le midi méditerranéen.

[mis en ligne le 17 octobre 2011 à 15h, mis à jour à 23h25]

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Gilles Manceron : “le déni de la réalité” est voué à l’échec

Pour Gilles Manceron, le déni par les autorités françaises de la répression du 17 octobre 1961, et, plus généralement, l’absence de reconnaissance des importantes atteintes aux droits de l’homme qui ont émaillé le passé colonial de la France sont des combats d’arrière-garde.

Dans les deux entretiens que nous reprenons, l’historien exprime sa conviction que, l’exigence de reconnaissance étant de plus en plus forte, ces combats sont voués à l’échec.

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Le 17 octobre 1961

 17 octobre 1961 : nouveaux films, nouveaux livres

Le 17 octobre 1961, à l’appel du FLN une manifestation pacifique est organisée à Paris pour protester contre le couvre-feu discriminatoire instauré par le Préfet de police Maurice Papon. Les forces de l’ordre la dispersent très violemment : selon les historiens, on compte aux alentours de 100 à 200 morts et disparus et 2300 blessés
– voir un résumé de ces événements.

A l’occasion du cinquantième anniversaire de ces massacres :

– deux films sortent en salle ; ils complètent Le silence du fleuve réalisé en 1991 par Mehdi Lallaoui et Agnès Denis, et ceux de Daniel Kupferstein :

– plusieurs livres sont publiés :

[Mis en ligne le 10 septembre 2011, mis à jour le 16 octobre]

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