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Édition du 1er au 15 février 2026

La société française face à l’héritage de son passé colonial

Marcel Bigeard, symbole des “violences de détail”,
du Tonkin à Alger,
par Alain Ruscio

Au moment où le projet de transférer les cendres du général Bigeard aux Invalides est à l’origine d’un texte de protestation qui a déjà été signé par 1 700 citoyennes et citoyens, il est bon de rappeler que les tortures et exactions, qui connurent un apogée lors de la guerre d’Algérie, furent hélas très anciennes et très fréquentes sous les tropiques, à l’ombre du drapeau tricolore. Nous reprenons l’article initialement publié dans Le Monde diplomatique en juin 2001 de l’historien Alain Ruscio, par ailleurs l’un des initiateurs de l’appel Non aux cendres de Bigeard aux Invalides.

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Bigeard aux Invalides : la justification du recours à la torture

Les cendres du général Marcel Bigeard, décédé en juin 2010, vont être transférées à l’Hôtel des Invalides à Paris1.

Aux côtés des dépouilles de ses gloires militaires, la France honorera ainsi un général connu pour avoir couvert l’usage de la torture, notamment en Algérie – ce qui ne manquera pas de toucher nos amis algériens, à la veille du cinquantenaire de leur indépendance. Tout en se défendant de l’avoir personnellement pratiquée, Marcel Bigeard a en effet justifié le recours à la torture avec l’argument habituel – un «mal nécessaire» pour éviter les morts innocentes … Mais, grâce aux amnisties successives, il n’a jamais eu à en répondre.

Amnesty International avait rappelé dans un communiqué, le 24 novembre 2000, que «en application des Conventions de Genève et du droit coutumier international», «les crimes contre l’humanité sont imprescriptibles» et que les responsables doivent être traduits en justice. Et l’organisation avait déploré « le manque de volonté politique des gouvernements français successifs [qui] a contribué à présenter la torture, les exécutions sommaires et les « disparitions » comme des maux nécessaires».

Depuis lors, les gouvernements successifs n’ont pas considéré ce problème comme prioritaire. Heureusement qu’il s’était trouvé des “justes”, pour condamner ces “dérives” : le général de Bollardière, mais également Paul Teitgen dont nous reprenons ci-dessous un témoignage sur l’usage de la torture.

[Mis en ligne le 18 novembre 2011, mis à jour le 29]

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L’hommage contestable rendu au commandant Hélie de Saint Marc

Le commandant Hélie Denoix de Saint Marc, 89 ans, a été élevé à la dignité de grand-croix de la Légion d’honneur par un décret du Président de la République paru samedi 26 novembre 2011 au Journal officiel2. Les insignes de la plus haute distinction française lui seront remis lundi 28 novembre en fin de matinée par Nicolas Sarkozy dans la cour d’honneur de l’Hôtel national des Invalides.

Entré dans la Résistance en février 1941, puis déporté en 1943 au camp de Buchenwald, Hélie Denoix de Saint Marc commandait par intérim le 1er régiment étranger de parachutistes (REP, Légion étrangère) qui a été le fer de lance du putsch manqué d’avril 1961. Le 1er REP ayant été dissous le 30 avril 1961, une partie de l’effectif déserte et rejoint l’OAS. Denoix de Saint Marc qui s’était constitué prisonnier, a été condamné le 5 juin 1961 à dix ans de détention criminelle – voir sa déclaration devant le Haut tribunal militaire. Libéré en décembre 1965, il avait été ensuite réintégré dans son grade de chef de bataillon (commandant) par l’amnistie de 19683. Il avait été élevé à la dignité de grand officier de la Légion d’honneur le 29 mars 20034.

Nous reprenons ci-dessous un large extrait de l’allocution prononcée le 29 mars 2003 par le général Michel Guignon, lors de son élévation à la dignité de grand officier. Sa lecture permet de comprendre le sens qu’il faut attribuer à cette nouvelle élévation : « aujourd’hui nous pouvons dire avec la plus grande conviction [que] votre récompense, c’est aussi notre récompense […] car elle vous a été attribuée au titre de la guerre d’Algérie. » Pendant la bataille d’Alger, en 1957, Hélie Denoix de Saint Marc était chef de cabinet du général Massu, chargé à partir de mai 1957 des relations avec la presse ; il était donc parfaitement au courant des pratiques mises en oeuvre durant la Bataille d’Alger – voir l’article de Gilles Manceron « Hélie Denoix de Saint-Marc ou la fabrication d’un mythe».

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appel : non à un hommage officiel au général Bigeard

Une protestation contre le transfert des cendres de Marcel Bigeard aux Invalides a été lancée il y a quelques jours, à l’initiative de la journaliste Rosa Moussaoui et de l’historien Alain Ruscio.

Afin de faire vivre cette pétition un site internet a été créé :
il suffit de cliquer sur nonabigeardauxinvalides
Tous ceux qui sont en accord avec cette démarche peuvent signer cette pétition, la relayer et inciter leurs « contacts » à faire de même.
Vous en trouverez le texte ci-dessous.

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Hélie Denoix de Saint-Marc ou la fabrication d’un mythe

Par décret du Président de la République en date du 25 novembre 20115 – paru au Journal officiel du 26 novembre 2011, le chef de bataillon Élie Denoix de Saint Marc est élevé à la la dignité de Grand-croix de la Légion d’Honneur, la plus haute distinction que la République puisse conférer.

Il est difficile de ne pas rapprocher cette information du déplacement annoncé des cendres du général Bigeard aux Invalides et de la nomination de Jean-François Collin au grade de chevalier de la Légion d’honneur.
À quelques mois de l’élection présidentielle, faudra-t-il donc y voir un nouvel élément d’une offensive de séduction dirigée vers certains milieux militaires nostalgériques ? Coïncidence ou pas, il reste que l’action de chacun de ces trois militaires reste liée à certains épisodes contestables de la guerre d’Algérie : le putsch d’avril 1961, l’usage de la torture, l’OAS.

Nous reprenons, ci-dessous, un débat télévisé qui s’est tenu en 1991 avec Hélie de Saint-Marc, sur l’usage de la torture, suivi d’un article de Gilles Manceron consacré à “Hélie Denoix de Saint-Marc ou la fabrication d’un mythe”, initialement publié sur ce site en avril 2007.

[Mis en ligne le 6 novembre 2011, mis à jour le 28]

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Rony Brauman : “c’est parce que la guerre est mauvaise en soi qu’il ne faut pas la faire”

Rony Brauman, ancien président de Médecins sans frontières (MSF) France, humanitaire convaincu mais critique, a alerté à de nombreuses reprises sur le danger que représente le «devoir d’ingérence» qui a été invoqué pour justifier la guerre en Libye. Les opérations militaires et humanitaires qu’il a suscitées ont souvent été plus destructrices que favorables à la diffusion de la démocratie.

Nous reprenons des extraits de ses déclarations publiées dans l’édition du 25 novembre du Monde. Elles ont été prononcées à l’occasion d’un débat organisé par Nicolas Truong (NT) entre Bernard-Henri Lévy (BHL) et Rony Brauman (RB). Bien que la situation en Syrie soit profondément différente de celle qui prévalait en Libye, les bruits de bottes qui se font entendre de façon croissante au Moyen-Orient incitent à lire avec attention les réflexions de Rony Brauman sur la guerre de Libye.6

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Bigeard aux Invalides : pourquoi ce serait une infamie

Pour Roland Rappaport, avocat, le transfert des cendres du général Bigeard à l’Hôtel des Invalides constituerait une violation des «obligations pesant sur les États signataires de la Convention internationale contre la torture» que la France a ratifiée en 1987.

A la suite de l’article de Me Rappaport repris du site Mediapart, vous trouverez ci-dessous une vidéo, enregistrée en septembre 1991, d’un débat sur l’usage de la torture en Algérie avec Paul Teitgen, Jacques Duquesne et Hélie Denoix de Saint Marc.

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Livres, films, spectacles pour la reconnaissance

“La France noire”, un livre dirigé par Pascal Blanchard

La France noire est une longue histoire. Elle commence au XVIIe siècle au moment du Code noir et elle traverse trois siècles d’histoire de France, trois siècles de présence de personnes venant des Caraïbes, de l’Afrique, de l’océan Indien ou d’Océanie. Des présences qui ont contribué à bâtir l’histoire politique, culturelle, artistique et économique de notre pays. Ce “beau livre” en raconte l’histoire, en montre les traces et les images, sans oublier les contradictions, du temps des « sauvages » à celui de la citoyenneté.

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Un Noir a six fois plus de chances d'être contrôlé par la police qu'un Blanc. (© Collectif contre le contrôle au faciès)
Contrôle au faciès

Des SMS contre les contrôles au faciès

Contre les contrôles d’identité abusifs menés par la police, le collectif Contre le contrôle au faciès lance une opération textos, pour nourrir une base de données.

Reprise d’un article de la journaliste Souâd Belhaddad, publié le 21 novembre 2011 sur Rue89.

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A la Une de La Provence du 18 novembre 2011.
Marignane

une stèle dédiée à l’OAS n’a pas sa place dans un cimetière : le Conseil d’État a tranché

Dans un arrêt du 14 novembre 2011, le Conseil d’Etat confirme l’annulation de l’arrêté du 23 juin 2005 du maire de Marignane accordant à l’ADIMAD, Association amicale pour la défense des intérêts moraux et matériels des anciens détenus et exilés politiques de l’Algérie française, l’autorisation d’occuper un emplacement dans le cimetière Saint-Laurent-Imbert pour y ériger une stèle – il s’agit de la première stèle installée dans le cimetière de Marignane le 5 juillet 2005. Celle-ci en effet ne constituait pas un simple monument commémoratif à la mémoire de personnes défuntes mais manifestait une prise de position politique et procédait à l’apologie de faits criminels.

En délivrant cette autorisation, le maire a donc autorisé l’occupation du domaine public communal pour un usage qui, d’une part, n’était pas compatible avec la destination normale d’un cimetière et, d’autre part, était de nature à entraîner des troubles à l’ordre public. Et c’est à bon droit qu’il a été fait injonction au maire de procéder à l’enlèvement de la stèle. 7

Gageons que cet arrêt du Conseil d’État fera jurisprudence et s’appliquera en particulier aux stèles des cimetières de Perpignan et de Béziers.

[Mise en ligne le 16 novembre 2011, dernière mise à jour le 19 novembre]

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Les proches des victimes de disparition forcée continuent de réclamer justice. (© Martin de la Serna/Demotix)
L'exportation du modèle français de guerre anticoloniale

la justice argentine condamne d’anciens militaires pour des crimes contre l’humanité commis pendant la dictature

L’organisation Amnesty International se félicite de ces condamnations de 16 anciens responsables, dont l’ex-capitaine de la marine argentine Alfredo Astiz.

Ainsi que Marie-Monique Robin l’a montré, certaines des « méthodes » mises en pratique par les tortionnaires argentins leur avaient été enseignées par des militaires français qui avaient pu les expérimenter “sur le terrain” en Indochine et en Algérie – voir cette page.

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Le 17 octobre 1961

les ratonnades d’octobre 61, par Michel Levine

En octobre 1961, en pleine guerre d’Algérie, Maurice Papon, préfet de police, instaure à Paris un couvre-feu pour les Algériens, citoyens français de seconde zone : chasse au faciès, interpellations systématiques, bouclages de quartiers, etc. En protestation, le FLN organise le 17 octobre une manifestation pacifique. La répression de la police parisienne sera sanglante et démesurée.

Le crime commis, c’est le grand silence de la part des autorités et des médias, un mutisme absolu qui durera des années. Il faudra attendre 1985 pour voir publié le premier livre important, que l’on doit à Michel Levine, Les ratonnades d’octobre : un meurtre collectif à Paris en 1961. Ce livre, pratiquement ignoré des critiques et du public lors de sa parution,
dévoile ce qui était ignoré ou soigneusement refoulé. L’auteur s’est livré à une véritable enquête, interrogeant victimes, avocats, témoins. Aujourd’hui, il revient sur cette période tragique de l’Histoire à l’occasion du 50e anniversaire du tragique événement d’octobre 1961 avec une édition augmentée.

Michel Levine est historien des Droits de l’Homme. Il a notamment publié chez Fayard Affaires non classées (Archives inédites de la Ligue des Droits de l’Homme).

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