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Édition du 1er au 15 février 2026

La reconnaissance du passé colonial

Christiane Taubira et Pap Ndiaye opposés à des compensations financières de l’esclavage

La ministre de la Justice, Christiane Taubira, refuse de débattre des demandes de compensation financière de l’esclavage, comme celle du Cran (Conseil représentatif des associations noires). Elle prône en revanche des «politiques foncières» en faveur des descendants d’esclaves dans les territoires d’outre-mer : «là-bas, il y a eu une confiscation des terres, ce qui fait que, d’une façon générale, les descendants d’esclaves n’ont guère accès au foncier».

Une position approuvée par l’historien Pap Ndiaye qui préfère une volonté politique de combattre les inégalités contemporaines héritées de la traite plutôt qu’une réparation financière de l’esclavage.

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Marcel Dorigny : « dans l’amnésie collective touchant à la mémoire coloniale, le point de départ c’est Haïti »

La plainte en justice que le Conseil représentatif des associations noires (CRAN) a déposé contre la Caisse des dépôts remet au premier plan le débat sur les dédommagements de la traite négrière, plus d’un siècle et demi après son abolition. Il ne s’agit pas d’indemniser des victimes de violences coloniales, tels les indépendantistes Mau-Mau du Kenya qui négocient actuellement des réparations avec le gouvernement britannique pour des tortures subies lors de leur soulèvement dans les années 50, mais d’obtenir réparation pour les profits tirés de l’esclavage.

Dans son intervention à l’occasion de la Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions, le 10 mai 2013, le président de la République a exprimé son point de vue sur cette question. Après avoir évoqué Aimé Césaire avec «l’impossible réparation», il a poursuivi en citant à nouveau le poète martiniquais : « “Il y aurait une note à payer et ensuite ce serait fini”, écrivait-il… “Non, ce ne sera jamais réglé.” L’Histoire ne s’efface pas. On ne la gomme pas. Elle ne peut faire l’objet de transactions au terme d’une comptabilité qui serait en tous points impossible à établir. 1»

François Hollande a conclu : «le seul choix possible, c’est celui de la mémoire, et c’est la vigilance, et c’est la transmission». Sur ce plan il faut reconnaître que beaucoup reste à faire en France. Qui sait que la République de Haïti a été le second État indépendant du Nouveau Monde suite à la défaite des troupes napoléoniennes en 1803 à la bataille de Vertières ? Et que le tribut que les Haïtiens ont dû payer à la France pour qu’elle reconnaisse cette indépendance a gravement obéré le développement du pays ? L’occasion de revenir sur ces questions, avec le concours de l’historien Marcel Dorigny 2

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Gilles Manceron : dire l’histoire

Le 8 mai 1945, les milliers d’Algériens qui manifestèrent pacifiquement leur volonté d’indépendance subirent, à Sétif, Guelma et Kherrata, une répression aveugle et massive conduite par l’armée française soutenue par des milices européennes armées.

L’historien Gilles Manceron, revient, dans cet entretien accordé à l’APS, sur cette page tragique qui a marqué un tournant dans l’histoire de la lutte nationaliste, ainsi que sur le déni par la France de ses crimes coloniaux3.

Pour Gilles Manceron, «le besoin de justice est intact et de plus en plus pressant, mais, […] aujourd’hui, il incombe aux hommes politiques et aux historiens, et non pas à des juges, de le satisfaire». «C’est aux autorités politiques françaises de s’exprimer très clairement sur ce[s] sujet[s]». C’est aux historiens qu’il revient d’«établir les faits», et, pour cela, il faut «permettre l’accès aux archives».

La demande d’un réel accès aux archives est exprimée également par l’historien algérien Daho Djerbal dont le quotidien algérien Liberté rapporte les propos dans un article publié le même jour. Après avoir évoqué les difficultés auxquelles se heurtent en Algérie pour accéder aux archives les chercheurs qui travaillent sur l’histoire du mouvement national, il proclame que “l’accès aux archives doit être libre”.

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 12 mai 2013 : journée de l’abandon des harkis

Un collectif d’associations de familles d’anciens harkis appelle à un rassemblement le 12 mai 2013 à 10h, devant le Palais de Justice de Paris. Ce jour-là, baptisé Journée de l’abandon des harkis, elles demanderont au président de la République de tenir son engagement du 5 avril 2012 en reconnaissant la responsabilité des gouvernements français dans l’abandon de certains d’entre eux en Algérie, où on les savait menacés, ainsi que dans la relégation dans des camps de ceux qui avaient pu gagner la France.

Vous trouverez ci-dessous quelques éléments d’information, à la suite de deux communiqués de soutien : des directives ministérielles de mai 1962 concernant les harkis, la fin du camp de Saint-Maurice-l’Ardoise, l’engagement du candidat François Hollande, ainsi que le message lu par Kader Arif le 25 septembre 2012.

[Mis en ligne le 20 février 2013, mis à jour le 6 mai]

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Christian Estrosi inaugure la statue de de Gaulle, le 18 juin 2011 à Nice
1962, la fin de la guerre d'Algérie

Estrosi, “insoumis” par calcul

La volonté de récupérer des voix demande quelques contorsions et oblige à ne pas craindre les contradictions. Les prises de position de Christian Estrosi en constituent l’illustration.

Le 18 juin 2011, Christian Estrosi avait inauguré une statue du général de Gaulle. Le 20 octobre dernier, il clôturait un rassemblement de pieds-noirs en lançant un vibrant : « Vive l’Algérie française ! ». Aujourd’hui, il annonce qu’il n’appliquera pas la loi qui a institué le 19 mars Journée nationale du souvenir […] à la mémoire des victimes civiles et militaires de la guerre d’Algérie et des combats en Tunisie et au Maroc, comme le préfet des Alpes-Maritimes le lui a rappelé.

[Mis en ligne le 27 février 2013, mis à jour le 17 avril]

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Benjamin Stora : «Algériens et Français doivent regarder ensemble leur histoire commune»

Invité par l’Association des Anciens Elèves des Lycées Malika Gaid et Mohamed Kerouani, Benjamin Stora a animé un débat à Sétif le 6 avril 2013. A cette occasion il a déclaré que «le moment est venu pour les Algériens et les Français de regarder leur histoire commune en face».

Il a poursuivi : «Il faut en outre se pencher sur la question de l’enrôlement par l’armée française de la paysannerie algérienne (harkis), celle du statut des minorités qui ont quitté l’Algérie (pieds-noirs). On doit savoir qu’après l’indépendance, plus 200 000 Européens sont restés en Algérie jusqu’aux années 1970. Côté français, beaucoup d’archives sont à ouvrir, notamment celles inhérentes aux champs de mines, aux essais nucléaires français au Sahara, aux disparitions de milliers d’Algériens et à l’utilisation du napalm, pour ne citer que ces sujets.»4

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Antoine Abibou en 1938. Prisonnier de guerre en Bretagne, il a été condamné à dix ans de détention le 5 mars 1945, suite à la rébellion du camp de Thiaroye. (Archive famille Abibou)
Le massacre de Thiaroye décembre 1944

Thiaroye (Sénégal) : morts par la France

Pour Armelle Mabon, maître de conférences à l’Université de Bretagne-Sud, auteure de Prisonniers de guerre « indigènes » Visages oubliés de la France occupée (La Découverte, 2010), la réhabilitation des victimes de ce massacre colonial est indispensable.

De nombreux points doivent encore être élucidés, mais, pour l’historienne, il s’agit d’un crime que l’armée française a couvert par une succession de mensonges et que l’État a entériné.

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Accusations, incitations à la repentance

la repentance : nécessité ou alibi ?

Qu’est-ce que la repentance ? Qui peut la réclamer ? De qui doit-on l’exiger ? Et doit-on seulement la souhaiter ? Ne faut-il pas plutôt lui préférer un exercice de la mémoire, loin de tout calcul politicien, nourri au devoir d’histoire et de vérité, lui substituer une vigilance intraitable à l’égard des injustices d’aujourd’hui ?

Des intellectuels des deux rives de la Méditerranée – Hélé Béji, Michèle Bompard-Porte, Françoise Dastur, Salima Ghezali, Olivier Le Cour Grandmaison, Seloua Luste Boulbina, François Maspero, Hassan Remaoun, Emmanuel Terray – abordent ces différentes questions dans Aspects de la repentance, un ouvrage dirigé par Ismaël-Sélim Khaznadar et publié par les éditions Barzakh.

L’éditeur a organisé à Alger le 9 mars 2013, conjointement avec El Watan Week-end, un débat sur le thème «Repentance : nécessité ou alibi ?», avec la participation de Olivier La Cour Grandmaison, Malika Rahal, Abdelmadjid Merdaci et Ismaël-Sélim Khaznadar.

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L'affaire Audin

Maurice Audin : une vie brève

Le dossier du ministère de la Défense sur la disparition de Maurice Audin, disparu, à Alger le 11 juin 1957, après avoir été arrêté par des militaires français, est désormais consultable, selon un arrêté paru au Journal officiel du 23 février 20135.

Cet arrêté du 1er février, signé du ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, est daté du jour où Josette Audin, la veuve de Maurice Audin, a reçu une copie de ce dossier des mains du ministre, conformément à l’engagement de François Hollande.

Peu de temps auparavant, Michèle Audin publiait Une vie brève, récit pudique consacré à son père.

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L'Humanité du 28 février1962. A droite, Delphine Renard défigurée.
Charonne 8 février 1962

Delphine Renard demande une reconnaissance officielle de la répression de Charonne

Elle avait quatre ans lorsqu’elle fut grièvement blessée dans un attentat de l’OAS visant André Malraux. Le sort de l’enfant mutilée, aveuglée, souleva alors une grande émotion. Après cet attentat, une manifestation organisée le 8 février 1962 pour dénoncer les agissements de l’organisation terroriste fut violemment réprimée par la police sous les ordres du préfet de police Maurice Papon : 9 manifestants trouvèrent la mort dans la bouche du métro Charonne.

Un rassemblement a eu lieu le 8 février 2013, à Paris, au métro Charonne, en mémoire des victimes de la répression du 8 février 1962.

Ci-dessous un entretien avec Delphine Renard, réalisé par Rosa Moussaoui, et publié sur L’Humanité.fr le 8 février 2013.

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François Hollande répond à Josette Audin

Dans un courrier reçu par Josette Audin, le chef de l’État, répondant à celui qu’elle lui avait adressé en août dernier, promet de lui remettre « l’ensemble des archives et documents en sa possession relatifs à la disparition » du jeune mathématicien communiste. Sans préciser s’il va lever le secret-défense.

L’historienne Raphaëlle Branche relativise la portée de cette annonce.

[Mis en ligne le 17 décembre 2012 à 14h, mis à jour à 22h30]

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La restitution des objets et restes mortuaires coloniaux

Où ira le buste de Néfertiti ?

Dans les grands musées d’Europe et des Etats-Unis sourient des statues grecques et des bouddhas… Mais la légitimité de l’appropriation de certaines de ces œuvres est remise en question.

Un article de Patrick Howlett-Martin, diplomate (dernier ouvrage publié : Capri en mer, Skira, Milan, 2009), repris du Monde diplomatique de juillet 2012.

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