Plus d’un demi-siècle après les faits, la reconnaissance des crimes
français commis en Algérie avance…
Mais la connaissance des faits bute sur les conséquences du long silence d’Etat qui a prévalu. En effet, des traces dans les archives ont été effacées. Les témoins et les acteurs disparaissent. Pourquoi n’ont-ils pas révélé ces faits quand ils les condamnaient ou les regrettaient?
Lundi 24 mars 2014, Mediapart, la Ligue des droits de l’Homme et l’Humanité organisaient au théâtre Le Tarmac un débat public autour de l’assassinat de Maurice Audin à Alger en juin 1957. Ce débat a été suivi d’un appel pour la reconnaissance de ce crime d’Etat et des violations des droits de l’homme par l’armée française durant la guerre d’Algérie.
Le débat, précédé de la projection du film Maurice Audin, la disparition (réalisé par François Demerliac), réunissait, en présence de Josette Audin, veuve de Maurice Audin, une table ronde avec : Gilles Manceron, historien ; Sadek Hadjerès, membre en 1957 du secrétariat du PC algérien, rédacteur du site Socialgérie ; Raphaëlle Branche, historienne, maîtresse de conférence à l’Université Paris I ; René Gallissot, historien, professeur émérite de l’Université Paris 8 ; Malika Rahal, historienne chargée de recherches à l’Institut d’histoire du temps présent (IHTP) ; Nathalie Funès, journaliste au Nouvel Observateur et Alain Ruscio, historien. Sont intervenus également au cours de cette soirée : Michel Broué, mathématicien, président des Amis de Mediapart ; Patrick Apel-Muller, directeur de la rédaction de l’Humanité ; Edwy Plenel, directeur de Mediapart ; Charles Silvestre, journaliste, vice-président des Amis de l’Humanité.
[Mis en ligne le 30 mars 2014, mis à jour le 3 avril]
Intervention de René Gallissot à la soirée “Nous demandons la vérité sur l’assassinat de Maurice Audin” organisée le 24 mars 2014 par la Ligue des droits de l’Homme, Mediapart et l’Association des amis de l’Humanité au Tarmac, Paris.
Texte publié le 31 mars 2014, sur le site Internet d’El Watan.
Jean-Luc Einaudi, auteur de La bataille de Paris, 17 octobre 1961 (Seuil, 1991), vient de mourir. Ses nombreux ouvrages sur l’Algérie, fruits de recherches « méticuleuses et opiniâtres », selon les termes de l’historien Gilles Manceron, ont été centrés sur le rôle de l’État français dans la répression des luttes pour l’indépendance algérienne – lire les entretiens qu’il a donnés à ce sujet.
Les Algériens n’ont pas oublié celui que Mohammed Harbi a qualifié de «héros moral» ; nous reprenons le bel hommage que lui a rendu l’historien algérien Hassan Remaoun.
Historiens et journalistes continuent à œuvrer pour que la vérité émerge sur les circonstances réelles de l’assassinat de Maurice Audin en juin 1957 durant la bataille d’Alger par les parachutistes du général Massu et ne cessent d’interpeller les autorités françaises sur cette question. La soirée-débat organisée ce 24 mars, au théâtre Le Tarmac à Paris, par la Ligue des droits de l’homme, Mediapart et L’Humanité, en présence de Josette Audin et d’amis du militant anticolonialiste, a été dédiée à cette quête de vérité. Sont intervenus notamment les historiens René Gallissot, Gilles Manceron, Malika Rahal, Alain Ruscio, et la journaliste Nathalie Funès, un appel a été adressé aux autorités françaises pour exiger la vérité sur l’assassinat de Maurice Audin, ainsi que la reconnaissance des violations massives des droits de l’homme par l’armée française durant la guerre d’Algérie. 1
La Ligue des droits de l’Homme, Mediapart, L’Humanité, avec les Amis de L’Humanité et les Amis de Mediapart organisent une soirée pour demander la vérité sur l’assassinat de Maurice Audin, en juin 1957.
Jeune mathématicien communiste, il a été tué à Alger après avoir été arrêté par des militaires français. Les circonstances de sa mort n’ont jamais été élucidées et l’État français, que tout accuse, n’a jamais reconnu sa culpabilité.
Lundi 24 mars, à 19h, au Tarmac, 159 avenue Gambetta, 75020 Paris
(Métro Gambetta, Pelleport ou Saint-Fargeau), en présence de sa femme Josette :
– projection du film Maurice Audin. La Disparition, de François Demerliac2,
– débat animé par Gilles Manceron (membre du Comité central de la LDH et coresponsable du groupe de travail « Mémoire, histoire, archives »),
avec, notamment, Raphaëlle Branche, René Gallissot, Sadek Hadjerès, Malika Rahal, Sylvie Thénault et Nathalie Funès,
– suivis d’un appel pour la reconnaissance de ce crime d’État et des violations massives des droits de l’Homme par l’armée française durant la guerre d’Algérie.
Inscriptions auprès du service communication de la LDH : ">.
Tél. 01 56 55 51 15
Historienne passionnée, enseignante au lycée puis à l’université de Villetaneuse, Suzanne Citron a traversé le XXe siècle avec une posture de résistance, sous l’Occupation comme pendant la guerre d’Algérie. Connue pour son ouvrage de référence sur le mythe national, qui a remis en question un regard historiographique positiviste identifiant la nation à l’État3, elle évoque, dans l’entretien publié en 2014 par l’Humanité que nous reproduisons ici, son parcours qu’elle a aussi retracé dans son livre de Mémoires paru en 2003, Mes lignes de démarcation.
Une soirée est organisée par la Ligue des droits de l’Homme, Mediapart, l’Humanité, avec les Amis de l’Humanité et les Amis de Mediapart, ouverte sur inscription, dans la limite des places disponibles
lundi 24 mars, de 19h à 22h,
au Tarmac 159 – avenue Gambetta 75020 Paris
Nous demandons la vérité sur l’assassinat de Maurice Audin
Projection du film Maurice Audin, la disparition de François Demerliac4 et débat en présence de Josette Audin, suivis d’un appel pour la reconnaissance de ce crime d’Etat et des violations massives des droits de l’homme par l’armée française durant la guerre d’Algérie.
La soirée sera animée par l’historien Gilles Manceron, avec, notamment, les interventions de Raphaëlle Branche, René Gallissot, Sadek Hadjerès, Malika Rahal et Nathalie Funès.
Les statues meurent aussi est un documentaire-court métrage français réalisé par Chris Marker et Alain Resnais, sorti en 1953. Il fut commandité par la revue Présence africaine. Partant de la question « Pourquoi l’art nègre se trouve-t-il au musée de l’Homme alors que l’art grec ou égyptien se trouve au Louvre ? », les deux réalisateurs dénoncent le manque de considération pour l’art africain dans un contexte de colonisation. Le film a été censuré en France pendant huit ans en raison de son point de vue anti-colonialiste.
Les autorités françaises affirment que le dispositif d’indemnisation des victimes n’établit aucune discrimination entre demandeurs français ou algériens. Certes ! Il se dit pourtant qu’aucun citoyen algérien n’a pu jusqu’à présent bénéficier d’indemnisations prévues dans la loi Morin – une loi difficilement applicable aux Algériens. Les services de l’ambassade de France à Alger n’ayant enregistré que quelque demandes d’indemnisation, l’ambassadeur de France en Algérie a annoncé la mise en place de “mécanismes pour améliorer l’information et aider les Algériens victimes des essais nucléaires à constituer leurs dossiers de demande d’indemnisations” 5.
Il en faudrait plus pour vaincre le scepticisme qu’exprime Akram Belkaïd, et convaincre de la volonté de la France d’indemniser les victimes et de décontaminer l’environnement.
Une carte de l’armée française de 1960, déclassifiée en 2013 et publiée par Le Parisien, montre que les retombées radioactives du premier essai nucléaire français dans le Sahara algérien, baptisé Gerboise bleue, ont été beaucoup plus importantes qu’on ne l’avait admis jusqu’à présent, s’étendant à toute l’Afrique de l’ouest et au sud de l’Europe.
Selon ce document, « la carte du zonage des retombées montre que certains radioéléments éjectés par les explosions aériennes […] ont pu être inhalés par les populations malgré leur dilution dans l’atmosphère », affirme Bruno Barrillot, un spécialiste des essais nucléaires cité par Le Parisien. Or, selon cet expert, « personne n’ignore aujourd’hui que ces éléments radioactifs sont à l’origine de cancers ou de maladies cardio-vasculaires ».
Il n’est pas inutile de rappeler que la Loi n° 2008-696 du 15 juillet 2008 rend particulièrement difficile l’accès aux archives publiques concernant les contaminations par les essais nucléaires du Sahara ou du Pacifique…
[Mis en ligne le 14 février 2014, mis à jour le 15]
Florence Beaugé, dont les articles publiés dans le Monde ont largement contribué à la relance des débats sur la torture à partir de l’année 2000 – voir ses interviews de Louisette Ighilhariz et des généraux Bigeard, Massu et Aussaresses – revient sur les déclarations de ce dernier concernant la mort de Maurice Audin telles que Jean-Charles Deniau les rapporte dans son ouvrage.
Selon la journaliste, Josette Audin attend non pas une « repentance » de la part de la France, mais une reconnaissance et une condamnation des crimes de guerre commis avec l’assentiment du pouvoir politique de l’époque.
De François Hollande, la veuve de Maurice Audin espère un geste « comparable à celui qu’a fait Jacques Chirac pour la rafle du Vel’d’Hiv ». Pour elle, il serait grand temps que la France regarde son passé en face, si elle veut enfin pouvoir tourner la page de la guerre d’Algérie.