Librement adapté du roman de Mohammed Aïssaoui, « Furcy, né libre », le deuxième long-métrage d’Abd Al Malik relate le combat juridique de Furcy Madeleine (1786 – 1856) pour faire reconnaître son statut d’homme libre.
Avec Abd al Malik, rappeur, écrivain et réalisateur français
Rappeur, auteur-compositeur-interprète, écrivain d’essais, Abd Al Malik occupe depuis une trentaine d’années une place particulière dans le paysage culturel français. Marqué par les mots et les idées de Camus, Césaire et Glissant à l’adolescence, Abd Al Malik a développé son art sous l’égide des penseurs de la révolte et de la dissidence culturelle. Du groupe de rap New African Poets à ses productions en solo (Le face à face des cœurs ou Gibraltar), de l’autobiographie (Qu’Allah bénisse la France) à l’essai (La guerre des banlieues n’aura pas lieu), Abd Al Malik trace son sillon poétique et spirituel.
Dix ans après l’adaptation de “Qu’Allah bénisse la France”, Abd Al Malik réalise son deuxième long-métrage avec “Furcy, né libre”. A partir du texte de Mohammed Aïssaoui, L’Affaire de l’esclave Furcy, prix Renaudot 2010, Abd Al Malik retrace le long parcours juridique de Furcy Madeleine pour faire reconnaître son statut d’homme libre dans la France de l’Empire Napoléonien, entre deux abolitions.
Conçu comme un “film éducatif” comme le dit son réalisateur, Furcy, né libre vient combler le vide coupable des représentations de l’esclavage depuis le point de vue français. Abd Al Malik admet que lui-même, “comme tout le monde, comme n’importe quel Français, n’était pas au fait de cette histoire”, l’ayant abordé à travers les quelques lignes que consacre le programme scolaire à la traite d’esclaves et au commerce dit “triangulaire”. C’est en 2010, lorsque parait le livre de Mohammed Aïssaoui, L’Affaire de l’esclave Furcy (2010) qu’il fait la rencontre du personnage de Furcy Madeleine qui la portera. Durant plusieurs années, “Furcy infuse”, jusqu’à ce qu’il se sente prêt à assumer la responsabilité de porter ce récit à l’écran.
Abd Al Malik expose : “je voulais faire un film de cinéma ample, qui puisse être un outil pédagogique, culturel, de réconciliation, quelque chose qui puisse dire “voilà on va regarder cette partie de notre histoire en tout cas, même si elle est sombre, même si elle est obscure, on va la regarder ensemble, droit dans les yeux, et on va ensemble déposer nos sacs de douleur et dire, travaillons véritablement à faire nation, réfléchissons à cette notion d’unité nationale par ce canal-là.”
En représentant la lutte juridique menée par Furcy Madeleine pour faire reconnaître son statut d’homme libre, Abd Al Malik raconte aussi l’histoire de l’abolition en redonnant aux hommes qui se sont battus pour leurs droits leur place dans l’histoire. Il note : “Aujourd’hui, lorsqu’on parle de l’abolition de l’esclavage, on va célébrer Victor Schœlcher et c’est très bien, c’est normal, mais ce qui est important aujourd’hui et maintenant, a posteriori, c’est de rétablir la complexité de cette histoire. On fait toujours comme si le bourreau était blanc, le libérateur était blanc, et l’esclave noir au milieu, il était spectateur de sa propre vie. Je voulais montrer comment quelqu’un quitte la servitude de lui-même d’une certaine manière.«
Plus d’informations
- “Furcy né libre”, le deuxième long-métrage d’Abd Al Malik sort en salles le 14 janvier.
- Sa sortie s’accompagne d’un album, “Furcy Héritage”, en association avec Matteo Falcon et de nombreux lyricistes engagés : Lino (Arsenik), Benjamin Epps, Mac Tyer, Saamou, Oxmo Puccino, Sams, Pit Baccardi, Juste Shani, Nèg Marrons, Jahyanaï King, Soprano, Jey Brownie, Youssoupha, Kulturr, Ministère Amer et Wallen….
- Abd Al Malik fait “L’instant poésie”, sur France Culture en janvier. La série est déjà sortie en podcast sur le site et l’application Radio France, et sera diffusée chaque soir du mois de janvier, du lundi au vendredi, à 20:30, à raison d’un poème par jour.