4 000 articles et documents

Édition du 15 mars au 1er avril 2026

jsylvestre

Les nostalgiques de la colonisation

Nombreuses protestations
contre une publication scandaleuse
de l’hebdomadaire d’extrême droite
« Valeurs actuelles »

L’hebdomadaire d’extrême droite « Valeurs actuelles » a publié dans son n°4370, daté du 27 août 2020, un « roman de l’été » illustré, représentant la députée Danièle Obono en esclave dans l’Afrique du 18e siècle. Comme l’explique l’article ci-dessous, cette publication vise, à travers les images de cette élue de la République, noire, nue et enchaînée par le cou, à réactiver la fiction du nègre soumis, dominé et déshumanisé, qui a accompagné l’invention d’une hiérarchie des races ayant servi de support idéologique à l’esclavage et à la colonisation. Elle a suscité une importante vague d’indignation. Le procureur de Paris, Rémy Heitz, a annoncé le 31 août, l’ouverture d’une enquête préliminaire pour « injures à caractère raciste », qui a été confiée à la Brigade de répression de la délinquance contre la personne (BRDP). Un rassemblement de protestation est appelé le samedi 5 septembre devant le siège de cet hebdomadaire.

Lire la suite »
La reconnaissance du passé colonial

Raphaëlle Branche analyse la place de la guerre d’Algérie dans la société française

Dans l’entretien qu’elle a donné au quotidien algérien Liberté, l’historienne Raphaëlle Branche parle de son enquête sur les anciens appelés de l’armée française qui a donné lieu à son livre, Papa, qu’as-tu fait en Algérie ? Enquête sur un silence familial. Fondé sur une vaste collecte de témoignages et des sources inédites, ce livre analyse les silences de ces hommes dont les causes sont familiales, sociales et liées aux contexte historique des dernières décennies. Avec le renouvellement des générations, la place de la guerre d’Algérie dans la société française se trouve modifiée et de nouveaux récits sont possibles. Elle commente aussi dans cet interview le contentieux mémoriel entre l’Algérie et la France et souligne l’importance de la bataille menée pour l’ouverture des archives.

Lire la suite »
La société française au temps des colonies

Cinq émissions de France culture consacrées à Frantz Fanon,
par Anaïs Kien

Emblème de la lutte anticoloniale à travers son engagement dans la guerre d’Algérie aux côtés du FLN, Frantz Fanon a marqué de son empreinte les luttes qui ont causé la fin des empires coloniaux. Né aux Antilles françaises dans l’entre-deux guerres, il a éclairé ces luttes par ses livres Peau noire, masques blancs et Les Damnés de la terre et par son travail psychiatrique sur l’aliénation coloniale. Mort en 1961, à 36 ans, quelques mois avant l’indépendance algérienne, sa pensée a inspiré de nombreux combats, des Black Panthers aux Palestiniens, en passant par les militants anti-apartheid d’Afrique du Sud. Les cinq émissions, par Anaïs Kien, que France culture lui a consacré du 17 au 21 août 2020, qui restent depuis accessibles en ligne, restituent les étapes de son parcours.

Lire la suite »
Séquelles politiques postcoloniales

Alain Ruscio : le « séparatisme » ? Il est surtout dans la morgue des élites !

Afin d’exploiter à son profit les idées discriminatoires à l’égard des musulmans de France répandues dans une partie de l’opinion, Emmanuel Macron s’en est d’abord pris au « communautarisme ». Puis, a préféré cibler le « séparatisme » et demandé à son premier ministre de présenter une loi pour le combattre. Le séparatisme, voilà l’ennemi ! Mais c’est un terme flou qui peut conduire à des dispositions attentatoires aux libertés publiques renforçant les inégalités à l’égard de ces personnes. Dans un « billet d’humeur », l’historien Alain Ruscio explique que c’est un moyen pour le président de reprendre à son compte les idées islamophobes diffusées depuis longtemps par l’extrême droite et d’autres courants politiques. Sans récuser que certains phénomènes méritent vigilance, il considère que ce genre de stigmatisation vague ne peut qu’avoir un effet délétère — à l’image de l’idée de « déchéance de nationalité » que Manuel Valls avait voulu brandir en 2015 contre le terrorisme — et accentuer la marginalisation d’une partie de nos concitoyens.

Lire la suite »
Le rôle des historiens

Le rapport demandé à Benjamin Stora
sur le passé franco-algérien :
les faits… et les « fake news »

Benjamin Stora a reçu le 24 juillet 2020 d’Emmanuel Macron la commande d’un rapport sur « ce qui a d’ores et déjà été accompli dans notre pays sur la mémoire de la colonisation et de la guerre d’Algérie ainsi que la perception qui en est retenue de part et d’autre des deux rives de la Méditerranée ». Ci-dessous sa lettre de mission et les interviews qu’il a donnés au Soir d’Algérie et à France culture. De son côté, le président algérien Abdelmadjid Tebboune a parlé d’« aller de l’avant avec son homologue français sur les questions mémorielles » et désigné l’un de ses conseillers, un haut fonctionnaire, non historien, pour conduire un travail « directement sous sa tutelle », Abdelmadjid Chikhi, qui est connu en Algérie pour vouloir régenter les travaux des historiens et limiter leur accès aux archives nationales dont il a la charge. Ci-dessous, le point de vue, recueilli par Le Monde, de l’historien et archiviste algérien Fouad Soufi et la lettre que l’Association Josette et Maurice Audin a adressée le 26 juillet à Benjamin Stora.

Lire la suite »
La reconnaissance de l'esclavage

La traite négrière, passé occulté par les entreprises françaises

Axa, la Banque de France, la Caisse des dépôts, Marie Brizard, Cognac Hennessy, toutes ces sociétés ont bénéficié plus ou moins directement du commerce des esclaves. En Grande-Bretagne, les entreprises qui sont dans ce cas ont été amenées à le reconnaître et à s’engager en faveur de la connaissance de cette page d’histoire et de la prise en compte de la diversité de la société britannique d’aujourd’hui. En revanche, le silence ou le déni prévalent en France. Ces sociétés tardent à se pencher sur leur passé esclavagiste. Un article et un éditorial du quotidien Le Monde se demandent pourquoi, à l’heure où elles acceptent leur responsabilité sociale et environnementale, elles n’assument pas leur responsabilité historique. Elle implique la notion de réparation, qui doit être avant tout une réparation de la connaissance.

Lire la suite »
Séquelles politiques postcoloniales

L’accès aux archives doit être ouvert conformément à la loi

A la suite d’un arrêt du Conseil d’Etat lui donnant accès aux archives de la présidence de la République sur la France au Rwanda, au cours du génocide des Tutsis, le chercheur François Graner a pu commencer à les étudier. Comme le souligne Sonia Combe, auteure de Archives interdites. L’histoire confisquée (2001), on peut douter de la pertinence des commissions comme celle installée en avril 2019 par Emmanuel Macron sur ce sujet, comme de toutes celles concernant des événements historiques sur lesquels, avant tout, les historiens doivent pouvoir faire simplement leur travail. Les gouvernants doivent cesser les faux-semblants comme les gestes de « remises d’archives » sur certaines affaires ou la création par l’Etat de ce type de commissions. Les archives, en particulier celles de la guerre d’Algérie, doivent être accessibles aux citoyens conformément à la loi.

Lire la suite »
La reconnaissance de l'esclavage

L’Élysée, le bâtiment qui témoigne à Paris
du passé esclavagiste de la France

Trois siècles après sa construction au XVIIIe siècle par un homme qui a fait fortune grâce à l’esclavage, l’Élysée est le principal témoignage à Paris des richesses engendrées par la traite négrière. Les autres bâtiments parisiens occupés par des esclavagistes ou par des institutions qui les ont soutenus, tel l’hôtel de Massiac, ont disparu. Comme l’explique Benoît Grossin sur le site de France culture, un travail de mémoire reste à accomplir. La construction d’un mémorial de l’esclavage à Paris, qui serait un lieu à vocation pédagogique, avec des expositions, des reproductions d’œuvres et une médiathèque, est proposée par l’historien Marcel Dorigny, membre du comité scientifique de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage bientôt installée place de la Concorde. Son siège sera à l’Hôtel de la Marine, ancien ministère de la Marine et des colonies, qui a été au cœur de l’histoire de la traite et de la colonisation.

Lire la suite »
Histoire et mémoire des anticolonialismes

Gisèle Halimi, symbole de l’engagement anticolonialiste et de la défense
des droits des femmes

Née le 27 juillet 1927 à la Goulette, près de Tunis, Zeiza Gisèle Elise Taïeb,زيزا جيزيل إليز الطيب, qui se fera connaitre sous le nom de Gisèle Halimi, est une figure marquante de l’engagement anticolonialiste, aux côtés des militant(e)s indépendantistes du Maghreb, contre la guerre américaine au Vietnam et pour les droits des Palestiniens. D’une famille juive tunisienne modeste, elle s’est vite rebellée pour échapper à la condition subordonnée qui était celle des filles par rapport aux garçons, allant jusqu’à faire, à l’âge de 10 ans, une grève de la faim pour imposer son droit à la lecture et aux études et refusant, avant d’aller en classe, d’embrasser la mézouza, le rouleau de textes religieux accroché à la porte de la maison. Engagée pour l’indépendance de la Tunisie, elle a défendu ensuite au péril de sa vie des combattantes et combattants du FLN algérien, dont Djamila Boupacha, qui, aujourd’hui âgée de 82 ans et touchée par la Covid 19, a tenu à rendre à sa « sœur Gisèle » un vibrant hommage que nous reproduisons.

Lire la suite »
Réconciliation et réparations

Au-delà de la reconnaissance des crimes coloniaux,
le débat sur la notion de réparation est légitime

A partir du moment où les crimes de la colonisation européenne des XVIe-XXe siècle et leurs prolongement néocoloniaux commencent à être mondialement reconnus, on ne peut éviter la question de leur réparation par les puissances qui en ont profité. Même si la réponse n’est pas simple en raison de l’ancienneté des faits concernés. Ci-dessous, afin de la verser au débat, la contribution de « ReCommons Europe » qui apporte des éléments précis sur la manière dont la question est perçue dans différentes parties du monde. Même si nous écartons certaines des propositions reprises, comme le « rapatriement d’où ils viennent des descendants des Africains déportés vers les Caraïbes comme esclaves », puisqu’ils ont pris racine dans des territoires transformés et dont ils aspirent à devenir pleinement citoyens, ce débat doit être mené.

Lire la suite »
Musées et créations contemporaines

« Peaux noires, masques blancs »,
une exposition de l’artiste Roméo Mivekannin​​

Dans son blog « La diagonale de l’art », dans Libération du 19 juillet 2020, Philippe Godin, professeur de philosophie, ancien rédacteur à paris-art.com et essayiste, reproduit un article de Flavien Louh décrivant avec enthousiasme l’exposition de Roméo Mivekannin, «​ Peaux noires, masques blancs ​», dont le titre fait référence au livre de Frantz Fanon paru en 1952 : « Certaines expositions bouleversantes entraînent vers de nouveaux lieux​. Ce sont des rencontres qui marquent,​ transforment et ​“Peaux noires, masques blancs” est de celles-ci.​ La première exposition personnelle de Roméo Mivekannin​, ​à la Galerie Eric Dupont à Paris jusqu’au 31 juillet, est à ne pas manquer. »

Lire la suite »
La société française face à l'héritage de son passé colonial

Racisme, attentats d’extrême droite
et violences policières :
la société française
et son « trou de mémoire » postcolonial

Pendant la dizaine d’années qui a suivi la fin de la guerre d’Algérie, l’extrême droite et le racisme qui la caractérise se sont trouvés affaiblis et marginalisés. Mais, dès 1973, les difficultés économiques de la France leur ont donné l’occasion de réapparaître au grand jour et de croître. Le roman policier de Dominique Manotti, Marseille 73, porte sur ce moment de résurgence meurtrière, évacué de notre mémoire collective et qui n’a guère fait l’objet que du livre d’un journaliste italien, Fausto Giudice, Arabicides. Une chronique française 1970-1991 (1992). Ce polar est d’une étonnante actualité, après l’essor continu de l’extrême droite, souvent encouragé par les pouvoirs successifs dans les premières décennies du XXIe siècle, et alors que des pans entiers de la police et la gendarmerie françaises ont fait l’objet, dans cette période, d’une prise de contrôle croissante par la droite extrême.

Lire la suite »