4 000 articles et documents

Édition du 15 mars au 1er avril 2026

jsylvestre

Séquelles politiques postcoloniales

Archives de la guerre d’Algérie
et traces psychologiques actuelles
du temps des colonies
par Jacques Inrep

Jacques Inrep a été l’un des jeunes Français appelés au sein du contingent lors de la guerre d’Algérie. Devenu psychanalyste et militant de la Ligue des droits de l’Homme, il a publié en 2022 un livre intitulé Les Fachos sur le divan. Psychanalyse de l’extrême droite qui s’enracine dans son expérience de la guerre d’Algérie. Choqué par les crimes de l’armée française, il a photographié à la sauvette en août 1961 des documents tamponnés « secret » qui en témoignaient, mais n’a pas eu le temps de clicher deux notes prescrivant explicitement de pratiquer la torture et d’abattre les prisonniers. Il revient ici sur ce qu’il a retenu de ces deux notes datant de la seconde moitié de l’année 1957 mais qui continuaient à être suivies à la lettre dans les unités de l’armée auxquelles il avait été affecté entre mai 1960 et août 1961. Et il demande l’ouverture réelle de ces archives.

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Séquelles politiques postcoloniales

Les « gueules noires » venus du Maroc,
leurs luttes et leurs enfants

Peu après l’indépendance du Maroc en 1956 et pendant près de vingt ans, 80 000 Marocains ont été recrutés par Félix Mora, surnommé le « négrier des Houillères », pour le compte des Charbonnages de France, en étroite collaboration avec le pouvoir marocain. La sociologue Mariame Tighanimine, fille d’un de ces mineurs, et la journaliste Ariane Chemin, après un documentaire diffusé en 2021 sur Arte, publient chez Stock Notre histoire de France sur cet épisode de l’histoire de l’immigration ouvrière, cet « angle mort du récit national ». Celui-ci est aussi l’histoire des luttes de ces mineurs pour l’égalité des droits. Nous publions ci-dessous l’entretien réalisé par Mediapart avec les deux autrices, ainsi qu’un texte de 2009 du militant du GISTI et de l’ATMF Ali El Baz qui retrace le combat des mineurs marocains jusqu’aux années 2000.

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Les nostalgiques de la colonisation

Un député d’extrême droite
nostalgique de l’Algérie française,
désigné vice-président
du groupe d’amitié France-Algérie !

Lors du renouvellement du groupe d’amitié France-Algérie pour la seizième législature, le député d’extrême droite José Gonzalez, nostalgique de l’Algérie française et négationniste du rôle criminel de l’OAS, a été désigné le 30 décembre 2022 comme vice-président de ce groupe. Appartenant au Rassemblement National (RN) présidé par Marine Le Pen, il s’était fait remarquer à l’ouverture de la législature par ses propos nostalgiques de l’Algérie française et négationnistes des crimes de l’organisation terroriste de l’OAS. Ci-dessous la composition de ce groupe d’amitié. Nous nous adressons aux autres parlementaires membres de ce groupe qui ne voudraient pas que le mot « groupe d’amitié » perde tous son sens pour qu’ils adoptent une qualification claire du caractère terroriste et criminel de l’OAS et reviennent sur cette désignation.

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Maroc

Casablanca, 1952,
une étape vers l’indépendance du Maroc

Avant le début de la guerre d’Algérie, les mouvements indépendantistes de Tunisie et du Maroc ont suscité une violente répression de la part des autorités françaises, jusqu’à ce qu’elles se résolvent en mars 1956 à reconnaître leur indépendance. Le 7 décembre 1952, en réaction à l’assassinat à Tunis du syndicaliste indépendantiste tunisien Farhat Hached, la confédération syndicale de l’UGSCM et le principal parti indépendantiste marocain, l’Istiqlal, lancent une grève générale. Dans le grand bidonville des Carrières centrales, dans la banlieue industrielle de Casablanca, son interdiction s’accompagne d’une répression qui fait plus de cent morts, tandis que quatre Européens et trois policiers marocains sont également tués. Mais le contrôle de la ville ne sera que provisoire. La résistance va s’y développer jusqu’à l’indépendance.

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Séquelles politiques postcoloniales

Des violences racistes en France
à la suite du match France-Maroc
de la Coupe du monde de football

Au soir du match France-Maroc de la Coupe du monde de football, le 14 décembre 2022, des manifestants d’extrême droite se sont rendu coupables de violences racistes contre des Français et des résidents étrangers d’origine maghrébine de notre pays, des violences qui s’enracinent dans les pratiques et les représentations léguées par l’époque coloniale. Ci-dessous : le témoignage du journaliste Pierre Daum qui en a été témoin à Montpellier, l’alerte lancée par le quotidien Libération, la chronique « média et politique » du journal L’Humanité et une dépêche de l’AFP. Par ailleurs, un commando d’extrême droite se revendiquant du Rassemblement national et d’un groupe intitulé « La cocarde » a tenté de s’opposer le 8 décembre à la Sorbonne à une rencontre organisée par le syndicat Solidaires étudiants, en lui reprochant d’avoir, comme notre site l’a annoncé, projeté le film « La Bataille d’Alger » dans un amphi de cette université. Vigilance et solidarité.

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Séquelles politiques postcoloniales

Le film “Nos frangins” alimente le débat
sur les violences policières à contenu raciste
qui persistent en France

Le film “Nos frangins” est inspiré de la mort de Malik Oussekine et de Abdel Benyahia, tués tous deux par des policiers dans la nuit du 5 au 6 décembre 1986. L’étudiant Malik Oussekine a été victime, lors d’une manifestation contre le projet de réforme Devaquet à laquelle il ne participait pas, du peloton de « voltigeurs motocyclistes » mis en place par le ministre de l’Intérieur Charles Pasqua et sa mort a suscité une indignation dont la mémoire collective garde le souvenir. Mais celle d’un autre jeune Français d’origine algérienne, Abdel Benyahia, tué la même nuit par un officier de police ivre, à Pantin, alors qu’il tentait de s’interposer dans une bagarre, est moins connue. A partir de ces deux drames, le film suscite le débat sur les violences policières, souvent à contenu raciste, qui continuent à être commises et sur l’absence de toute autorité indépendante de la hiérarchie policière pour enquêter sur ces faits.

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Les mouvements nationalistes

Une grève générale anticoloniale algérienne :
la « grève des 8 jours » en 1957

Qui sait que, deux ans après le début de l’insurrection, le FLN a organisé et réussi une massive mobilisation populaire non violente ? La « grève des huit jours » (28 janvier-4 février 1957) fut très suivie dans toute l’Algérie et dans l’émigration en France. Mais, dans la colonie, elle ne pouvait être tolérée et fut réprimée avec une brutalité sans précédent par les parachutistes du général Massu. Le pouvoir français parvint aussi à l’invisibiliser et installa durablement la fiction de son « échec ». Plus rien de tel ne put être tenté par la suite par le FLN. Dans cet article publié par Orient XXI, l’historien Fabrice Riceputi, en se fondant notamment sur les archives coloniales de la répression, fait l’histoire de ce tournant majeur de la guerre d’indépendance algérienne.

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La reconnaissance du passé colonial

Pour une autre politique de la mémoire en France, rencontre nationale
de l’Inter-Réseaux Mémoires-Histoires
les 9 et 10 décembre 2022 à Paris

L’Inter-réseaux Mémoires-Histoires, créé le 17 octobre 2015, est composé actuellement de huit réseaux régionaux mémoires-histoires, rassemblant eux-mêmes des acteurs associatifs et culturels sur les questions mémorielles qui impulsent des initiatives locales. L’inter-réseaux Mémoires-Histoires mène également des actions avec d’autres acteurs du monde de l’éducation et de la culture. Les 9 et 10 décembre 2022, il organise à Paris une rencontre nationale en partenariat avec le site histoirecoloniale.net sur le thème « Guerres d’Algérie : enjeux de mémoire et d’histoire. Pour une autre politique de la mémoire en France », pour débattre notamment du rapport Stora, ses zones d’ombre et son actualité, et des projets de commission bilatérale franco-algérienne formulés par les deux Etats.

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La société française face à l'héritage de son passé colonial

Avec ou sans commission franco-algérienne
désignée par les deux Etats,
le travail historique se poursuit
et nécessite un libre accès aux archives

Quatre mois après l’annonce par les présidents français et algérien d’une commission franco-algérienne consacrée à l’histoire de la colonisation de l’Algérie, le chef de l’Etat algérien Abdelmadjid Tebboune a reçu en présence de son conseiller Abdelmadjid Chikhi les personnalités suivantes : Mohamed El Korso, Idir Hachi, Abdelaziz Filali, Mohamed Lahcen Zighidi et Djamel Yahiaoui. Des historiens et des archivistes algériens réputés pour la qualité de leurs travaux ne font pas partie de ce groupe. En France, la création d’une telle commission continue de faire débat, comme en témoigne la tribune ci-dessous publiée par l’historienne Sylvie Thénault. Quoi qu’il en soit, le travail historique se poursuit – voir le colloque international organisé du 6 au 8 décembre 2022 à La contemporaine – et, comme l’affirme un message de l’association des Historiens et historiennes du contemporain (H2C), il nécessite la fin des entraves imposées actuellement en France à l’accès aux archives.

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La reconnaissance du passé colonial

L’essor de l’Association des anciens appelés en Algérie contre la guerre (4ACG)
exprime un besoin dans la société française

Le 3 février 2004, quatre anciens appelés de la guerre d’Algérie, Michel Delsaux, Rémi Serres, Georges Treilhou et Armand Vernhettes, agriculteurs retraités des départements du Tarn et de l’Aveyron, ont tenu une conférence de presse à Albi pour annoncer la fondation de l’Association des Anciens Appelés en Algérie Contre la Guerre (4ACG). En 2006, Simone de Bollardière est devenue sa présidente d’honneur. Rapidement étendue à toute la France, elle compte aujourd’hui environ 400 membres. A ses actions de coopération avec des communes algériennes, notamment dans des domaines tels que la santé, les jeunes, les femmes, la culture et l’éducation, s’ajoutent en France des interventions dans des établissements scolaires et des rencontres publiques, parfois en collaboration avec l’Association Histoire coloniale et postcoloniale. Son essor témoigne d’un besoin grandissant dans la société française de mettre fin aux mensonges sur notre passé colonial.

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Guyane

« Allons enfants de la Guyane »,
par Hélène Ferrarini

Journaliste à Guyaweb, Hélène Ferrarini publie, aux éditions Anacharsis, Allons enfants de la Guyane. Éduquer, évangéliser, coloniser les Amérindiens dans la République. Un livre qui, selon Mediapart, documente « grâce à de nombreuses archives et témoignages ce qui constitue l’un des plus grands traumatismes contemporains des familles amérindiennes de Guyane, mais qui demeure pourtant l’un des plus grands tabous de la société guyanaise, de l’État français et de l’Église catholique en France ». On trouvera ci-dessous l’article de Marion Briswalter, de Guyaweb, la critique de Zoé Courtois dans Le Monde et l’accès à des extraits et à l’introduction de ce livre.

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Madagascar et océan Indien

Comores, Mayotte,
un résultat du néo-colonialisme français,
par Alain Ruscio

Le 12 novembre 2022, un fait de société – et non un fait divers – sanglant a attiré les regards sur un « département français », Mayotte : un jeune homme y a été assassiné à coups de machette. Du coup, les tensions entre bandes sont devenues incontrôlables par les autorités locales, qui ont clamé leur crainte d’une « guerre civile ». La métropole y a engagé le RAID. D’où vient cette flambée ? Mais, « naturellement », ont affirmé bien des politiciens (nationaux et locaux) et des médias, de l’invasion des « Comoriens ». Le « grand remplacement » version Océan Indien. Et s’il était nécessaire de revoir la genèse de ces drames ?

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