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Édition du 1er au 15 février 2026

jsylvestre

Adoption de la loi sur les victimes des essais nucléaires français

Après son adoption par le parlement le 22 décembre 2009, la loi relative à la reconnaissance et à l’indemnisation des victimes des essais nucléaires français devrait être publiée au Journal officiel d’ici le 31 décembre pour une entrée en vigueur dès janvier 20101. Le budget du ministère de la Défense prévoit une provision de 10 millions d’euros au titre des premières indemnisations.

La France a procédé à 210 essais nucléaires souterrains ou atmosphériques en Algérie (1960-1966) puis en Polynésie française (1966-1996), au cours desquels plusieurs dizaines de milliers de militaires et de civils ont pu être contaminés.

Tout en se félicitant de l’adoption de cette loi, l’association des vétérans des essais nucléaires déclare qu’elle demeurera vigilante sur son application, notamment en ce qui concerne les populations civiles. Quelques milliers de personnes ont manifesté pacifiquement le 19 décembre à Papeete pour demander une meilleure reconnaissance des conséquences des essais nucléaires. La presse algérienne de son côté évoque une «reconnaissance symbolique».

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Patrick Buisson

La guerre d’Algérie française de Patrick Buisson

On ne présente plus Patrick Buisson, ardent conseiller de Nicolas Sarkozy, de la chaîne Histoire et des cabinets Publifact et Publiopinion, naguère de l’hebdomadaire d’extrême-droite Minute. Si l’histoire vraie s’écrit en confrontant des documents d’origines différentes, le luxueux album de Buisson ne montre que des photos militaires françaises conçues comme armes de guerre psychologique.

Deux historiens, Gilbert Meynier et Mohammed Harbi, analysent ci-dessous l’album La guerre d’Algérie, 1954-1962 où Patrick Buisson raconte l’Algérie dont il a rêvé2.

Ce texte a été repris sur LEMONDE.FR le 22 décembre sous une forme abrégée, avec les signatures de 7 universitaires.

[Mise en ligne le 13 décembre 2009, complétée le 22 décembre]

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Les pieds-noirs « nostalgériques »

“Les pieds-noirs et la politique”, par Emmanuelle Comtat

Le livre – bienvenu – d’Emmanuelle Comtat est consacré à l’étude du rapport des pieds-noirs à la politique
de 1871 à nos jours, avec la guerre d’Algérie et le retour en France comme moments-clés. Comment votait-on dans les départements français d’Algérie ? Quelles furent les conséquences de la guerre puis du rapatriement en France sur le comportement politique des pieds-noirs ? Que reste-t-il du « vote pied-noir » aujourd’hui ou de leur proximité avec le Front national ?
Quelle incidence la guerre d’Algérie continue-t-elle d’exercer sur leurs attitudes politiques ? Comment leurs enfants ont-ils réagi au traumatisme vécu par leurs parents ? …

A la suite du sommaire, vous trouverez une présentation de l’ouvrage par Bruno Modica.

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Identité nationale

Ras la casquette du “grand débat”

Comme il était aisément prévisible, le “grand débat” sur la soi-disant “identité française” a dérapé : la secrétaire d’Etat à la famille a tenu des propos où suintent de vieux préjugés xénophobes – les musulmans français seraient de jeunes voyous qui ne parlent pas vraiment français, qui ne veulent pas travailler et qui mettent leur casquette à l’envers.

Il serait temps que cesse ce déballage qui stigmatise, par amalgame, tous les Français de confession musulmane.

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Saïd Boualam (photo : Assemblée nationale)
Les nostalgiques de la colonisation

Elie Aboud, ou le déni du passé colonial de la France

Après avoir cautionné par sa présence une cérémonie d’hommage à l’OAS, le 26 mars dernier, au cimetière neuf de Béziers, le député Elie Aboud a participé le 12 décembre à l’inauguration d’un rond-point dédié au bachaga Boualam, à Béziers.

Il est vrai que Elie Aboud est député d’un département où les extrémistes de l’“Algérie française” continuent à se manifester bruyamment… Mais cet homme politique ambitieux semble ignorer que les Pieds-noirs et leurs descendants ne sont pas tous nostalgiques de la période coloniale, que les Harkis sont las d’être instrumentalisés3, et que les liens qui se sont tissés entre les deux rives de la Méditerranée sont profonds.

La guerre d’indépendance algérienne s’est terminée il y aura bientôt cinquante ans. Il serait temps que la France regarde son passé en face, qu’elle exprime enfin quelque “regret” pour les violences faites aux Algériens pendant la période coloniale, et qu’elle établisse avec son voisin des relations fondées sur le respect mutuel.

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«Moi, députée française, étrangère pendant la moitié de ma vie…»

À l’Assemblée nationale, ce discours-là fut le seul moment de grâce d’une semaine enragée. Mardi 8 décembre, en plein cœur du débat sur l’identité nationale, quand Marietta Karamanli, députée PS de la Sarthe, est montée à la tribune après deux heures sans queue ni tête, elle a parlé cinq petites minutes, avec son accent irrépressible, et les travées se sont tues, sur 180 degrés.

Voici le compte-rendu de cette intervention que Mathilde Mathieu a publié sur Mediapart le 11 décembre 20094.

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En finir avec les contrôles au faciès

Le ministre de l’Immigration Eric Besson a reconnu ce matin [mercredi 9 décembre 2009] sur RTL que les «contrôles au faciès» des jeunes étaient une «réalité» en France, soulignant cependant le «républicanisme» de la majorité des policiers, gendarmes et forces de sécurité.

La prise de position d’Eric Besson survient au lendemain d’un colloque organisé par le collectif «Police + Citoyens» au cours duquel le témoignage d’un étudiant qui déclare avoir été victime d’injures racistes de la part de policiers le 18 novembre dernier a été évoqué – confirmant « la discrimination au faciès que subissent quotidiennement des milliers de Français ou de présumés étrangers, lors des contrôles de police». Le collectif demande au gouvernement d’«agir pour en finir» avec ces contrôles en instituant des attestations de contrôles policiers, et il lance une campagne en ce sens.

En juin 2009, une étude sur les contrôles d’identité policiers à Paris, financée par l’Open Society Institute, avait montré que ces opérations se fondent principalement sur «le profilage ethnique» pour identifier des personnes suspectes, et non sur un comportement suspect. Un fondement non seulement discriminatoire, mais inefficace et contre-productif, selon de nombreux rapports.

[Mise en ligne le 9 décembre 2009, complétée le 10 décembre]

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Fabrice, Claude et Richard Trinh, fils d'un travailleur indochinois loué dans le cadre de l'exploitation du sel. (Photo Nicolas Vallauri)
Les Indochinois immigrés de force (1939-1952)

Arles rend hommage aux travailleurs indochinois immigrés de force lors de la seconde guerre mondiale

Pour la première fois après 70 ans de silence, un élu de la République va rendre hommage aux travailleurs indochinois immigrés de force en France pendant la Seconde guerre mondiale.
Jeudi 10 décembre à 11 heures, le maire d’Arles, Hervé Schiavetti, recevra dans la salle des honneurs de sa mairie les derniers travailleurs indochinois encore en vie ainsi que leurs familles. Sur les 20 000 travailleurs indochinois recrutés en 1939, 1 500 environ se retrouvèrent en Camargue, les uns pour y planter du riz, les autres pour travailler dans les salines de Salin de Giraud.

Une commémoration dont on peut espérer qu’elle sera la première d’une longue liste en France, et qui aidera notre pays à regarder son passé en face5.

La veille, mercredi 9 décembre à 18 heures, une conférence débat, organisée par les éditions Actes Sud et la Ligue des droits de l’Homme d’Arles, se tiendra dans la Chapelle Méjan autour du livre de Pierre Daum, Immigrés de force, les travailleurs indochinois en France (1939-1952)6, avec la participation de Gilles Manceron, historien spécialiste de la colonisation et vice-président de la LDH.

[Mise en ligne le 21 novembre 2009, mise à jour le 6 décembre 2009]

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Pourquoi il faut refuser ce débat sur l’identité nationale, par Tzvetan Todorov

Selon un sondage Ifop à paraître dans le Journal du Dimanche, 72% des Français sont massivement convaincus que le débat sur l’identité nationale lancé par Eric Besson et justifié par Nicolas Sarkozy est avant tout «une stratégie pour gagner les élections régionales». 57% des sondés trouvent néanmoins que ce débat est justifié, et, en majorité, les Français ne pensent pas que son ouverture remettra le Front national au centre du débat politique. Dans cette tribune, Tzvetan Todorov explique pourquoi selon lui il faut refuser un tel débat7.

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Audition de Benjamin Stora par la mission sur le port du voile

La Mission d’information sur la pratique du port du voile intégral sur le territoire national poursuit ses travaux. Les compte-rendus de ses séances, et notamment les interventions des députés, pourraient faire l’objet d’une anthologie des fantasmes, des peurs et également de la démagogie de nombre d’élus8.
L’audition de Jean Baubérot, titulaire de la chaire d’histoire et sociologie de la laïcité à l’École pratique des hautes études, le 21 octobre 2009, en donne un aperçu9.

Benjamin Stora, historien, professeur des universités, a été entendu par la mission le 18 novembre 2009. Son exposé que nous reprenons ci-dessous a été suivi de questions que lui ont adressées des membres de la mission et auxquelles il a apporté des éléments de réponse10. Affirmant la nécessité de «combattre le rejet de l’autre» et d’adresser «un message qui rappelle l’impératif d’accueil, de générosité et d’égalité citoyenne», l’historien a déclaré «ne pas voir la nécessité de concevoir une grande loi loi qui peut heurter la sensibilité de l’ensemble de la communauté musulmane.».

Pendant ce temps, dans l’espoir d’en retirer un bénéfice électoral en mars prochain, la majorité présidentielle tente d’imposer un débat sur le soi-disant problème du port de la burqa. L’exemple vient d’en-haut : n’est-ce pas Nicolas Sarkozy en personne qui, dans son discours du 12 novembre, à La Chapelle-en-Vercors, avait insisté sur le fait que «la France est un pays où il n’y a pas de place pour la burqa, pas de place pour l’asservissement de la femme» ?

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Les habits neufs de Patrick Buisson, par Mohammed Harbi

Le “conseiller spécial” du président Sarkozy a publié récemment un album consacré à La Guerre d’Algérie, qui présente «une vision apologétique de l’Algérie coloniale et de l’action des militaires», et qui a bénéficié d’une promotion de la part des pouvoirs publics – voir notre article.

L’historien Mohammed Harbi réagit en rappelant que « les “haines rentrées” alimentent la discorde entre les peuples toujours à leur détriment».11

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