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Édition du 1er au 15 février 2026

jsylvestre

D'anciens FFI de la Creuse seront acheminés en Algérie pour rétablir l'ordre. (© Musée de l'armée, Alger)
Les massacres du Nord-Constantinois en 1945

Mai 1945 dans le Nord-Constantinois : un rapport du consul britannique à Alger

L’hebdomadaire Le Point publie, dans son numéro 1983 daté du 16 septembre 2010, un rapport rédigé le 23 mai 1945 par le consul général britannique à Alger1.

Ce document rappelle un épisode capital de l’histoire coloniale de la France en Algérie : les “événements” de mai 1945 dans le Nord-Constantinois où l’insurrection a été durement réprimée par l’armée française – il y eut 103 victimes européennes et un nombre de morts algériens compris entre 8 000 et 15 000, selon les historiens français2. John Eric MacLean Carvell, consul général britannique à Alger, a envoyé de nombreux rapports à l’ambassadeur à Paris, ainsi qu’au Foreign Office. Sa note manuscrite du 23 mai résume ainsi «la cause de la révolte» le 8 mai 1945 à Sétif : «Un policier français a perdu la tête. Je suis certain qu’autant de sang n’aurait pas coulé si les militaires français n’avaient pas été aussi impatients de perpétrer un massacre.»

Un document à ajouter au dossier sur le 8 mai 1945 à Sétif, dont nous reprenons ci-dessous, avec sa permission, la présentation qu’en a faite Farid Alilat dans le magazine algérien en ligne Dernières nouvelles d’Algérie.

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«S'il y a quelqu'un qui a gardé son calme [...] c’est bien moi» (photo AP/Michel Euler)
A-la France et les Roms “européens”

propos outranciers ?

Au cours de la conférence de presse qu’il a donnée à Bruxelles, dans l’après-midi du 16 septembre dernier, Nicolas Sarkozy s’est indigné de «la violence du propos de Viviane Reding, assimilant la politique de la France à ce qui avait été mis en œuvre durant la seconde guerre mondiale.» En réalité, la Commissaire européenne n’a pas commis l’assimilation qui lui est reprochée, mais elle a « regretté » que ses propos aient pu être mal interprétés.

En revanche, Nicolas Sarkozy a martelé ses déclarations devant la presse, n’hésitant pas à affirmer, contre toute vraisemblance, que «la Commission et nous, nous sommes sur la même position» et que «la totalité des chefs d’Etat et de gouvernement ont été choqués par les propos outranciers» de la commissaire européenne. Et il a décidé de ne pas modifier sa politique de démantèlement des «camps illégaux de Roms».

Se sent-il encouragé par la progression de 20% dont il bénéficierait auprès des sympathisants du Front national révélée par un récent sondage 3 ?

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Préfets et sous-préfets en Algérie (1953).
Rejet des Roms et gens du voyage

Le corps préfectoral est-il en voie de paponisation ?

La circulaire du 5 août concernant les mesures contre les « campements illicites de Roms» est condamnable sur le plan moral et répréhensible sur le plan légal. Cela n’a pas empêché leur mise en oeuvre à grands renforts d’effectifs de police et de gendarmerie … sans que l’on ait entendu la moindre protestation du côté des grands “serviteurs de l’État”.

Il est vrai que, si l’on en croit le proverbe, «les grandes douleurs sont muettes».

Préfets et sous-préfets en Algérie (1953).
Préfets et sous-préfets en Algérie (1953).

[Mis en ligne le 14 septembre 2010, mis à jour le 16]

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Pancho (Le Canard enchaîné, 15 septembre 2002)
Une Maison de l'histoire de France ?

la Maison de l’histoire de France ira aux Archives

Vingt mois après avoir annoncé officiellement, à Nîmes, sa décision de créer une Maison de l’histoire de France, Nicolas Sarkozy a décidé de son implantation : ce musée s’installera sur le site parisien des Archives nationales et fonctionnera en réseau avec d’autres musées historiques.

A l’issue d’une visite en famille de la grotte de Lascaux, le président de la République a déclaré, dans un discours prononcé le 12 septembre aux Eyzies-de-Tayac (Dordogne) : «Nous avons décidé de retenir comme siège de cette nouvelle institution le site des Archives nationales, grand quadrilatère regroupant au coeur de Paris les hôtels de Soubise et de Rohan autour de grands jardins».

Nous reprenons ci-dessous, avec sa permission, l’article que Gaspard Gantzer, Maître de conférence à Sciences-po, a consacré à cette information dans son blog sur Mediapart.

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Viviane Reding : les discriminations fondées sur l’origine ethnique sont incompatibles avec les valeurs de l’Europe

Le 14 septembre 2010, Viviane Reding, Vice-Présidente de la Commission européenne responsable de la Justice, des droits fondamentaux et de la citoyenneté, a fait une déclaration sur l’évolution de la situation des Roms. Après avoir souligné que les événements « donnent l’impression que des personnes sont renvoyées d’un Etat membre juste parce qu’elles appartiennent à une minorité ethnique », elle a ajouté « Je pensais que l’Europe ne serait plus témoin de ce genre de situation après la Seconde Guerre mondiale. »

Elle a conclu son intervention : « Je suis personnellement convaincue que la Commission n’aura pas d’autre choix que d’ouvrir une procédure d’infraction à l’encontre de la France. […] Aucun Etat membre n’est en droit de s’attendre à un traitement spécial lorsque les valeurs fondamentales et le droit européen sont en jeu. »

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A-la France et les Roms “européens”

Roms : racisme en circulaires

A la suite du vote par le Parlement européen d’une résolution demandant à la France et aux autres États membres de « suspendre immédiatement toutes les expulsions de Roms », le ministre de l’Immigration avait déclaré dans un communiqué que « La France n’a pris aucune mesure spécifique à l’encontre des Roms. Notre droit ne connaît les étrangers qu’à raison de leur nationalité. Les Roms ne sont pas considérés en tant que tel, mais comme des ressortissants du pays dont ils ont la nationalité.»

Ces propos ont été démentis par la publication sur le site du Canard social de trois circulaires adressées aux préfets par le ministère de l’intérieur – la première est signée par les ministres de l’Intérieur et de l’Immigration. La seconde, datée du 5 août 2010 et signée par Michel Bart, chef de cabinet du ministre de l’Intérieur, montre que, contrairement aux affirmations du ministre, les Roms étaient explicitement visés. Le texte rappelle en effet aux préfets les «objectifs précis» fixés par le président de la République – «300 campements ou implantations illicites devront avoir été évacués d’ici trois mois, en priorité ceux des Roms» – et demande aux préfets d’engager «une démarche systématique de démantèlement des camps illicites, en priorité ceux de Roms».

Cette circulaire ayant fait scandale a été remplacé le 13 septembre 2010 par un texte plus présentable signé par Brice Hortefeux
relative à l’évacuation des campements illicites

Pour télécharger les circulaires adressées aux préfets par le ministère de l’Intérieur :

Nous reprenons ensuite, avec son autorisation, l’article paru sur le site Le canard social, suivi d’un commentaire de la seconde circulaire par Michel Tubiana, président d’honneur de la Ligue des droits de l’Homme.

[Mis en ligne le 12 septembre 2010, mis à jour le 13]


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Evacuation d'un camp de Roms à Vénissieux, le 28 août 2007 (©BELGA/AFP/JEFF PACHOUD)
A-la France et les Roms “européens”

le Parlement européen demande la suspension immédiate de toutes les expulsions de Roms

Le Parlement européen a adopté le 9 septembre 2010 par 337 voix pour, 245 contre et 51 abstentions, une résolution, présentée par les socialistes, les libéraux, les Verts et les communistes, demandant à la France et aux autres Etats membres de « suspendre immédiatement toutes les expulsions de Roms ». Cette résolution :

  • rappelle que les expulsions collectives et le relevé d’empreintes sont interdits,
  • demande aux décideurs politiques d’éviter toute rhétorique « provocatrice et discriminatoire »,
  • et regrette la réaction « tardive et réservée » de la Commission.

La résolution adoptée n’a pas de valeur contraignante… Le jour même, Eric Besson, ministre français de l’immigration, en déplacement à Bucarest, a déclaré qu’il n’était «pas question» que la France suspende les reconduites à la frontière de Roms. Selon M. Besson, le Parlement européen est «sorti de ses prérogatives et nous n’avons bien évidemment pas à nous soumettre à un diktat politique», ajoutant que la «France applique scrupuleusement le droit communautaire et elle respecte scrupuleusement la loi républicaine française».

[Mise en ligne le 9 septembre 2010, mise à jour le 11]

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Mémorial du Quai Branly

Mémorial du Quai Branly, l’esprit colonial est toujours vivace au cœur de l’Etat

Réagissant à la présence sur la colonne centrale du mémorial du quai Branly des noms des morts lors de la fusillade du 26 mars 1962 rue d’Isly, Anne Guérin-Castell a publié une série en trois volets sur le journal en ligne Médiapart. Elle précise qu’il ne s’agit pas de nier la réalité de ce qui s’est passé rue d’Isly ce jour-là4. Ce qu’elle dénonce dans cette série, ce sont «trois points très précis qui concernent directement Hubert Falco, secrétaire d’État à la Défense et aux Anciens Combattants :

  1. le fait que les noms des morts de la rue d’Isly soient inscrits sur la colonne centrale du mémorial du quai Branly : premier volet ;
  2. le fait que si des noms de victimes civiles de l’OAS étaient inscrits sur cette même colonne, rien ne viendrait renseigner sur les circonstances de leur mort, ces noms se retrouvant rangés par ordre alphabétique avec ceux des morts de la rue d’Isly : troisième volet;
  3. le fait que s’il était demandé que les noms des six inspecteurs dont l’assassinat est relaté dans le deuxième volet figurent sur cette colonne, seuls trois d’entre eux y auraient droit, avec éventuellement un quatrième, le secrétariat d’État à la Défense et aux Anciens Combattants excipant pour cela, sans aucune vergogne, d’un code de la nationalité d’essence raciste. »
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Nouvelles pressions à l’approche de la sortie du film “Hors la loi”

Un certain nombre d’associations qui avaient manifesté en mai 2010 contre la présence du film Hors la loi de Rachid Bouchareb au Festival de Cannes, en raison d’une séquence de quelques minutes évoquant les massacres de Sétif en mai 1945, font à nouveau pression sur France Télévisions à la veille de la sortie du film en salles le 22 septembre. Selon l’hebdomadaire Le Point du 25 août 2010, elles ont sollicité le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel qui a écrit aux dirigeants de France Télévisions pour leur demander d’organiser un débat au moment de cette sortie. L’hebdomadaire relève que cette surprenante intervention n’entre pas dans le cadre des attributions du CSA. Le “lobby algérianiste”, qui annonce, par ailleurs, vouloir troubler la diffusion commerciale de ce film, était déjà intervenu auprès du CSA et de la direction de France 3 à la suite de la diffusion sur cette chaîne du documentaire Les Porteuses de feu le 26 janvier 2008.

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les séquelles psychiques de la guerre d’Algérie (pour les anciens appelés)

Près de deux millions de jeunes ont été appelés entre 1956 et 1962 pour participer à la guerre coloniale en Algérie. On peut estimer que plusieurs centaines de milliers en sont revenus psychiquement malades. Dans le texte que nous reprenons ci-dessous, Gilbert Argelès rappelle que la France n’a jamais vraiment affronté le problème et que, malgré leur âge maintenant avancé, beaucoup des anciens combattants de cette guerre qui ne disait pas son nom continuent à souffrir de ses suites.

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Harkis

“les Harkis, histoire, mémoire et transmission”, par Fatima Besnaci-Lancou, Benoît Falaize et Gilles Manceron

La guerre d’Algérie devient un objet d’histoire abordé à l’école primaire, au collège et au lycée. Mais la question de la place des harkis, ces supplétifs enrôlés aux côtés de l’armée française, est souvent laissée dans l’ombre en raison des passions qu’elle suscite et des clichés qui perdurent. Grâce aux repères rigoureux proposés au fil des pages, cet ouvrage aidera notamment les enseignants à aborder cette question dans leurs cours.

La première partie examine l’état des connaissances historiques sur le sujet en répondant à quatre questions décisives : À quel objectif répondait le recrutement des harkis ? Comment explique-t-on cet engagement ? Dans quelle mesure peut-on dire que l’État français les a abandonnés ? Que sait-on de l’ampleur des massacres à l’indépendance de l’Algérie ?

Les seconde et troisième parties du livre traitent respectivement de la gestion de la mémoire (lieux, littérature, cinéma…) et de la façon dont l’Éducation nationale aborde la question des harkis dans les programmes, les manuels et les pratiques scolaires en France et en Algérie.

Nous reprenons ci-dessous la préface de cet ouvrage par l’historien Philippe Joutard, suivie d’un extrait de l’introduction et de la table des matières.

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“Aux origines d’un certain regard” par Benjamin Stora

Le retour sur l’histoire permet d’intervenir dans les méandres du présent… La leçon est bien connue, encore faut-il sans cesse la mettre en œuvre, au risque de succomber au culte de la nouveauté perpétuelle et de l’étonnement conduisant au désarroi politique. Depuis le discours de Grenoble de l’été 2010 une politique répressive se développe, de l’expulsion des Roms aux propositions de déchéance de la nationalité française. Une situation qui renvoie à des souvenirs d’histoire troublants, non ceux de la politique vichyssoise, mais à ceux qui précèdent l’application de cette politique funeste du début des années 1940.5

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